XV} ANALYSE
riiivitant^pourriioiineur de FEtat^ à prolonger son règne, en lui confirmant qu^il a pour soutiens For, les dignités et les proscriptions, en lui déroulant une liste de lâches suppôts , desquels il acheta les délations passées et futures , qui le servirent déjà contre Silius et Silanus, et qui l'aideront à faire des coupables de l'historien Cremutius, dont il redoute le témoignage devant la postérité; du poète Scaurus, de qui les tragédies frappent d'allusions sa conscience épouvantée, et de tous les citoyens qui méprisent encore la foule avilie dont les pensées lui sont vendues. Car nulle particularité de sa lâche surveillance n'est omise; et chacun de ces détails est si bien touché dans la pièce, qu'ils ne dégradent point la noblesse du cothurne.
Ici commence une des pltis belles scènes entre l'empereur et Pison : ce courtisan menacé de périr par la loi de l'Etat qu'il a bravée d'après l'ordre de son maître , effrayé de voir son collègue Séjan s'armer pour Agrippine, leur commune adversaire, par l'effet de ces infidélités habituelles entre les agens du despotisme \ enfin, réduit par le désespoir à essayer les moyens de la témérité devant l'empereur qui veut le payer
DE TIBÈRE. xvij
légalement de ses services par un procès capital; ce courtisan, dis-je, victime de son zèle honteux, engage avec lui la conférence la plus hardie. Là, chaque interlocation, chaque repartie tend au but le plus moralement dramatique , ainsi qu'à la peinture des mœurs de Rome. On y voit l'empire fortifier ses abus des lois jp*diciaires de la république , et surtout en conserver l'influence des accusations. Nous n'aurons besoin cjne de citer quelques fragmens de cette scène pour en faire achiiirer la viguetu^ et la beauté.
« César, faut-il aussi punir tous les coupables?
» Sur des preuves? Sans doute. Ainsi le veut la loi.
pisoy.
;> César sera puni.
Qui l'accuserait ^
PISOX.
Moi ,
>. Ses ordres à la main. Je les ai.
Téméraire !
'> Vous les avez i^ardés?
xviij A?^ALYSE
Je connaissais Tibère.
<> Et des audacieux connaissez-vous le sort?
PI SON
» Vous ne pouvez , César , commander que ma mort.
» On verra si Pison brave les destinées ,
-) Ou s'il a dans les camps perdu quarante années. >♦
Et plus loin, le malheureux persévérant dans le projet d'entraîner en sa chute un monstre dont les horreurs ont lasse son esclavage :
« Tibère osant pleurer les malheurs qu'il a faits ,
» Sur ses propres agens punirait ses forfaits !
» Non , vous ne l'aurez point ce sanglant privilège.
» Il faut que de Pison le juge sacrilège',
» Plus fidèle aux devoirs qui lui sont imposés,
3> Descende en criminel au rang des accusés.
}) Je n'y descendrai point , je saurai vous confondre ; » Et déjà, d'un coup-d'œil , je pourrais vous répondre, » Si l'on hait ma puissance, elle inspire Feffroi.
PISON
>> J'abandonne mes jours ; elle a fini pour moi.
» Non , vous avez un fils , vous la craindrez encore. »
Trait admiral)le, quî rouvre la source de la terreur et de la pitié dont se remplit le reste de
DE TIBÈRE. xix
l'ouvrage. Par ces seuls mots, l'action est renouée, et l'intérêt accru. Pison, révolté d'un opprobre qui enveloppe jusqu'aux derniers membres des familles, persiste dans sa résolution : ses adieux remettent la vengeance à demain. Un seul hémistiche clôt ce débat terrible... Adieu! dit Tibère!
Demain! — la nuit me reste. »
Et Séjan survient. L'empereur lui ordonne de faire périr son ennemi dans une sédidon simulée, à laquelle les ressentimens d'Agrippine serviront de prétexte. Les ressorts du soidèvement et la promesse des salaires qu'il doit aiLx subalternes' auteurs du crime , fournissent matière à un dialogue précis et frappant.
SÉJAX.
« Natta, Balbus , Afer, nos zélés orateurs?
» Du crédit , des emplois d'édiles , de questeurs,
SÉJAN
» Les agens plus obscurs d'une émeute docile ^
TIBxÈRE,
r> De l'or.
SÉJAN
Fuîcinius?
La préture en Sicile