LIVRE
piet de triomphe de l’amoureuse qui a possédé Cerinthus : cette pièce a été composée après les cinq autres, car elle apparaît comme la conclusion du cycle ; l’auteur a voulu qu’elle en fût l’introduction, comme fournissant la dominante du petit recueil : ce n’est plus une simple effusion, comme le sont les autres pièces, que Sulpicia semble avoir écrites pour elle-même ; elle s’adresse cette fois au public, elle révèle hautement le secret ardent de son âme. de patricienne hautaine et résolue. Le beau cri sur lequel la pièce s'achève, cum digno digna juisse ferar, d’une sobriété simple et vigoureuse, sera repris par Tibulle, dans 3,12, 9-10 en une forme d’une symétrie plus recherchée et plus subtiie. — Les pièces suivantes sont de brèves notations d'incidents ou d’impressions. Dans 3,14, Sulpicia se révolte contre l’idée d’être emmenée par sou oncle Messalla à la villa d’Arretium et de ne pouvoir fêter à Rome avec Cerinthus l’anniversaire de l’ami. 3,15 est un cri de joie : le voyage n'aura pas lieu ; Cerinthus, qui n’y comptait plus et qui s'attendait sans doute à passer seul ce jour anniversaire, sera agréablement surpris de la nouvelle et la fête pourra être célébrée entre amis (omnibus..: nobis V. 3). 3,16 traduit un mouvement de jalousie et, sur un ton sarcastique et hautaïn, s’adresse à Cerinthus qui, trop réservé vis-à-vis de Suipicia, montre du goût pour une jeune esclave. 3,17 est un billet d’inquiétude.amoureuse : malade,
-Sulpicia se demande si Cerinthus l’aime assez pour souffrir de sa souffrance. 3,18 formule un regret passionné : sa pudeur de jeune fille l’a fait se dérober aux caresses de l’amant ; elle s’en excuse et avoue sa folie. <
Les pièces du premier groupe (3,8-12) sont une transposition artistique des billets originaux de Sulpicia. Non contente de conserver ses brèves effusions, elle les a transmises à un poète en renom, à l’une des gloires du cercle de Messalla, à Tibulle (1), pour qu’il transformât ses épigrammes en élégies, ses essais en une œuvre d’art. Des cris de passion et des élans de Sulpicia, Tibulle a fait un chef-d'œuvre d’art sobre, fin et délicat, plastique.
3,8 sert d'introduction au recueil, comme 3,13 introduisait le cycle de Sulpicia. Le poète y fait un portrait idéalisé de la jeune femme ; il la présente dans la triple parure de sa grâce, de son opulence et des divinités séduites par ses attraits et par son talent ; il prie les Muses et Apollon de chanter ses louanges et de l’accueillir dans leur chœur, telle une dixième Muse.
Dans les pièces suivantes Tibulle a voulu exposer les amours de Sulpicia et de Cerinthus en utilisant les thèmes que lui offrait son modèle et en le laissant transparaître, tout en idéalisant. 3,9 est
(1) I n’y a pas de raison sérieuse pour refuser 3,8-12 à Tibulle ; outre que la tradition manuscrite,sans démontrer l’authenticité, la rend probable, les pièces portent bien la marque du poète et présentent avec celles des deux premiers livres bien des ressemblances d’idées et de forme,