‹ Thorvaldsen, sa vie et son œuvreChapitre 13 sur 196 · VIE DE T (TORVALDS EN · texte numérisé non relu

VIE DE T (TORVALDS EN

vaste emplacement, et obligèrent Thorvaldsen à installer encoie de nouveaux ateliers. Il avait du reste sous sa direction une véritable phalange d'élèves et de praticiens qui, suivant leurs talents, lui rendaient d'importants services On ne s'étonnera pas qu'il ait dû appeler à son aide de nombreux auxiliaires, si l'on se rappelle (pie le maître travaillait en même temps au Christ, aux douze Apôtres, au Sermon de saint Jean , à toutes ces grandes compositions, en un mot, qui ornent aujourd'hui l'église de Notre-Dame à Copenhague.

Chaque jour aussi amenait une commande nouvelle : tantôt c'était un buste, tantôt la reproduction de quelque oeuvre antérieure. Il ne faut pas oublier non plus ces travaux spontanés, fruit d'une imagination féconde ou d'une fantaisie d'artiste.

La baronne de Keden , femme du ministre du roi de Hanovre à Rome, lui écrit un joui' : « La petite Albanaise dont je vous ai parlé chez le prince de Danemark vient d'arriver; elle sera chez moi jusqu'à quatre heures. Si vous désire/, la voir, je me ferai un plaisir de vous la présenter. »

C'était une enfant de treize ans, d'une beauté extraordinaire, (pie le secrétaire de la légation de Hanovre avait vue eu passant à cheval dans une rue d'Albano. Celle jeune fille, restée célèbre parmi les artistes, appartenait à une pauvre famille et se nommait Vittoria Cardoni. Tous les peintres, tous les sculpteurs, tentèrent de reproduire cette beauté à la fois si pure, si admirable, et si étrange; niais, de leur commun aveu, personne n\ réussit pleinement, et Thorvaldsen ne fut pas plus heureux que les autres. Cependant il se servit du joli buste qu'il modela d'après ici le jeune

1 M. Tbiele donne la liste de ceux qui le secondèrent à cette époque et dont

quelques-uns devinrent eux-mêmes des artistes ren( lés : âmadeo, Babone,

Bardi, les frères Bienaimé, Bogazzi, Cali, Carlesi, de Aiqjelis, Ercole le Honyrois, Ferenczy, Freund, Gaëti, Gai I i , Hermann (Joseph), Hofer, Kauffmann, Kessels, Landini, l.aunilz, l.eel), l.ivi, Marcbelli, M a i esclialchi , Michelangelo, IVloglia, Moïse, Monti, Orlowski, Paccetti, Peltrich, Baggi, Bestaldi, Santi, Schneider, Stephan le llonyrois, Tacca, Tanzi, les frères Tenerani, Vacca, Wblff.

Voilà une phalange respectable déjà, bien qu'il se puisse faire que quelque nom soit oublié dans cette liste.

fille, pour une figure de femme qui fait partie du Sermon de saint Jean l.

Thorvaldsen paraît avoir été préoccupé de ses grands travaux religieux depuis son départ de Copenhague : sur les débris d'un portefeuille de voyage, on a retrouvé une foule de croquis, représentant des apôtres ou d'autres figures chrétiennes, soit que ces figures lui vinssent à l'imagination au moment même, soit qu'il en trouvât l'idée dans quelqu'une des œuvres étrangères observées durant son voyage.

A Rome il se livra ensuite à des études d'un ordre plus élevé, fit avec soin un grand nombre de dessins, et, dès les premiers mois de l'année 1821 , commença ses ébauches en argile. Après en avoir modelé plusieurs, il appela ses élèves à son aide : celui qui était désigné pour étudier une des figures prenait la petite ébauche en terre, qui lui donnait le mouvement ; il recevait des instructions précises pour le choix du modèle à faire poser, pour le jet de la draperie; le maître venait surveiller, corriger le travail, le modifier, le reprendre, et c'est ainsi que tant de grands ouvrages pouvaient être menés d'ensemble avec une certaine rapidité.

Le Saint Paul avait été confié à un jeune artiste qui ne se trouva pas à la hauteur de cette mission, et le maître refit en entier le modèle. Bienaimé l'aîné, chargé d'étudier le Saint Pierre, avait mieux réussi à amener son ébauche au point voulu. Ces deux apôtres sont incontestablement très-supérieurs à tous les autres.

Quand après bien des essais Thorvaldsen eut arrêté dans sa pensée l'attitude qu'il donnerait à son Christ, il admit Tenerani à une certaine part de collaboration dans cette œuvre, mais uniquement pour étudier les détails de la figure. Plus tard, en modelant lui-même l'argile de grande dimension , le maître fut atteint d'une courbature, causée par la fraîcheur de l'atelier, et remit provisoirement la figure entre les mains de Tenerani. Forcé d'interrompre un travail qui demandait une complète liberté d'action, il ne put cependant rester inactif, et il employa le temps

1 C'est la femme assise qui tienl un enfant.

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que dura celle indisposition à s'acquitter de sa promesse envers l'Académie des beaux-arts de Milan. Il composa le monument d'Appiani : le Génie de Fart chante la gloire du peintre, dont les Grâces déplorent la mort. Dès que Thorvaldsen fui rétabli, il reprit à lui seul la statue du Christ, dont il termina l'argile avec soin. Pendant ce temps, les Apôtre* et le Sermon de saint Jean avançaient partiellement entre les mains de ses élèves1, de sorte qu'en 1822 cette œuvre complexe avait déjà (ail de grands progrès, et qu'une partie importante en avait été livrée au moulage.

Elle eut bientôt à subir les amères critiques de la jalousie; mais l'artiste paraît ne pas s'en être inquiété. Encouragé par de sérieuses approbations, il écrivit à un ami :

« Mes récents travaux de grande dimension , notamment le modèle de la statue colossale du Chris! et ceux des apôtres saint Pierre et saint Paul ont eu le bonheur d'enlever les suffrages de tous les connaisseurs de celle ville. »

Thorvaldsen passant d'un travail à l'autre avec une remarquable liberté d'esprit, poursuivit en même temps ses ouvrages destinés à l'Allemagne; il allait de son Christ au monument de Poniatowski, du Saint ' Jean a la statue du prince Potocki, ou au monument de Copernic.

Pendant l'été de 1822, il trouva près de son atelier un vaste local, servant d'écurie au palais Barberini, dont le jour était excellent; il s'empressa d'en former ce qu'il appela son grand atelier, parce qu'il y réunit bientôt Ions ses modèles d'importante dimension. Le Sermon de saint Jean-Baptiste j fut rassemblé tout entier, et l'on put dès lors eu apprécier l'ensemble.

1 Bienaimé jeune , Tenerani jeune el Marchetti étaient chargés Ho saint Matthieu, do saint Thomas et de saint Jacques. Les autres apôtres étaient étudiés : saint Philippe, pat- Pettricb, saint Jacques , par Bienaimé jeune; saint Simon, par Emile Wblff; saint Barthélémy, par Carlesi; saint André, par Joseph Hermann. Quant au saint Jean, exécuté par Paccetti, il lut laissé de côté et recommencé en 182i par Marchetti. Celui de Paccetti l'ut plus tard modifié et servit à représenter le saint Thaddée, afin de compléter en toute hâte les don/.e apôtres, quand l'artiste Cul vivement sollicité' d'envoyer sans délai tons les plâtres à Copenhague, parce qu'on voulait inaugurer la nouvelle église. Ces plains furent embarqués à Livourne en janvier IS2H.

En 1823, il composa aussi son premier Ange du baptême1.

Thorvaldsen était alors en possession complète de sa gloire. Il était même sans rival à Rome, puisque les arts avaient perdu Canova en octobre 1822. Six mois après, le 23 mars 1823, peu s'en fallut qu'ils ne fissent une nouvelle perte : un accident faillit coûter la vie au sculpteur danois. Après avoir comme d'habitude soupe chez la signora Buti, il était rentré chez lui avec le fils de cette dame, afin de lui prêter ses pistolets. L'enfant avait grande envie de prendre part, avec les autres garçons de son âge, aux jeux bruyants qui ont lieu à Rome le jour de Pâques. Pendant que l'artiste faisait partir la détente d'un des pistolets pour s'assurer qu'il n'était point chargé, le jeune Buti se saisit de l'autre arme. Au même instant le coup partit et Thorvaldsen tomba frappé. La secousse avait été violente ; heureusement la blessure ne fut point grave : deux doigts de la main gauche étaient atteints, mais la balle, après s'être amortie dans l'épaisseur des vêtements, avait rencontré une côte qui l'avait fait ricocher, puis elle était venue s'aplatir contre un bouton.

Thorvaldsen fut obligé de se soigner et de porter le bras en écharpe pendant quelques jours. Bientôt ses amis n'eurent plus qu'à célébrer le bonheur providentiel qui l'avait préservé; une grande fête fut donnée à cette occasion, et de nombreuses félicitations en prose et même en vers furent adressées à l'artiste.

Le sculpteur, qui jusqu'alors avait eu peu de relations avec les grands dignitaires de l'Église romaine, eut l'occasion d'être présenté par le prince de Danemark à l'illustre cardinal Ercole Consalvi , cet habile adversaire de Napoléon Ier, qui avait autrefois négocié le Concordat, et qui eut ensuite à porter le poids principal de la querelle entre la Papauté et l'Empereur.

Les Romains professaient une grande vénération pour Pie VII, et ils en avaient une presque égale et non moins méritée pour

1 11 se proposait de l'offrir à l'église de Notre-Dame, car il n'avait rien été stipulé sur ce point. Le marbre lui en ayant été commandé par lord Lucan, il l'exécuta, et fit un peu plus tard une nouvelle composition. Cette fois l'ange est agenouillé; c'est celui qui figure aujourd'hui dans l'église.

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Gonsalvi. Quanl au cardinal, il avait voué au Saint-Père une respectueuse et filiale affection; tics l'année 1822 il avait songé a ('•lever un monument à la mémoire de Pie V[[, bien que le Pontife vécût encore à celte époque. Le testament de Consalvi1 porte en effet :

« Considérant qu'il serait grandement inconvenant qu'un Pontife de tant de célébrité, <pii a si bien mérité de l'Église cl de l'État, comme Pie VII, n'eût point après sa mort (puisse Dieu prolonger ses jours!) un tombeau dans la basilique Vaticane, comme semble l'indiquer la médiocrité des revenus qu'il laisse à ses neveux; mû par mon dévouement et mon attachement à sa Personne Sacrée, inspiré par la reconnaissance que je lui dois comme premier cardinal de sa création, comblé des bienfaits de sa souveraine boule, j'ai résolu de lui faire ériger un mausolée à nies frais dans la susdite basilique.

» Dans ce but, j'ai tâché de faire des économies sur les dépenses annuelles destinées à mon entretien, et de réunir une somme de vingt mille écus romains. Si je mourais avant Sa Sainteté, comme je le désire, mon héritier fiduciaire reste chargé de consacrer la somme fixée à l'érection de ce tombeau, dont l'exécution sera confiée au ciseau du célèbre marquis Ganova, et, à son défaut, au célèbre chevalier Thorvaldsen, et, si celui-ci ne pouvait l'exécuter, à un des meilleurs sculpteurs de Rome.

» L'inscription suivante sera gravée sur ce tombeau :

PIO VII, C1IARAMONTIO , C.ESLNATI , PONTIEICI MAXIMO, HERCULES, CARDINALES CONSALVI, HOM ANUS , AD ILI.O CRLATl'S.

» Le tombeau aura trois statues : sur l'urne, celle du Pape; aux deux côtés, celles des vertus, la Force ei la Sagesse.

» Rome, Ier août 1822.

» Signé : E. cardinal CONSALVI. »

1 Voir les Mémoires du cardinal Consalvi, publiés par J. Crétineau-Joly, t. I". 2e édit., 1866. 11. Pion.

Pie VII précéda son fidèle ami dans la tombe, et ce fut une profonde douleur pour Gonsalvi, qui songea dès lors à mettre à exécution le projet consigné dans son testament; mais Canova étant mort, il fit appeler Thorvaldsen. C'était au mois de novembre 1824. Lorsqu'on vint avertir l'artiste, il travaillait précisément à Tune de ses œuvres religieuses , l'Ange du baptême ; surpris de ce message, il se rendit au palais habité par le cardinal; dès qu'il eut décliné son nom , il fut reçu avec de grands égards et conduit auprès de Son Eminence.

Thorvaldsen, qui avait de la vénération pour le prélat, fut tellement pénétré de l'honneur qu'il lui faisait en lui offrant d'exécuter le tombeau de Pie VII, que, malgré les immenses travaux dont il était déjà accablé, et avec sa témérité ordinaire sur ce point, il accepta sans hésiter. En revenant à son atelier, lui habituellement discret et réservé, il raconta joyeusement aux amis qu'il rencontra cette bonne fortune inouïe à ses yeux '. Le cardinal donnait certainement une haute preuve d'estime à l'artiste protestant, en le chargeant d'élever un monument dans Saint-Pierre de Rome au chef de la catholicité. Mais, à défaut de Canova, le sculpteur catholique, Gonsalvi n'avait trouvé aucun artiste qui pût être préféré à Thorvaldsen. Telle doit être l'interprétation à donner aux termes du testament , qui assigne un rôle subsidiaire au sculpteur danois.

Cette commande produisit une grande surprise à Rome ; les ennemis de Thorvaldsen en firent le motif de nouvelles et violentes attaques. Tout alla bien néanmoins tant que vécut le cardinal, et l'artiste n'eut pas a prendre souci de la cabale. Il se mit à l'œuvre, suivant les indications précises qui lui avaient été données, et dont il lui eût été difficile de s'écarter : il était alors admis par l'usage, fonde sur des précédents, qu'un monument en l'honneur d'un Pape décédé devait se composer du portrait du Pontife et de deux figures allégoriques. Le monument devait nécessairement former une sorte de pyramide, afin de prendre place dans une de ces grandes niches

1 Thiele.

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qui, dans l'intérieur de Saint-Pierre, sont destinées à recevoir de semblables ouvrages.

La première ébauche en terre glaise tilt exécutée en janvier 1824'. Le Pape est assis, il tient une palme à la main, cl deux anges soutiennent au-dessus de sa tête une couronne étoilée. Cette composition ne fut pas acceplée, parce que ces deux attributs, la palme et la couronne d'étoiles, appartiennent aux saints, et que naturellement Pie VII, qui venait de mourir, n'était pas canonisé.

Le cardinal mourut, le 24 janvier 1824, à l'âge de soixante-sept ans, au milieu du deuil universel. 11 avait depuis longtemps placé au Mont-de-Piété de Rome8 les vingt mille écus destinés à I érection du monument, et, grâce à ce dépôt, il ne pouvait être fait à l'artiste aucune difficulté pour le payement; mais l'envie et l'intolérance lui suscitèrent de nombreux ennuis, et il n'était pas [très de voir la fin des tourments «pie cette affaire devait lui causer.

Thorvaldsen lit une nouvelle esquisse. Celte lois, il représenta le Pape se démettant de toutes ses grandeurs comme souverain el connue pontife : il a déposé la tiare, el il est assis, accablé sous le poids de toutes ses souffrances. Bien que la composition lui touchante, elle ne pouvait convenir aux idées admises par l'Eglise, et ce n'était pas ainsi que devait être représenté le l'ère des fidèles au moment de sa délivrance terrestre. 11 fallut donc imaginer un troisième modèle.

Pendant que l'artiste s'occupait de ce travail, il avait aussi donne son attention au buste du Saint-Père, dont il avait étudie la figure; comme documents il possédait plusieurs bonnes peint lires: un

1 Les deux premiers croquis qu'on retrouve de ce monumenl sonl rapidement crayonnés, l'un au verso d'une lettre du 12 novembre 1823, le second an dos d'une antre lettre qui porte la date du 10 décembre. (Thiele.) Le Musée de Copenhague conserve un grand nombre d' esquisses semblables parmi les papiers de l'artiste.

- (le dépôt avait été fait quelques jours après sa première entrevue avec le sculpteur. Dans le document officiel qui le constate, Consalxi déclare la somme remise par une personne qui ne s'est pas nommée, sans doute parce qu'il lui répugnait de paraître faire publiquement parade de donateur. .Mais la récente publication de son testament, dont nous avons reproduil plus haul la dernière clause, nous a éclairé définitivement sur ce point.

masque surtout lui fut d'une grande utilité. Il avait à peine eu le temps de commencer cette partie de son œuvre au moment où mourut le cardinal.

Les nombreux amis de Consalvi souhaitèrent qu'une médaille fût frappée en F honneur de l'illustre homme d'Etat ; à cet effet, un comité se forma sous la direction de la duchesse de Dcvonshire et de l'ambassadeur du roi de Hanovre, le baron de Reden. La souscription, rapidement couverte de signatures, atteignit un chiffre si élevé, qu'après qu'on eut fait frapper deux médailles, l'une de Girometti et l'autre de Cerbara, il resta un excédant de sept cent soixante-quatre éeus1. On n'hésita pas à venir trouver Thorvaldsen, et on le pria de vouloir bien exécuter un monument en l'honneur du cardinal. L'artiste, heureux de pouvoir donner cette marque de pieux souvenir, s'en chargea sur-le-champ.

Le monument devait être élevé au Panthéon , où le cœur de Consalvi avait été déposé. A l'aide d'un buste appartenant à M. Torlonia, d'un portrait peint par Lawrence et de la médaille de Girometti, Thorvaldsen modela le buste, en se faisant assister des indications d'une personne qui avait vécu longuement et familièrement avec le cardinal. Il fit ainsi une belle œuvre et un portrait ressemblant2.

L'érection du monument fut entravée par des difficultés imprévues; pour les faire lever, le baron de Reden eut recours au Pape lui-même, et ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à inaugurer le mausolée le 17 septembre 1824.

Le sarcophage ne portant qu'une simple inscription, l'artiste trouva le monument insuffisant , et fit lui-même les frais d'un basrelief, pour lequel il imagina une composition qui en complétait la signification. Un des services les plus considérables rendus par le cardinal à la Papauté était sans contredit d'avoir, après d'habiles négociations au congrès de Vienne, fait recouvrer au Saint-Siège les provinces que lui avait enlevées le traité de Tolentino, en 1799.

1 Thiele.

1 Le comité offrit à Thorvaldsen pour son marbre la somme de 440 écus, et les 324 écus restants furent employés à l'acquisition du sarcophage.

V I li DE T II (H! V A LDS I. N. Ni)

Ces provinces sont figurées par des femmes à genoux devant Pie VII, qui les bénit; elles sont présentées au Souverain Pontife par le cardinal1.

Le monument de Gonsalvi lut donc achevé Longtemps avant celui de Pie VII, qui demandait beaucoup plus d'étude el de travaux. Ce dernier n'était d'ailleurs pas négligé, et la troisième esquisse, <[ui parvint à mettre d'accord l'artiste et les personnes chargées de suivre l'exécution des volontés du défunt cardinal, était terminée dès la fin de l'année 182 4. Le Pape est revêtu de ses habits sacerdotaux; il est assis sur son siège pontifical; la Lourde chape recouvre son bras gauche; sa main droite est levée el bénit.

L'esquisse adoptée, Thorvaldsen acheva prudemment celte œuvre sans en parler"; quand La statue du Pape fut terminée, c'est-à-dire en 1825, on s'en occupa dans la ville, (le lut L'occasion pour les envieux de s'élever contre l'ouvrage d'un hérétique; mais L'artiste persista résolument dans son travail et ne s'y consacra «pi avec plus d'ardeur. Les deux statues, ht Force et lu Sagesse, «pu devaient accompagner celle du Pape, étaient dessinées ; Thorvaldsen les mit de suite entre les mains de ses élèves, pour en taire les premières ébauches en relief. « Peu m'importent toutes ces cabales, disait-il a ses amis; le monument m'a été commandé, el je vous réponds que je le finirai, »

Par une coïncidence assez curieuse, au temps même où l'intolérance alimentait ces mesquines rivalités, en 1825, on vint au nom d'un couvent de capucins prier L'artiste de vouloir bien se chargei

1 l'en de temps après l'offre que Thorvaldsen fil de ce bas-relief, il recul ■< son lour, delà part du comité el des mains du baron de Reden, -on président . une coupe d'argent, ornée de médaillons frappés à l'effigie du cardinal, ave< celle inscription gravée au milieu de guirlandes de sijjne :

GLI AMIC.I DEL DEFCNTO CAHD. GONSALVI ALL^ AMICO \. THORVALDSEN, IlOMA M. D. GCC. XXV.

L'artiste donna plus lard cette coupe à sa fille. (Thiele.)

- Bienaiiné fut chargé d'en taire un modèle colossal. Le buste était déjà achevé par Thorvaldsen, qui l'axait longuement étudié. La tète dut être charger de la tiare, et pour qu'il eut plus de facilité à exécuter les draperies, les vêtements pontificaux eux-mêmes furent confiés à l'artiste. Aussi les visiteurs trouvèrent-ils pendant quelque temps la porte de l'atelier fermée.

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de l'érection d'une croix avec ornements et inscriptions, sur la place dite des Capucins, à côté de la place Barberini. C'était un ouvrage bien peu digne du talent de Thorvaldsen ; pourtant l'artiste l'accepta volontiers, et, devinant sans doute le parti qu'il pouvait tirer de cette circonstance, il mit tant d'empressemenl à satisfaire les moines, que bientôt la croix fut solennellement érigée1. 11 ne voulut recevoir aucune rétribution pour ce travail, et les Capucins se montrèrent fort touchés de ce procédé généreux. Il est d'ailleurs permis de soupçonner qu'ils avaient finement calculé en s' adressant à l'artiste hérétique, et qu'ils avaient peutêtre espéré, les circonstances aidant, élever ainsi leur croix à peu de frais. Quoi qu'il en soit, la libéralité du sculpteur esl consignée sur le devis même des dépenses. On y lit : « Tutto ê conchiuso! S. Francesco è un grau santo! Saremo quattro benefattori. Il cavalière Thorvaldsen, benefattorc, s'incarica dell' esecuzione , etc. »

Quant à l'artiste, il trouva moyen de repousser ainsi par un nouveau fait2 cet argument dirigé contre lui, qu'un protestant ne peut être chargé d'exécuter un ouvrage destiné au culte catholique. Répondre ainsi valait mieux que discuter.

Cependant le mausolée de Pic VU n'était pas achevé, et les défenseurs de Thorvaldsen pensaient eux-mêmes qu'il ne mettait pas l'empressement convenable à terminer une telle œuvre. Les jaloux en tiraient parti pour incriminer sa lenteur comme un manque de respect envers la mémoire du Saint-Père. La vérité est que l'artiste, accablé de travaux, ne pouvait s'occuper exclusivement de cet ouvrage; mais des envieux écrivirent de honteuses lettres anonymes 3, et la puissance de la cabale lit douter un instant de l'érection du monument dans Saint-Pierre. Néanmoins deux faits inattendus firent échouer les tentatives hostiles.

Ganova était mort président de l'Académie de Saint-Luc, et le peintre d'histoire Camuccini avait après lui occupé cette fonction

1 20 avril 1825.

J l.e monument île Consalvi avait été inauguré l'année précédente. 5 Voir Thiele, vol. II, chap. xn.

VIE DE THORVA.LDSEN. !)l

honorifique 5 aux tenues du règlement, il devait, après trois années, être remplacé par un sculpteur, fia supériorité de son talent appelait Thorvaldsen au fauteuil présidentiel, et ses adversaires, qui n'avaient aucun concurrent sérieux à lui opposer, étaient dans la plus complète irrésolution. Ses amis déclaraient hautement que ce serait une honte pour l'Académie; de nommer un autre que lui ; tandis que les envieux répondaient qu'il \ aurait un véritable scandale à revêtir de telles fonctions un artiste qui n'était pas catholique.

Quel que dut être le résultat de la lutte, ce débat ne pouvait tourner qu'à l'honneur du sculpteur : liil-il même repoussé pour des considérations étrangères à Part, sou mérite était tout a faif hors de cause. Aussi n'y songeait-il «pie pour rire avec ses amis de l'extrême embarras du parti opposé. Il n'était d'ailleurs pas douteux que la majorité ne lui fui acquise au sein de l'Académie; mais il se présentait une difficulté assez, sérieuse, même aux yeux des personnes qui défendaient ses intérêts. A raison de ses fonctions., Je président de l'Académie doit, en certaines circonstances solennelles, assister officiellement aux cérémonies «lu culte catholique, et l'on se demandait ce que penserait le gouvernement pontifical si l'artiste protestant était appelé en pareil cas a représenter l'Académie.

On jugea prudent de soumettre l'affaire au Saint-Père. « Est il douteux qu'il soit le plus grand sculpteur que nous ayons aujourd'hui à Rome? " demanda Léon XII. « Le fait est incontestable, » répondit-on. « Le choix ne peut doue cire incertain, cl il doit être nommé président . Seulement , il \ aura tels moments ou il verra qu'il doit être indispose. » Les paroles du Souverain Pontife levèrent tous les scrupules, le L 6 décembre I S 2 r> , Thorvaldsen lui élu, a la majorité des suffrages, président de l'Académie de Saint- Luc pour la période ordinaire de trois années: un lui remit la

décoration pro merUoy attachée à ce litre.

fia décision libérale de Léon XII était d'un bon augure pour l'érection du monument de Pie Vit; mais une démarche person n elle du Pape eut une portée encore plus significative. Le Souverain

92 I» lî E M I Ë II E I* A RT I E.

Pontife, désireux de voir le mausolée de son prédécesseur, annonça qu'il se rendrait à l'atelier du président de l'Académie. C'était en quelque sorte une approbation officielle. Le Saint- Père vint en effet , et l'on rapporte que , s' étant par hasard arrêté devant le bas-relief les Ages de l'Amour, il goûta la finesse ingénieuse de cette composition profane.

Ce bas-relief avait été modelé pendant la semaine sainte, en 1 824. Durant plusieurs jours, les ateliers avaient été fermés, suivant l'usage, et l'artiste avait profité de cette circonstance pour reposer son esprit de ses grands travaux, en se donnant la distraction d'une création gracieuse. Il possédait depuis longtemps un gros bloc de Carrare dont il projetait de faire un vase, et les Ages de l'Amour furent destinés, dans le principe, à orner le contour de ce vase. La fameuse peinture d'Herculanum, la Marchande d'Amours, lui en avait donné la première idée; dans le bas-relief de Thorvaldsen, c'est Psyché qui remplit le rôle de la marchande, et elle distribue les Amours suivant l'âge de ceux qui viennent à elle. Cette charmante composition eut un immense succès et fut reproduite tant de fois, que le sculpteur n'eut pas toujours le loisir d'en surveiller d'assez près les différents exemplaires1.

Malgré la visite de Léon XII, le monument de Pie VII demeura encore longtemps en main avant d'être achevé. Des difficultés matérielles en retardèrent d'ailleurs l'érection. En novembre 1830, l'artiste fut appelé pour examiner soigneusement l'emplacement ; mais comme il avait ignoré que le cercueil du Pontife dût être déposé dans le mausolée, il avait fait un faux calcul de la profondeur2, qui changeait toutes les conditions de la perspective. Ce n'est pas tout : la hauteur de l'arcade ayant été inexactement indiquée, toute l'économie des proportions par rapport à la figure

1 Plus tard, il s'étonna lui-même de la grande différence qu'il trouva entre une des répétitions et le modèle primitif. Le premier marbre, qui est un basrelief ordinaire, a été exécuté pour Labon chère. Cet Anglais se trouvait alors à Rome et pressait Thorvaldsen d'achever la statue de Vénus qu'il lui avait commandée.

5 II fallait en effet que ta profondeur fût en rapport avec la longueur du cercueil.

V I E DE THORVA LDSEN. !»:{

principale allail se trouver détruite, Les efforts de l'artiste tendirenl à rétablir l'équilibre général du monument, et , dans ce travail d'ajustement, il fut entraîné à ajouter deux nouvelles figures, deux anges placés à la droite et à la gauche du Pontife1.

11 ne l'ai I ii f rien moins que l'habileté du maître pour surmonter ces difficultés, et c'est ainsi qu'après bien des tracas, bien des traverses de toutes sortes, fut enfin érigé à Saint-Pierre de Rome, en 1831 , le monument du pape Pie VII, commandé sept ans auparavant par le cardinal Consalvi.

1 Thorvaldsen, qui tenait à no pas laisser le monument incomplet, modela ces deux anges avec une promptitude incroyable, et mil provisoirement les plâtres à la place que devaient occuper les marbres. Ceux-ci ne fuient achevés nue quelque temps plus lard. (Thiele.

CAVAI.IRfl m LA FRISE le Triomphe <!' Alexandre.

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