CHAPITRE II Evolution de la glandule thyroïdienne
Au cours de ce travail, nous avons à multiples reprises parlé de la glandule thyroïdienne, soit pour en marquer avec plus d'intensité les connexions avec l’ébauche latérale du corps thyroide, soit pour fixer un point de repère connu pour la topographie de cette formation.
Nous avons aussi et c’est par là que nous terminions de précédent chapitre, laissé entrevoir l’évolution de cet organe chez certains Mammifères ; mais jusqu’à présent nous n'avons pas encore donné d’une façon complète et suivie l’histoire de cette évolution depuis sa naissance jusqu’à la fin de la vie embryonnaire ; C’est ce que nous allons maintenant entreprendre.
Comme dans le chapitre consacré à l’histoire de l’ébauche thyroïdienne latérale, nous étudierons successivement la glandule thyroïdienne des Rongeurs, puis celle des Ruminants, et nous ajouterons quelques mots relatifs à celle des Carnassiers. Cette division fondée sur les analogies qui existent au point de vue qui nous occupe entre les divers exemples choisis dans les groupes de Mammifères, s'accorde donc complètement avec celle adoptée par nous dans le chapitre précédent; elle laisse encore une fois de plus entrevoir le parallélisme manifeste dans l'évolution de la thyroïde latérale et de la glandule thyroïdienne, parallélisme qui deviendra surtout frappant quand sera connue l’histoire de cette dernière.
1° RONGEURS À. Embryons de Cobaye.
C’est ici le lieu de rappeler sommairement l’état de la thyroïde latérale chez un embryon de Cobaye de 11 millimètres où cette
formation ne présente que les caractères d’un diverticule pharyngien, dans lequel par conséquent aucune trace de la forma tion glandulaire ne peut être signalée.
Nous citerons aussi ce que nous avons dit en passant de la glandule thyroïdienne des embryons de Cobaye de 16 et 18 millimètres, chez lesquels celle-ci semblait se présenter comme un organe arrondi, différent par l’apparence des cordons de la thyroïde médiane, situé au-dessous de l’ébauche latérale. Toutefois nous rappellerons que l’état de nos coupes ne nous a pas permis de considérer avec toute certitude cette formation en apparence particulière comme une glandule thyroïdienne.
Ce qui au contraire est parfaitement certain, c’est que chez les autres embryons de notre série, embryons de 30, 30, 34, 30, 306, .39,:39, 49,149, 55,.55, 70, 79, Ü n'existe rien ‘qui puisse être considéré comme glandule thyroïdienne proprement dite, c'est-à-dire organe de structure particulière, dérivé de la thyroïde latérale, telle que se trouve être par exemple la glandule thyroïdienne du Veau, de la Brebis ou du Chat.
Nous rappellerons aussi que c’est un embryon de Cobaye de 39 millimètres que nous avons rencontré avec certitude les derniers vestiges de la thyroïde latérale, On remarquera qu’à ce stade déjà, toute trace de glandule à déjà disparu, non seulement au voisinage de cette ébauche mais aussi en dehors de celle-ci, au voisinage du lobe latéral, sièges habituels de la glandule chez les autres animaux.
Ce n’est pas cependant que dans la littérature nous n’ayons relevé des descriptions de glandules thyroïdiennes chez le Cobaye adulte. Celle-ci au nombre de deux se trouvent situées en dehors de la glande thyroïde, en contiguité avec la carotide.
Il semble donc que nous établissions une contradiction formelle entre nos observations et les dernières que nous venons de relater ; cette contradiction cependant n’est qu'apparente
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et dans la dernière partie de ce travail nous montrerons que la glandule de Cobaye comme celle du Lapin adulte, n’est pas une glandule tyroïdienne proprement dite.
Chez l'embryon de Cobaye nous admettrons donc que la glandule thyroïdienne disparait à un âge très peu avancé de la vie embryonnaire si toutefois, ainsi qu'il est d’ailleurs très vraisemblable de l’admettre, elle a existé à un moment donné.
B. Embryons de Lapin.
Les conclusions précédentes trouvent ici une confirmation précise ; nous avons en effet obtenu une série de sujets beaucoup plus complète, où nous avons pu suivre pas à pas pour ainsi dire. les divers stades de cette disparition : de plus celleci s'effectuent un peu plus tardivement, il est possible d’en mieux constater les phases successives.
C’est chez un embryon de Lapin de 14,5 millimètres que nous avons pour la première fois rencontré la glandule thyroïdienne. C’est ici un petit corpuscule arrondi, en connexion avec la thyroïde latérale. Les éléments cellulaires bien développés sont agencés en quelques cordons épais, séparés par des travées vasculo-conjonctives encore très étroites. L'aspect fourni par cette disposition, ainsi que par les caractères individuels de chaque cellule, diffère dès cette époque de celui de la glande thyroïde embryonnaire. Les deux formations, la thyroïde latérale et la glandule, forment une masse unique placée de chaque côté du larynx et sans rapports jusqu’à présent avec les cordons de l’ébauche médiane, que l’on voit à quelque distance en avant d’elle.
Chez un embryon de 17 millimètres, les rapports sont devenus plus immédiats ; l’ébauche latérale se trouve en contiguité par son bord antérieur avec ces cordons ; elle-même à
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augmenté de volume et présente dans ses assises externes, les modifications sur lesquelles nous nous sommes étendu dans un chapitre précédent.
La figure 19, pl. I, représente la glandule thyroïdienne d’un embryon de 22 millimètres; le même dont une couper proximale à été représentée (pl. I, fig. 11).
Dans celui-ci, comme nous l'avons montré ailleurs, la thyroïde latérale se trouve de tous côtés, sauf en dedans, entourée par les cordons de l’ébauche médiane. La glandule (glandule thyroïdienne) qui l’accompagne, se trouve donc avec elle enfermée au milieu du lobe latéral,
Sa structure ne s’est en rien modifiée : son volume s’est seulement un peu accru ainsi qu’on peut s’en rendre compte par la comparaison des figures 5 et 19, dessinées à la chambre claire à l’aide des mêmes grossissements.
La glandule thyroïdienne se trouve constituée par plusieurs cordons épithéliaux épais, anastomosé s les uns avec les autres et limitant entre eux de petites cavités arrondies ou ovalaires, remplies incomplètement de tissu conjonctif et des vaisseaux encore embryonnaires. Chaque cordon est formé par la juxtaposition d'éléments polyédriques à noyau arrondis le plus souvent, à protoplasma plus abondant et plus sombre que dans les cellules qui, à ce stade,constituent soit l’ébauche latérale soit les cordons de la médiane. Il en résulte l’impression d’un tissu dense et compact quoique parsemé de trous. Très peu de noyaux sont en voie de mitose.
L'organe, en dehors, se trouve enfermé dans une capsule encore peu épaisse. Les vaisseaux qui pénètrent dans la glandule proviennent de cette capsule, où de distance en distance on aperçoit quelques globules sanguins encore nuclées.
Nous avons représenté fig. 10, pl. I, la thyroïde latérale d'un embryon de 36 millimètres et fig. 20 la glandule
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thyroidienne qui lPaccompagne : dessinée comme celle des embryons de 17 et 22 millimètres à l’aide des mêmes procédés, cette glandule se montre considérablement réduite de volume ; elle ne se compose plus que de cellules juxtaposées et ne présente plus comme précédemment de cordons séparés par des intertices comblés par du tissu conjonctif et des vaisseaux.
Sans doute il faut tenir compte à ce sujet de la rétraction exagérée produite sous l’influence des réactifs dans l’épaisseur du lobe latéral tout entier et que nous avons signalée en son temps comme un accident de préparation : mais il est néanmoins incontestable que cet organe a subi un amoindrissement considérable et qu'il semble bien près de disparaître complètement.
C'est en effet ce que nous devons admettre après examen attentif de corps thyroides d’embryons mesurant 43 et 60 millimètres en lesquels nous avons constaté la disparition de la glandule thyroïdienne parallèlement à celle de l’ébauche latérale dont nous n'avons plus trouvé de trace. Comme chez le Cobaye et plus nettement encore, nous constatons la caducité de la glandule thyroïdienne proprement dite.
Nous résumerons donc ces résultats en disant que chez les Rongeurs, la glandule thyroïdienne proprement dite qui chez eux, rentre dans la classe des corpuscules épithéhaux internes, disparaît sans laisser de trace, parallèlement à l’ébauche latérale.
Ce résultat en ce qui concerne le Lapin, est donc contraire à l’opinion de Kohn qui indique chez cet animal l’existence d’un corpuscule interne. Au cours de son évolution, celui-ci à constamment présenté une structure identique à celle de l'organe correspondant chez les autres Mammifères et que d'autres rechierches nous ont appris à connaître : jamais il
n’a manifesté aucune disposition qui pût faire juger du rôle soit physiologique soit anatomique qu’elle à pu remplir.