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que les règles de Tart sont essentiellement applicables, dans un même genre, aux diverses formes des inventions originale s otides imitations, que le beau reconnu sert à découvrir le beati inconnu , que les eiFets produits sont les points de comparaison avec les effets à produire ; cjue, d' ailleurs , les qualités du style de Chënier , sa méthode , sa philosophie sont des choses déjà j ugées dans ses écrits antérieurs à ceux qu'il n'a pu nous offrir liii-ménie; enfin, me sentant assez appuyé dans ma marche , étranger à tout esprit de parti, siirde n'être pas aveugle par les préventions quil inspire, j'ose espérer que mes éloges, ou mes motifs de restrictions dans mes louanges ne manqueront point de solidité. Je me flatte même que l'assentiment public approuvera mes jugemens, et que j'éprouverai la douceur d'avoir pressenti les nouveaux stiffrages qui vont agrandir la célébrité de Chénier, don les travaux me paraissent une brillante réfutation de tant de vains discours, où l'on impute un caractère de décadence à la haute littérature française.
On n'entendra pas, sans doute, qtie je le mette en parallèle avec le sublime et profond Corneille, ni que je l'élève à l'égal du pur et
admirable Racine, ni qne je Ini assigne une même place qu'au brillant Voltaire : tous trois gardent les prééminences de leur rang. Chenier, qui n'a point la perfection poétique de l'auteur d'Ipliigënie, ni le grand éclat de l'auteur de Mahomet, me ^mble dignement s'asseoir avec les premiers du second ordre, c'està-dire entre Ducis et Crëbillon, qui, moins corrects , moins sëvéres que lui , mais plus pathétiques , ont parfois atteint h des beautés supérieures.
Hàtons-nous de rechercher en lui ce qu'il ne doit qu'à lui-même , ce cpii lui est propre , ce qu'ilacrëë de totalement original : car, l'invention dans le sujet, dans l'ordonnance et dans le style , signale seule un vrai poète ; et je me saisis d'abord de son Tihcre , tragëdie en cinq actes, qui me parait le plus éminemment lui assurer l'unanimitë des suffrages par une composition forte, grave et régulière. Si Fou juge cette tragëdie d'après les lois de Fart , tant sous le point de vue classique que sous le rapport d'un noble effet théâtral, c'est, sans doute, la meilleure qu'il ait faite : et je ne balance point il prédire qu'au jour ou le public la verra bien
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jouëe, il l'estimera comme étant son chefd'œuvre.
De tous les fléaux, la tyrannie est le plus odieux pour les hommes entièrement hommes: de toutes les images qu'on leur en peut tracer pour la leur faire haïr, celle cpii en découvre le mieux les profonds artifices , est la plus salutaire et la plus morale. Chez les peuples dont l'esclavage est immémorial aussi-bien que le despotisme consacré qui les abrutit, l'oppression , graduée de rang en rang jusqu'à la plus abjecte servitude , n'offre que l'aspect d'im ordre avilissant qtiifait peu sentir ce qu'il a de dénatm^ë, parce que le mal s'y opère sans choc au sein d'un calme trompeur; mais, l'opposition qui se débat et meurt sous les efforts de l'usurpation qui l'enchaîne et la tue, forme un intéressant contraste, entre le vice et la vertu, dont Chénier voulut moittrer la lutte déplorable. Dans ce dessein, rpiel sujet mieux choisi que le sien? ou le mieux placer qu'à Piome et qu'à la cour du plus perfide empereur? Le seul nom des Romains semble personnifier la liberté toute entière ; le seul nom de Tibère est devenu celui de la tyrannie même. Son insidieuse physiono-
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mie , profondément burinée par le plus pénétrant des liistoriens , animera ses traits affreux à côte de celle de l'adulation vivante dans Sëjan, ambitieux et servile exécuteur de ses attentats contre la gloire publique immolée dans la personne de Germanicus. Tel est le fond de la pièce dont nous allons développer les formes.
Suivons la trace de ce beau plan. La scène s'ouvre par l'entretien de Pison avec son fils Cnelus , a qui ce sénateur demande si l'arrivée d'Agrippine a précédé son retour dans Piome, et si déjà cette illustre veuve de Germanicus, mort dans la Syrie au milieu de son camp, a porté son accusation contre les auteurs du trépas de son époux ;
M Que disent l'empereur et sa mère Livie?
» Séjan même avec ^ux menace-t-il ma vie,
i» Et de Germanicus tous les persécuteurs
)» De son ombre aujourd'hui sont-ils les protecteurs? »
Ces mots exposent l'action : bientôt on s'aperçoit que Pison, complice soupçonné d'un infâme coup-d'état, craint que l'empereur ne le sacrifie à la vengeance d'Agrippine, pour détruire, en le perdant , le témoin du forfait qu'il Ta chargé de commettre. Les discours de Cnéius signalent les espérances que le peuple romain
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avait conçues du héros dont il pleure la perte. Les réponses de Pison expliquent la progression de son asservissement personnel , qui commença sous Auguste dont il fut le courtisan, et qui continua sous le règne suivant.
(c Son successeur Tibère, en ce mèine palais, >» Me retint , m'opprima sous d'horribles bienfaits. » Là, du nouveau tyran j'ai connu Tame alticre : » J'ai vu les chevaliers, le sénat, Rome entière , » Tout l'empire, à l'envi , se faisant acheter. " Briguer la servitude et s'y précipiter. »
On retrouve dans ce dernier vers l'expression de Tacite , dont l'aïuetu rappelle encore le style énergique , en retraçant les funérailles de Jimie.
t'. Entre tous les héros qqi, présens à nos yeux, » Provoquaient la douleur et la reconnaissance, » Brutus et Cas.sius brillaient p^ leur absence. »
La suite des confidences du père et du fils conduit le premier à l'aveu de la honte qui Taccable et qui lui rsvit tout espoir de s'en relever.
« Dût un jour la liberté renaître ,
>> Je nen jouirai plus; j'ai fléchi sous un maître :
» A vivre en le servant je me suis condamné,
5> Soumis au bras d'airain qui me tient enchaîné. »
Remarqtions premièrement la simplicité de cette exposition, et le rang des personnages par
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lesquels elle est faite. On y voit soudain que tout le peuple assujetti ne peut plus résister à l'injustice, puisqu'un noble sënateiu^ qui parle ^ ne saurait plus lui-même s'^n affranchir ^ cpie nëamiioins ce peuple dans les' fers intimide encore ses oppresseurs, en réclamant ses droits et en exprimant scjn amour pour un chef qu'il croit citoyen ; tandis qu'un grand , dont la race remonte à Numa , tandis qu'un descendant des Calpurniens s'est ignominieusement range dans la foule des iustrumens d'une grandeur inique. L'esclavage gênerai peut-il se manifester mieux, que par l'empressement des anciennes familles à briguer un joug déteste de tous €eux qui reçoivent d'elles , non les exemples de fierté qu'ils en attendent, mais d'une bassesse cpii les confond?
Bientôt paraît Tibère, tyran de l'empire, suivi de Sëjan, tyran de sa cour : leur inséparable présence les caractérise tous deux. Le sombre ministre alarme la sécurité de son maître au récit pompeux du retour d'Agrippine, entraînant partout sur son passage l'immense .concoiu's des adorateurs du guerrier dont elle montre les trois enfans en pleurs sur son char , et dont elle porte l'urne sur ses genoux. Les beaux