CHAPITRE DEUXIÈME
Thorvaldse» devant l« antique*. — Znqja. — Difficulté* pécuniaires. — État maladif. — Troubles politique*. — M. H ope et le Jmon. — Anna* Maria. — L'Enlèvement de Brxséu.
Écolier appliqué à l’étude, puis jeune homme insouciant et rêveur, tel a été Thorvaldscn jusqu’à son arrivée à Rome. Bientôt une complète métamorphose va s’opérer en lui, et l'homme nouveau va paraître. « Je suis né le 8 mars 1707, disait-il plus tard; jusque-là je n’existais pas. » Toutefois la transformation n’est pas brusque, et ce n’est qu’après une lente période d'incubation, pour ainsi dire, qu'il arrive à briser sa première enveloppe.
Alors de l'imitation servile se dégage (Mai à peu l’artiste que la fièvre créatrice ne quittera plus.
La contemplation des antiques fait sur Thorvaldscn une impression que nous avons déjà constatée. .Sou admiration ne produit pus ces éclats extérieurs qui sont le propre des natures méridionales; il
2i PREMIÈRE PARTIE.
reste dans une sorte d'extase et de stupeur, comprenant tout ce qu’il doit .apprendre et tout ce qu’il lui faut oublier.
L’évêque Miinter, qui avait si favorablement auguré de l’avenir de l’artiste, l’avait muni de lettres de recommandation pour un savant archéologue nommé Zocga, que les Danois considéraient comme leur Winckelmann. Celui-ci prend bientôt le jeune homme en affection, et la meilleure preuve qu’il lui donne de ses bienveillantes dispositions est de se montrer pour lui un juge sévère. Il le soutient, le guide de ses conseils; sans se faire illusion sur ce qui manque à Thorvaldscn, il apprécie cejxiudant la rectitude de son intelligence. 11 écrit en effet, à la date du f octobre 1797, de Gcnzano :
« Notre compatriote Thorvaldscn est venu passer ici huit jouis pour voir les curiosités des environs. C’est un excellent artiste, de beaucoup de gortt et de sentiment , mais ignorant tout ce qui est eu dehors de l’art. Soit dit en passant, l’Académie agit d’une manière peu réfléchie, en envoyant des jeunes gens aussi incultes en Italie, où ils doivent perdre beaucoup de temps à apprendre des choses sans lesquelles ils 11 e sauraient profiter convenablement de leur séjour dans ce pays, et qu’ils peuvent apprendre plus facilement et plus rapidement avant de se mettre eu route. Sans savoir un mot d'italien nu de français, sans la moindre connaissance de l’histoire et de la mythologie, comment est-il possible qu'un artiste fasse ici ses études comme il le faudrait? .le ne demande pas qu’il soit savant, je ne le souhaite même pas. Pourtant faut-il qu’il ait au moins une idée vague du nom et du sens des choses qu’il voit. Le reste peut se compléter par la fréquentation des savants. «
Les observations de Zoëga pourraient s’appliquer à beaucoup de jeunes artistes qui vont à Home, même de nos jours. Mais peut-être ici devaient-elles s’adresser moins à l’Académie de Copenhague qu’au caractère de Thorvaldscn lui-même, que nous avons vu jusqu'à présent si peu disposé à s’instruire dans tout ce qui ne touchait pas directement à son art.
Quelques personnes ont dit qu’il employa mal les premières années de son séjour en Italie, et que |>cndant longtemps il demeura