‹ Thorvaldsen sa vie et son óeuvreChapitre 20 sur 189 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Le baron de Stampe et sa famille. — Thorvaldsen à Nysôe. — Son atelier à Stampeborg. — La statue du maître modelée par lui-même. — Entrée de Jésus à Jérusalem, — Chemin du Calvaire. — Le poète Andersen. — Thorvaldsen grand-croix du Danebrog. — Le roi Christian VIIÎ. — Statue de Christian IV. — Wilkens.

Bien que Thorvaldsen ne se fût pas marié , son caractère était plutôt fait pour la vie de famille que pour les grandes réunions. Après quelque temps de séjour à Copenhague, il avait fini par adopter les maisons où il recevait l’accueil le plus amical , et où il vivait à peu près comme chez lui. Celle du baron de Stampe lui était agréable entre toutes. Le baron et la baronne avaient plusieurs enfants; l’artiste, entouré par eux d’affection et

de respect, devint en quelque sorte un membre de la famille.

Il fut invité par ses amis à passer la belle saison dans leurs terres, au château de Nysoe. La baronnie de Stampe est un vaste et beau domaine situé à un quart d’heure de Prœstô, au fond d’une baie bordée de grands arbres, au milieu d’un pays riche en fermes et en forêts. Mais il faut sept à huit heures de bateau à vapeur pour s’y rendre par mer de Copenhague, et plus de temps encore en poste si l’on prend la voie de terre; on y est donc tout à fait à l’abri des visites importunes. Thorvaldsen accepta l’invitation avec un double plaisir, et se déroba de cette manière à des obligations qui, pour n’étre pas toutes sans charmes, n’en devenaient pas moins fatigantes.

Au milieu des loisirs de la vie de campagne , il fit, en se jouant, quelques ébauches d’argile. Il occupait une chambre au premier étage, et on lui abandonna bientôt la pièce contiguë, qui devint son atelier : le travail ne fut au début qu’un passetemps, mais il s’y appliqua peu à peu avec l’ardeur qui lui était naturelle.

Depuis son retour à Copenhague, Thorvaldsen avait été pressé bien des fois par ses amis de modeler sa propre statue. La baronne de Stampe lui en avait souvent parlé sans parvenir à le décider, et il refusait toujours, prétendant que c’était une trop grande vanité de la part d’un artiste que de se représenter lui-même. Pourtant, à force d’in-

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stances, la baronne, profitant de son séjour à Nysôe, finit par l’amener à ébaucher un petjt modèle; il s'en tint là, prétextant l'impossibilité de faire quelque chose de plus sérieux dans une pièce où il n’avait pas l’élévation suffisante pour travailler à l'aise , et où le jour ne venait pas d'en haut. La baronne conçut dés lors un projet dont elle se garda de lui faire part ; mais elle le questionna, sans paraître y attacher d’importance, sur les dispositions et les mesures qu’il jugeait indispensables pour un atelier, et elle en prit bonne note.

Thorvaldscn fut obligé de retourner à Copenhague, où il avait laissé l’ébauche en terre de la statue du célèbre poète danois Holberg. Dans la crainte que l’argile ne se desséchât, un élève était chargé de mouiller chaque jour cette ébauche en attendant le retour du maître; mais celui-ci jugea prudent de ne pas prolonger une telle situation ; il lui fallait une semaine seulement pour aller à Copenhague, amener le travail au point nécessaire et revenir à Nysôe; il partit donc, promettant d'être de retour huit jours après.

A peine était-il embarqué , ^ que la baronne avait appelé entrepreneur et ouvriers ; elle choisit aussitôt une place convenable dans le jardin qui s’étend devant le château, fit abattre le jour même trois grands arbres, et l’on se mit à l’œuvre pour élever un petit atelier. L’activité fut grande à Nysôe pendant cette semaine, car il avait été

convenu que si tout n’était pas achevé dans les huit jours, rien ne serait payé. Quand l’artiste revint, tout était prêt. Ce fut pour lui une charmante surprise, et à cette occasion eut lieu une fête d’inauguration. On était alors au mois de juillet 1839.

L’atelier était disposé de façon que Thorvaldsen n’avait plus de prétextes à donner pour ne pas exécuter sa statue; force lui fut donc de céder. Il y travaillait avec un certain zèle depuis quelques jours, lorsqu’il reçut de Copenhague une lettre d’Oehlenschlaeger , dont il avait promis de modeler le buste. Le poète avait le plus vif désir de voir l’artiste remplir sa promesse, et il insistait vivement, non sans que perçât la vanité de l’homme célèbre préoccupé de laisser ses traits à la postérité et de les voir sculptés par un ciseau illustre.

Thorvaldsen s’en amusa devant la baronne, et même, malgré sa bonhomie habituelle, il ne put retenir quelques propos railleurs à ce sujet. Mais tout à coup il cessa de rire, et la lettre du poète lui tomba des mains, a II me sied bien, dit-il, de me moquer de la vanité des autres, lorsque moi-même, en ce moment, je ne fais autre chose que de m’élever un monument de vanité. » Il jeta violemment à terre ses instruments de travail et voulut briser sa statue. La baronne s’empressa d’appeler à son aide, et d’entraîner son ami hors de l’atelier, dont elle garda

VIE DE THORVALDSEN.

soigneusement la clef. Pendant plusieurs jours, elle s’efforça de le convaincre, mais ce fut sans résultat. Voyant qu’elle n’obtenait rien par le raisonnement, elle usa de stratagème. Calderon, je

crois, a dit quelque part : « Pleure, femme, et tu auras ce que tu veux. » Elle feignit un grand chagrin et se mit à pleurer : « Thorvaldsen n’avait pas d’amitié pour elle! 11 voyait combien elle dési-

rait avoir cette statue ; rempressement à construire le petit atelier en était le témoignage ; mais rien ne le touchait : il fallait qu'il eût le cœur bien dur pour agir ainsi avec une amie aussi dévouée. »

Le vieillard, naïf comme un enfant, se laissa prendre à ce jeu. Touché de cette douleur feinte : « Tant pis ! s’écria-t-il, les gens penseront ce qu'ils voudront. Ma statue n'est pas pour la postérité , mais je ne puis la refuser à une amie à qui elle doit faire tant de plaisir. » Dès cet instant, il se remit à l'œuvre avec une incroyable ardeur, comme s'il eût craint d'étre repris de ses scrupules, et en dix-sept jours le modèle fut terminé (i). L'artiste s'est représenté dans son costume de travail, le bras appuyé sur sa statue de r Espéi'ance (2).

Dès lors Thorvaldsen devint l'hôte assidu de Stampeborg, et alternativement il habita Copenhague et NysÔe. Les premiers ouvrages composés dans l'atelier construit par la baronne sont, avec la statue du maître, le buste du poëte Oehlenschlaegcr et l’esquisse de V Entrée de Jésus à Jéru~

(1) Cette anecdote nous a été rapportée par la baronne elle-même, lorsqu’elle nous fit l’honneur de nous recevoir en son château de Nysôe.

(2) En choisissant la statue de l'Espérance , œuvre archaïque, pour la placer près de son portrait, la pensée de Thorvaldsen était de bien faire comprendre le contraste entre l’homme qui devait être représenté vivant et la figure de marbre qui devait au contraire rester froide et immobile.

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Salem, grande frise qui surmonte aujourd’hui la porte principale de l’église de Notre-Dame à Copenhague. On remarquera d’ailleurs des différences notables entre l’esquisse et l’exécution définitive, qui fut assez sérieusement remaniée.

Ce fut encore à Nysôe qu’il exécuta une autre ébauche de non moindre importance : celle de la frise qui représente le Chemin du Calvaire. A la Pentecôte précédente, les statues de marbre des apôtres avaient remplacé les plâtres provisoires dans l’église de Notre-Dame, et la statue du Christ, transportée de la chapelle royale, sa première destination, avait été érigée devant le chœur. Le professeur Freund, chargé du soin de cette installation, y avait déployé un grand zèle (i).

Lorsque toutes ces statues se trouvèrent rangées dans l’église, l’architecte Hetsch pensa qu’une frise placée dans l’abside, derrière le Christ, serait d’un heureux effet pour relier toutes ces sculptures au monument. Thorvaldsen s’empressa d’accepter l’idée de l’architecte, sans se préoccuper de savoir si le conseil de fabrique lui allouerait les fonds nécessaires, et il convint avec M. Hetsch que la Passion, qui ne figurait pas dans l’église, servirait de sujet à cette frise.

Le modèle ébauché à Nysôe, et conservé au Musée de Copenhague, diffère en plusieurs points de l’œuvre qui figure à Notre-Dame. Celle-ci fut

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exécutée dans l’atelier de M. Freund par de jeunes artistes qui travaillèrent sous la direction de Thorvaldsen.

Le poète Andersen était un des hôtes habituels de Stampeborg, et il s’y trouvait à l’époque où le sculpteur esquissait cette composition. Dans ses Contes de ma vie, il rapporte qu’entrant un matin dans l’atelier, il vit son ami modeler la figure de Pilate. Thorvaldsen, peu satisfait de la draperie, consulta .\ndersen; la baronne, qui avait un respect religieux pour tout ce qui sortait des mains du maître, voulut fermer la bouche au poète; mais celui-ci dit franchement son avis : le costume de Pilate lui semblait plutôt égyptien que romain, tt C’est parfaitement mon opinion », répliqua l’artiste; et aussitôt il détruisit son ébauche, ce qui indigna vivement la baronne contre l’auteur des Contes.

Le séjour de Nysôe était fait pour charmer Thorvaldsen. Les journées s’y écoulaient doucement, dans une agréable alternative de travail et de loisir; le maître se levait de grand matin pour se mettre à l’œuvre, et quand midi sonnait, il y avait le plus souvent sept heures qu’il maniait l’ébauchoir. Durant toute cette matinée laborieuse, il ne lui plaisait pas d’être interrompu; mais ensuite il allait volontiers faire quelque promenade dans les jolis bois qui bordent la baie de Prœstô. On recevait les visites des propriétaires voisins, puis on les leur rendait.

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Après le dîner, une des filles de la baronne se mettait au piano et jouait une des mélodies favorites du sculpteur. Le vieillard, toujours trèsépris de musique, s’installait alors dans un grand fauteuil pour écouter plus commodément ; mais il fermait à moitié les yeux , et s'endormait d’ordinaire pendant quelque temps; à son réveil, il sc promenait de long en large dans le salon : <i Eh bien, monsieur Andersen, disait-il, n’allons-nous pas, nous autres enfants, être régalés ce soir de quelque petit conte de fée? » Il goûtait beaucoup le charme poétique et délicat de ces historiettes semi - sentimentales et merveilleuses, toujours pleines de finesse, qu’Andersen sait si gracieusement imaginer.

Au pied du château de Stampe coule une petite rivière qui passe auprès de l’atelier du .sculpteur ; celui-ci prenait plaisir à jeter chaque jour du pain aux cygnes qui s’y promènent et viennent s’ébattre sur la pelouse. La vue de ces oiseaux pleins de majesté lui inspira plusieurs compositions' dans lesquelles ils figurent et qui représentent le mythe de Léda : Jupiter métamorphosé en cygne porte l’Amour , Léda reçoit son puissant amant , et r.Amour s'envole.

Dès que la nuit arrivait, l’artiste se montrait impatient de se livrer à son amusement favori, le loto. Sa passion pour ce jeu était devenue une sorte de manie de vieillard, et l’on n’avait garde au château de le priver de ce plaisir; on était

même heureux de le voir gagner, car on savait que les chances contraires de la fortune le mécontentaient vivement, bien qu’on ne -jouât absolument que de la menue monnaie (i).

Le mois de novembre iSSg vit encore Thorvaldsen à Nysôe. Le 19 était le jour anniversaire de sa naissance, et Ton se préparait à le fêter en famille, lorsque le sculpteur reçut du chapitre du Danebrog la nouvelle que le roi venait de lui conférer la grand’croix de Tordre. Or, d’après les statuts, le blason de tout personnage élevé à ce grade doit être placé à son rang dans la salle des chevaliers du château de Frédéricsborg. Thorvaldsen , non plus que maître Gottskalk , son père , ne s’était jamais demandé s’il avait un blason, et, de fait, il ne s’en connaissait pas.

On suppose que depuis ce jour il y pensa quelquefois, car on a trouvé sur plusieurs fragments de lettres des essais plus ou moins informes de compositions paraissant se rapporter à ce sujet , et dans lesquels on a cru distinguer le dieu Thor, armé du marteau. Du reste, ce ne furent que des idées fugitives auxquelles il semble ne s’être jamais arrêté bien sérieusement, car en 1843 il n’avait pas encore envoyé les armoiries qu’on lui avait demandées; le chapitre de l’ordre le lui rap-

(i) Nous avons vu chez madame deStampe le sac de soie verte renfermant les gros sous, produit du loto, qu’il donnait à garder à son domestique.

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pela, et l’artiste ne tint aucun compte de cette démarche. Après la mort de Thorvaldsen , M. Bissen fut chargé de satisfaire à la réclamation du chapitre (i) ; il s’inspira des croquis dont nous venons de parler, et c’est ainsi que le blason du sculpteur figure dans l'antique salle des chevaliers, au milieu d’armoiries féodales, et qu'il porte le dieu du Nord avec cette devise ; Liberté et amour de la patrie.

Parmi les divers ouvrages auxquels l’infatigable vieillard travailla pendant son séjour à Nysôe, nous devons citer l'ébauche d’un monument à la mémoire de Frédéric VI, roi de Danemark, mort le 3 décembre 1 83q , et dans laquelle ce monarque est représenté revêtu du manteau royal et assis sur un trône. Dans la pensée de l’artiste, le monument aurait dû être élevé dans le jardin de Rosenborg, connu sous le nom de Jardin du Roi.

Christian VIII , qui avait succédé à Frédéric VI. souhaitait vivement posséder une statue de son ancêtre Christian IV, ce prince qui avait pris une prt considérable à la guerre de trente ans. Christian IV avait conservé la réputation d’un habile général, bien qu’il eût été défait à Lutter par Tilly , lieutenant de Maximilien de Bavière, alors chef de l’armée de la ligue catholique. Mais il avait ensuite gouverné sagement son pays, s’était

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dévoué au bonheur de ses peuples, et avait ainsi laissé une mémoire vénérée.

Thorvaldsen ne manqua pas de promettre au roi d'exécuter cette statue; mais il se pressa peu de remplir son engagement. Plusieurs fois, et sans succès, Christian VIII lui fit rappeler cette promesse, tantôt par son grand maréchal, tantôt par ses officiers. Un soir, rencontrant dans un bal la baronne de Stampe, le roi chargea cette dame de gagner sa cause; mais la baronne ne réussit pas mieux que les ambassadeurs précédents, et voyant ses arguments se briser devant une volonté passive, elle eut de nouveau recours à un stratagème.

Un jour que le sculpteur était en promenade, elle s’installa en son absence dans l’atelier, et tant bien que mal modela elle-même une ébauche d argile ayant la prétention de représenter le monarque. Quand Thorvaldsen rentra, il fut fort étonné de voir la baronne à l’œuvre. « Que faitesvous donc là? » lui dit-il. a La statue du roi. Puisque Je l’ai promise et que vous ne voulez pas la faire, il faut bien que je m’en charge moimême, pour remplir mon engagement. »

L’artiste rit de bon cœur et critiqua le travail. '( Faites donc mieux, vous qui vous moquez. Je vous défie de rien trouver à corriger à ma statue », dit la baronne affectant un ton piqué. Thorvaldsen ne put s’empêcher de saisir l’argile pour rétablir les proportions. Une fois qu’il y eut mis

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la main , il acheva l’ébauche et modela ensuite la statue (i), qui devait être placée sur un sarcophage de marbre dans une des chapelles de Roeskilde. Elle fut en effet coulée en bronze; mais elle a ensuite changé de destination, et l’on peut la voir dans le petit jardin qui entoure le château de Rosenborg.

La plupart des bas-reliefs qui datent de cette époque (2) sont signés de Nysôe; pourtant Thorvaldsen partageait son existence entre la vie de campagne à Stampeborg et la vie mondaine à Copenhague, où il poursuivait également ses travaux. Son appartement à Charlottenborg s’ornait

(1) L’esquisse est au Musée, mais le petit modèle de plâtre est demeuré à Nysôe, et voici comment : L’officier du roi qui avait coutume de venir rendre visite au sculpteur pour ne pas laisser négliger l’ouvrage, exprima un jour le désir que Thorvaldsen lui donnât le modèle. L’artiste s’en défendit en disant qu’il l’avait promis à madame de Stampe. Lorsque ensuite il raconta le fait à la baronne, celle-ci le prit au mot et s’empara du plâtre.

(2) Nous noterons :

Diane implorant Jupiter pour qu*il lui permette de rester vierge; V Amour et Hygie, modelé à l’occasion des noces jubilaires du roi et de la reine de Danemark. — Persée délivrant Andromède , composition surchargée et tout à fait en désaccord avec les habitudes du maître; les Pèlerins d’ Emmaûs y pour une église voisine du château de Stampe; Jésus bénissant les enfants, destiné à une salle d’asile. — Le Génie du jour de Van a été fait à l’occasion du i*' janvier 1841. Vinrent ensuite : Jésus et la Samaritaine, V Amour endormi, Psyché endormie, et Jésus au milieu des docteurs.

chaque jour d’un nouvel objet d’art ou de quelque ouvrage féminin, car les dames se faisaient un plaisir de contribuer de leurs mains à l’élégance de son ameublement.

Toute la société de Copenhague avait fini par connaître Thorvaldsen pour l’avoir visité dans son atelier; mais la mémoire du vieillard était impuissante à se souvenir du nom de tant de personnes, bien que les traits de leur visage lui fussent connus; il se trouvait souvent fort embarrassé lorsqu’il lui devenait indispensable de demander à qui il avait l’honneur de parler. Invité de tous côtés, il lui arrivait parfois d’ignorer le nom de son hôte. M. Thiele rapp>orte à ce propos l’anecdote suivante :

« J’étais allé, dit-il, avec Thorvaldsen, à un grand repas donné par M. Mosting, conseiller intime et ministre d’Etat. Nous avions quitté la compagnie en même temps et nous faisions route ensemble, lorsque le maître s’arrêta pour me demander : « Mais quel est donc ce M. Steman? — De quel M. Steman voulez-vous parler? — Celui de chez qui nous sortons! — Vous faites erreur, c’est par le ministre d’Etat, M. Mosting, que nous avons été reçus. — Vraiment! s’écria Thorvaldsen tout stupéfait. Par ma foi, je n’en savais absolument rien ! »

Pourtant, grâce à son domestique, l’artiste avait établi un certain ordre dans cette affaire des dîners. Pendant les premiers temps, il s’était laissé aller

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à une sorte de fantaisie sur ce point : quand rheure approchait, il regardait sur sa table, parcourait ses paperasses , et pêchait en quelque sorte au hasard parmi les quatre ou cinq invitations qu’il ne manquait pas d’y trouver. Mais un pareil système avait de nombreux inconvénients, et, pour ne froisser personne, Thorvaldsen dut le modifier.

Wilkens, son domestique, était un garçon d’ordre, dévoué et sachant les convenances; il fut chargé d’inscrire toutes les invitations à mesure qu’elles se produisaient. Quelqu’un engageait-il le maître : « Je ne puis rien promettre, répondaitil. Voyez Wilkens, il vous dira si je suis libre; c’est avec lui qu’il faut arranger cela. » Le serviteur devint un personnage; de grands seigneurs intriguèrent auprès de lui pour avoir un classement de faveur; on le flatta, on lui offrit de l’argent, mais rien ne put jamais changer l’ordre légitime : Wilkens était un honnête homme, esclave de la vérité et absolument incorruptible.

Cet arrangement fit que bien souvent on ne s’adressait même plus à l’artiste quand on souhaitait l’avoir à sa table; on se bornait à se faire inscrire sur la liste du domestique. Quand l’heure arrivait, tandis que le serviteur aidait son maître à passer son vêtement : « Où est-ce que je dîne aujourd’hui ? » demandait Thorvaldsen. Et comme Wilkens le conduisait toujours et revenait le chercher dans la soirée, il arrivait ainsi que le vieux

maître pouvait ignorer chez qui il dînait, s’il avait négligé d’avance de s’en informer.

Tant il est vrai que les grands artistes, comme les vrais poètes, tiennent presque toujours de l’enfant par un point de leur vie qui les porte à se laisser aller à l’impulsion étrangère. Vivant avant tout par l’imagination et par la pensée, ils agissent quelquefois avec la naïveté de l’innocence, lorsque la réalité les force à rentrer dans la vie commune.

Un jour Thorvaldsen fut invité par le roi luiméme. Le prince était venu avec la reine visiter l’atelier au moment où le modèle de la statue de Christian IV allait être terminé. « Monsieur le conseiller, dit gracieusement le souverain au moment de s’éloigner, je vous engage à dîner pour jeudi prochain. » Wilkens se tenait debout auprès de la porte, et l’artiste lui lança un regard interrogateur. Le pauvre domestique, tout rouge d’embarras , n’osa y répondre. « Est-ce que je puis accepter? lui dit son maître; est-ce qu’il y a quelque obstacle ? » Et Wilkens ayant commis l’imprudence de prononcer le nom d'Œrsted. k C’est juste! » reprit-il vivement en se retournant vers le roi : a Votre Majesté daignera m’excuser, je ne puis vraiment pas accepter. Jeudi est précisément le jour de fête d’Œrsted, et j’ai bien formellement promis d’aller à Roeskilde. » Tandis que les courtisans étaient à demi scandalisés de cette réponse : « Je le regrette beauedup, reprit le roi avec un

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sourire bienveillant; mais j’espère être plus heureux une autre fois. »

L'habitude était donc que Wilkens allât le soir chercher son maître dans la maison où il avait dîné; c’était généralement pour commencer une série de pérégrinations nocturnes dans les rues de la ville, car avec les dîners on ne pouvait satisfaire tout le monde, et il fallait promettre de se rendre à des réunions. Souvent il y en avait plusieurs le même soir; le domestique attendait pendant la visite; mais si l’artiste venait à s’attarder, on entrait dans la dernière maison au moment où tous les invités se séparaient. Le serviteur faisait-il respectueusement observer que les choses étaient allées de travers la veille au soir, dans la crainte qu’il en fût encore de même ce Jour-là : « C’est vrai, disait Thorvaldsen pour consoler son fidèle Wilkens, c’est vrai, nous sommes arrivés bien tard , mais en tout cas nous avons tenu parole (i). »

On avait pu remarquer depuis assez longtemps un homme âgé, de modeste apparence, qui venait presque chaque dimanche. Le maître le recevait cordialement, le faisait asseoir près de lui sur un canapé, et les deux vieillards se livraient alors à une longue et amicale conversation. Thorvaldsen y prenait-il réellement plaisir? on ne sait, bien qu’il ne manquât pas de paraître s’y complaire.

(1) Thiele.

Quant au visiteur, on voyait à l’épanouissement de son visage qu’il éprouvait la plus vive satisfaction.

U n dimanche , après une de ces visites , le sculpteur appela son domestique pour lui demander s’il savait qui était ce vieillard. Sur la réponse négative de Wilkens , il lui apprit que cet homme , Islandais de naissance et alors gardien du pont de Knippel à Copenhague, avait nom Thorvaldsen. a Peut-être souhaite-t-il quelque secours? dit le serviteur. — Non pas. Il m’a bien affirmé qu’il n’a besoin de rien , qu’il ne demande rien absolument. Mais il est convaincu qu’il est mon parent, il en est bien aise, et son plaisir est de me venir visiter. Qu’il vienne tant qu’il voudra, le brave homme, je me garderai bien de chercher à lui enlever son illusion, puisqu’elle peut le rendre heureux (i). »

Dans ses Souvenirs, publiés récémment (2), Wilkens rapporte que, lorsque le prétendu parent était installé au salon, Thorvaldsen aimait mieux faire éconduire les visiteurs les plus considérables, que de congédier le simple paysan, ou de le gêner en recevant en même temps que lui de grands personnages. Le même sentiment de bonhomie porta le maître à se croire obligé de rendre visite

(1) Thiele.

(2) Copenhague, O. H. Delbanco, 1874.

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à son tour au gardien du pont de Knippel, ce qu’il fit en effet très-consciencieusement.

Malheureusement, la bienveillance du vieillard était souvent altérée par des accès de mélancolie. Ses humeurs noires, rares dans sa jeunesse, furent fréquentes dans les dernières années de sa vie, bien qu'elles n’eussent aucune cause sérieuse. Il se souvenait alors qu’il avait été quelquefois volé ou trompé, et il devenait d’une misanthropie insupportable même pour ses meilleurs amis ; le visage sombre, il se retirait sur un coin de son canapé, et ne voulait voir personne; il prenait en dégoût son art même. Tous les efforts qu’on pouvait tenter pour le détourner de cette fâcheuse disposition d’esprit étaient inutiles, et le serviteur perdait ses peines en cherchant à lui faire prendre quelque distraction. Mais aussitôt que ces tristes impressions étaient dissipées, il regrettait les paroles désobligeantes qui avaient pu lui échapper , et ne négligeait rien pour en détruire l’effet.

Le fidèle Wilkens veillait avec sollicitude sur la santé de son maître; il eût voulu moins de courses la nuit dans la ville et plus de promenades le jour; après les longues heures de travail de la matinée, le vieillard se serait bien trouvé de prendre quelque peu d’exercice. A Nysoe c’était une habitude régulière, mais il n’en était pas de même à Copenhague; il fallait trouver des prétextes, et Wilkens déployait alors toute son habileté. Quand il pouvait donner pour but de sortie

la visite de l’atelier d’un artiste, il était presque toujours certain de réussir. Une fois dehors, il trouvait moyen de prendre le chemin des écoliers, et s’arrangeait souvent pour passer dans la rue où s’était écoulée la jeunesse de Thorvaldsen. Le vieillard s’arrêtait alors devant le n“ 226 d’Aabenraa; c’était là qu’il avait vécu avec ses parents avant son départ pour Rome. Il regardait la maison du haut en bas, montrait à Wilkens les fenêtres du logement paternel, au premier étage, et celle du petit cabinet où il avait employé bien des veilles au travail. Le serviteur pensant que Thorvaldsen prendrait sans doute plaisir à visiter l’intérieur de cet appartement, lui proposa un jour d’entrer dans la maison; mais à peine le timide vieillard eut-il fait quelques pas pour s’y introduire qu’il en sortit précipitamment : a Non, dit-il, éloignons-nous, on pourrait nous prendre pour deux intrigants. » Défiant comme il l’était devenu lui-méme, il trouvait naturel que d’autres le fussent.

Le vol dont il avait été victime à Rome avait augmenté chez lui cette disposition d’esprit; aussi avait-il fait fabriquer à Copenhague une forte caisse de fer destinée à renfermer ses collections de petits objets précieux. Pourtant il y avait longtemps que cette caisse était dans sa chambre, sans qu’il eût songé à s’en servir. Wilkens lui en fit un jour l’observation et lui demanda s’il ne conviendrait pas de s’occuper du rangement : « Non

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pas , répondit le maître en souriant d'un air malin : tous ces objets sont fort bien là où ils sont, et il faut les y laisser; maintenant, il serait très-plaisant que les voleurs vinssent dans ma chambre s’emparer de la caisse de fer. Qui serait le plus attrapé, d’eux ou de moi? »

Cette défiance était en partie cause de sa parcimonie, et le rendait d’autant plus difficile dans ses relations avec les marchands. C’est ainsi qu’il eut un Jour une querelle assez sérieuse avec un tailleur dont il avait jugé la note trop élevée. Dans la discussion, un malentendu fit croire à Thorvaldsen qu’on avait voulu tromper sa confiance , et il se courrouça au point de prononcer le mot de friponnerie. Le tailleur, qui était un honnête homme, fut profondément blessé, et se retira en disant qu’il n’accepterait rien pour son travail. Frappé du ton de dignité avec lequel cette déclaration lui avait été faite , l’artiste appela son domestique, et celui-ci ayant éclairci le malentendu : « Wilkens, cet homme a raison, dit-il, et je dois lui demander pardon. Allons-y tout de suite. »

11 le fit en effet, et de si bon cœur, que le tailleur fut touché de la démarche du vieillard. Thorvaldsen, pour s’acquitter envers lui, commanda sur-le-champ quantité de vêtements dont il n’aurait pas sans cela songé à se pourvoir, car il n’attachait nulle importance à l’habillement et n’était jamais disposé à renouveler sa garde-robe. Cette négligence désespérait son serviteur, qui tenait

beaucoup à ce que la dignité du conseiller fût sauve de ce côté.

Pour venir en aide à un peintre malheureux , le sculpteur payait un tableau le triple de sa valeur (i). Cette générosité lui paraissait toute naturelle. Mais il se pouvait faire que Wilkens lui dît quelques instants après : « La chaussure de monsieur le conseiller est tellement percée qu’elle laisse voir la doublure blanche.

— Vous n’avez qu’à y mettre un peu d’encre, et i;a ne se verra pas.

— Mais, monsieur le conseiller, cela pourrait paraître singulier, répondait le pauvre domestique.

— Singulier! A qui cela fait-il du mal? Est-ce que quelqu’un a le droit de m’en empêcher? » répliquait le vieillard en se fâchant sérieusement.

Voici une autre anecdote qui montre mieux encore l’intérét scrupuleux que le brave Wilkens prenait à la dignité de son maître.

L’artiste avait toujours aimé le théâtre; mais à Copenhague les dîners en ville avaient fini par le priver tout à fait de ce plaisir. Pour se ménager un peu de liberté, il résolut de se faire habituellement servir son repas chez lui, si toutefois la femme de Wilkens voulait se charger de ce soin. L’honnéte ménage mit tant d’empressement à

(i) C’est à cet esprit de libéralité qu’on doit attribuer le nombre de toiles médiocres figurant dans la collection du maître.

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satisfaire Thorvaldsen, que le maître eut, par scrupule, la crainte d’étre une cause d’embarras pour madame Wilkens. Cette pensée le préoccupa au point qu’il chercha une combinaison nouvelle: dans sa simplicité naïve, il crut l’avoir trouvée, et voulut insinuer à son domestique que sa femme aurait beaucoup moins de mal s'ils prenaient tous trois leurs repas ensemble. Le ménage habitait un petit appartement dans le palais même de Charlottenborg, ce qui rendait cet arrangement trèspraticable aux yeux.de l’artiste; mais avec son respect des convenances, Wilkens ne pouvait admettre quelque chose d’aussi monstrueux , et il chercha différents prétextes pour éluder cette proposition; quand elle se formula plus nettement, il donna pour raison capitale la différence d’heures, puisque sa femme et lui dînaient beaucoup plus tôt. « Si ce n’est que ça, repartit le vieillard, la chose est fort simple. Faisons-nous une réciproque concession : retardez un peu votre repas, et moi j’avancerai le mien; ainsi nous nous trouverons d’accord. »

Battu dans son dernier retranchement, Wilkens dut enfin donner le vrai motif de sa résistance : « Que penserait le monde, dit-il, quand il saurait que monsieur le conseiller dîne avec son domestique? — Le monde! le monde! s’écria Thorvaldsen. Vous voilà encore avec votre monde! Ne vous ai-je pas dit mille fois que je ne me soucie en rien de ce qu’il peut penser sur toutes ces

choses? Ne suis-je pas libre de vivre comme il me plaît?... Et puis, Wilkens, j’estime que dans votre état vous valez tout autant que je vaux dans le mien. » Et, mécontent, il bouda pendant quelques jours son serviteur.

Cette insouciance des distinctions sociales ne témoigne pas seulement de la naïveté de l’artiste , elle montre aussi un caractère simple auquel la plus haute fortune n’a donné aucune fierté. L’illustre sculpteur avait eu un roi pour ami, presque pour camarade à Rome; il avait été accueilli à la table des princes, des grands, des têtes couronnées, et il y avait fait bonne figure. Il lui semblait tout aussi naturel de venir s’asseoir à celle de son fidèle et honnête Wilkens : peu importait le rang, puisqu’il avait de l’estime pour l’homme.

Quand il eut pris l’habitude de dîner souvent chez lui,. Thorvaldsen voulut avoir quelquefois un ami à sa table, et son hôte le plus habituel fut le poëte Oehlenschlaeger. Un jour qu’il dînait dans ce tête-à-tête amical, il interrompit tout à coup la conversation pour s’écrier : « Mais qui est-ce donc qui a bien pu me faire présent de toute cette argenterie? Je cherche et je n’en ai positivement aucun souvenir! — Monsieur le conseiller m’excusera, répondit Wilkens, tout confus d’avoir à faire cette révélation devant un tiers, ma femme et moi avons reçu cette argenterie en cadeau de noces. — En vérité! j’avais toujours cru que cela était à moi », reprit le maître en riant, quand il

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vit que les couverts étaient en effet marqués au chiffre de son domestique (i).

Thorvaldsen allait encore dans le monde, où son grand renom, sa belle tenue, son affabilité, son caractère honorable, lui valaient les égards de tous ceux qui l’approchaient. Les dames goûtaient les manières courtoises de ce vieillard, dont les longs cheveux encadraient si bien un visage d’un dessin correct, d’une expression douce et gracieuse. On aimait surtout le voir dans son atelier se promenant vêtu d’une grande robe de chambre grise, une toque de velours noir posée sur sa tête blanche.

Quand il devait aller à la cour ou chez un ministre, il se faisait une grande affaire du choix des décorations qu’il porterait; il avait, en effet, une telle quantité de croix et de crachats, qu’il lui eût été impossible de les placer tous sur sa poitrine. Toutefois il n’attachait pas une importance exagérée à ces distinctions; pour lui, c’était plutôt une collection (2), intéressante au même titre que celle de ses pierres gravées et de ses médailles.

Ces marques flatteuses de l’estime des rois

(1) Souvenirs de Wilkens,

(2) Toutes ces pièces étaient rangées dans une cassette spéciale, et s’il ne songeait jamais à s’en prévaloir vis-àvis des hommes, il s’amusait quelquefois à les montrer aux visiteuses comme des bijoux agréables.

n’avaient pas donné à Thorvaldsen plus de vanité que sa fortune et sa gloire n’avaient mis en lui d’orgueil; il est toujours demeuré simple. Si quelquefois, très-rarement d’ailleurs, il a parlé de ses œuvres de prédilection avec un juste sentiment de leur valeur, il n’en a jamais parlé avec suffisance. Quant aux ouvrages des autres artistes, il les admirait volôntiers et les louait de bonne foi ; son indulgence sur ce point b’était nullement calculée, mais naturelle ; dés que dans une œuvre d’art il pouvait se trouver quelque lueur du feu sacré, il la discernait du premier coup, et c’était pour lui un plaisir de la faire distinguer à d’autres. Les accès de misanthropie auxquels il était sujet, qui lui faisaient oublier momentanément sa bienveillance, pouvaient le rendre injuste envers les hommes, le tromper sur leur valeur et leur caractère; ils ne le portaient jamais à méconnaître le talent des artistes, ou le mérite de leurs ouvrages.

Ce fait montre que sa misanthropie était accidentelle, qu’elle ne tenait pas au fond de son caractère. Il prouve que la jalousie, dont on accuse souvent les artistes, était entièrement étrangère à sa nature. Le maître s’était toujours plu à rendre service à ses confrères , et l’on pourrait citer nombre de traits qui témoignent de son désintéressement et de sa bonté. Voici un exemple entre mille. Le roi de Prusse avait commandé une statue à Thorvaldsen : « Sire, répondit celui-ci, il y a en ce moment à Rome un de vos fidèles sujets qui serait

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plus capable que moi de s’acquitter, à votre satisfaction , de la tâche dont vous daignez m’honorer. Permettez-moi d’appeler sur lui votre royale protection. J) Le sculpteur ainsi recommandé et qui se trouvait alors dans une position gênée, s’appelait Rodolphe Schadow. La démarche de Thorvaldsen fournit à Schadow l’occasion de produire une œuvre charmante, la Fileuse.

l’ange du baptême.

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