INTRODUCTION XV
Quant à la ponctuation, celle des éditions allemandes et de Postgate, qui en général suit Hiller, m’a paru peu conforme à nos habitudes françaises. L’édition de Cartault marque un progrès sur ce terrain. J’ai dû sans cesse faire attention à cette partie du travail. |
Cette question de la ponctuation est d'autant plus délicate qu’elle est liée à celle, plus générale, de la composition
__ des élégies, et ceci m’amène à dire un mot des notices que
j'ai placées devant chaque pièce. L'examen de l’œuvre m’a montré que je ne pouvais pas, pour la plupart des élégies de Tibulle, me contenter d’un plan sommaire, d’apparence objective, qui n’eût pas rendu compte du mouvement de la pensée (1). Car la critique a souvent été frappée
des difficultés que soulève la composition de ces poèmes,
et elle a supposé bien des transpositions, des fragmentations, des divisions, des lacunes. Et ilest vrai qu'ils sont parfois peu aisés à comprendre au premier abord pour un lecteur moderne. Or n’était-il pas possible d'expliquer le texte traditionnel en faisant appel à d’autres principes que ceux de la logique abstraïte et formelle, en essayant de pénétrer jusqu’à l’âme du poète, de comprendre ses
‘sentiments, d’en suivre les oscillations, de scruter la ma-
nière dont il en déroule lexpression, tantôt entraînée par l’élan du cœur, tantôt imprégnée d’une rhétorique érudite ou subtile, en un mot en faisant appel à une logique intrinsèque, psychologique, commandée moins par le raisonnement que par le sentiment ou la passion ? Une telle méthode a l’avantage d’échapper à l’arbitraire de l’hyper-
(1) C’est la partie faible du commentaire de Dissen, suivi par bien des éditeurs : ilest trop préoccupé d’appliquer aux élégies un plan scolaire, factice et préconçu (exordium, medium carmen, extlus ). É
FA
critique. J’ai donc été conduit à l’idée d’accepter, tel qu’il nous est transmis par les mss., le texte dans son ordre traditionnel, et de l’expliquer par l’examen du mouvement de la pensée et du sentiment et, par suite, par la recherche des procédés de composition de Tibulle.Telle est la portée des notices qui accompagnent chaque pièce ; elles contiennent une sorte d’analyse critique qui tend à l’explication et à la défense du texte traditionnel et qui comporte en. cours de route soit la mention soit un essai de solution des nombreux problèmes de détail que soulève la complexité de l’œuvre (1).
(1) Que M.J. Plattard veuille bien agréer ici l'expression de ma reconnaissance pour le soin qu’il à apporté à revoir le manus-crit et les épreuves.
SIGLA
A — codex Ambrosianus R. 26 sup., saec. xIv.
V — codex Vaticanus 3270, saec, x1v exeun.
F — Fragmentum Cuiaeianum peruetustum nunc deperditum quod ab 3, 4, 65 incipit.
Fris. — Excerpta Frisingensia in codice Monacensi 6292 exstantia, saec. xI.
Par. — Excerpta Parisina citata secundum duos codices : + th — Thuaneus (B. N. 7647) saec. xII-XIII.
n — Nostradamensis 188 (B. N.17903) saec. xIt1. g — Guelferbytanus August. 82, 6 fol., saec. xv. Cui. — liber Cuiacianus, $2ec. xv.
G — codicum deteriorum uel Italorum lectiones, saec. XV.
Plant. = editio Plantiniana Antuerpiae an. 1569 emissa.
.At, A?, V4, V?, g? — Ambrosiani, Vaticani, etc. manus prior, manus recentior.
++ = crucibus significatur locus corruptus et
desperatus.