VIE DE TU OR VAL DSE N
Thorvaldsen modela en 1821 le buste du futur roi de Bavière, et en échange celui-ci lui promit son poitrail. Avant le départ de son royal ami, le sculpteur lui donna, chez la signora Buti, une grande fête d'artistes à laquelle le prince prit un vif plaisir. On peut en juger par la lettre qu'il écrivit dès son retour à Munich :
« Nymphenbourg, près de Munich, 15 mai 1821.
«Monsieur le conseiller d'État!... Non... ce n'est pas cela... Cher, hou et grand Thorvaldsen ! car les rois sont impuissants à donner ce que dit ce nom. Longtemps après que la gloire militaire, cette gloire sanguinaire, a cessé de faire son fracas, le nom du grand artiste vit encore, pur, sublime, béni du ciel, et ses œuvres immortelles engendrent éternellement d'autres œuvres.
» Les dernières heures que j'ai passées à Rome <»ul été embellies par la bonne fête que m'a donnée; mon excellent Thorvaldsen. Mais les adieux n'en ont été que plus pénibles.
» Dites de ma part une foule de belles choses à l'excellente Famille Buti et à Nano. Ne m'oubliez pas auprès de la signora Girometti, une vraie, très-vraie Romaine, ni auprès de l'aimable Moretta1.
dep mis 1830. On connaît aussi sa liaison avec la belle l.ola Moulés. Bien que la favorite du vieux roi lit profession de libéralisme, son ingérence dans les affaires de l'Etat amena de nouvelles complications, et elle lut obligée de s'éloigner en février 1848. Le mois suivant (le 20 mars), le roi dut abdiquer en faveur de son fils aîné Maximilicn II.
Ee roi Louis, aujourd'hui octogénaire, s occupe toujours de beaux-arts, et n'a pas cessé de protéger les artistes. On ne se souvient plus eu Bavière que de la sage administration dis finances pendant son règne, et l'on n'a pas oublie-' que c'est à ce prince qu'on doit le beau canal qui porte son nom, Ludwigskanal, et qui unit le Danube au Mein; c'est aussi grâce à lui <pie la Bavière a vu inaugurer le premier chemin de fer de l'Allemagne, celui de Nuremberg à Furth, et Louis Ier a reconquis depuis longtemps toute son ancienne popularité.
1 F. a lettre du prince est en allemand, sauf cette phrase : » Dite délia mia parte moite belle cosealla brava fainiglia Buti ed al Nano, e non dimenlicateini presso la vera, la vorissima Komana, la signora Girometti, neppure presso l'amabile Moretta. »
Même en allemand, le roi Louis a un style épislolaire à lui, et qui est souvent aussi bizarre qu'original.
m J'ai fait le voyage en dix jours, pour que Rome me parût inoins loin de chez moi. Je suis arrivé, et vous, hommes chéris et bons, vous êtes encore près de mon cœur.
h Je pars demain pour Wurzbourg. Il se pourrait donc que mon portrait n'arrivât à Rome que l'hiver prochain. J'aime mieux que vous le receviez plus tard que de le recevoir en mauvaise condition, vous qui m'avez représenté vivant en marbre.
» Adieu , au revoir.
» LOUIS , prince royal , » faisant grand cas de mon Thorvaldsen. »
En 1822, le 16 octobre, ce même prince lui écrit encore : « Cher bien-aimé et grand Thorvaldsen, je suis très-aise d'apprendre que mon portrait peint vous est agréable. Quand vous le regarderez, rappelez-vous qu'il représente un homme qui, bien que séparé de vous par les Alpes et les Apennins, est cependant toujours près de vous par la pensée. »
Puis en finissant : « Je souhaite vivement que le Niobide Ilionée soit restauré par vous, et qu'ensuite Adonis (le marbre) reçoive l' achèvement de votre main de maître. Veuillez également ne pas oublier les bas -reliefs évangéliques \ Vous obligerez infiniment celui qui a pour vous la plus grande estime et l'affection la plus profonde. »
Ces hautes amitiés ne changèrent en rien le caractère de Thorvaldsen. Depuis son retour à Rome, il s'était remis à l'œuvre avec beaucoup de zèle, car il avait à exécuter non-seulement les importants travaux promis à sa patrie, mais encore ceux, non moins considérables, pour lesquels il venait de prendre des engagements en Allemagne. Le monument de Poniatowski , celui du prince Potocki , celui du feld-maréchal de Schwarzenberg (demeuré pourtant à l'état d'ébauche), celui de Copernic, exigeaient un
1 Ces bas-reliefs doivent être ceux que l'artiste entreprit de modeler en 1X17 et qui représentent l'Annonciation de la Vierge et les Saintes Femmes au tombeau. Le prince voulait en placer les marbres dans une éjjlise qu'il se proposait d'élever à Munich .