SECONDE I* A II T I E
ait;
Deux personnages qui devaient faire partie de celte vaste composition en ont été supprimés : l’un est un soldat romain qui écoute, appuyé sur un rocher; l’autre est un Juif assis. Bien que ces deux statues soient belles aussi, il n’est pas étonnant qucThorvaldscn les ait écartées; on ne conçoit pas, eu effet, comment il aurait pu les ajouter sans rompre l'harmonie entre les lignes extérieures tonnant le tracé général du fronton. Tel qu’il est, le Sermon île saint Jean-Baptiste est une œuvre excellente : sentiment vrai des fi gu l'es, heureuse et savante composition, il réunit à ces qualités l’expression très-juste de la grande pensée qui doit dominer la scène.
T.e caractère plutôt philosophique que strictement chrétien de l’œuvre religieux de Thorvaldsen s’accuse d’une manière plus frappante dans la plupart de ses monuments sépulcraux. On le retrouve par exemple dans le tombeau du duc de I.euehlcnberg. Eugène de Iteauharnais, beau-fils de Napoléon I er , vice-roi d'Italie, demeura dévoué à l’Empereur dans la mauvaise fortune comme dans la bonne, et refusa d’acheter au prix d’une trahison le trône que les souverains alliés offraient de lui garantir. I.c monument élevé dans l’église de Saint-Michel de Munich représente le prince au moment où il va quitter la terre pour descendre dans le tombeau, sur la porte duquel est inscrite sa devise : Honneur et fidélité. Vêtu à la romaine, il a déposé son casque et sa cuirasse, ne gardant que sa loyale épée; il pose la main gauche sur son co ur, et remet lui-même à la Muse de l’histoire le seul bien qui lui reste, sa couronne de laurier. A sa gauche se tient le Génie de la mort, sur lequel s’appuie le Génie de l'immortalité. Il n’y a rien de particulièrement religieux dans celte composition ; niais elle exprime avec grandeur un noble sentiment.
E’absenee de l’idée chrétienne n’est pas moins frappante dans le beau marbre placé sur le tombeau du prince l’otocki, dans la cathédrale de Cra envie, et qui montre ce jeune héros, vêtu à l’antique, tel que pourrait être représenté un Marc-Aurèlc.
L’artiste a bien compris la pensée catholique lorsqu’il a composé le mausolée de l’illustre et habile défenseur de l’Église, le cardinal Cnnsalvi. Mais le monument du pape Pie VII, à Saint-Pierre de
OEUVRE DE THORVALDSEN. 207
Rouie, témoigne peut-être d'une prétention à la grandeur et à la force qui convient peu à l'humilité chrétienne ; on y remarque aussi, connue dans le tombeau du due de Leuchfctibcrg, une sorte de compromis entre le dogme catholique et la mythologie, conséquence exagérée des doctrines de Wiuckelmann, que les artistes eurent à cette époque le tort de pousser à l'extrême. Canova, dans les tombeaux de Clément XUI et de Clément XIV, avait déjà exprimé lu douleur, la mansuétude et la modération, sous la figure de génies peu vêtus et presque païens 1 . Tborvaldsen ayant à représenter la Sagesse et la Force, eut également recours aux souvenirs du paganisme : les Crées adoraient ces v ertus dans Minerve et dans Hercule; l’artiste s’est en quelque sorte borné à en approprier les types aux croyances chrétiennes.'
lai Sagesse porte l’égide sur la poitrine, niais à la tête de Méduse a été substituée celle d'un chérubin; le casque a été remplacé par une couronne de laurier et le livre des saintes Ecritures sert de bouclier à la Vertu, près de laquelle se tient la chouette symbolique.
Hercule ne pouvant sc transformer pour figurer dans la seconde statue, Iole le remplace, revêtue de la peau de lion qui lui couvre la tête et retombe sur ses épaules; mais dédaignant la force brutale, elle foule aux pieds la massue et sc croise les bras sur la poitrine, pour exprimer par celte attitude sa confiante résignation à la volonté de Dieu *.
1 htudes sur tes beaux-arts , par M. H. Relaborde.
* Stendhal, dans ses Promenades dans Rome , parle A plusieurs reprises de Tborvaldsen, et généralement il s'exprime en tenues assez malveillants. Il ne juge guère le mérite de l'artiste que d'après le lomiirnn de Pie Vit. Voici ce qu'il dit du monument :
m Je l'ai vu tort avancé dans son atelier (I82H). (V sont, comme A l'ordinaire, trois figures colossales, celle du Pape et deux Vertus. Pie VII est représenté assis et donnant la bénédiction. Avec un |>cu d'audace, ou l'eût montre debout et réjarndant à la colère de .Napoléon, l'ne des Vertus est ta Swjrne . qui lit dans un livre; l'autre est la force de caractère , qui, vêtue d'une peau de lion, croise les bras et lève les yeux an ciel.
s Si cet ouvrage est supérieur A tous les tombeaux vulgaires que l'on rencontre A Saint-Pierre, il faut en rendre grâces à la révolution opérée dans les arts par l'illustre Dav ià. Ce grand peintre a tue ta i/urne du tternin (je demande pardon pour ce mot d'un grand peintre de mes amis).
SECONDE PARTIE
Dans les bas-reliefs assez nombreux que; Thorvaldsen modela pour être places sur des tombeaux, figurent le plus souvent des génies, taudis que les symboles de la foi chrétienne y sont rarement * employés. Quelques-uns de ces bas-reliefs pourraient orner un mausolée romain, car le plus souvent ou ne saisit d'autre pensée religieuse que celle de l'immortalité de l'âme. Pourtant le monument sépulcral de la baronne Chandry montre une figure de femme qui presse avec ferveur une croix sur sa poitrine; drapée dans son linceul, elle s'élance vers le ciel, la tête renversée, et s’élève dans les airs avec la légèreté d’une forme impalpable.
Thorvaldsen avait été élevé dans la religion reformée; à Home il vécut au milieu du catholicisme. On sait combien , à cette époque de grands troubles politiques, toutes les croyances étaient ébranlées. I. 'esprit de l’artiste se ressentit de ces incertitudes et demeura dans l'indifférence, l u de scs amis lui faisait un jour observer que son peu de piété devait être un obstacle à ce qu’il sût exprimer le sentiment religieux sur des figures chrétiennes. «Quand je serais tout à fait incrédule, répondit Thorvaldsen, en quoi cela pourrait-il me gêner? n’ai-je pas bien représenté les divinités du paganisme? et ccjiendant je n’y crois pas. »
En parlant ainsi, le sculpteur, suivant nous, a donné l’explication du caractère de ses ouvrages. C’est l'admirable intelligence dont il était doué qui les a conçus, mais le sentiment de l'homme n’a pas présidé à cette création.
Dans la représentation des figures du christianisme, Thorvaldsen conserva sa toi artistique; il ne renia point son culte pour la beauté sévère telle que les Grecs l'avaient comprise. On ne trouve dans les statues sorties de ses mains qu’une seule trace de réminiscence de l'art gothique, l.cs sculpteurs du moyen âge ont souvent produit d'heureux effets d’enroulement dans les bordures des draperies, ces effets on les reconnaît dans les ligures des apôtres. Etait-ce l'instinct de l'hoimue du Nmd qui se réveillait sur ce point? Nous croyons plutôt que l’artiste avait trouvé de semblables exemples dans quelques ouvrages antiques où ils existent, et que son esprit clairvovnnt avait deviné le parti qu'il eu pouvait tirer. Eu effet,
OE l'VR K DE TII OR VA I.DSEN.
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le style de Tliorvaldsen procède toujours et avant tout de celui des Grecs, cl même pour le type de scs figures chrétiennes il se rattache encore aux héritiers de ces grands maîtres qui, installés en Italie, ont les premiers reproduit dans des mosaïques le Christ, la Vierge et les Apôtres'. Le sculpteur danois a connu ces mosaïques grécolatines. Le style de la grande école de l’antiquité avait sans doute bien dégénéré dans les mains des artistes qui les ont exécutées. Néanmoins ces artistes, encore préoccupés de la beauté, n’en avaient pas tout à fait perdu la tradition.
Le respect des belles formes, est-il besoin de le dire? n’est pas un obstacle à l'expression du sentiment religieux. Mais pour que l’œuvre porte l’empreinte de ce sentiment, il faut que l’homme lui communique toute la ferveur dont son âme est pleine. Tliorvaldsen n’a pas l’élan que donne la foi. Préoccupé avant tout de la beauté, s’il anime ses figures, c’est par la peuséc philosophique, et ses ouvrages doivent plutôt satisfaire l’esprit du penseur que la piété du chrétien.
1 11 existe <iü semblables ouvrages dans les églises de Saint-Corne et Saînt- Llauiien, de Sainte-Praxède, de Sainte- Pudeutienne, de Saint-Paul bors-lesimirs, de Sainte-Marir-Majeure, à Rome.
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