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(v. 5-50) et entraîne insensiblement la seconde, consacrée à Delia (51-75), par un court passage de transition (45-50), qui est comme la clef de voûte du poème et qui en lie intimement les différentes idées. En tête, un prélude de 4 vers contre l’ambition, l'esprit guerrier et le goût du lucre, et, pour terminer, un finale de 4 vers, qui ramène le thème initial, et où le dernier vers, Si ingénieux par la place des mots, par le chiasme et par la fine ironie du ton, clôt l’élégie sur le souhait qui l’introduit, et renouvelle l'expression et du dédain de la gloire lucrative et du désir d’une condition modeste, mais sûre. Le diuilias alius du premier vers, repris dans le dites despiciam du dernier, réapparaît au milieu dans le non ego diuitias du v. 41.et le Sil diues jure du v. 49 ; la pièce se trouve ainsi fortement encadrée et liée, malgré la nonchalante aisance avec laquelle se poursuivent les développements et l'abandon qui se marque jusque dans les négligences de la forme, les répétitions de mots ou les libres apostrophes (1). Entre ces rives, pour ainsi dire, nettement tracées, le thème fondamental ondoïe à travers des variations qui, à chaque détour, s’enrichissent de traits nouveaux et de motifs COTES Ainsi l'éloge de la vie rustique et de ses travaux (v. 5-8) entraîne l’expression de la foi naïve du paysan amateur Ne au vrai paysan qui attend sa prospérité des divinités rustiques (9-24) ; puis le v. 25 nous ramène à la douceur de vivre à la campagne, par opposition aux fatigues des expéditions (v. 26), et voici un tableau dela vie champêtre plein de détails gracieux et frais. Nouvelle ondulation au v. 33, et retour aux pratiques religieuses du paysan. Au passage,un lieu commun; avec un trait précis et imagé sur la simplicité antique (39-40). Les v. 41-42 reprennent le motif du prélude, avec une idée nouvelle, discrètement suggérée déjà (v. 19), la fortune des ancêtres perdue. Et maintenant l’idée d’une vie de douceur (v. 43 sqq.) va
nous faire passer au thème voluptueux, qui non seulement prolonge ainsi naturellement la première partie, mais qui en sort aussi par opposition (v. 51 et 53-54) ; c’est alors, si spontanée, l’apostrophe à Messalla, qui va à la gloire comme Tibulle va à l’amour ; le souvenir donné à l’ami parmi les effusions inspirées par la mattresse : tout le cœur du poète ! Le thème un moment s’enfle et s’ennoblit par la pensée de la mort, qui seule brisera l'étreinte (59-68). Mais cette idée ramène, comme chez un Ronsard, chez un Baïf, celle de la jeunesse qui est brève et dont il faut se hâter de jouir (69-75). Là encore un trait précis et pittoresque (73-74) ; et dans toute la pièce, une rhétorique du sentiment qui traduit les
. (1) Ainsi on conclut en particulier du v. 53, te bellare decet..., que la pièce est une:excuse adressée à Messalla ; cette vue, qu’on trouve encore dans l'édition de Némethy (Budapest, 1905, p. 127), paraît invraisemblable si l’on regarde surtout l'esprit de laseconde partie, qui est uh appel à l’amour : comment le poète pourrait-il adresser à Messalla les effusions que lui inspire Delia ?
NOTICE é Sp
élans du cœur en anaphores émues et en répétitions (v. 57-60
= tecum.….. le... te ; 61-63 Flebis, etc.), en tours vifs et dégagés.
Telle est cette symphonie, où, en même temps que la fine technique de l'artiste, apparaît l'âme sensible et chaude du poète en ses
traits dominants : goût pour une campagne bien cultivée et riante
qu’il aime plus en maître nonchalant et à demi oisif, en dilettante et en rêveur, qu'en cultivateur énergique et âpre au gain ; simplicité du cœur qui rappelle davantage le fond primitif de l’âme rofont la campagne fertile ; son éloignement, assez peu romain, pour la vie active, rude et lucrative du soldat ; et son tempérament ardent et tendre, d’amoureux sensuel et douloureux, prêt à tout sacrifier à la passion.
Passion d’ailleurs qui n’est pas sans grandeur. Tibulle semble aller à Delia avec toute l’ardeur d'âme d’un premier amour ; il rêve d’un amour plus fort que la vieillesse. Delia en était-elle digne ? et qui était-elle? Nous n'avons surelle qu’un renseignement, dont il n’y a pas lieu de nier l’authenticité : Apulée, Apol. X, nous apprend qu’elle s’appelait en réalité Plania. Tibulle aurait emprunté le nom fictif de Delia au cycle apollinien, comme Properce
—- a fait celui de Cynthia. Etait-ce une plébéienne, ou l’affranchie
d’un certain Planius, ou une femme de naissance libre, nous ne le savons pas. Le poète emploie plusieurs fois, à propos d'elle, le mot de coniunx (2, 41 ; 6, 15, 33) : on peut en conclure qu'elle était mariée (1). Elle ne devait pas être mariée richement, puisque plus
‘ tard elle accueillera les avances d’un diues amator (5, 47). Les élé-
gies la montreront menant, bien que mariée, l'existence de ces affranchies libres que le besoin de luxe et'de jouissances conduisait à accepter les libéralités de riches protecteurs. En somme, une âme faible, légère et positive, certainement très inférieure à celle du poète ; une jolie et inquiétante poupée ! Et le spectacle du poète, que l'illusion créée par son cœur transporte et que les bassesses de la réalité blessent, sera d’autant plus touchant.
(1) Cf. R. Pichon, De sermone amatorio apud latinos elegiarum scriptores, Paris, 1902 ; au mot coniunx. — Lestentatives souvent faites pour distinguer dans les élégies celles où Delia est mariée dé celles où elle ne le serait pas et pour tirer de là une chronologie n'ont donné que des résultats arbitraires.