TIBVLLVS
aut e ueste sua tendent umbracula sertis uincta, coronatus stabit et ipse calix ; at sibi quisque dapes et festas exstruet alte caespitibus mensas caespitibusque torum. 100 Ingeret hic potus iuuenis maledicta puellae, postmodo quae uotis inrita facta uelit :
nam ferus ille suae plorabit sobrius idem et se iurabit mente fuisse mala.
Pace tua pereant arcus pereantque sagittae, 105 Phoebe, modo in terris erret inermis Amor.
Ars bona : sed postquam sumpsit sibi tela Cupido, heu ! heu ! quam multis ars dedit ista malum ! Et mihi praecipue ; iaceo cum saucius annum et faueo morbo, cum iuuat ipse dolor, 110 usque cano Nemesim, sine qua uersus mihi nullus uerba potest iustos aut reperire pedes.
At tu, nam diuum seruat tutela poetas, praemoneo, uati parce, puella, sacro, - ut Messalinum celebrem, cum praemia belli 115 ante suos currus oppida uicta feret, ipse gerens laurus ; lauro deuinctus agresti miles «io!» magna uoce « triumphe » canet.
Tunc Messalla meus pia det spectacula turbae et plaudat curru praetereunte pater. 120 Adnue : sic tibi sint intonsi, Phoebe, capilli, sic tua perpetuo sit tibi casta soror.
98 ipse : ante c{| 99 extruet c : -uat AV || 108 eheu & |ista : illa c | 109 et : ei Havet|| iaceoc:tac-AV || cum : qui ciam Wisser || 110 cum : dum Sfatius tam ç quod Rigler nam Wisser quin Leo—ceum iuuet c||112 reperire A: -isse V || 116 feret g: «rent AV ex corr. [ex forent] || 117 laurus : -ros g [120 parens g || 421 tibi om, V1 | 122 perpetuo V'g 6 :-tua AVI
NI
C’est la dernière élégie, semble-t-il, composée par Tibulle en l'honneur de Nemesis. Elle le montre à la fois plus faible et plus désespéré encore que dans la quatrième. Elle términe pour nous l'aventure, sans que nous puissions savoir si le poète est mort toujours dominé par l’hétaïre superbe, ou s’il a vécu quelque temps encore après s’être décidé à une rupture et sans composer de vers, Quant à Nemesis, elle y apparaît sous l’aspect d’une courtisane capricieuse et froide, flanquéé d’une entremetteuse qui se charge de l'échange des billets doux et règle chez la maîtresse les entrées des amants. Tibulle essaie de se rattraper à l'espérance impossible et de mettre son infortune sur le compte de la Lena. Effort 1MUSofre pour $e trompér lui-même !
Le début est piquant et lui est fourni par un coup de tête de son ami Macer (1) qui, à la suite sans doute de quelque déception, abandonne l’amour pour suivre la carrière militaire .Le poète, reprenant une invention alexandrine, se demande si Amour va ac- ”
-Compagner le nouveau guerrier dans les camps ou s’il va le laisser tranquille et cesser de le tourmenter. Et s’il le voit épargner les soldats, que ne se fait-il soldat lui aussi ? Vaïne fanfaronnade ! Il ne peut s’éloigner du seuil de sa maîtresse (v.1-14). Il est une victime d'Amour etil mettrait fin à ses tourments par la mort, si l’Espérance nele retenait etne lui promettait une Nemesis indulgente (15-28). Que Nemesis l’épargne, au nom de sa jeune sœur prématurément enlevée et dont les mânes intercèdent en sa faveur (29-40). D'ailleurs Nemesis est sensible et pitoyable : c’est l’entremetteuse Phryné qui la corrompt et écarte d’elle le poète : d’où l’imprécation contre l’entremetteuse (41-54).
Composition simple et adroïte, faite du jeu symétrique de deux motifs, l’imprécation et la prière, et où le poète essaie d’agir sur le cœur de la femme aimée en s’adressant chez elle tantôt à la tendresse, tantôt à la crainte, tantôt à la pitié.
(1) I s’agirait d’Aemilius Macer de Vérone, le poête didactique, ami et contemporain de Virgile, qui mourut en Asie en l’an 16. Mais les détails que donne Tibulle semblent convenir à un homme plus jeune que ne l'était alors ce poète, peut-être, comme le pense Cartault (Tibulle, p. 60), au Macer qui fut ami d’Ovide et écrivit des Antehomerica (cf. Pontiques, 2, 10).
Macer part en campagne : que va devenir le tendre Amour ? Va-t-il l'accompagner, le cou bandé pour lui porter ses armes (1) ? et, que lehéros ait une longue route à faire par terre ou que les flots agités le mènent, voudrat-il aller à son côté,les traits àla main ?Brûle, enfant, jet’en prie, celui qui a eu la cruauté d'abandonner le repos que tu chéris, et rappelle un transfuge sous tes enseignes. Si tu épargnes les soldats, Tibulle aussi se fera soldat, un soldat qui porte lui-même dans son casque sa part d’eau limpide. Je gagne les camps, et adieu, Vénus, adieu les jeunes filles : moi aussi j’ai de la vigueur, et la trompette a été faite aussi pour moi. Voilà de grands mots, mais après que j'ai débité fanfaronnades et grands mots, mes paroles de bravoure tombent devant une porte fermée. J’ai juré — combien de fois | — de ne jamais revenir à ce seuil ; après mes beaux serments, mes pas d'eux-mêmes m’y ramènent.
Cruel Amour, puissé-je voir brisées ces flèches qui sont tes armes, — s’il est possible — et tes torches éteintes ! Tu tourmentes un malheureux, tu m’arraches contre moimême de dures imprécations et des blasphèmes d’insensé. Déjà j’eusse mis fin à mes maux par la mort, mais l’Espérance, crue aisément, réchauffe la vie et dit toujours que
(1) Ce sont les armes que le soldat Romaïn portait en marche ;
cf. Plaute, Trin. 594 sà.! àctum est de collo meo : Gestandus péregre clupeus, galea, sarcind
CAsTRA Macer sequitur : tenero quid fiet Amori ? Sit comes et collo fortiter arma gerat ?
et, seu longa uirum terrae uia seu uaga ducent aequora, cum telis ad latus ire uolet ?
Vre, puer, quaeso, tua qui ferus otia liquit, atque iterum erronem sub tua signa uoca.
Quod si militibus parces, erit hic quoque miles, ipse leuem galea qui sibi portet aquam.
Castra peto, ualeatque Venus ualeantque puellae :
et mihi sunt uires et mihi facta tuba est.
Magna loquor, sed magnifice mihi magna locuto excutiunt clausae fortia uerba fores.
Iuraui quotiens rediturum ad limina numquan ! Cum bene iuraui, pes tamen ipse redit.
Acer Amor, fractas utinam tua tela sagittas, si licet, extinctas aspiciamque faces !
Tu miserum torques, tu me mihi dira precari cogis et insana mente nefanda loqui.
lam mala finissem leto, sed credula uitam Spes fouet, et fore cras semper ait melius ;.
3 terre AV1: -ret V?g || 4 adlatus A: allatus V! corr. V? || 5tua AV: :tu V1 | 8 portet A : -tat V | 16 silicet ç : scilicet AV || 19- 26 habent Par. || 19 finirent multi leto mala credula uitam Par. ||
20 et melius cras fore semper agit Par.
demain tout ira mieux ; l'Espérance nourrit le laboureur, l’'Espérance confie aux sillons ouverts par la charrue la semence, pour que la terre la rende avec usure ; c’est elle qui captive au lacet les oiscaux, les poissons avec la ligne, au bout de laquelle le mince hameçon est caché sous l’appât ; c’est l'Espérance aussi qui console l’esclave chargé de sa chaîne solide : ses jambes font résonner les fers, maïs il chante au milieu de son travail ; l'Espérance me promet une Nemesis indulgente : elle, dit non. Ah ! malheur à
moi ! ne va pas, cruelle jeune fille, triompher de la déesse.
Épargne-moi, je t’en conjure au nom des restes de ta sœur, ensevelis avant le temps : : et qu’alors cette enfant repose tranquille sous une terre qui lui soit douce l Elle est pour moi sacrée, à son tombeau je porterai des offrandes et des guirlandes mouillées de mes larmes, près de sa tombe je me réfugierai et je resterai assis en suppliant, je déplorerai mon sort en m’adressant à sa cendre muette. Elle ne laissera pas son protégé pleurer toujours à cause. de toi ; obéis à ses paroles et cesse de m'être insensible, je le veux, de peur que ses mânes offensés ne t’envoient des songes funestes, et que, pendant ton sommeil, ta sœur … affigée ne se dresse devant ta couche, telle qu’au jour où, tombée d’une fenêtre élevée, elle est venue sanglante sur les bords des lacs infernaux.
Je m arrête, pour ne point renouveler chez ma maîtresse une douleur amère : je ne vaux pas assez pour lui coûter une seule larme ; elle ne mérite pas de voir souiller de pleurs ses yeux éloquents : c’est une entremetteuse qui me fait du mal ; mon amie, elle, est bonne : c’est l’entremetteuse Phryné (1) qui me fait périr, malheureux que je suis!
.(4) C’est le nom d’une courtisane dans Horace, Epod. 14, 16, dont Tibulle s’est probablement inspiré. :
116 TIBVLLVS * ‘11-6
Spes alit agricolas, Spes sulcis credit aratis semina quae magno fenore reddat ager ; haec laqueo uolucres, haec captat harundine pisces, cum tenues hamos abdidit ante cibus ; Spes etiam ualida solatur compede uinctum : 25 crura sonant ferro, sed canit inter opus ; Spes facilem Nemesim spondet mihi, sed negat illa : ei mihi, ne uincas, dura puella, deam. | Parce, per immatura tuae precor ossa sororis : sic bene sub tenera parua quiescat humo. 5780 Illa mihi sancta est, illius dona sepulero et madefacta meis serta feram lacrimis, illius ad tumulum fugiam supplexque sedebo et mea cum muto fata querar cinere.
Non feret usque suum te propter flere clientem ; 35. illius ut uerbis, sis mihi lenta, ueto, ne tibi neglecti mittant mala somnia manes, maéstaque sopitae stet soror ante torum, qualis ab excelsa praeceps delapsa fenestra uenit ad infernos sanguinolenta lacus. 40 Desino, ne dominae luctus renouentur acerbi : non ego sum tanti, ploret ut illa semel ; nec lacrimis oculos digna est foedare loquaces : lena nocet nobis, ipsa puella bona est ; lena necat miserum Phryne furtimque tabellas 45 occulto portans itque reditque sinu ;
21-22 habent Fris. || credita ratis Fris. || 22 reddat : -dit Fris. || 32 feram V?g: -ant AV: || 386 ut delet Rigler || 38 sopitae habent Fris:|| 45 necat g c: uetat AV || Phryne ç: phirne AV —ueluetat m.recipi c. || 46 itque V?g : tuncque AV
1-6 “TIBÜLLE 117 en portant et rapportant furtivemient, dans son sein, des tablettes secrètes ; souvent, au moment où moi je reconnaïis, de ce seuil cruel, la douce voix de ma maîtresse, cette femme dit qu’elle n’est pas là; souvent, quand une nuit
50 m'a été promise, elle m’annonce que la jeune fille a lamigraine ou qu’elle redoute je ne sais quelles menaces. Alors je meurs d’angoissse, alors mon imagination égarée se forge un rival qui embrasse celle que j’aime, et les différentes façons dont il la tient embrassée ; alors contre toi, entremetteuse, j'appelle les Furies : ta vie sera assez agitée, si la centième partie demes vœux fait bouger les dieux.
117 | TIBVLLVS 116
saepe, ego cum dominae dulces a limine duro agnosco uoces, haec negat esse domi ;
saepe, ubi nox mihi promissa est, langnere puellam
-nuntiat aut aliquas extimuisse minas. 60;
Tune morior cursis, tune mens mihi perdita fingit, quisue meam teneat, quot teneatue modis ;
tunc tibi, lena, precor diras : satis anxia uiuas, ë mouerit e uotis pars quotacumque deos.
47 äuro c : diro AV || 49 mihi promissa est AV! : promissa mihi est V?g.