CARNASSIERS. — EMBRYON DE CHIEN. — EMBRYONS DE CHAT
Nous n’avons eu à notre disposition qu’un seul embryon de Chien, encore se trouvait-il d’un stade trop avancé pour l’étude qui nous occupe; il nous permit seulement de constater que, autant du moins qu’il est possible d’en juger d’après l’examen d’un seul sujet, l’évolution de la thyroïde latérale se trouve terminée à l’âge correspondant à une taille de 235 millimètres.
Nous avons pu nous procurer quelques embryons de Chat, mesurant 20, 50, 70, 70 millimètres, en outre un sujet voisin du terme: nous avons aussi examiné la portion du corps thyroïde de adulte qui renferme les deux corpuscules épithé- Haux.
Nous réserverons pour plus tard nos observations sur l’embryon de 20 millimètres, parce qu’à cet Âge, l’ébauche latérale qui à elle seule constitue la presque totalité du lobe, ne nous offre rien de nouveau pour la question qui nous occupe et peut être rapprochée de 14 formation homologue de l’embryon de Lapin de 22 millimètres.
Au contraire, nous y avons relevé des faits très curieux au sujet de la genèse de la glandule, lesquels prendront leur place naturelle dans le chapitre suivant.
Chez un sujet de 50 millimètres, l’ébauche thyroïdienne latérale, accompagnée de la glandule interne et du lobule thymique de ce nom, occupe le centre du lobe latéral auquel elle constitue par conséquent, un canal central.
Comme nous le savons par ce qui a été dit dans le précédent chapitre, cette ébauche se montre composée de deux parties bien distinctes dont l’une, qui seule nous occupe, renferme le canal, tandis que l’autre, formée par des cordons épithéliaux de structure réticulée, a cessé de lui appartenir (pl. I, fig. 9).
Le canal central est ici unilatéral, c’est-à-dire qu’il n’existe
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plus que dans un seul des lobes du corps thyroïde. Du côté où il existe, la paroi est composée d’éléments épithéliaux modifiés présentant l’aspect habituel. Cette paroi elle-même se montre considérablement réduite en épaisseur sauf en quelques points, où lon rencontre des amas de cellules dont les noyaux plus fortement colorés attirent le regard à la manière ordinaire des éléments lymphoïdes.
Par un examen attentif cependant, aidé par de forts grossissements, on se rend compte que ceux-ci sont des noyaux de cellules épithéliales ordinaires qui, pour des raisons inconnues, ont pris avec plus d’intensité la matière colorante.
Semblables figures se rencontrent dans les parois de l’ébauche latérale d’embryons de 70 millimètres. Ici cependant les masses présentant ces apparences sont plus importantes ; les noyaux eux-mêmes sont plus petits et de volumes très inégaux. Les uns ont encore l’aspect de noyaux épithéliaux, c’est-à-dire qu’ils sont volumineux, sphériques, munis d’une membrane et de nucléoles plasmosomes, d’un suc nucléaire légèrement teinté. D’autres au contraire, plus petits, d'apparence homogène, offrent l'apparence de petites sphères uniformément colorées en rouge par la safranine et ressemblent alors plus ou moins à des noyaux de cellules lymphoides.
Nous avons pu nous assurer cependant que quelques-uns de ces derniers usent des procédés de la cinèse pour se multiplier ; aucun cas d’amitose au contraire ne s’est offert à nous.
L’apparence fournie par ces amas de noyaux inégaux et de coloration plus ou moins intense, rappelle à un faible grossissement celle de la membrane granuleuse du follicule de de Graaf. Semblables figures se rencontrent dans le lobe latéral des embryons de 70 millimètres, sauf qu'ici l’ébauche latérale persiste dans les deux lobes du corps thyroïde à peu près également développée de chaque côté.
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Considérée en elle-même, cette ébauche ne nous offre rien de bien nouveau à signaler. A un certain niveau elle offre Papparence représentée pl. I, fig. 9, c’est-à-dire qu’elle forme une masse arrondie séparée de toutes parts par des travées conjonctives du tissu thyroïdien typique et décomposée elle-même par des lamelles semblables quoique plus minces en cordons entourant le canal central.
Nous avons représenté l’aspect de ce dernier chez le même sujet, mais au niveau de son maximum de développement (pl. I, fig. 15447). Il offre ici une certaine importance et ses parois se montrent encore assez épaisses. Les éléments cellulaires présentent dans cette épaisseur l’apparence réticulée caractéristique de cette formation, ce qui, chose remarquable, se trouve encore chez le Chat dans la glandule interne et la glandule externe.
Chez un sujet voisin du terme, les vestiges de l’ébauche latérale se présentent encore sous un autre aspect (pl. I fig. 17). D'un côté, cette formatien a complètement disparu ; de l’autre, elle à pris au contraire une extension telle que sa lumière devient visible à l’œil nu, sous forme d’un petit point clair placé au centre du lobe latéral.
À un faible grossissement, on voit ce dernier creusé d'une vaste cavité anfractueuse à paroi mince, car elle n’est composée que d’une seule assise d’éléments épithéliaux cubiques. Le seul fait remarquable qui soit donc à signaler, est Pextension très considérable de cette formation.
Si dans un coup d’œil d'ensemble, nous cherchons donc à envisager l’évolution de l'ébauche latérale du corps thyroïde, nous arrivons à des résultats contradictoires.
Cette formation en effet se trouve unilatérale chez les deux termes extrêmes de notre série, tandis qu’au contraire elle est bilatérale chez le sujet intermédiaire.
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Bien plus, elle présenterait une tendance manifeste à un accroissement parallèle à celui de l’embryon lui-même, si nous ne devions considérer sa manière d’être chez notre dernier sujet comme étant exceptionnelle. La raison pour laquelle nous nous rangeons à cet avis, est fondée sur ce que les observateurs qui nous ont précédé et nous-même n’avons jamais constaté la persistance de semblables formations sur les Chats nouveau-nés.
Nous nous résumerons donc en disant que chez l’embryon du Chat, l’évolution de l’ébauche latérale est irrégulière et semble soumise à des variations individuelles.
D. £mbryon de Porcs
Dans une publication antérieure (57), nous avons exposé quelques observations relatives à l’évolution de l’ébauche latérale du corps thyroïde qui fut alors conduite par nous jusqu’à un stade correspondant à une taille de 66 millimètres.
Au précédent chapitre, nous avons aussi exposé quelques remarques relatives à la participation de cette ébauche à la formation de vésicules thyroïdiennes et à la soudure de celleci avec la masse du rudiment médian. Nous y avons montré comment l’existence d’un fusionnement ne paraissait pas aussi prouvé que le travail de Born (13) tendrait à le faire croire : comment au contraire, éclairé par nos observations antérieures sur des embryons d’autres Mammifères, nous admettions la transformation partielle de l’ébauche latérale en tissu thyroïdien typique par un processus analogue à celui décrit jusqu’à présent par nous comme toujours identique.
Les embryons décrits dans le travail auquel nous venons de faire allusion (57) mesuraient 20, 25, 30, 37, 40, 42, 45, 51, 60, 60, 210 millimètres. Pour résumer en quelques mots les résultats que nous y exposions, nous dirons que le canal central du corps thyroïde y fut rencontré par nous, mais seulement
d’une manière inconstante, puisqu’existant chez des sujets de 25, 30, 42, 60 et 66 millimètres, cette formation manquait absolument chez ceux d’une longueur de 37, 40, 45, 55 et 210 millimètres. Dans les cas où il était possible de la rencontrer, Pébauche latérale ne se présenta plus que sous la forme d’une vésicule allongée dans le sens de la longueur et constituée par une seule assise d’éléments épithéliaux cubiques, renforcée en certains points par quelques cellules profondes.
Entre le dernier stade où nous ayonsrencontré cette formation (embryon de 66 mil!'imètres), et l'embryon le plus avancé qu’il nous ait été donné d’examiner (embryon de 210 millimètres), les derniers vestiges de cette formation semblaient disparaître. Nous avons cherché à déterminer d’une façon plus précise le moment de cette disparition en examinant à ce point de vue des sujets de 85, 85, 85 millimètres.
Chez ces embryons cependant nous n’avons rien rencontré qui nous permette de conclure à la persistance de l’ébauche latérale, de fixer le terme de son évolution. Ce résultat absolument négatif ne noûs permet cependant pas de l’admettre comme définitif, bien que chez ces quelques embryons nos recherches soient restées sans succes.
Nous avons constamment considéré les grandes vésicules comme des vestiges de l’ébauche latérale, parce que celles-ci représentaient assez bien les caractères connus des formations homologues chez les autres Mammifères déjà étudiés. Par une note préliminaire publiée quelques mois après lapparition de notretravail, Jacoby (60) signale cependant l'existence chez lembryon de Porc, d’une thyroïde médiane non simple comme on avait jusqu'alors admis, mais double : chacun des deux cordons se montrait composé d’une ou plusieurs assises épithéliales limitant une cavité centrale.
Ne peut-on dès lors se demander si les grandes vésicules
claires décrites par nous ne seraient pas des vestiges de cette double formation. Cette hypothèse pourrait s'appuyer encore sur ce que l’on sait d’autre part sur la persistance jusque chez l'adulte de la thyroïde médiane, démontrée par de nombreux anatomistes parmi lesquels nous citerons His (21), et dans ces derniers temps encore Martin (64) et Chemin (65).
L'examen histologique ne nous offre rien qui puisse confirmer ou infirmer cette hypothèse : nous croyons que, seules des recherches qui détermineraient chez l'embryon de Porc, la part qui revient aux ébauches médianes dans la constitution organique de la glande thyroïde et partant des tout premiers développements, suivraient ces ébauches jusqu'aux stades relativement avancés où nous avons nous-même conduit les ébauches latérales, seraient susceptibles de trancher cette question.
La solution de ce problème a été d’ailleurs rendue plus difficile par l’absence chez le Porc d’un organe qui accompagnait chez les autres Mammifères la thyroïde latérale, permettait à coup sûr d’en reconnaître l’existence et de les différencier de formations plus ou moins analogues voisines : nous voulons parler de la glandule thyroïdienne.
Il est en effet dès longtemps connu que le Porc ne possède pas de glandules thyroïdiennes, et si nous-même avons parlé chez un sujet de 66 millimètres d’un corpuscule de cette nature, nous devons à la vérité de reconnaître notre erreur, Causée probablement par un examen insuffisant de coupes peut-être un peu trop épaisses et colorées par des procédés convenant plutôt à des recherches d’anatomie microscopique que d’histologie pure.
L'évolution chez le Porc de l’ébauche thyroïdienne latérale
durant la seconde période définie par nous, concorde donc à peu près avec celle que nous connaissons chez les autres Mam-
mifères, puisque nous trouvons que cette ébauche de plus en plus réduite, semble disparaître en totalité.
Ici encore, et contrairement aux observations de Born (13) et Kastschenko (24), lébauche latérale, après une période d’activité formatrice pendant laquelle elle donne naissance à des vésicules thyroïdiennes, se prolonge quoique réduite à des dimensions peu considérables durant une seconde période où elle ne se manifeste plus qu'avec des caractères inconstants et individuels.
Avant de clore avec le présent chapitre la première partie de notre travail, il nous faut synthétiser les résultats jusqu'à présent acquis sur l’évolution de l’ébauche latérale, en faire en quelque sorte un corps de doctrine, et par ce moyen faire ressortir aux yeux du lecteur les fruits de nos recherches.
Chez tous les Mammifères étudiés par nous, qu’ils soient
Rongeurs, Ruminants ou Carnassiers ou embryons de Porc, nous établirons d’accord avec Fischelis (22) et de Meuron (23), le rôle de la thyroïde latérale dans l’organogénie de la glande ainsi qu’il suit. Tandis que Born (13), Stieda (10), Kastschenko (24) et Piersol (70), admettent que l’ébauche thyroïdienne latérale après avoir bourgeonné considérablement et pris ainsi une plus grande importance, se fusionne intimement et de toutes parts avec l’ébauche médiane qui l’entoure, et semble par cette opération acquérir la faculté de donner naissance à des vésicules thyroïdiennes, avec Fischelis et de Meuron, nous posons cette conclusion générale que la thyroïde latérale, après une multiplication active de ses éléments, voit sa masse se transformer en cordons épithéliaux, d’où naîtront les vésicules, sans se fusionner aucunement avec les cordons de l’ébauche médiane, dont elle reste toujours séparée par des cloison svasculoconjonctives.
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Nous établissons en conséquence dans cette période d'activité formatrice, deux phases : l’une de multiplication, dans laquelle l’ébauche latérale très peu volumineuse à sa naissance, se déve loppe considérablement tout en conservant sa forme et ses caractères histologiques : l’autre, de transformation, où la masse épithéliale nouvellement formée, se laisse diviser pour ainsi dire passivement en cordons épithéliaux et bientôt après en vésicules thyroïdiennes.
Toutefois, cette transformation n’atteint que les assises externes de la vésicule à paroi épaisse, qu'est à ce stade l’ébauche latérale. Les assises les plus internes subsistent sous forme d’une vésicule beaucoup plus petite cette fois et à parois beaucoup plus minces. A la période d’activité formatrice succède donc une seconde période ou de survivance, après laquelle Pébauche latérale semble définitivement disparaître. Cette disparition d’ailleurs s’effectue d’une facon très variable.
Telles sont les conclusions très générales que nous croyons pouvoir tirer des observations présentées au cours de cette première partie. Avec les espèces animales, il existe des variations quelquefois assez marquées, telles que nous en avons signalé chez l’embyon de Brebis ou de Veau, mais celles-ci sont d’un caractère trop particulier ou trop limitées à un groupe de Mammifères pour pouvoir entrer dans des conclusions aussi générales. Nous nous sommes d’ailleurs efforcé de les faire ressortir dans les conclusions partielles de chaque paragraphe du présent chapitre.