DIAGNOSTIC
Nous n’entreprendrons pas d'énumérer ici les affections nombreuses avec lesquelles la thrombophlébite sinuso-jugulaire pourrait être confondue. Nous insisterons seulement sur les résultats fournis au point de vue diagnostic par deux modes d’'exploration clinique acclimatés depuis peu en otologie : 1° la ponction lombaire, 2° l'examen du sang en. Le liquide céphalo-rachidien, retiré par la ponction, doit être examiné à deux points de vue différents: 1° au point de vue microscopique (eytologie et bactériologie); 2 au point de vue augmentation ou diminution de pression. Ps TE = Fax A l’état normal, le liquide céphalo-rachidien est dépourvu de cellules. « C’est à peine si dans toute une préparation on arrive à trouver quelques hématies et quelques leucocytes mononucléaires et polynucléaires » (Marcel Labbé (1). Voyons ce que donne cel examen cytoscopique dans les thrombo-phlébites du golfe. ; |
(1) M. Labbé, — ‘ Le cytodiagnostie ”,
Dans nos quatre observations, on ne lrouve aucun élément dans le liquide céphalo-rachidien. Dans une observation de Courtade (1), de thrombo-phlébite BR Ÿ vérifiée à l’autopsie : le liquide céphalo-rachidien est Pie. : normal. Dans plusieurs observations publiées par Ewan x Braunstein (2) voici les résultats obtenus : CRT
à a) Schneider Albert, 10 ans, entré le 13 nov., mort le A : 12e = 22 nov. 1896. Diagnostic : thrombose du sinus confirmé par vol à
fn
Ta l'opération. ie autopsie montre une thrombose du sinus trans-
£ verse droit et du bulbe de la jugulaire dû à du cholestéatome. <
Ex Ponction : liquide d'une limpidité parfaite, aucun micro-orga- :
EP nisme, aucun élément cellulaire. r: OO
er b) Bock Karl, 14 ans, entré le 5 juillet, mort le 11 juil- |
: let 1898, Diagnostic : thrombose du sinus. Autopsie :thrombose : purulente du sinus transverse droit, du sinus pétreux infé-
rieur, dû sinus droit et de la veine jugulaire droite à sa partie supérieure. Ponction : liquide clair ne contenant aucun leuco- à
cyte et aucun micro-organisme. > c) Grinther, 14 ans, entré le 30 juillet, mort le 2 août 1898. < Diagnostic : thrombose du sinus. A Cr...
= Autopsie : thrombose purulente du sinus transverse droit, | infiltration purulente de la paroi du sinus sigmoïde et du bulbe 1 de la veine e jugulaire. Ponction : liquide clair, aucun élément 3 4 cellulaire. | | “18 d) Olberg Henn, 19 ans, entre le 8 sept. 1898. Diagnostic <TÉ confirmé par l'opération : thrombo-phlébite sinuso-jugulaire. Si j; = Ponction : aucun élément cellulaire. ; “Ps + Ra pti - Le même auteur rapporte, à côté de l'examen dans les cas de thromboses, des examens de liquide < = > - AIT () Courtade. — (Soc. de laryng. et d’otol. de Paris, 26 janvier) 7 Es
(2) Braunstein. —— (A. F. O. 1901. Bd. 54 p. 7 et 5.)
céphalo-rachidien dans des cas de méningite puru-
ee.
#4 ne ;
lente, de méningite purulente accompagnant une, thrombose de sinus, de méningite purulente avec abcès du cer-eau, de méningite cérébro-spinale, de” méningite séreuse, d'abcès périsinusaux, de thrombose de sinus avec méningite et abcès du cerveau.
a) Dans les cas de méningite purulente : Equide louche, riche en fibrine, leucocytes en abondance, micro-organismes donnant, dans plusieurs cas, des cultures très nettes. ,
b) Dans les cas de méningite purulente avec thrombose du sinus : liquide d'aspect variable, leucocytes, dans tous les cas, micro-organismes, FRS des cultures. Le
c) Dans les cas de méningite purulente avec abcès du cerveau, sur 10 observations: dans 4 cas, la présence de leucocytes polynucléaires et micro-organismes (streptocoque surlout); dans 3 cas, leueocytes
“sans micro-organismes; dansi cas, aucun élément,
2 ponctions blanches.
d) Dans le cas de méningite cérébro-spinale : leucocyles et diplocoques.
e) Méningite séreuse: pas de leucocytes, des microorganismes.
1) Abcès périsinusal : pi de leucocytes, micro-organismes dans un cas. ;
g) Thrombose du sinus avec abcès dn cerveau’: liquide riche en fibrine mais sans leucocytes.-
Ainsi, l'absence d'éléments cellulaires et de micro= organismes dans le liquide céphalo-rachidien, plaide
F . RE AGE en faveur d’une thrombo-phébite, sans complication. ré
Les variations dans la pression du liquide pourront- “ve elles nous donner aussi quelques renseignements ? "EE On admet que, normalement, la pression duliquide, | dans le décubitus latéral, varie entre 40 et 60" d’eau, F4 ce qui correspond à un écoulement se faisant goutte . à goutte par l'aiguille à ponction. Dans les throm- 3e boses sinusiennes, Brieger signale une augmentation
. de pression due, sans doute. aux troubles circulatoires. Dans une de nosobservations, nous n'avons constaté 3 aucune modification dans l'écoulement du liquide. Dans les trois autres: le liquide s’écoulait en jet: La plupart des observations sont muettes sur ce BR point; il faut donc attendre pour tirer quelques renseignements de l'examen de la pression du liquide +
céphalo-rachidien. 4 | Quant à l'examen du sang, il a été recommandé par Moos (1), comme pouvant donner quelques indications. Elles demeurent toutefois très obscures: la recherche de micro-organismes dans le sang étant d’une technique très délicate, et d'autre part, la pré- TER sence anormale de lymphocytes étant sans valeur, 3 puisqu'elle peut s’observer dans nombre de suppu-
rations quelconques.
Le diagnostic de la thrombose localisée au golfe 0 reste donc hérissé de difficultés (2) que Stenger con-
(1) Congrès de médecine. — Rome 1894. {[mars).
(2) Jansen. — (Société d’otologie allemande, 1892) trouve ce diagnostic très difficile. « Cette incertitude du diagnostic rend le pronostic défa-
vorable ». L
sidère comme, la plupart du temps, insurmontables. Et la preuve la plus évidente de ces diflicultés nous est fournie que la lecture des observations de Grünert, de Piffl. Dans ces observations, le diagnostic de thrombose du golfe n’a jamais été porté au lit du malade. Ce n’est qu'après une intervention sur le sinus sigmoïde, que, les phénomènes pyémiques continuant à évoluer et aucune métastase ne pouvant expliquer leur persistance, on a songé au golfe qui He a été trouvé thrombosé au cours d’une 2° intervention. É
* Et même, au cours de l'opération dirigée sur le sinus considéré comme atteint, et cé sinus étant mis à nu il n'est pastoujours aisé de savoir si oui ou non il existe une thrombose au niveau du golfe.
A ce point de vue, 2 cas peuvent se présenter LS
1° I existe une thrombo-phlébite manifeste du sinus sigmoiïde et la sihiple inspection de la paroi ne : permet pas de déterminer ses limites, surtout vers le bas.
# On se demande siles lésions atteignent ou non le golfe et le segment supérieur de la jugulaire ? La question est souvent diflicile à résoudre ‘puisque : même lincision et Pouverture du sinus, son curet-
age, qui nous renseigne exactement sur la limite
supérieure du thrombus (par labondant écoulement
de sang qui se produit lorsque la limite supérieure
ES Lo É N A Pre à Æ ee est atteinte) ne nous donne pas les mêmes rensei-
fs gnements sur sa limite inférieure. Celle-ci peuten ; | Se e 2% à k \
EE effet êtré atteinte et dépassée par le curettage sans qu'il se produise d'hémorrhagie puisque la jugulaire a été au préalable liée et que les veines afférentes
donnent peu de sang. Le lavage transinuso-jugu-
laire, et le cathétérisme, de leur côté, nous donnent
des renseignements incomplets, nous en saurons dans un instant, la raison. Reste la mise à nu la plus large possible du sinus, vers le bas, et de la jugulaire, vers le haut. Elle seule peut lever nos doutes et nous croyons qu'on est autorisé à la pratiquer. :
2° Le sinus sigmoïde est normal, rien n'indique la
présence d’une thrombo-phlébite à son niveau. La
jugulaire, au point lié, est normale. Reste à savoir si
la thrombose ne siège pas au niveau du golfe (c’est
ainsi que les choses se sont présentées dans certains
case thrombo-phlébites primitives du golfe). Pour
cela, on peut mettre en pratique le moyen indiqué par Wittring (de New-York) : « Le sinus ayant été dénudé sur une bonne longueur, les deux index sont appliqués sur lextrémité de la partie dénudée la plus voisine du trou déchiré postérieur, lun eontre l’autre, et avec une pression suffisante pour en effacer
Ja lumière ; après quoi, lun des doigts restant en place, l’autre toujours pressant sur le vaisseau,
remonte le long de son trajet, jusqu'à la limite oppo-
sée de la dénudation, puis le premier doigt est
enlevé. À ce moment, si la circulation n’est pas interrompue dans la partie inférieure du sinus et
dans la jugulaire, on verra la paroi du’ vaisseau
afsabe à la suite de la compression digitale, se distendre de nouveau par le fait du reflux du sang de la jugulaire. Si, au contraire, il y a thrombose de
la veine, le sinus phatere affaissé » (Luc).
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