‹ Tibére et lH́éritage dÁugusteChapitre 3 sur 11 · TIBÈRE · texte numérisé non relu

TIBÈRE

lui devant le crime; mais'si elle' nourrissait sur lui de 'grandes pensées, elle n’avait ni cette bonté ni ces caresses de toutes les heures qui font qu’un enfant grandit' cofifiant et heureux. " ut. :;v

< Ensuite Auguste n’aimait 'point Tibère; tant à cause de son origine, qui réveillait une jalousie rétrospective et des souvenirs désobligeants, que .. par une répulsion naturelle : l’enfant lui déplaisait, et il préférait' son' frère' DrususJ Dans son intérieur, Auguste avait l’humeur enjouée et caustiqUe'^' IFÎallait que tout - sourît^' autour de lui. Or, Tibère avait une figure éérieuëe, grave, et dès traits rëthbrunîs avënt Tâgei'dl faisait tache' parmi les physionomiès' aimables de Di^usus, de Marcellus, neveu et héritier présumé de l’empiré, 'de Julie, fillé 'de M’émpereur pleine de grâce efdë beauté.' Le mauvais vouloir d’Auguste se traduisait par des railleries

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qui blessaient l’orgueil de il’enfant, et par des mots mordants ;que les, familiers répétaient et qui restaient. S’il raillait cruellement des amis tels que Mécène , Agrippa, Horace, il ne ménageait pas l’orphelin., C’était lui, sans doute, qui lui avait.,dooné;j,.le surnom' de petit vietua (irpscCuTT,;) que les affranchis ,et même i les esclaves, ne sei faisaient point faute de redlie. Plus tard, quand, Tibère, faisant Ses, premières armes contre les Cantabices*; eut, le malheui’ d’êtreiun peu trop .sensible au vin d’Espagne, Auguste ne l’oublia- pas, Il prenait un, malin 'plaisir à rappeler les quolibets des soldats qui avaient, changé en surnpms , bqnffpns les trois noms de .Tibère : üs l’appelaient ^ibpriiis ( b ibere , boire) , j . Caldius . (vin chaud ) , Me.ro [menm, vin pur). Ces plaisanteries de la soldatesque, que je vous livre pour ce qu’elles valent, trouvaient un écho sur le Palatin.

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Tibère lavait ti’op'd’ot^ueii 'poilr 'neipas TOU *.' frirîji trOp<i pea i dba^t àce p«^r désaronerr lea

I ieursÿ 3e tBnbitià) i’éotli't/'Vi [il'iife .flonoeBtnéioti plus'imonobe, LeS'^onseUsndè liuici jMeiïS -doî prudence et de fmoèse , màis’pluBifaits pour un homme <|ue pout' unicnfant, hâtaKnt la maturitc d’un espr-it sfcns^jeunessei f- J :’-"k

Tïbère,! cependant,' était capable d’affection.

II s’ attacbaA d’abord à MaTcelIus, sofn camarade dô'jè»ri qüiJiélait' du même âge, et de qui il -éUnti ^ ^iapprochd lè3> jours de cérémonies publiquës. ’Augusle ne voulait point refuser cette satisfacticm à Livie. Quand Auguste entrait solennellement^auriun char de triomphe', on voyait' à' droite dft char Marcellus, à gauche Tibère. Aprèsla bataille d'Actium, par exemple, qiiand^ionbcélêbrttft^ri de»' jedx ' cette ^victoire d’oü dâted^i^eidi la'iêi’vitnde pour les-Romains et de la‘ gloir'é pbUP'Aügustê^ ou qntMidbn imi-

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‘èhart^i'ifai®'Vfr^î!%?, une ^dBà'‘teoapes de càva?iere!é<àif côwimamlt'e par Man(îetttt«t'' l*-aüuti |)f^r "Tlb^frfe; 'rt'^‘W?art'’dônc «tài8or4e‘<J’é]g*^fté ^S^bérldiirié'i'^tii ftit rompue, ainBjii^e:’lHrtUipit^!qàf Jeiilstàffi' èWire ^eilx!,' - par 1a-';aiatli«ge'id0<|M«rce}lué avaô^JAiiêr B\ï *rëè(ïéi p»Bîd«nt8mps Mftpcëitoÿ îriotfr£Éft‘ 'à’ cH5{^

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J Bd» autre affection plus <3ttrabte fut' WUSùs] son frère* Comme si* Taîné' avait pirisé dan9'‘lé eem de -lamère toutéir&prdd eflk violence dé la racei >le madët n’avait pris que les qualités douces# -Nous pcihdrons plus tard ‘cette matUrë giinércMse /- chère-- aux Romains , et ' qtii avait inspiré *4 î9Bère. 6ornme îf

faut, à une telle distance, WiesWrèr ?eS’Sfep(i'ii nfehtaipaiPidï^ipriwes !ét don par de.s 'sttppèsitionsy.coBsidérèz la' conduite de Tilïèie' Ültné qne>'Oiit(toBitanee'‘'3dcniloureuèet Borus ui^f ;ooPii«

iTIBtUB.

mandant une armée sur le Rhin, fut atteint d’une maladie mwtelle. Tibère part aussitôt de Rome, franchissant les Alpes, les plaines, les fleuves, et faisant < jusqu’à deux cents milles romains en un jour, c’est-à-dire plus de soixantecinq lieues; il arrive à temps pour embrasser son frère et rpceiVQir son dernier soupir. Sans songer à prendre le commandement, il: repart, ramenanti le corpS' à Rome et. suivant à pied, pendant toute la route, le convoi funèbre. A Rome , il lui rçjid les derniers honneurs , prononce son éloge funèbre à la même tribune où il avait prononcé celui de son père, et, quand * tous ces devoirs sont remplis, mais alors seulement, il regagne )a Germanie pour se mettre à la tête de. l’armée. üpj -,

A cette époque , Tibère n’avait pas d’intérêt à être hypocrite pour capter la bienveillance d’Auguste , car celui-ci se défiait de Drusus ,

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qui passait pour regretter la république et sur qui les derniers amis de la liberté faisaient reposer leur espérance. Par conséquent, Tibère, en montrant une aussi vive douleur de la mori, de son frère , obéissait à, un sentiment vrai et non au désir de plaire K l’empereur. Il eut d’autres amis, Messala Corvinus, qui lui enseigna l’histoire, les lettres et l’éloquence, Lucilius, qui fut sénateur, Séjan, qui mérite d’être peint à part, Flaccus, simple chevalier, qui devint préfet d’Égypte, survécut à Tibère, et seul peut-être des Romains le pleura sincèrement.

Une me paraît pas indifférent, messieurs,

pour bien établir les premiers éléments de

notre analyse, de constater que si Tibère eut .

une enfance sombre, il n’était point un monstre

dès sa naissance, qu’il avait dans l’âme un côté

plus tendre, un besoin de s’attacher, une ami-

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tié capable, sinon d’expansion, du moins de fidélité.

Quant aux affections d’une autre nature, dont les femmes sont l’objet , vous me permettrez sur ce point de ne pas reculer devant une certaine précision. Tibère fut marié de bonne heure. La fille d’Agrippa n’avait qu’un an quand livie la fit promettre à Tibère : Agrippa était le gendre d’Auguste et son successeur.

Agrippina Vipsania (tel était le nom de la première femme de Tibère) était petite-fille d’Atlicus, l’ami de Cicéron. Elle inspira à son mari un amour sincère et vécut avec lui en bonne intelligence. Il en eut deux enfants : le premier portait le nom de son oncle Drusus; quant au second, il n’était pas né lorsque Tibère fut soumis à l’épreuve qui avait été imposée k son père, Tibérius Néro, c’est-à-dire qu’il dut répudier sa femme en état de grossesse.

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Agrippa vint à mourir, et Auguste, qui sacriflait sans relâche sa fille Julie à ses calculs dynastiques, et qui, dès qu’un gendre était moissonné, en choisissait un autre sans reculer devant l’inceste, Auguste ordonna à Tibère de chasser Agrippine pour épouser Julie.

A cette époque, quand une femme était répudiée, ce qui était dans les mœurs de Rome, quand elle était répudiée grosse, ce qui était dans les mœurs impériales, il ne manquait point d’amateurs pour se charger de ce précieux dépôt.

Asinius Gallus , fils d’Asinius Pollio, l’ami d’Auguste et le protecteur de Virgile, Asinius Gallus, courtisan hardi et spirituel , qui avait réponse à tout et qui n’était pas intimidé par une apparence d’opprobre, prit Agrippine. Il disait à l’oreille que l’enfant qui allait naître lui tenait de plus près qu’on ne le supposait, et que

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même Drusus , né le premier, avait avec lui un lien des plus étroits *.

Si cet impudent disait vrai , Tibère aurait été trompé dès le commencement de son mariage , malheureux s’il s’en était aperçu, ridicule si les autres eussent été seuls à s’en apercevoir. On en serait alors à s’écrier , non plus « horrible Tibère » , mais « pauvre Tibère ! »

Pour moi , j’estime qu’Asinius Gallus était un menteur, qui justifiait une bassesse par une calomnie , et qui faisait sa cour à Auguste aux dépens de Tibère , objet de l’aversion de l’empereur. Tibère, d’ailleurs, était-il repoussant? Cet intrus, tant raillé dans la maison du Palatin , était-il si mal fait de sa personne qu’une femme le vît avec déplaisir et sa femme avec dégoût ? Avait-il dans l’esprit, dans les mœurs.

» . Dion Cassius, lvij, 2.

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dans l’extérieur, quelque chose qui le rendît, dès sa jeunesse, intolérable? Il n’est point hors de propos d’esquisser son portrait et de décrire ses avantages physiques ou ses difformités, puisque le voilà en présence des femmes.

Écoutons d’abord Suétone, en ne le commentant qu’autant que cela sera nécessaire pour la clarté : .

«Tibère était robuste, d’une certaine corpulence, d’une taille au-dessus de l’ordinaire, bien proportionné de la tête aux pieds. Ses épaules et sa poitrine étaient larges; il avait une santé inaltérable , au point qu’à partir de

l’âge de trente ans il fut son seul médecin.

Sa main gauche était plus forte et plus agile que sa main droite ; les articulations en étaient si vigoureuses et si bien nouées qu’il perçait une pomme verte avec son doigt, et que.

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d’une chiquenaude , il pouvait blesser la tête d’un enfant et même d’un adolescent. »

Nous voyons d’ici la charpente solide, les muscles puissants, la complexion sèche et à toute épreuve de ce descendant des montagnards de la Sabine. Suétone continue •

« Son teint était blanc, ses cheveux descendaient très-bas sur l’occiput et couvraient une partie du cou, ce qui était un signe de race. » Non, c’était une mode: Auguste avait les cheveux ainsi plantés naturellement. Les Romains laissèrent pousser leurs cheveux et les firent tailler de façon à flatter Auguste; Tibère, fils adoptif de l’empereur, devait plus que personne chercher à lui ressembler.

« Il avait le visage beau {facie honesta ) , mais couvert parfois d’éruptions subites (tumores). Ses yeux étaient très-grands ; ils voyaient dans les ténèbres , au moment où il s’éveillait. Peu

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peu cette lucidité s’éteignait. » C’est un des traits distinctifs de la race féline, depuis le chat jusqu’au tigre.

« Il marchait le cou roide, un peu renversé; il avait l’air sévère ; il était taciturne d’habitude; il ne parlait que rarement à ceux qui l’entouraient , et encore avec lenteur , en gesticulant lourdement avec ses doigts. Auguste ne laissait échapper aucun de ces défauts ou de ces signes d’orgueil. Il essaya souvent de les atténuer auprès du sénat et du peuple en disant que c’étaient des infirmités naturelles et non des vices de caractère. »

Il faut distinguer , dans ce portrait de Suétone, ce qui se rapporte uniquement à la maturité ou à la vieillesse de Tibère. Il est évident, par exemple, qu’ Auguste ne chercha à justifier son beau-fils^ aux yeux des Romains qu’ après qu’il l’eut adopté et quand il lui pré-

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parait l’accès de la toute-puissance. Il est probable aussi que ces pustules qui apparaissaient tout à coup sur la face se multiplièrent surtout dans les dernières années , quand l’habitude de la débauche eut enflammé et corrompu le sang naturellement âcre de Tibère.

Nous allons maintenant contrôler cette description ou plutôt la compléter par l’étude directe des images de Tibère. Les monuments anciens où il est représenté sont très-nombreux. Il serait impossible d’énumérer les belles médailles, les pierres gravées et les camées (Vienne et Paris possèdent les plus rares spécimens dans ce genre), les bustes et les statues qui sont parvenus jusqu’à nous. La plupart nous montrent Tibère jeune et divinisé ; le cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale possède un magnifique camée où il est ridé et vieux ; nous le décrirons plus

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tard , ainsi que celui de la Sainte-Chapelle.

Il faut choisir également parmi les statues de Rome ou de Paris , parmi les bustes du Louvre ou du cabinet des médailles , car ces représentations sont d’un mérite très-inégal et d’une vraisemblance très-diverse , non pas dans l’ensemble , mais dans les détails.

Pour retrouver le type personnel dans toute son exactitude, il faut éliminer trois séries d’images, à l’exécution desquelles a présidé une pensée préconçue : d’abord celles où , par flatterie, l’artiste s’est efforcé de faire ressembler Tibère à, son prédécesseur, comme si l’adoption pénétrait, transformait, régénérait, comme si la volonté du maître avait autant de puissance que la transmission du sang; en second lieu, les représentations idéales, faites avec un grand soin par des artistes habiles qui ont voulu diviniser Tibère en lui donnant des traits plus purs.

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une beauté plus douce; enfin les monuments de moindre importance, qui ne ressemblent ni à Auguste ni à Tibère divinisé, et qui ne sont qu’une commémoration. Ainsi, certaines monnaies frappées dans les villes les plus éloignées de l’empire , où des graveurs peu expérimentés copiaient maladroitement les types courants , certaines statues et certains bustes sculptés pour des colonies ou des municipes , ne méritent aucune confiance. Nous savons de nos jours ce que valent la plupart des portraits officiels des souverains, et surtout les copies dont on gratifie la province.

Quant aux monuments qui représentent Tibère vieux, ils sont très-rares ; nous les réservons pour le moment où nous étudierons la vieillesse de Tibère , c’est-à-dire un personnage nouveau. Nous cherchons aujourd’hui Tibère

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dans la force de l’âge, encore jeune, encore beau.

Pour moi, messieurs, après avoir comparé les représentations les plus célèbres, je n’hésite pas à recommander avant à tout votre étude une tête magnifique , en bronze , qui est au cabinet des médailles, et quia jadis appartenu au comte de Caylus. Ce bronze , célèbre au siècle dernier, est le monument le plus éloquent, le plus saisissant par son caractère de personnalité que je connaisse. On peut comparer le buste du Louvre, qui vient de la collection Borghèse, la statue du Braccio nuovo, qui a été trouvée auprès de Terracine : la tête du cabinet des médailles n’en ressort qu’avec plus d’éclat. On a devant soi , vivant, palpitant en quelque sorte , si jamais quelque chose a palpité chez Tibère , ce personnage impénétrable qui occupera éternellement les historiens et les

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philosophes. Le voilà dans sa force, après la trentième année, point flatté, muet, se livrant à l’examen le plus pénétrant de quiconque voudra^ hélas en vain ! le pénétrer.

Je suis frappé d’abord par la proportion du crâne ; il est bien fait, rond, d’une belle plénitude ; on sent que l’intelligence y est à l’aise et que toutes les cases du cerveau sont heureusement distribuées. Le front est large plutôt qu’élevé, plus développé dans le sens horizontal que dans le sens vertical ; les cheveux , coupés carrément, font -une sorte de petite muraille qui diminue l’élévation du front. Mais une grande intelligence n’a pas pour condition nécessaire un front très-élevé. David d’Angers avait contribué à répandre par ses œuvres cette théorie, qui est réfutée par l’expérience. Les oreilles sont grandes, sans être mal faites; elles s’écartent de la tête , comme il n’est pas

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rare de les voir dans les bustes romains. Ce détail caractéristique prouve que l’artiste n’a pas cherché à altérer la nature et l’a acceptée dans sa vérité. Les yeux sont difiiciles à apprécier, parce que ce sont des yeux d’argent ajustés dans l’orbite après la fonte. Ce blanc d’argent, au milieu du bronze, donne à l’ensemble de la physionomie un aspect fantastique un peu féroce; si cet effet répond plus qu’il ne convient à l’idée qu’on se fait des yeux de Tibère , il rappelle aussi la description de Suétone , qui prétend que ce prince voyait pendant quelques minutes dans les ténèbres.

Les pommettes sont placées haut et donnent au développement des os maxillaires une grande puissance; c’est là, que réside ce sentiment de fierté, d’orgueil indomptable qu’on attribuait à la race des Claudius , et dont ibère avait si largement hérité. Le nez est resté célèbre :

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c’est le type du nez àqujiin ; aussi les graveurs de médailles ont-ils facilement saisi le profil, qui est tout à fait beau et remarquable. Quand notre buste est vu de face, le nez est moins bien modelé. La bouche est un peu aplatie, plus indécise qu’on ne le supposerait; elle n’a pas une expression franche, je dirais presque qu’elle est inerte et comme incapable de mouvement.

On observe un certain empâtement dans les muscles qui l’encadrent, aussi bien que dans les muscles qui viennent former l’encadrement du menton ; ils sont puissants, mais ils sont engorgés, ils n’ont pas cette souplesse , ce jeu qu’on remarque chez les hommes accoutumés au commandement ou à la parole. Nous savons en effet que Tibère n’avait point la parole facile. Quoiqu’il ait prononcé des discours en public, les expressions ne lui venaient pas aisément ; il prononçait d’une manière lente, laborieuse :

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aussi Auguste, qui ne lui ménageait pas les railleries, s’écriait-il parfois : « Que je plains le peuple romain qui sera broyé par cette lourde mâchoire ! »

Le buste accuse, en effet, une mâchoire lourde. Cette difficulté d’articuler obligeait Tibère â chercher ses mots, et, pour faire prendre patience, le geste précédait chez lui le mot. De là une 'gesticulation désagréable, qui paraissait affectée et qui ne trahissait que le besoin de peindre avec la main l’idée ou la chose que la parole n’exprimait pas assez vite. Tibère avait à lutter, non pas avec une difficulté intellectuelle, mais avec une difBcullé matérielle. La conformation des muscles du bas de la figure nous explique cet embarras.

Le menton est puissant, sans être très-arrêté; de même que le front s’étend en largeur, de même l’extrémité du menton n’a pas ce mo-

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delé qu’on pourrait inscrire dans un ovale pur ; elle est large plus que de juste. Enfin un signe caractéristique, que l’on vérifiera encore mieux sur les camées et sur les médailles, c’est le rétrécissement du nez à son sommet : les cartilages des narines sont étroits, serrés, comme pincés entre les deux yeux, de sorte que la cavité des yeux paraît plus profonde et rappelle la physionomie de l’oiseau de proie, du vautour plutôt que de l’aigle. Ce trait curieux nous rappelle la figure de Livie, où nous reconnaissions dans l’agencement du nez et des yeux quelque analogie avec la chouette chère à Minerve et aux Athéniens. De même, la bouche de Tibère, gênée, contractée dans son expression naturelle, n’est pas sans parenté avec la bouche de Livie, si petite qu’elle n’avait presque point de lèvres; encore étaient-elles contractées par l’habitude de dissimuler. Du reste, le camée qui est au

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Louvre dans une vitrine de la salle des vases grecs, nous montre avec quelle facilité un artiste habile pouvait ramener le type de Tibère au type de Livie.

Tel était donc Tibère, d’après les historiens et d’après ses images les plus authentiques.

Malgré les défauts, qui étaient plutôt dans l’expression que dans la construction, il ne devait inspirer à sa femme ni aversion ni dégoût. « Il était beau, » dit Suétone, et les œuvres les plus diverses de l’art nous attestent qu’il était beau. S’il fallait encore un témoignage irrécusable, nous avons celui d’une femme qui s’y connaissait en beauté : je veux parler de Julie. Julie s’éprit de Tibère, du vivant d’Agrippa, son mari et beau-père de Tibère. Elle lui fit des avances; sa passion se trahit même publi-

t. 11 représente, de profil, Tibère jeune, idéalisé, et Caligula; il est gravé dans Y Iconographie romaine.

quement. Comment Tibère a-t-il accueilli ou repoussé ses avances, nous l’ignorons. Mais on conçoit que lorsque plus tard Agrippa mourut et qu’ Auguste, pressé de choisir un nouveau gendre, consulta Julie, il n’éprouva aucune résistance ; peut-être même Julie, d’accord avec Livie.qui rapprochait son fils du trône à petit bruit, suggéra-t-elle cette pensée à Auguste.

Malgré toutes ces sollicitations, l’histoire dit que Tibère ne voulait point se séparer de sa chère Agrippine, qu’il résista autant qu’on pouvait résister à Auguste, et que, vaincu enfin, il ne répudia qu’avec une douleur profonde {non sine magno angore animi) sa jeune femme enceinte pour donner sa place à Julie.

De quelle nature était cet amour de Tibère pour Agrippa Vipsania? Était-ce la tendresse d’un mari? Était-ce l’amour plus sensuel d’un

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jeune homme dont la froideur extérieure cachait le tempérament, et qui devait rejeter tout voile et toute pudeur dans sa vieillesse? Deux faits permettent de trancher cette question. Le premier, c’est la conduite de Tibère envers Julie dès qu’il l’eut épousée ; le second, c’est sa contenance dans une rencontre qu’il fit à l’improviste de sa première femme. Quoiqu’il eût pour Julie le plus parfait mépris, il s’éprit aussitôt de sa beauté; quoiqu’il eût oublié Agrippine, il ne la revit pas sans une émotion qu’il est facile de caractériser. Dans une des promenades de Rome, il rencontra un jour Agrippine, relevée de ses couches, plus attrayante que jamais. Il la contempla avec des yeux tendus, gonflés ‘, qui effrayèrent ceux qui l’accompagnaient. Auguste en fut averti et eut

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