III
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la terre est suspendue dans l’air qui l'enveloppe de tous côtés et forme yn globe dont l’ensemble est divisé en cinq zones. Deux d’entre elles sont toujours désolées par un froid glacial : elles sont plongées dans d’épaisses ténèbres 3; les eaux qui commencent d'y couler n’achèvent pas leur course, mais durcissent et se changent en épais glaçons et en neige, vu que jamais le Soleil n’y a envoyé ses rayons. Celle du milieu est toujours soumise à la chaleur de Phœbus, soit qu’il se rapproche de la terre quand il traverse le ciel, l’été, soit qu’il accélère sa course pour mettre fin aux jours d’hiver ; aussi le sol ne se soulève pas sous le soc de la charrue, il n’y a pas de champs ensemencés qui donnent des moissons et pas de pâturages dans les terres ; les campagnes n’y sont pas visitées par la divinité, par Bacchus ni par Cérès, et nul être vivant n’habite ces régions toutes brûlées. Deux zones fertiles s’étendent entre celle-ci et les zones glaciales, Ja nôtre et celle qui lui correspond dans l’autre hémisphère, zones semblables tempérées parles deux climats qui les avoisinent de part et d’autre en neutralisant réciproquement leur influence ; aussi, paisiblement, l'année nous déroule ses saisons; aussi le taureau y a appris à soumettre son cou au joug, la vigne flexible à monter le long des rameaux élevés : et les champs voient couper chaque année leurs moissons mûries, la terre est fendue par le fer, la mer par le bronze ; il s’élève même de villes entourées de murailles. Ainsi donc,
naux ; ef. Hérodote, 1, 189 ; Sénèque, de Ira, 3, 21. — Oroatis, rivière de la Susiane. — Tomyris, reine des Massagètes ; cf. Héro-
” dote, 1, 205. — Padéen, peuple de l'Inde orientale, qui tuait et
mangeait les malades et les vièillards ; cf. Hérodote, 3, 99. — Gètes ou Daces, qui habitaient jusqu'à l'Hémus, dont l’Ebre (Maritza, en Thrace) était un affluent ; cf. Virgile, Géorg. 4,463 ; Dion Cassius, 1, 22. — Tanais, le Don. — Magynos, nom de peuple qui ne se trouve pas ailleurs, peut-être le même que les Mosins, voisins du Pont-Euxin, cf. Curt. Ruf. 6, 4, 17 ; Pomp. Mela, 1,19.
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et quinque in partes toto disponitur orbe.
Atque duae gelido uastantur frigore semper :
illic et densa tellus absconditur umbra,
-et nulla incepto perlabitur unda liquore, 155 sed durata riget densam in glaciemque niuemque, quippe ubi non umquam Titan super egerit ortus.
At media est Phoebi semper subiecta calori,
. seu propior terris aestiuum fertur in orbem seu celer hibernas properat decurrere luces ; 160 non igitur presso tellus exsurgit aratro, nec frugem segetes praebent neque pabula terrae ; non illic colit arua deus, Bacchusue Ceresue, nulla nec exustas habitant animalia partes.
Fertilis hanc inter posita est interque rigentes 165
- nostraque et huic aduersa solo pars altera nostro, quas similis utrimque tenens uicinia caeli temperat, alter et alterius uires necat aer ; hinc placidus nobis per tempora uertitur annus, hinc et colla iugo didicit submittere taurus 170 et lenta excelsos uitis conscendere ramos, tondeturque seges maturos annua partus, et ferro tellus, pontus confinditur aere, quin etiam structis exsurgunt oppida muris.
154 densa A:-s0 V! || 155 incerto Guyet || 157 non umquam A : non nunquam V |161 igitur F : ergo AV | 164 nulla:uila ç || 165 rigentes A! Plant. : -tem A? in rasura Vg Cui.|167 utrinqueg Cui. Plant. : utrique AV utriusque Carlaull | 168 alter AV : -ram F jnecat ç: negat AV Plant. || 169 uertitur A?V Cui : om. A! labitur Plant. || 170 hinc V : huic À || 471 lenta A: leta V || 173 confinditur gç Plant.: confun-AV conscin-g corr, || 174 exurgunt g : -gitat AV |
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quañd, en d’éclatants triomphes, auront défilé les images de tes hauts faits, seul tu seras appelé grand dans l’un et l’autre hémisphère à la fois.
Je ne-suffirais point pour célébrer une si grande gloire, quand Phœbus lui-même me dicterait mes. vers. Il est un homme capable d’affronter cette haute entreprise : c’est Valgius (1); nul autre n’approche davantage de l’immortel Homère. Ce n’est pas d’une manière languissante que je consacre mes loisirs à composer mon poème, malgré la Fortune qui m’accable de ses rigueurs accoutumées. En effet, à moi qui possédais une demeure superbe où brillait l’opulence, de blonds sillons qui à tour de rôle enrichissaient mes greniers trop petits pour l’abondance des récoltes, des troupeaux qui paissaient l'herbe des collines, si serrés que le maître en avait largement assez pour laisser le superflu au voleur et au loup, aujourd’huiil ne reste que les regrets : car mon chagrin serenouvelle, toutes les fois que le souvenir de mon malheur me rappelle les années passées. Mais quand des épreuves plus rudes fondraient sur moi et m’arracheraient ce qui m'a été laissé, ma muse ne se fatiguera pas de te célébrer. Et tu ne recevras pas seulement le tribut des Piérides : pour toi j’oserais traverser même les ondes impétueuses de la mer, quand les ï vents contraires soulèveraient la tempête, pour toi je résisterais seul à des bataillons serrés ou je livrerais monfaible corps à la flamme de l’Etna (2). Tout ce que je suis est à toi. Quelque faible intérêt que je t’inspire, pourvu que cet intérêt existe seulement, je le préférerais
(1) G. Valgius Rufus, ami d’Horace, consul en 12 av. J.-C., auteur d’élégies et d’épigrammes, mais dont l’œuvre épique nousest inconnue ; cf.Horace,Odes,2,9 ; Satires, 1, 10,82. Cf.supra p.71,n.1.
(2) C’est la mort que la légende attribuait à Empédocle, qui, en réalité, périt d’une manière analogue à Pline l’ancien, en voulant observer de près une-“éruption del’Etna. Cf. Horace, Art Port. 464-466.
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Ergo ubi per claros ierint tua facta triumphos, 175 solus utroque idem diceris magnus in orbe.
Non ego sum satis ad tantae praeconia laudis, ipse mihi non si praescribat carmina Phoebus. Est tibi, qui possit magnis se accingere rebus, Valgius : aeterno propior non alter Homero. 180 Languida non noster peragit labor otia, quamuis Fortuna, ut mos est illi, me aduersa fatiget. Nam mihi, cum magnis opibus domus alta niteret, cui fuerant flaui ditantes ordine sulci horrea fecundas ad deficientia messis, 185 cuique pecus denso pascebant agmine colles, et domino satis et nimium furique lupoque, nunc desiderium superest : nam cura nouatur, cum memor ante actos semper dolor admonet annos. Sed licet asperiora cadant spolierque relictis, 190 non te deficient nostrae memorare camenae.
Nec solum tibi Pierii tribuentur honores :
pro te uel rapidas ausim maris ire per undas, aduersis hiberna licet tumeant freta uentis, pro te uel densis solus subsistere turmis 195 uel paruum Aetnaeae corpus committere flammae. Sum quodeumque, tuum est. Nostri si paruula cura sit tibi, quanta libet, si sit modo, non mihi regna
175 per claros Scaliger : praeclaros AV Cui. Plant. ||ierint F : poscent AV tulerint Bergk cierint Lachmann || 184 flaui : -uv Némethy || ordine : horrea Heinsius || sulci: culmi Cornelissen|| 185 fecundas ad deficientia messis F : fecundis indeficientia mensis AV || 189 anteactos F : accitus AV accitos Cui. || 190 relictis Cui. ç Plant. :-tus AVg || 198 ausim AV:-si F| rabidas ç || 196 paruum : pronum Burmann | 197 quodcumque g ç Plant :
quideunque AV Cui. || 198 sit m. AV : sint m. [sin secundum Postgate] F
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au royaume de Lydie, à la renommée du grand Gylippe (1), à la faculté de vaincre le poète du Mélès (2). Que si mes vers, en tout ou en partie, obtiennent ton approbation ou ne sont goûtés par toi que du bout des lèvres, il n’est point d’épreuve qui-puisse me forcer à cesser de techanter, Et même lorsque le tombeau recouvrira mes restes, soit que, prématurément, la mort se hâte de m'emporter, soit qu’une longue vie me soit réservée, après les métamorphoses que j’aurai subies ou en cheval dressé à courir sur le sol dur des plaines ou en taureau, honneur d'un troupeau pesant, ou en oiseau que ses ailes portent à travers le vide des airs, quelle que soit l’époque où une longue suite d'années me rendra la figure humaine, j’ajouterai des vers au poème commencé en ton honneur.
(1) Général Lacédémanien, vainqueur des Athéniens Pendant
la guerre du Péloponése ; cf. Thucydide, liv. 6 et 7. (2) C'est-à-dire Homère, de Smyrne, ville arrosée par le Mélès.
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Lydia, non magni potior sit fama Gylippi,
posse Meleteas nec mallem uincere chartas. 200 Quod tibi si uersus noster, totusue minusue,
uel bene sit notus, summo uel inerret in ore,
nulla mihi statuunt finem te fata canendi.
Quin etiam mea tune tumulus cum texerit ossa,
seu matura dies celerem properat mihi mortem, 205 longa manet seu uita, tamen, mutata figura
seu me finget equum rigidos percurrere campos
doctum seu tardi pecoris sim gloria taurus
siue ego per liquidum uolueris uehar a-ra pennis, quandocumque hominem me longa receperit aetas, 210 inceptis de te subtexam carmina chartis.
200 nec V?g Plant. : om. AV1 } uincere F: mittere AV || 202 al- : terum uel om. F || 203 statuunt AV : -tuent g corr, ç Plant. || 204 mea cum tumulus contexerit ç || 208 celerem F : fato AV || 206 figura : -ram g Plant. | 210 quandocunque F : inquécung ; A inquencung; V. |