‹ Tiers ÉtatChapitre 4 sur 15 · JE AN NI. M · texte numérisé non relu

JE AN NI. M

Je vous la rends. [Elle lui tend une main qu il garde un /nouent.) Je vous remercie même de ne pas prendre en mauvaise part mon observation et de n'en pas conclure que mes sentiments pour vous ont changé !

BROCHARD, émtl.

Oh!

JEANNINE, dégageant sa main

Un homme d'un bon sens et d'un dévouement moins fermes n'y manquerait pas.

Vous savez bien, Jeannine, que je vous aime assez pour...

JEANNINE

Je le sais et j'en abuse [Protestation muette de Brochard.) Si, j'en abuse, je le sens quelquefois. Mais j'ai du moins la satisfaction de penser que je ne vous ai pas pris en traître et que vous avez librement souscrit à des exigences... légitimes.

BROCHARD

Oh ! certainement.

JEANNINE

En m'approuvant naguère de garder ma fille au-

près de moi, de ne pas la mettre en pension, vous saviez quelle réserve sa présence ici vous imposerait ; vous saviez avec quelle discrétion vous seriez tenu de jouir de vos prérogatives... d'ami, afin de ne pas éveiller l'attention, d'abord, puis la curiosité, enfin les soupçons d'une enfant avisée comme Colette.

BROCHARD

Je ne crois pas avoir jamais oublié devant elle le respect que je dois à sa mère.

JEANNINE

Oui, vous avez toujours été plein de tact... et je ne puis vous en témoigner trop de reconnaissance...

De reconnaissance... seulement?

JEANNINE

De tendre reconnaissance. Etes-vous content ?

BROCHARD

Etes-vous heureuse ?

JEANNINE

Très heureuse.

BROCHARD

Alors, je suis content.

JEANNINE

Vous êtes le meilleur des hommes.

BROCHARD

Et des tuteurs ?

JEANNINE

Des tuteurs aussi.

BROCHARD

Avouez pourtant, chère amie, que mon rôle consiste surtout à dire amen à tout ce que vous décide/..

JEANN1NE

Naturellement ; néanmoins, je vous estime assez pour croire que vous ne diriez pas amen à des volontés qui vous paraîtraient blâmables et contraires à l'intérêt de Colette.

Sans aucun doute.

JEANNINE

Son instinct l'en avertit. Aussi a-t-elle beaucoup d'affection pour vous.

BROCHARD

La chère petite ! Est-ce que je pourrais l'embrasser ?

JEANNINE

Oui. Et ce n'est pas la seule récompense que mérite votre bonne grâce. Je vous autorise à venir prendre Colette après sa leçon d'anglais et à lui faire faire, à pied, la petite promenade pour laquelle huit chevaux ne vous semblaient pas de trop.

BROCHARD

Vous êtes divine. Je rentre m'habiller et je reviens.

JEANNINE

Oh ! vous avez le temps. [Elle sonne. A Julie.) Dites à mademoiselle de venir.

18 TIBBfl ÉTAT

BROCHARD

Je ne vous ai pas retardée?

JEANNINE

Non, quoique j'aie, ce matin, beaucoup de courses à faire.

Puis-je vous aider?

JEANNINE

Ma foi, attendez... je vais voir. [Elle consulte an petit carnet.) Modiste... chapeau, retouche... non! Glacier, commande, non; Louvre, divers, non... ; bijoutier... Ah ! vous pouvez porter chez le bijoutier ma bague, dont la perle s'est détachée.

BROCHARD

La bague que je vous ai donnée ?

JEANNINE

Précisément. J'ai eu assez peur qu'elle ne fût perdue. J'accusais déjà les domestiques de l'avoir dérobée. Enfin Julie l'a retrouvée en faisant ma chambre. La voici et voici la bague.

BROCHARD

Vous y tenez ?

JEANNINE

Gomme à tout ce qui me vient de vous.

BROCHARD

Merci. Au fait, j'y songe... Si je profitais de l'occasion pour faire encadrer la perle entre deux diamants, hein ?

JEANNINE

Non, mon ami. Cette bague me plaît ainsi, et ce

n'esl pas, enrichie de diamants, qu'elle évoquerait pour moi de plus précieux souvenirs.

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