LE ROMAN DE SULPICIA
La suite du troisième livre est formée de trois groupes de pièces :
Les deux premiers sont liés ; ils sont consacrés au même sujet et aux mêmes personnages. Leur caractère a été bien reconnu par Gruppe (1) : malgré quelques erreurs de détail (2), rectifiées depuis par la critique (3), c’est lui qui a mis sur la voie de ce qui peut être aujourd’hui considéré comme l’explication naturelle du problème. Les cinq élégies du premier groupe sont une œuvre d’art écrite à tête reposée par Tibulle ; les six petites pièces du deuxième sont des billets d’amour ou des ‘épigrammes élégiaques, elles sont inspirées par la réalité et écrites au jour le jour par une jeune femme qui se nomme elle-même Serui filia Sulpicia, 3, 16, 4. Elle devait être (4) la petite-fille du jurisconsulte Servius Sulpicius, la fille de Servius Sulpicius Rufus et de Valeria, sœur de Messalla : : elle aurait perdu son père et serait restée sous l’autorité de son oncle. Elle s’est éprise d’un jeune homme d’une condition inférieure à la sienne, que les pièces du livre III nomment Cerinthus (5) et sur lequel nous ne savons rien. Son aventure semble avoir gardé le caractère d’un amour défendu, et rién ne nous indique qu’elle se soit terminée par un mariage. , \
Ses petites pièces sont d’un art imparfait, mais pleines de force et de passion. Elle ÿ note les incidents du roman. 3,13 est un cou-
(1) Die rômische Elegie. Von O. F. Gruppe, t. I, 1838, Leipzig ; 5 p: 25-64.
(2) Ainsi à propos de la pièce 3, 13 qu’il rapporte au premier groupe. ;
(3) Cf: l'A. Cartault, À propos du Corpus Tibullianum, p. 563- 564.
(4) Cf. Haupt, Opuscula, III, 2 ; 1876.
(5) L'identification de Cerinthus avec le Cornutus de Tibulle 2,2 et 3, souvent admise, n’est pas justifiée par la tradition manuscrite et remonte probablement à un humaniste du xv® siècle. D'autre part Cartault (Tibulle, p. 81-82) voit en lui un jeune esclave grec né dans la maison même de Sulpicia, un uerna, que sa maîtresse aurait fait affranchir en même temps que son père. Il semble plutôt que, bien que dans une situation inférieure à celle de la nièce de Messalla, il appartenait à une famille honorable et aisée.