‹ Tibule Et Les Auteurs Du Corpus TibullianumChapitre 46 sur 56 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

sacrifiait, le jour anniversaire de la naissance. Dans 3, 11, Sulpicia s'adresse au Genius de Cerinthus avec une spontanéité et une ardeur qui veulent avoir raison de la réserve du jeune homme (fectius v. 17); dans 3, 12, Tibulle prie la divinité protectrice de Sulpicia d'écouter ses vœux et de l’unir d’une manière durable à son cher Cerinthus.

On voit que ce cycle forme un tout dont les parties sont disposées symétriquement : d’une part une pièce.centrale de 26 vers est encadrée entre deux pièces de 24 et deux de 20 vers ; d'autre part le poète fait parler Sulpicia dans les pièces 2 et 4, et parle en son nom dans les pièces 1, 3 et 5. Nous avons déjà reconnu ce goût de la symétrie comme un des traits caractérisant la manière de Tibulle (1).

(1) Cette partie du 3° livre a été publiée dans l'ensemble du Corpus Tibullianum vers l’époque de Claude (cf. supra p. 127-128).

Sulpicia s’est parée en ton honneur, puissant Mars, en ces calendes qui te sont consacrées (1); pour la voir, viens du ciel en personne, si tu es sage ; Vénus te le pardonnera ; mais prends garde, dieu de la force, que la surprise ne te fasse honteusement lâcher tes armes : aux yeux de cette. femme, l’ardent Amour, quand il veut enflammer les dieux, allume ses deux torches. Cette femme ne fait pas un geste, ne fait aucun pas, sans que la Grâce ne règle en secret ses mouvements et ne l’accompagne partout ; laisse-t-elle flotter sa chevelure, ses cheveux dé-

10 faits lui vont bien: s’est-elle coiffée, sa coiffure la rendado-

rable. Elle enflamme les cœurs, quand il lui plaît de se montrer avec sa robe de pourpre tyrienne:ellelesenflamme quand elle apparaît éclatante dans son vêtement blanc comme la neige. Ainsi, dans l’Olympe éternel, l’heureux Vertumne (2) porte mille ornements, qui, tous les mille, le parent avec grâce. Elle seule, parmi les jeunes filles, est digne de recevoir de Tyr ces délicats tissus teints deux fois de sucs précieux, et de posséder tous les parfums que recueille en ses champs embaumés l’Arabe enrichi par la culture des essences odorantes, toutes les perles. que

(1) C£, supra3, 1, 1.

(2) Dieu des saisons et, des transformations des plantes. :

TIBVLLI ELEGIAE DE AMORE SVLPICIAE LIB. III 8 = IV.2

SvzpicrA est tibi culta tuis, Mars magne, kalendis ; spectatum e caelo, si sapis, ipse ueni ; hoc Venus ignoscet ; at tu, uiolente, caueto ne. tibi miranti turpiter arma cadant : à illius ex oculis, cum uult exurere diuos, 5 accendit geminas lampadas acer Amor. Illam, quidquid agit, quoquo uestigia mouit, __ componit furtim subsequiturque Decor ; seu soluit crines, fusis decet esse capillis : seu compsit, comptis est ueneranda comis. :10 Vrit, seu Tyria uoluit procedere palla :

urit, seu niuea candida ueste uenit.

Talis in aeterno felix Vertumnus Olympo mille habet ornatus, mille decenter habet.

Sola puellarum digna est cui mollia caris 15: uellera det sucis bis madefacta Tyros, possideatque, metit quidquid bene olentibus aruis cultor odoratae diues Arabs segetis, et quascumque niger rubro de litore gemmas 3 tu uiolente caueto habent Fris. || 4 habent Fris. || 11 tytia V ||

- 43 uertünus habent Fris. || 14 mille habet g ç Plant. : mille hunc AV fhüc A]

Se

20 sur le rivage de la mer Rouge récolte le noir Indien voisin de l’océan oriental.

Chantez-la, Piérides, en ces calendes sacrées, et toi aussi,

Phœbus, fier de ta lyre d’écaille. Cet hommage solennel,

elle le recevra pendant un grand nombre d’années : nulle

jeune femme n’est plus digne d’être accueillie dans votre

chœur.

172 TIBVLLVS I11-8

proximus Eois colligit Indus aquis. 20 Hanc uos, Pierides, festis cantate kalendis,

et testudinea Phoebe superbe lyra.

Hoc sollemne sacrum multos haec sumet in annos : dignior est uestro nulla puella choro.

23haec sumet FV?: hoc sumet AV! Cui. hoc fumet ç hoc sumite Lachmann |} 24 choro g corr. [toro g] Cui. 6 Plant. : tho-AV— uestro.. choro : festo…. toro Cartaull.

Épargne mon jeune ami, sanglier qui recherches les gras pâturages de la plaine ou les détours ombreux de la montagne, et ne te mets pas à aiguiser pour te battre tes dents si dures ; qu’Amour veille sur lui et me le garde sain

5 et sauf. Mais sa dévotion pour la déesse de Délos (1) et pour la chasse l’entraîne loin de moi : oh ! périssent les forêts et disparaissent les chiens ! Quelle fureur, quelle folie de vouloir fermer avec des filets les taillis épais des collines pour déchirer ses mains délicates ! Quel plaisir y a-t-il à pénétrer furtivement dans les tanières des bêtes

10 fauves et à laisser marquer ses jambes blanches par les épines des ronces ? Cependant, pour pouvoir avec toi, Cerinthus, m’égarer, je porterais moi-même, par les montagnes, les filets de cordes, moi-même je chercherais les. traces du cerf léger et j’ôterais au chien agile ses chaînes

15 de fer. Alors, oui, alors j'aimerais les forêts, si avec toi, Ô ma vie, j'étais surprise couchée au pied même des rets (2) : alors vînt-il se jeter dans les pièges, il s’en irait sans mal, le sanglier, sans troubler les plaisirs goûtés par les amants. Maintenant que Vénus ne te donne pas de plai-

(1) Diane, née dans l’île de Délos.

(2) Les vers 11-16 reprennent des motifs qui se trouvaient en particulier dans l’Hippolyte d'Euripide, v. 208 sqq.

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