TIBVLLVS I
neu timeat celeres tardior agna lupos. 20 Tunc nitidus plenis confisus rusticus agris ingeret ardenti grandia ligna foco, turbaque uernarum, saturi bona signa coloni, ludet et ex uirgis exstruet ante casas.
Euentura precor : uiden ut felicibus extis 25 significet placidos nuntia fibra deos ?
Nunc mihi fumosos ueteris proferte Falernos consulis et Chio soluite uincla cado.
Vina diem celebrent : non festa luce madere est rubor, errantes et male ferre pedes. 30 Sed « bene Messallam » sua quisque ad pocula dicat, nomen et absentis singula uerba sonent.
Gentis Aquitanae celeber Messalla triumphis et magna intonsis gloria uictor auis, huc ades aspiraque mihi, dum carmine nostro 35 redditur agricolis gratia caelitibus .
Rura cano rurisque deos : his uita magistris desueuit querna pellere glande famem ; illi compositis primum docuere tigillis exiguam uiridi fronde operire domum ; 40 illi etiam tauros primi docuisse feruntur seruitium et plaustro supposuisse rotam.
Tum uictus abiere feri, tum consita pomus,
22 ingeret À : -rat V || ligna corr. ex lingua A || 28 saturi ç : -tiri À -tyri V || 24 ante : arte c || 29-80 habent Par. || 29 celebrent AV : -brant Par. || non AV: nec Par. || 84 auis c Scaliger : ades AV || 36 caelitibus [coel-g] V? in margine c: celicibus À cilibus V! || 37-50 habent Par. | 387 cano AV : colo Par. th colis n || 38 glande Par. V?g : grande AV! || 41, 42, 39, 40 Cartaulf || 42 supposuisse : -tuisse À || 48, 44, 45 tum [43 cu consitan] Par.: tunc AV || 43 tum consita : tuncinsita ç
sauvages, alors fut planté l’arbre fruitier, alors le jardin bien arrosé but l’eau qui lefertilisa, alors la grappe dorée, pressée sous les pieds, donna son jus et l’eau des sobres fut mélangée au vin pur qui ôte le souci. Les campagnes produisent les moissons, quand, au fort de la chaleur du soleil, la terre, chaque année, abandonne sa blonde chevelure ; à la campagne, au printemps, l’abeille légère amasse le suc des fleurs dans sa ruche, empressée à remplir du doux miel ses rayons. Le laboureur le premier, fatigué de pousser continuellement la charrue, a chanté des paroles rustiques d’une mesure déterminée et le premier, après avoir mangé, il modula sur les tuyaux séchés du chalumeau un air destiné à être joué devant les dieux couronnés de fleurs ; et c’est le laboureur qui, la figure rougie de vermillon, conduisit le premier, ô Bacchus, les danses dont l’art était jusqu'alors inconnu (1); et on lui donnait en présent mémorable, tiré d’une étable bien pleine, le chei du troupeau, un bouc, grand accroissement pour de minces ressources. C’est à la campagne que pour la première fois l’enfant tressa une couronne de fleurs printanières et en ceignit les antiques dieux Lares ; c’est à la campagne encore que, pour fournir de quoi occuper les jeunes filles, la brebis éclatante de blancheär porte une molle toison: et voilà,
- pour les femmes, des travaux, voilà l’origine de la laine à
filer chaque jour et de la quenouille et du fuseau qui sous le pouce rait tourner l’écheveau, tandis qu’une des tisseuses, appliquée avec attention au travail de Minerve (2), chante, et que la toile résonne quand le peigne en touche les bords.
(1) Cf supra p. 73, n. 1 et comparer l'éloge d’Osiris-Bacchus, d,%7,,292Sqq%
(2) Minerve (II&\\as ’Epyévn) protégeait ces travaux de femmes,
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tum bibit inriguas fertilis hortus aquas, - aurea tum pressos pedibus dedit uua liquores +45 mixtaque securo est sobria lympha mero.
Rura ferunt messes, calidi cum sideris aestu deponit flauas annua terra comas ; rure leuis uerno flores apis ingerit alueo, compleat ut dulci sedula melle fauos. 50 Agricola adsiduo primum satiatus aratro cantauit certo rustica uerba pede et satur arenti primum est modulatus auena carmen, ut ornatos diceret ante deos, agricola et minio suffusus, Bacche, rubenti 55 primus inexperta duxit ab arte choros ; huic datus a pleno, memorabile munus, ouili - dux pecoris curtas auxerat hircus opes. .
Rure puer uerno primum de flore coronam | fecit et antiquis imposuit Laribus, 60 rure etiam teneris curam exhibitura puellis : molle gerit tergo lucida uellus ouis :
hinc et femineus labor est, hinc pensa ce fusus et adposito pollice uersat opus, atqué aliqua adsidue textrix operata mineruam 65 cantat, et appulso tela sonat latere.
45 aurea Par. : antea AV || 48 deposuit Par, th || 49 ingerit Par. : rat AV | 50 ut Par. V’£ : et AV‘ ||54 diceret V?g: du-AV || 58 uersus corruptus : yreus hauxerat [hyrcus auxerat man. alt.] hyreus oues Ahyrcus hauserat [auxerat V? in marg.] hyrcus oues V : curtas...opes Waardenburg dux hircus pecoris : duxerat hircus oues c dux pecoris : uites hauserat hircus olens Maas d. p.: uites roserat ille nouas Robert et Knaack d. p. : surclos hauserat ille nouos Havet d. p. ; meritus laus erat hircus auis Cartault | 59-60 in marginem reiecit Havet, eorum loco posuit 47-50 || 65 assiduae textis... mineruae c || 66 appulso : applauso ç a puiso Muret a plauso Rigler
Lui-même, Cupidon, c’est aussi aux champs, : au milieu des troupeaux, qu’il est né, dit- -on, et parmi les cavales indomptables : là, d’une main inhabile, il commença à. s’exercer à l’arc ; hélas ! qu’il a maintenant les mains habiles ! Et ce ne sont pas des animaux, comme jadis, qu’il vise : percer le cœur des jeunes filles est sa joie, et dompter les hommes audacieux ; c’est lui qui ravit au jeune homme ses richesses, lui qui fait prononcer au vieillard, sur le seuil d’une cruelle, des paroles dont il devrait rougir ; sous sa conduite, passant furtivement à travers ses gardiens étendus, la jeune femme vient seule, dans les ténèbres,
retrouver son ami ; en tâtant avec les pieds elle cherche
son chemin ,palpitante de crainte, et reconnaît, les mains en avant, la route où elle ne voit rien.
Ah ! malheur à ceux que ce dieu presse violemment ! mais heureux celui pour qui, paisible, Amour souffle doucement. FES
Etre divin, viens à ce banquet de fête, mais dépose tes flèches et cache loin d'ici, je t’en conjure, tes torches
-ardentes.
Et vous, chantez le dieu tant célébré, pour vos troupeaux invoquez-le à haute voix ; oui, en public pour vos troupeaux, mais qu’en secret chacun linvoque pour soimême, ou même encore pour soi en public, car les éclats
de joie de la foule et les sons de la flûte phrygienne au
bout recourbé empêchent d’entendre.
Jouez : déjà la Nuit attelle ses chevaux, derrière le char de leur mère s’avance folâtre le chœur des astres vermeils, et après vient sans bruit, enveloppé de ses ailes sombres,
90 le Sommeil, avec les Songes ténébreux, au pied incertain...
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Tpse quoque inter agros interque armenta Cupido natus et indomitas dicitur inter equas ; illic indocto primum se exercuit arcu ; eimihi, quam doctas nune habet ille manus ! 70 Nec pecudes, uelut ante, petit : fixisse puellas gestit et audaces perdomuisse uiros ; hic iuueni detraxit opes, hic dicere iussit limen ad iratae uerba pudenda senem ; hoc duce custodes furtim transgressa iacentes 75 ad iuuenem tenebris sola puella uenit et pedibus praetemptat iter suspensa timore, explorat caecas cui manus ante uias.
À miseri, quos hic grauiter deus urget ! at ille felix, cui placidus leniter adflat Amor. . 80 Sancte, ueni dapibus festis, sed pone sagittas ‘et procul ardentes hinc, precor, abde faces. Vos celebrem cantate deum pecorique uocate uoce ; palam pecori, clam sibi quisque uocet, aut etiam sibi quisque palam : nam turba iocosa - 85 obstrepit et Phrygio Æibia curua sono.
Ludite : jam Nox iungit equos, currumque sequuntur matris lasciuo sidera fulua choro,
” postque uenit tacitus furuis cireumdatus alis
Somnus et incerto Somnia nigra pede. 90
67 agros A : greges Vt apros R. Klotz — ipsé interque greges 8 6 |l 73 opes c : opus AV || 83 uocate A : uac-V! || 88 choro V?g: tho- AV |! 89-90 habent Par. || 89 postque uenit : accedit Par. || tacitis Par. n || furuis g : fuluis AVPar. fuscis ç.
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IT
La pièce est adressée par Tibulle à un ami, Cornutus (1), pour célébrer l’anniversaire de sa naissance. Elle rappelle par son sujet l’élégie 7 du premier livre, où était fêté le Natalis (2) de Messalla. Elle laisse entrevoir en Cornutus (v. {)un confident de Tibulle, un ami qui devait lui être cher.
La pièce est d’une concision élégante et d’une courbe aisée et naturelle, Le poète annonce le commencement de la cérémonie sacrée et appelle à la fête le Genius, lui demandant de répondre oui aux vœux que va lui adresser Cornutus (1-10). Vœu de Cornutus : c’estun mari très épris de sa femme ; la fidélité de l’épouse est son plus cher trésor (11-16). Le vœu est entendu : Amour sera favo= rable, et le Genius, revenant aux anniversaires, trouvera les époux entourés d’une belle postérité (17-22).
(2) Cornutus est la leçon des bons mss. ; celle des mss. inférieurs, Cerinthus,est une interpolation. C’est dès le xv® siècle, semble-t-il, qu’on a identifié, sans raisons suffisantes, Cornutus avec le Cerinthus du livre 3, 8-18 (4, 2-12),qu’on suppose avoir épousé Sulpicia et à qui Tibulle aurait dédié cette élégie pour célébrer son premier anniversaire de naissance après le mariage.
(2) Natalis était le nom sous lequel le Genius, protecteur de l'individu et de la maison, divinité familière à la conscience romaine, était honoré aux anniversaires de naissance,