TIBVLLVS
nec fore credebat Romam, cum maestus ab alto Ilion ardentes respiceretque deos
— Romulus aeternae nondum formauerat urbis moenia, Consorti non habitanda Remo ;
sed tunc pascebant herbosa Palatia uaccae et stabant humiles in Iouis arce casae :
lacte madens illic suberat Pan ilicis umbrae et facta agresti lignea falce Pales,
pendebatque uagi pastoris in arbore uotum, garrula siluestri fistula sacra deo,
fistula cui semper decreseit harundinis ordo : nam calamus cera iungitur usque minor.
At qua Velabri regio patet, ire solebat exiguus pulsa per uada linter aqua ;
illa saepe gregis diti placitura magistro ad iuuenem festa est uecta puella die,
cum qua fecundi redierunt munera ruris, caseus et niueae candidus agnus ouis — ::
« Impiger Aenea, uolitantis frater Amoris, :
Troica qui profugis sacra uehis ratibus,
iam tibi Laurentes adsignat luppiter agros, jam uocat errantes hospita terra Lares ;
illic sanctus eris, cum te ueneranda Numiei
unda deum caelo miserit indigetem.
Ecce super fessas uolitat Victoria puppes ;
tandem ad Troianos diua superba uenit ; ecce mihi lucent Rutulis incendia castris :
34 pulsa c : pulla AV || linter habent Kris. || 85 illa V?g : illaque AV! illac Rossbach || diti ç : -tis AV || post u. 88 noua elegia
incipit in À || 47 Rutulis ç: rutilis AV
TIBULLÉ 110 orgueilleuse ; voici que luit à ma vue l’incendie du camp des Rutules : dès ce jour je te prédis, barbare Turnus, la mort. Mes yeux distinguent le camp de Laurente, le mur de Lavinium et Albe-la-Longue fondée par les ordres d’Ascagne (1). Toi aussi, dès maintenant, je te vois, prêtresse destinée à plaire à Mars, Ilia (2), abandonner le foyer de Vesta, je vois ton union furtive, tes bandelettes tombées à terre et les armes du dieu amoureux laissées sur 14 rive. Paissez maintenant, taureaux, l’herbe des sept collines, tandisque vous lepouvez:ces lieux vont devenir l’emplacement d’une grande ville. Rome, le Destin t’appelle à régner sur le monde, sur cette étendue de champs que Cérès contemple du haut du ciel, sur les contrées du levant et sur les ondes toujours en mouvement du fleuve (3) où le Soleil baigne ses chevaux haletants. Oui, Troie alors s’étonnera d'elle-même et dira que vous l’avez bien servie par un si long voyage.C'est la vérité que j’annonce: autant . que je dis vrai, puissé-je toujours, sans en souffrir, me nourrir de lauriers sacrés et conserver à jamais ma vitginité.» Voilà ce qu’annonça la prêtresse et elle t’invoqua, Ô Phœbus, en agitant sa chevelure éparse sur son front. :
Tout ce qu’Amalthée, tout ce qu’Hérophilé de Marpesos ont dit, les avertissements qu’a donnés Phyto la Grecque, ceux de la Sibylle de Tibur qui porta, dit-on, à travers les flots de l’Anio les oracles sacrés sans les laisser mouiller
(1) Enée reçut d’abord un emplacement sur le territoire de Laurente, sur la rive orientale du Tibre (cf. Virgile, En. 7, 157sqq.); il y construisit Lavinium, du nom de Lavinia, fille du roi Latinus, sa femme. Après sa mort, son fils fonda Albe-la-Longue (cf. Virgile, En. 1, 270 sq. ; Tite Live, 1,3, 3). Ensuite fut fondée Rome.
(2) Ilia ou Rhea Silvia, la vestale fille de Numitor, aimée de Mars et mère de Romulus et de Remus.
(3) Le fleuve Océan, suivant la géographie homérique, cf. Odyssée, 11, 639. |
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am tibi praedico, barbare Turne, necem.
- Ante oculos Laurens castrum murusque Lauini est Albaque ab Ascanio condita Longa duce. 50 Te quoque iam uideo, Marti placitura sacerdos Ilia, Vestales deseruisse focos, concubitusque tuos furtim uittasque iacentes et cupidi ad ripas arma relicta dei.
Carpite nunc, tauri, de septem montibus herbas 55 dum licet : hic magnae iam locus urbis erit.
Roma, tuum nomen terris fatale regendis, qua sua de caelo prospicit arua Ceres, quaque patent ortus et qua fluitantibus undis Solis anhelantes abluit amnis equos. < €0 Troïa quidem tunc se mirabitur et sibi dicet - uos bene tam longa consuluisse uia.
Vera cano : sic usque sacras innoxia laurus uescar, et aeternum sit mihi uirginitas. » Haec cecinit uates et te sibi, Phoebe, uocauit, 85 iactauit fusas et caput ante comas.
Quidquid Amalthea, quidquid Marpesia dixit Herophile, Phyto Graia quod admonuit, quod, quae Aniena sacras Tiburs per flumina sortes __ portarit sicco pertuleritque sinu — ‘ 76 hae fore dixerunt belli mala signa cometen,
49 castrum c: -tris AV || 58 uittasque c: uictasque AV | 55 carpite AV? : cap-V! || 62 longa.…. uia ç : longam... uiam AV || 64 uescar V? in margine c: noscar A noscat V1 || 68 Herophile ç : Heriphile AV || Phyto Huschke: phebo AV || Graïa Lachmann : grata AV— seruauit Rossbach Phœæbo grata,post dixit interpungens || 69 quod quae Cartault : quodque AV quasque ç« quaeque Postgate|| Aniena ç : albana AV | Tiburs ç : tiberis AV || 70 pertuleritque c : -lueritque AV || 71haeç: hee AV |IcometeA :-tem V
TIBULLE | ä 111
et les tint jusqu’au bout contre son sein (1)—ellés ont dit qu’il y aurait (2), sinistre présage de guerre, une comète et une abondante pluie de pierres sur laterre ; on rapporte encore que des trompettes et des cliquetis d’armes dans le ciel furent entendus et que les bois sacrés annoncèrent la déroute ; on vit aussi le Soleil lui-même, privé d’une partie de sa lumière, âttéler, durant une année nuageuse, ses chevaux pâlissants : les statues des dieux répandre des larmes tièdes,et les bœufs parler pour prédire les déstins, —tout cela regardait des événéments maintenant âccomplis ; mais toi, désormais; Apollon, aié l’indulgence d’engloutir ces prodiges sous les eaux indomptées; où que le. laurier allumé crépite favorablement dans les flammes sacrées et fasse augurer une. annéé heureuse ét protégée des dieux. ;
Puisque le laurier a donné des signes propices, réjouissez-vous, laboureurs, les épis feront gonfler les greniers remplis par Cérès ; barbouïillé de vin doux le paysan foulera du pied les raisins, jusqu’à ce que tonneaux et larges cuves ne suffisent plus ; et, arrosé par Bacchus, le berger célèbrera en chantant la fête dé Palès, sa patronne : alors, loups, tenez vous loin dés bergéries ; et lui, après avoir bu, allumera des tas de paille légère élevés selon Îles rites et sautera par-dessus les flammes sacrées: Sa femmé lui donnera un rejéton, et le petit attrapera les oreilles de son père pour lui prendre des baïsers; l’aïeul ne se lassera pas de veiller sur la faiblesse de sonpetit-fils et demêlerson bégaiementde vieux à celui de l’enfant. Alors, après s’être
(1) I y avait dix Sibylles selon Varron (Lactance, Div. Inst., 1,6) ; les quindécemvirs avaient la garde des différents livres sibyllins qui, après l’incendie du Capitole en 83 et la destruction des premiers livres sibyllins, avaient été rassemblés de l'Italie ét de tout l'empire, — Marpesos était un bourg de Troade.
(2) Il s’agit des prodiges qui ont accompagné la guerre-civile et la mort de César (cf. Virgile, Géorgiques, 1, 466-492).
PETER TIBVELVS II-5
multus ut in terras depluëretque lapis :
atque tubas atque arma ferunt sirepitantia caelo
audita et lucos praecinuisse fugam ; ipsum etiam Solem defectum lumine uidit 75
iungere pallentes nubilus annus equos, et simulacra deum lacrimas fudisse tepentes
fataque uocales praemonuisse boues, — haec fuerant olim : sed tu iam mitis, Apollo,
prodigia indomitis merge sub aequoribus; 80 et succensa sacris crépitet bene laurea flammis,
omine quo felix et sacer annus erit.
Laurus ubi bona signa dédit, gaudete toloni,
disténdet spicis horrea plena Ceres, oblitus et musto feriet pede rusticus uuas, 85
dolia dum magni deficiantque lacus ;
-ac madidus baccho sua festa Palilia pastor
concinet : a stabulis tunc procul este lupi ; ille leuis stipulae sollemnis potus aceruos
accendet, flammas transilietque sacras ; 90 et fetus matrona dabit, natusque parenti oscula comprensis auribus-eripiet, nec taedebit auum paruo aduigilare népoüti
balbaque éum puer6 dicere uerba séném.
Tüuñé operata deo pubes discumbet in herba, ue arboris arnitiquaë qua leuis umbra cadit,
72 ut 6: et AV | deplueretque 6: deplueritque A depuieritque V | 75-76 iransposuit post 72 Fa post 18 Rigler || 76 annus V éx corr. : anis À | 78 uocales fabent Ffis. || 79 fuerant AV: -runt uel -rint c | 81et V?in marg.g: ut AVI-—ut... crepitat c || 82erit :eat g ç 1 92 comprensis g c: -pressis AV | 94
puero V: puro À | 956peräta V? in marg.£g: operta [et supra scripto man. recenti] À et operta Vt
acquittée envers la divinité, la jeunesse s’étendra sur l'herbe à l'endroit où l'arbre antique répand une ombre mobile, ou bien ils étaleront leurs vêtements pour s’en faire des abris enguirlandés et devant eux sera placée la coupe couronnée aussi de fleurs ; cependant chacun, pour festoyer et célébrer la cérémonie, se dressera une grande
100 table de gazon avec un lit de gazon. Là le jeune homme,
après avoir bu, lancera contre la jeune fille de mauvaises paroles, qu’ensuite il souhaitera de n’avoir pas proférées : car sa cruauté pour son amie le fera pleurer aussi une fois redevenu calme et il jurera qu’il n’était pas dans son bon sens.
Puissent, si tu le permets, périrles arcs, puissent périrles flèches, Ô Phæbus, puisse seulement Amour errer désarmé sur la terre. Ton art était utile : mais depuis que Cupidon s’est approprié ces armes, ah ! hélas ! de combien cet art n’a-t-il pas fait le malheur ! H a fait le mien surtout ; de-
puis un an que je suis terrassé de ma blessure et que je
nourris mon mal, que je me complais dans ma douleur elle-même, je ne cesse de chanter Nemesis, sans laquelle mon vers ne peut jamais trouver les paroles ni la mesure juste.
. Mais toi, car les dieux tiennent sous leur protection les poètes, je t’en préviens, épargne, amie, un chantre sacré, que je puisse célébrer Messalinus, lorsque, prix de ses campagnes, les images des villes vaincues seront portées devant le char où il se tiendra, le laurier à la main ; couronné de laurier champêtre, le soldat criera bien fort : « Io ! triomphe ! » Alors que mon cher Messalla donne à la foule le spectacle touchant d’un père applaudissant au passage du char de son fils.
Exauce-moi,et puisse alors, Phæbus, ta chevelure res+ ter longue, puisse ta sœur être chaste éternellement.
DE vf!