VAL
Hvnc cecinere diem Parcae fatalia nentes stamina, non ulli dissoluenda deo,
hunc fore, Aquitanas posset qui fundere gentes, quem tremeret forti milite uictus Atax.
Euenere : nouos pubes Romana triumphos 5 uidit et euinctos bracchia capta duces ;
at te uictrices lauros, Messalla, gerentem portabat nitidis currus eburnus equis.
Non sine me est tibi partus honos : Tarbella Pyrene testis et Oceani litora Santonici, 10
testis Arar Rhodanusque celer magnusque Garunna, Carnutis et flaui caerula lympha Liger.
An te, Cydne, canam, tacitis qui leniter undis caeruleus placidis per uada serpis aquis,
quantus et aetherio contingens uertice nubes 15 frigidus intonsos Taurus alat Cilicas ?
Quid referam ut uolitet crebras intacta per urbes alba Palaestino sancta columba Syro,
2 stamina habent Fris.|| 8 Aquitanas habent Fris. || 6 euinctos Vèg: uictos [in ante uictos add. man. sec.] A=uictos V' || 8 nitidis: niueis ç || 9 Tarbella Scaliger : tua bella AV [| 11-12 habent Fris. |; 11 geronna Fris. [asupra e add. man. 1]: garäna À garumna V || 12 Carnutis Fris. : Carnoti AV || 13 an ç:at AV || 16 alat c : arat AV
hautes demeures, elle regarde au loin la vaste plaine de la 20 mer, cette Tyr qui la première apprit à confier un navire aux vents ? comment aussi, quand Sirius (1) fend la terre altérée, le Nil fertilisant a, bien qu’en été, de l’eau en abondance ? \ Nil, ô père, pourrais-je dire pour quelle raison et en 25 quelle région tu as caché ta source ? Grâce à toi, le sol que tu arroses ne réclame pas l’eau du ciel, et l’herbe desséchée n’implore pas Jupiter qui distribue les pluies. C'est toi que chante et que vénère, avec son Osiris (2), ce peuple barbare, instruit à pleurer le bœuf de Memphis (3). Le premier, Osiris, d’une main industrieuse, a construit 30 la charrue et a remué avec le soc la glèbe tendre ; le premier, il a confié des semences à la terre non éprouvée encore et cueilli des fruits sur des arbres jusqu’alors inconnus. C’est lui qui enseigna à attacher à des échalas la vigne délicate, à en couper avec la dure serpette le vert 35 feuillage ; le premier il obtint le jus savoureux exprimé du raisin müûr-par des pieds agrestes ; cette liqueur-là apprit à varier les inflexions de la voix et l’art ignoré jusque-là de se mouvoir en cadence ; et Bacchus à donné au labou- 40 reur accablé par un long travail de chasser de son cœur la tristesse, Bacchus apporte le repos aux êtres malheureux, malgré les dures chaînes qui s’entrechoquent avec bruit sur leurs jambes. Tu ne connais pas les tristes soucis ni les douleurs, Osiris ; mais la danse, les chants, les jeux 45 de l’amour, voilà ce qui te convient ; maïs les fleurs de
(1) Etoile de la Canicule.
(2) Dieu de l’agriculture chez les Egyptiens, identifié avec Dionysos et avec Bacchus par les Grecs et par les Romains.
(3) Le bœuf Apis, qui portait en lui, selon les croyances des Egyptiens, l’âme d’Osiris. Ce détail semble un souvenir de Callimaque, frag. 176 : eldutav pélioy taÿpoy inkeuioar.
55 Û TIBVLLVS 1-7
utque maris uastum prospectet turribus aequor
-prima ratem uentis credere docta Tyrôs, 20 qualis et, arentes cum findit Sirius agros,
fertilis aestiua Nilus abundet aqua ?
Nile pater, quanam possim te dicere causa
aut quibus in terris occuluisse caput ?
Te propter nullos tellus tua postulat imbres, 25
arida nec pluuio supplicat herba Ioui.
Te canit atque suum pubes miratur Osirim
barbara, Memphiten plangere docta bouem.
Primus aratra manu sollerti fecit Osiris
et teneram ferro sollicitauit humum, 30 primus inexpertae commisit semina terrae
pomaque non notis legit ab arboribus.
Hic docuit teneram palis adiungere uitem,
hic uiridem dura caedere falce comam ; illi iucundos primum matura sapores 35
expressa incultis uua dedit pedibus ; ille liquor docuit uoces inflectere cantu,
mouit et ad certos nescia membra modos ; Bacchus et agricolae magno confecta labore
pectora tristitiae dissoluenda dedit, 40 Bacchus et adflictis requiem mortalibus adfert,
crura licet, dura compede pulsa sonent.
Non tibi sunt tristes curae nec luctus, Osiri,
sed chorus et cantus et leuis aptus amor, sed uarii flores et frons redimita corymbis, 45
28 memphiten g corr.: -em A menphitem V || 85 iocundos habent Fris. || 40 laetitiae Muret || 41 habent Fris. || after Fris. || 42 compede c : cuspide AV || 45 redimita corimbis [ chor-AV] habent Fris,
toute nuance, les fronts couronnés de grappes de lierre ; mais la robe couleur de safran qui tombe sur des’ pieds délicats, les vêtements de pourpre tyrienne, les doux sons de la flûte, la légère corbeille qui prend part aux mystérieuses cérémonies.
Viens en ces lieux célébrer avec nous par le jeu, par re
50 danses, le Génie, le Génie de Messalla, et étourdir les tem-
pes par des flots de vin ; que des gouttelettes d'essence découlent de la chevelure brillante du dieu, que sa tête et son cou portent de souples guirlandes. Oui, viens, toi que nous fêtons aujourd’hui, que je t’offre de l’encens en hommage et t’apporte des gâteaux savoureux au miel attique..
Et toi, puisses-tu voir grandir des enfants qui ajoutent aux exploits de leur père et entourent glorieusement ta vieillesse. Et qu’il ne taise point la voie qui est ton ouvrage, celui que retiennent le territoire de Tusculum ou la blanche Albe au, Lare antique : car elle est faite d’un lit de gravier dur amassé par tà libéralité, et pavée de blocs assujettis avec art ; Voici que chante tes louanges le laboureur revenu de la grande ville sur le soir et rentré sans s’être meurtri les pieds.
Et toi, Anniversaire, pour être célébré bien des années encore, arrive plus radieux, toujours plus radieux !
56 TIBVLLVS 147
fusa sed ad teneros lutea palla pedes et Tyriae uestes et dulcis tibia cantu et leuis occultis conscia cista sacris.
Huc ades et Genium ludo Geniumque choreis concelebra et multo tempora funde mero ; 50 illius et nitido stillent unguenta capillo, et capite et collo mollia serta gerat.
Sic uenias hodierne, tibi-dem turis honores, liba et Mopsopio duleia melle feram.
At tibi succrescat proles quae facta parentis 55 augeat et cirea stet ueneranda senem.
Nec taceat monumenta uiae, quem Tuscula tellus candidaque antiquo detinet Alba Lare ; namque opibus congesta tuis hic glarea dura sternitur, hic apta iungitur arte silex ; 60 te canit agricola, à magna cum uenerit urbe : serus, inoffensum rettuleritque pedem.
At tu, Natalis multos celebrande per annos, candidior semper candidiorque ueni.
47 dulci g || 49 Genium ludo Markland: centum ludos AV centum ludis «6 j| 54 mosopio AV || melle uf uidelur g: melia AV|| 57 nec c : ne AV || quem c : que À quae V || 61 canet ç || a add. Baekrens : om. AVe c.
C’est la deuxième des élégies à Marathus, et elle soulève, sur la personne de Marathus et quant aux sources, les mêmes questions que l’élégie 4 (1). Ici Tibulle essaie d’agir en faveur du jeune homme sur Pholoé, une jeune beauté dédaigneuse et qui avait quelque amant riche ; il met au service de son ami l’expérience qu'il a acquise au prix de bien des douleurs.
Il s'adresse d’abord à Marathus qu’il voit dépérir d'amour pour Pholoé et l’exhorte à cesser de lui cacher son mal. Il a remarqué ses signes et ses paroles, les frais de toilette qu’il fait pour plaire : tout révèle sa passion, et cette passion est l’œuvre, non pas de la magie — ce qui rendrait inefficaces des remèdes magiques, — mais des charmes de la jeune femme, qu’ ’il a approchée et serrée de trop près (1-26).
Quels sont donc les remèdes ? Où trouver des secours ? Le poète est ainsi amené à s'adresser ‘à Pholoé, dans une seconde partie (27-66). Marathus souffre par sa propre faute, sans compter qu'il a des reproches à se faire vis-à-vis de certains et de Tibulle lui-même
(élégie 4, et ici v. 71 sqq.) : quoi qu’il en soit (nec {u...lamen v. 27),
que Pholoé n’ajoute pas à sa douleur par une dureté odieuse, d’ailleurs, à Vénus (27-28) ; il a droit à ses faveurs : 10 il a pour lui sa jeunesse et sa fraîcheur, et les délices de l'amour jeune sont préférables (at v. 85) aux riches présents d’un amant à cheveux blancs . et aux membres refroidis ; et’ à cet amour désintéressé Vénus est favorable (29-38) ; 2° bien accueillir Marathus, c’est, pour Pholoé, beéllement user de sa jeunesse ; or la jeunesse est brève. À quoi bon perles et pierreries quand elle n’est plus là, quand on a cheveux blancs et visage ridé, quand il faut réparer par l’art les outrages du temps et que l’âge vous laisse seule ? (39- -52). 3° D'ailleurs Marathus a pour elle un sentiment ardent et sincère : ses plaintes : touchantes et ses larmes le prouvent, comme la pâleur de son teint (53-66).
Ce développement est destiné à bien Dose Pholoé en faveur de Marathus ; il faut maintenant achever l’effet produit par ces conseils ; d’où les avertissements et les menaces adroites de l’épilogue (67- 78) : c’est d’abord une menace indirecte ; que Marathus
(1) C?. supra la notice de l’él. 4 et, pour la date, p. 5.
renonce à pleurer pour une insensible ; ainsi le poète cherche à agir à la fois sur la volonté de Marathus et sur l’amour-propre et le cœur de Pholoé (67-68). Et voici les menaces directes, que le v. 28 laissait déjà pressentir : les dieux haïssent les orgueilleux et les poursuivent ; Amour (deum v. 72) est un dieu vengeur ; Marathus lui-même en est la preuve, lui qui a fait le dédaigneux et s’est raillé de ses poursuivants : la destinée a de ces ironies. Puisse Pholoé, à son tour, n'avoir pas à se souvenir des A ee du poète quand il sera trop tard (69-78).
La composition est donc d’une franche venue et ne semble guère mériter les sévérités de certains commentateurs (1) : deux parties, 1-26 et 27-66, et unépilogue, 67-78 ; le mal et son origine, ses remèdes, ses conséquences. Le poète cherche à faire impression sur Pholoé par une gradation de développements destinés d’abord à la séduire, puis à la toucher, enfin à lui faire peur. On le sent lui-même dans la pièce, avec son mélange de tendresse et d’ironie ; il y-met son propre cœur, d'homme qui a passé par tous ces tourments, et qui intercède pour que cesse la soufirance de l’ami qui l’a fait luimême souffrir : là est l'ironie profonde de la pièce.
(1) Par exemple de Francken et de Belling ; cf. A. Cartault, À propos du Corpus Tibullianum, p. 379 et 483.