‹ TibèreChapitre 32 sur 58 · ACTE IIÏ, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IIÏ, SCÈNE III

On nest point délateur alors qu'on vous accuse. Ce droit de dénoncer qui vous semble odieux. Fut, dans les plus beaux temps, ulile à nos aïeux. Je ne veux point choisir un exemple vulgaire j Cet orateur fameux, plébéien consulaire, Cicéron , qui toujours soutint avec éclat Le sénat près du peuple et le peuple au sénat, N'a-t-il pas accablé de foudres équitables Verres que protégeaient ses richesses coupables ? N'a-t-il point accusé l'orgueilleux Lentulus, L'ardent Catilina , l'effréné Céihégus ^ Et, des rois abolis craignant peu Tinflaence, Armé contre un Pison sa sévère éloquence ?

PISON

Que font ces traits amers avec choix rassemblés ? Notre âge est-il pareil aux temps dont vous parlez ? La liberté régnait sur les rives du Tibre : César y règne seul , et seul y reste libre. Chaque mot du sénat par César est dicté. Oui , vous approuvez tout ^ mon arrêt est porté \ Avec l'art de Séjan ces trames sont conduites. César en a . je pense, examiné les suites ? Il a vu quels seraient les droits de l'accusé ?

Il n'a vu qu'un devoir à César imposé , Et dont il faut subir les lois inexorables.

PISON

César , faut-il aussi punir tous les coupables ?

4o TIBÈRE.

Sur des preuves ? sans doute. Ainsi le veut la loi.

PIS ON

Ce'sar sera puni.

Qui l'accuserait ?

PISOJÎ.

Moi.

Ses ordres à la main. Je les ai.

Téméraire l ^ ous les avez gardés ?

PISOlf.

Je connaissais Tibère.

Et des audacieux connaissez-vous le sort ?

PIS ON

Vous ne pouvez, César, commander que ma mort>

On verra si Pison brave les destinées,

Ou s'il a dans les camps perdu quarante années.

Jestime sa fierté , je crains peu son courroux.

Pison , votre péril m'attache encore à vous.

Le sénat frémirait de voir un consulaire

Divulguant sans pudeur , aux yeux de Rome entière ,

Un ordre faux peut-être , ou mal interprété j

Et du chef dt l'Etat bravant la majesté.

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