PRINCIPES SUIVIS DANS LA PRÉSENTE ÉDITION
Le texte de Tibulle et des auteurs du Corpus Tibullianum est publié ici d’après deux manuscrits complets, contrôlés ou rectifiés d’une part à l’aide des leçons d’un manuscrit fragmentaire, aujourd’hui perdu, de l’autre par des manuscrits d'extraits, auxquels s'ajoutent des conjectures empruntées soit à une série de manuscrits considérés comme inférieurs soit à la critique moderne (1).
Les deux mss. complets sont l'A mbrosianus R. 26 sup., qui date de 1374 environ et que l’on désigne par l’abréviation A, et le Valicanus 3270,qui paraît du commencement du xve siècle ou plutôt de la fin du x1v® et qu’on désigne par la lettre V. Leur découverte revient à Baehrens (1876) qui a ainsi permis un progrès considérable dans l’établissement du texte. Ils dérivent d’un même archétype, auquel remontent également les autres copies antérieurement connues (2), désignées par le sigle ç (4 de Postgate) et d’une valcur très inférieure à celle de AV parce qu’elles
tient des pièces qui ne lui appartiennent pas et qui sont l’œuvre de Lygdamus et de Sulpicia: ces deux personnalités seront étudiées dans les notices du troisième livre. Il en est de même pour le Panéqyrique de Messalla, dont l’auteur est inconnu.
(1) Pour l’histoire du texte et de la tradition manuscrite, je me permets de renvoyer à mon Etude sur le texte de Tibulle et des auteurs du Corpus Tibullianum, Paris, 1923.
(2) Ainsi que les mss. utilisés par Lachmann, qui sont plus ré-
cents et plus éloignés de loriginal. Cf. Etude sur.le texte de Tibulle, p.9,n.1, à
INTRODUCTION x1
ont été interpolées par les savants italiens du xve siècle. Le plus près de l’original est A, tandis que V doit en dériver par un intermédiaire au moins ; toutefois la leçon de
: l’original peut être restituée par l’accord des deux mss(1). Le principe qui m'a guidé dansl’établissement du texte est donc de suivre AV là oùil n’y a pas faute manifeste, même
à l'encontre des éditeurs antérieurs : exceptionnellement,
et pour éviter d’y introduire des corrections incertaines, j'ai, comme l’ont fait Hiller dans sa seconde édition (1891), puis Postgate (1905), indiqué par des croix que le passage était corrompu (2).
Mais, précisément, si la tradition de AV échappe aux interpolations du xv® siècle, elle est assez souvent incertaine ou fautive : aussi faut-il puiser à d’autres sources, malheureusement peu abondantes.
Parmi ces sources, la première place revient au Frag-
RS . mentum Cuiacianum (F), qui a appartenu à Cujas, puis à Scaliger et a disparu ensuite. Scaliger lui a emprunté un certain nombre de leçons, qui commencent seulement à 24:65,et'les à consignées sur une édition de Catulle, Tibulle et Properce de chez Plantin, 1569, que C. M. Francken a retrouvée en 1866 à la Bibliothèque de Leyde et qui n’a, par elle-même, qu’une valeur secondaire. C’est F qui a,-en bien des endroits, conservé la bonne lecon : aussi le
(1) La collation de A V, faite par Baehrens, a été revue et cor- -rigée par Hiller (édition de 4885), puis précisée par Belling (Quaestiones Tibullianae, Berlin 1894) et partiellement vérifiée sur les indications de Postgate (éd. de 1905). Un examen nouveau et précis de AV a été fait plus récemment par F. Calonghi (Rivista di Filologia, t. XLVI, 1918, p. 99 sqq. et 226 sqq.; t. XLVII,
1919, p. 223 sqq.) et il apporte un certain nombre de rectifications de détail. — La Paléographie des Classiques Latins d’E. Chatelain donne (planche 104) une reproduction du fol. 4-verso 5 de A (1,2, 71-3, 13). Cf. Elude sur le texte de Tibulle, p. 14, n. 2.
(2) Cf. ibid., p. 21.
XII ë TIBULLE .
principe s’impose-t-il de faire prédominer, partout où il est possible, la leçon de F (1). is Le
A côté de F se placent les Excerpta Frisingensia, les meilleurs parmi les extraits que nous avons de Tibulle :
ils sont contenus dans un ms. du xre siècle, autrefois codex
Frisingensis, aujourd’hui cod. Monacensis 6292 (M de Hiller). Mais ils ne comportent que 70 passages: 48 vers presque tous en entier et 22 mots ou groupes de mots (2). Leur valeur est parfois exéellente et leur leçon doit alors prévaloir ; en cas de désaccord avec F, il faut choisir en se déterminant par des raisons intrinsèques (3).
Nous avons une seconde catégorie d'extraits, les Excerpla Parisina,contenus dans deux mss.de la Bibliothèque : Nationale de Paris, le Thuaneus 7647 (th), du xxr1® et
peut-être de la fin du xx siècle, qui a appartenu à de Thou (feuillets 66 et 67), et le Nostradamensis 188 (n), ms.
du fonds latin 17903, des environs de la fin du xrrre siècle. (feuillets 25 à 27). Ils nous donnent lé texte de 265 vers,
mais ils ont moins de valeur que les Excerpta Frisingensia ; ils sont assez souvent fautifs ou interpolés et une comparaison des deux mss. montre que le plus interpolé est le Nostradamensis (4). Toutefois ils renferment des
(1) Cf. Etude sur le lexte de Tibulle, p. 19-22. <
(2) Is ont été publiés intégralement par Luc. Müller dans les Neue Jahrb. f. Philot. 1869, p. 64-65, et dans son édition de Tibulle 1870, p. vrxr.
(3) Cf. Etude sur le lexte de Tibulle, p. 16 et 21.
(4) Cf. ibid., p. 18 et n.1.— J'ai examiné moi-même les deux mss. à la Bibliothèque Nationale et cet examen m'a permis d’étabiir avec plus d’exactitude l’apparat critique, en même temps que de vérifier le texte publié par G. Meyncke qui a
retrouvé le Thuaneus, en 1870, et en a donné une édition diploma- !
tique accompagnée des variantes du Nostradamensis (Rhein: Museum f. Philol., 25ster Band 1870; p. 369-392). J’indique les résultats de cet examen dans l'Etude sur le texte de Tibulle, p. 17, net 18 n>1: =