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La Fontaine dans ses contes l’a traduite en vers charmants :
.l’étais couché mollement.
Et, contre mon ordinaire.
Je dormais tranquillement.
Quand un entant s'en vint faire A ma porte quelque bruit.
Il pleuvait fort celte nuit :
Le vent, le froid et forage Contre l’enfant faisaient rage.
« Ouvrez, dit-il, je suis nu. »
Moi, charitable et bonhomme,
J’ouvre au pauvre morfondu,
Et ui’enquiers comme il se nomme.
« Je te le dirai tantôt,
Repartit-il, car il faut Qu auparavant je m'essuie. »
J’allume aussitôt du feu.
Il regarde si la pluie N’a point gâté quelque peu Un arc, dont je inc défie.
Je m’approche toutefois.
Et de l'enfant prends les doigts.
Les réchauffe, et dans moi-même Je dis : » Pourquoi craindre tant?
Que peut-il? C’est un enfant :
Ma couardise est extrême D’avoir eu le moindre effroi;
Que serait-ce si chez moi J’avais reçu Polyphème? »
L’enfant d’un air enjoué,
Ayaut un peu secoué Les pièces de son armure Et sa blonde chevelure.
Prend un trait, un trait vainqueur.
Qu’il me lance au fond du cœur.
«i Voilà, dit-il, pour ta peine.
Souviens-toi bien de Climène ,
Et de l’Amour, c’est mon nom.
— Ah! je vous connais, lui dis-je.
Ingrat et cruel garçon !
Faut-il que qui vous oblige Soit traité de la façon ! »
Amour fit une gambade;
Et le petit scélérat
Me dit : •> Pauvre camarade.
Mon arc est eu bon état,
Mais ton cœur est bien malade. «
Tliorvaldsen a représenté Anacréon assis, et il a placé près du poète, avec la lyre, le lliyrse et l’amphore de March us. Le vieillard
OEUVRE DE T1IORVA1.DSEN. UK»
réchauffe et sèche l'enfant mouillé, qui le regarde avec une froide malice et lui enfonce une flèche dans le cœur. La grâce antique «lu bas-relief est en si parfaite harmonie avec le sujet, et la pensée philosophique du poète grec, auquel Platon a donné le nom de Sage, est si heureusement exprimée, que rien ne manque à cette œuvre délicate, la plus agréable suivant nous des compositions anacréontiques.
C’est encore une aimable fiction que celle de V Amour enchaîné juir les Grâces. Le dieu, les mains attachées, est retenu à un arbre par des liens tressés de roses. I/es trois sœurs, étendues sur l'herbe, jouent avec les flèches. Mais l’Amour parait si peu offensé de leur raillerie, qu'il demeure prisonnier paisible, sans faire aucun effort pour se dégager. Et en effet, d'après l’ode trentième d'Anacréon, lorsque Vénus, instruite de l’esclavage de sou fils, accourt avec une rançon , l'Amour délivré ne veut plus quitter la compagnie des Grâces.
Les bas - reliefs érotiques laissés par Thorvaldscn sont tièsnombreux ; mais dans tous ces ouvrages, même ceux de moindre importance, l'intention n’est jamais lascive. Tout au plus trouverait-on risquées une ou deux compositions à peine achevées, qui représentent des satyres et des bacchantes, à l’imitation des figures peintes sur les vases étrusques.
Dans ses créations aux allures les plus légères, comme dans ses oeuvres les plus sévèrement conçues, l'artiste parait toujours préoccupé de la pensée autant que de la forme, et il réussit souvent ainsi à donner une grâce sérieuse à ses compositions, sans jamais les affadir par la mièvrerie. Gctte observation doit s'appliquer aux bas-reliefs aussi bien qu'aux statues.
La Bergère au nid d‘ Amours est une charmante invention. La jeune fille se trouve en présence «le toutes les nuances du tendre sentiment, depuis l’Amour fidèle, derrière lequel s’enflamme l’Amour passionné, jusqu’à l’Amour volage qui s’enfuit à tired’aile. Cette composition fut inspirée au sculpteur par une fresque antique découverte à Pompéi, dans la maison dite d llomère (Casa Omerica). Dans cette peinture, une jeune femme tient un nid
SECONDE PARTIE
et regarde avec plaisir trois enfants qui viennent de sortir de l’œuf 1 . L’artiste campanien avait sans doute voulu représenter Léda en contemplation devant ses trois enfants, Hélène, Castor et Pollux. Si l'oeuvre de Thorvaldsen offre quelque analogie avec l'antique par le caractère et le style de la figure, la pensée n’est plus la même et l’exécution est toute différente.
C’est une fresque de Stabies qui a fait concevoir au sculpteur le bas-relief les Ages de l’Amour. Dans la peinture antique, le Marché d’ Amours*, la figure de la marchande est assez vulgaire, mais les Crûtes, fils de Mars, de Jupiter ou de Mercure, ont des caractères distincts. Thorvaldsen a développé cette donnée, et il a représenté avec beaucoup de délicatesse et d’esprit toute l'histoire philosophique de la grande passion qui règne sur l'humanité. Pour l’enfance, l’Amour est l’inconnu qui pique la curiosité ; la fillette l’interroge d'un regard naïf et timide, bientôt la jeune fille en fait l’objet de sa pudique ferveur; enfin éclate la passion, suivie bientôt du désenchantement : l'Amour porte l’aile basse. Le dieu se pose en vainqueur sur l’épaule de l’homme, il l’accable sous son poids, et quand le vieillard l’appelle ensuite d'une voix tremblante, le méchant enfant s’enfuit, se raillant de celui qui l’invoque*.
Les bas -reliefs de Thorvaldsen composent un oeuvre d’une variété infinie. Passer tour à tour des compositions homériques aux ouvrages d’inspiration plus légère, parait n’étre qu’un jeu pour l’esprit du sculpteur. Nous nous sommes efforcé de faire ressortir les caractères différents de tant de productions qui attestent une intelligence largement ouverte à tout ce qui est beau , un talent admirablement fertile en créations. Il a été donné à bien peu d’artistes de réunir au même degré la grâce el la force, et de savoir mettre ces qualités au service d’une imagination aussi féconde.
’ Confronter le bas-relief de Thorvaldsen avec la |H‘intniv reproduite dans le Rca! tnusco Borbonico [ t- I", pi. xnv).
* V. Real inuseo Borbonico , t. I*', pl. ni.
1 Comparer la chanson de Bérancer : lu Fuite tir t Amour.
NEBKGCt F. r ÉI.IFZKR.