‹ ThorvaldsenChapitre 33 sur 207 · OEUVRE DE THOKVALDSEN IM · texte numérisé non relu

OEUVRE DE THOKVALDSEN IM

Ganymèdc ne présente plus ce mélange de tonnes ; c’est un adolescent remarquable par la délicatesse de ses membres, l'effacement des saillies musculaires, la souplesse et la rondeur des chairs. Scs hanches n’ont pus le développement de celles de Itacchus; le (ils de Tros réunit les beautés diverses que la nature peut donner à de jeunes gan;ons. C'est ainsi qu'il paraît dans les statues de Thorvaldscn et dans le groupe où l’artiste l’a représenté accroupi devant Jupiter métamorphosé en aigle; le jeune Troycn remplit pour la première fois son rôle d’échauson du dieu, et le regard de l’aigle fait pressentir la cause prochaine des rancunes de Junon. Ce groupe, d’un grand style, est savamment équilibre et d'une excellente exécution.

Le Ganymède n’est qu'une expression de la beauté humaine idéalisée. Pour figurer l’Amour, l’artiste devait, suivant le principe des Grecs, tondre 1 vers un but plus élevé, vers un idéal divin. L' Amour victorieux a toutes les grâces de l’adolescence, jointes à nue délicatesse excessive. Bien que ses formes aient encore quelque chose de la beauté mixte du Itacchus, elles ont plus d’élévation et de pureté, et révèlent un dieu d’un ordre supérieur. Le vainqueur des immortels et des hommes, appuyé sur son are 1 , regarde la pointe d’une de ses flèches avec une expression de malice et de fierté presque cruelles.

Dans le groupe de l'Amour et Psyché les formes du dieu sont fermes et sveltes ; elles procèdent plus directement de la belle nature. Cette composition est un chef-d’œuvre de grâce vraie et de simplicité; eu puisant aux mêmes sources que les maîtres grecs, le sculpteur s’est j>eut-ctre plus rapproché d’eux qu’il n’aurait pu le faire par la simple imitation de leurs ouvrages, et il a donné à ses ligures toute l’originalité de son talent personnel. Psyché reste pensive devant la coupe d’immortalité; elle hésite à la porter à scs lèvres, elle n’ose encore affronter cet immense inconnu. L’Amour l’exhorte avec une tendre persuasion, et sourit doucement à la naïveté de la jeune fille. U y a dans cette œuvre quelque chose de supérieur à la beauté des formes, c’est la délicatesse extrême du sentiment cl de l’idée philosophique. Lu représentant l’Amour et

si; co. mu-: pahtii;.

Psyché, Canovu s'était borné à grouper deux beaux corps dans un mouvement de tendresse et de molle langueur; Tliorvaldsen a lait plus, il a exprimé une pensée.

I>a ligure d’Apollon marque chez les Grecs le plus haut degré de beauté idéale, dont l’expression complète brille d’un éclat divin dans l’Apollon du Belvédère. A notre avis, Thorvaldsen n’a pas atteint cet idéal qu’il a cherché. Les formes de son Apollon se rapprochent eu effet de la beauté mixte du llacchus, divinité moins noble; la figure manque de cette distinction de contours dont peut se passer Apollon gardien des troupeaux chez Admète, mais qu’il convient de conserver toujours au dieu du Parnasse.

Adonis ne devait pas être déifié; le sculpteur n'a eu d’autre préoccupation que de copier avec art la beauté naturelle et de donner à sa figure une attitude simple et antique.

Sou Adonis est un jeune homme dans le complet épanouissement de ses formes masculines étudiées avec une scrupuleuse vérité suites plus beaux modèles vivants; il a encore toutes les grâces de la jeunesse, mais sans aucune recherche qui puisse altérer la pureté ou compromettre la noble simplicité de la figure. Cet ouvrage, qui offre quelque analogie d'aspect avec VApollon Sauroclone île l’antiquité, est d'ailleurs tout à fait origiual dans son exécution. Tliorvaldsen a emprunté aux Grecs le dessin parfait de la tète, le jet de la chevelure, le calme de l’attitude, l’équilibre savant du modèle; mais la physionomie pensive du jeune berger et l’étude passionnée de la nature ajoutent au marbre l’empreinte personnelle de l’artiste. Il n’est pas de voyageur visitant la Glyptothèque de Munich qui n’ait été vivement impressionné non-seulement par l’élégance et le style sévère de celte enivre, mais aussi par le sentiment profond dont elle est animée.

Si nous poursuivons la même étude comparative sur les ligures de femmes traitées par Thorvaldsen, nous verrons encore l’artiste, élève des Grecs, pénétré de leurs principes, appliquer avec un génie indépendant les préceptes qui ont guidé ces maîtres.

Les Grecs, en exprimant la beauté des formes des déesses, ne

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semblent pas s’être préoccupés des mêmes distinctions ipie dans celles des dieux et des héros *. Le visage de chaque déesse conserve un caractère propre, mais le corps, d’ailleurs généralement drapé, ne laisse le plus souvent distinguer d’autre différence que celle de l’âge.

Vénus et les Grâces partagent le privilège à peu près exclusif d’être habituellement représentées nues, bien qu’on ait presque le droit d’affirmer que dans les premiers temps de l’art grec les artistes ne se sont pas permis cette licence. La Vénus de Milo, qui appartient à la plus belle époque de l’antiquité, n’est pas entièrement dépouillée de ses vêtements.

Lorsqu’il modelait sa Vénus, Thorvaldsen ne pouvait pas connaître la statue découverte à Milo en 1820, et aussitôt après apportée à Paris. Mais il avait dû étudier la Vénus de Médieis, celle du Capitole et celle de Troas, et il paraît s’être inspiré de la beauté plus juvénile de la première. 11 n’a pas donné à sa figure cette attitude d’embarras pudique qui caractérise les trois statues antiques; cependant il n’est rien dans la beauté sévère de la Vénus victorieuse du sculpteur danois qui puisse susciter une pensée équivoque. L’admiration qu'elle impose est celle qu’aurnicnt pu ressentir les philosophes, pour qui « l'Amour est comme le collègue de la Sagesse*. » Déjà la déesse reprend de la main gauche le vêtement qu’elle avait déposé sur un tronc d’arbre pour paraître devant Paris. Le bras droit se rapproche du corps par un mouvement gracieux , mais manquant un peu d’ampleur ; la main tient la pomme, prix de la victoire. La tête, légèrement inclinée, exprime la fierté satisfaite et la sérénité divine dans le triomphe.

Thorvaldsen n’a généralement pas donné un large développement à la poitrine dans scs figures de femmes. Les contours de sa Vénus se continuent avec une délicatesse achevée; le mouvement des hanches, des cuisses et des jambes est gracieux, sans afféterie; les pieds et les mains sont exécutés avec une finesse extrême.

* Winckelmann.

2 Ta coÿîa TTfxptcpvj; epuiT^s- Euripide, Mëttéc, v.

SV

SECONDE PARTIE

Dans le groupe des Trois Grâces, Thorvaldsen nous semble moins heureusement inspiré. La 1 type de beauté féminine adopté par lui n'est pas celui que les Grecs avaient ordinairement choisi dans la nature, et qui montre lin corps à la fois puissant et délicat. En s’efforçant d’idéaliser ses figures, l’artiste a fini parles rendre grêles. I.a physionomie exprime l'innocence de la jeunesse, et le sein virginal se termine par une extrémité d'une délicatesse achevée, mais les contours peu développés de la partie inférieure du corps donnent une certaine sécheresse à l’ensemble, dont le profil se dessine en lignes presque anguleuses.

Pour observer le précepte de Mengs, qui veut qu’un groupe affecte toujours la tonne pyramidale, l’artiste a il 0 incliner la tête et le torse de deux de ses figures; la troisième, au contraire, se tient droite, et il y a de la raideur dans son attitude. Les trois sœurs se présentent l’une de face, les deux autres de profil ; aucune n’est donc vue de dns. Cette ordonnance n’a pas permis à l’artiste de charmer les regards par la vue simultanée du corps féminin sous tous ses aspects; Jean Goujon, Itaphaél, la plupart des sculpteurs de l’antiquité 1 , paraissent au contraire avoir été préoccupes de la disposition contraire, qui ménage aux yeux une plus complète satisfaction.

Malgré de nombreux éloges cl de hautes approbations, puisque ce groupe a exalté jusqu'au lyrisme d’un roi % Thorvaldsen ne fut sans doute pas lui-même pleinement satisfait de son ouvre , et en 1842 il exécuta un nouveau modèle diffèrent du premier. Mais la perfection à laquelle il n’avait pu atteindre aux plus beaux temps de son talent, l’artiste n’y parvint pas davantage dans sa vieillesse, et le second ouvrage nous parait même inférieur au premier.

Pourtant le sculpteur s’est efforcé de donner plus d'abandon à la figure du milieu, dont il modifia l'attitude : cette fois le pied droit seul pose à terre, tandis que le pied gauche est soulevé. Le

1 Voir Sénèque, De beneficiis, I, 3.

1 l e roi Louis île Ravière a composé un poème dans lequel if célèbre avec enthousiasme les Trois Grâces de Thorvaldsen et critique vivement celle* de Cannva. ( Nnjjler

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mouvement un peu cherché de la seconde déesse est également changé. Pour faire disparailre le profil anguleux de la pallie inférieure du corps, l’artiste a présenté de trois quarts, presque de face, la figure de droite, qui se trouve ainsi ne pas offrir une suffisante variété d’aspect avec la figure du milieu. Enfin, malpré la sapesse des intentions qui recommande cette nouvelle tentative , le proupe de 1842, quelque soigneusement fini qu'il soit encore, est moins hou que le premier sous le rapport de la délicatesse du travail. Dans les deux compositions, on peut également reprocher aux déesses le manque d’ampleur daus les formes.

l’n corps svelte et délicat convient tout à fait a l’extrême jeunesse de Psyché. Cette charmante figure a été traitée deux fois par Thorvaldsen : d’abord dans le groupe dont nous avons déjà parlé; ensuite, dans une jolie statue qui représente la douce victime des rancunes de Vénus rapportant des enfers la boite mystérieuse que lui a remise Proserpine. Elle s’est arrêtée pensive; la draperie est tombée au-dessous des hanches, laissant nu tout le haut du corps. Par un mouvement de naïve curiosité, la jeune fille porte la main droite au couvercle de la boite; mais elle hésite. On ne peut rien imaginer de plus délicat; c’est une création gracieuse qui n’a rien de recherché.

Ilébé a été représentée deux fois par l’artiste. Ea jeune déesse est vêtue d’un double chilon; dans le premier modèle, le vêtement détaché sur l’épaule laisse nu le sein lirait; la draperie est élégante et sobre. Mais cette nudité du sein fut considérée comme une faute, et dix ans plus tard Thorvaldsen, modelant une répétition variée de cette première statue, couvrit entièrement la poitrine, pour mieux exprimer la grâce pudique qui convient à la déesse de la jeunesse.

Nous ne terminerons pas l'examen de ces figures de femmes sans dire un mot d’une charmante statue, celle d'une toute jeune fille dont la tunique plissant sur le bras droit laisse voir un sein à peine naissant. Par un mouvement naïf elle relève les deux côtés de sa rota' et commence à danser; scs cheveux sont rassemblés et noués simplement sur le sommet de la tète. Cette composition est

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