‹ Tilly;Chapitre 10 sur 43 · ARMEE IMPERIALE · texte numérisé non relu

ARMEE IMPERIALE

Cavaler^ie.

Major-général Holck.

Saxe ancien. 300

Bernslein 400

Golloredo 400

Holck 400

Harowrath 300

Gorononi . . . . . . . 400

Don Balthazar de Màrradas. . 300

(( la liberté allemande » sous la protection du despotisme étranger.

Avec la rapidité de marche qui lui était ordinaire, Tilly eut écrasé la Hesse, avant qu elle ^it pu se mettre en défense. Mais les temps et les choses étaient bien changés. Traînant après lui, à travers un pays désolé et hostile, ses (roupes alourdies par le butin de Magdebourg, mal unies, démoralisées par la faim, et dont sa sévérité ne pouvait contenir l'indiscipline, il n'avança qu avec une extrême lenteur. Khevenhiller raconta qu'un parti de Hessois, ayant tué sept cavaliers impériaux, dont deux enseignes, trouva sur leurs cadavres, 24,000 rixdalers en or et une foule de bijoux. Des soldats riches, ne valent rien, remarque judicieusement Gfrœrer , à ce propos. Le passage des gorges du Harz fut particulièrement difficile. Les paysans, soulevés par leurs seigneurs protestants, attaquèrent les détachements isolés, massacrèrent tous les traînards. Un régiment que ïilly avait fait rétrograder pour escorter un convoi de vivres, envoyé de Wolfenbuttel, trouva la roule jonchée d'un si grand nombre de cadavres, qu'on eût dit qu'une bataille venait d'être livrée dans les défilés. .

Le 15 juin, l'armée impériale n'était encore qu'à Oldis*

Cavalerie. Cavalerie.

Montecuculli - 300

Colalto (croates) 250

Isolani 600

TT5Ô Effectif 6,900. •

AHHÉB BAVAROISE. ARMÉE IMPillIALE.

Artillerie. Artillerie, Général de l'artillerie, le baron de Schœobourg.

6 Pièces de 24. 4 Pièces de 2k.

4 Couleuvrines. 3 Couleuvrines.

3 Fauconneaux. 3 Fauconneaux.

3 Obosiers. "TÔ" pièces.

2 Petits mortiers.

48 Pièces.

iSO TILLY.

lebeD. Presque en même temps que Tilly, y arrivèrent les sieurs de Miltitz et de Wolfersdorf, chargés par l'électeur de Saxe de lui proposer la médiation de ce prince, pour obtenir un armistice du roi de Suède, jusqu'après la jour* née de composition de Francfort, et de plaider la cause des signataires de la convention de Leipzick. Tilly les reçut mal; informé des relations suspectes que l'Electeur entretenait avec le roi de Suède, par l'intermédiaire d'un des anciens généraux de Wallenstein, Arnim, devenu depuis peu feld-maréchal de l'armée saxonne, il attribuait aux démarches de ce dernier la^ ténacité du roi de Suède à poursuivre la guerre et la défection de l'électeur de Brandebourg. Aussi ne voyait-il plus, dans l'électeur de Saxe, qu'un hypocrite ennemi, lui tendant des pièges. Son langage se ressentit de ces dispositions d'esprit. D'accord avec les commissaires impériaux , Jean Reinhard de Metternich, et Reinhard de Walmerode, il repoussa nettement les propositions des deux envoyés saxons et déclara , qu'avant toute négociation, il fallait que l'Electeur renonçât à la convention de Leipzick et licenciât son armée : a Le' palatin, lui aussi, dit-il aux envoyés saxons, a fait ses armements sous divers autres prétextes, avant de jeter le masque. Â Francfort, les docteurs disputeront et entasseront les subtilités, mais ils n'amèneront pas de paix. Il faut que l'Electeur prenne des engagements formels envers l'Empereur. Autrefois, c'étaient les protestants qui commandaient aux catholiques, aujourd'hui les rôles sont renversés, et c'est aux catholiques à user de leurs avantages. La paix de religion ne les lie pas, ce n'était qu'un intérim imposé par la force. L'Electeur fera bien de restituer ses bénéfices, de bonne grâce. Ce sont biens mal acquis et funestes, qui ne lui profiteront pas, et sur lesquels, d'ailleurs, l'Empereur ne cédera pas*. »

* Helbig. Gustave- Adolphe, p. 80. Les paroles attribués à Tilly sont extraite^

Millitz et Wolfersdopf interdits se retirèrent. Plein d égards, du reste, pour leurs personnes, Tilly les fit traiter splendidement par ses généraux. Ceux-ci paraissent n'avoir mis que trop de chaleur dans leur hospitalité , car Miltitz se plaignit amèrement, dans son rapport, qu on les eût fait trop boire, ce qui était cause qu'en sortant de table, Wolfersdorf avait roulé sur les escaliers et s'était grièvement blessé.

A Oldisleben, Tilly reçut la nouvelle de quelques démonstrations des Suédois sur la rive gauche de l'Ëlbe. II détacha immédiatement Pappenheim avec 7,000 hommes, pour observer les mouvements du roi et gêner, autant que possible, l'exécution de ses projets.

En même temps, il communiqua à l'Empereur la démarche de l'électeur de Saxe, en faisant observer : a que le point essentiel était de déterminer ce prince à désarmer, attendu que ses amis suivraient son exemple, et que la position du roi de Suède en serait profondément altérée : que, dans aucun cas, cependant, il ne fallait admettre ni médiation de la Saxe entre l'Empereur et le Roi, ni armistice, parce qu'il n'en résulterait que du préjudice pour l'Empereur. » Peu après, il écrivit encore : «Que l'intention de la Saxe était de traîner les choses en longueur, que les armements des protestants prenaient de plus en plus d'extension, et qu'il était de la dernière nécessité d'attaquer la Saxe, parce que, autrement, la confusion et le feu de la guerre envahiraient l'Empire, sans que, de longtemps, on y put porter remède*. »

Pappenheim s'exprimait dans le même sens, à l'électeur de Bavière : «Il conste, disait-il, dans une de ses.dépéches, que Amim a été envoyé à Spahdau, près du Roi, par l'électeur de Saxe. Sur quoi le Roi a donné contre-ordre

du rapport de Mititiz. Elles nous semblent avoir été exagérées ou mal rendues nr certains points. * Mailath, t. Uf, p. 156.

aux troupes qu'il avait déjà retirées de ces contrées, .et les y a fait rentrer, d'où la conclusion est facile à tirer. En attendant, on croit tout ce qu'ils disent, on néglige ce qui nous serait commode et utile , sed post hœCy occasiç calva^ . »

Ces pressantes observations ne purent encore vaincre les hésitations de la cour de Vienne. Obligé encore de temporiser vis-à-vis de la Saxe électorale, Tilly répandit ses troupes sur les duchés de la Haute-Saxe, mit des garnisons dans les villes de Frankenhausen, Grotha, Weimar, Arnstadt, etc., et leva, sur tout le pays, de fortes conlributions. Erfurth n'échappa à un siège, qu'en livrant des approvisionnements considérables ' et une somme de dix mille écus.

A la suite de ces dispositions, Tilly porta son quartiergénéral à Mulbausen, et fit sommer le landgrave de Hesse- Cassel : • '

1^ De loger cinq régiments impériaux dans la principauté;

2^ De licencier ses levées ;

3^ De recevoir garnison Impériale dans sa résidence de Cassel, et dans là forteresse de Ziegenhain;

4° De déclarer catégoriquement s'il était ami ou ennemi;

5° De payer des contributions de guerre.

Le landgrave, enorgueilli de ses forces, qu'il avait eu le temps d'organiser et d'exercer, comptant sur l'appui de l'électeur de Saxe, et surtout sur celui de Gustave-Adolphe, répondit avec hauteur. «Je ne suis ni ami ni ennemi, dit-il aux officiers de Tflly, et je ne suis nullement disposé à admettre des troupes étrangères dans mes Etats, encore moins dans ma résidence de Cassel. J'ai besoin de mon armée, et je n'entends point la licencier; d'ailleurs, mes soldats ne sont que des recrues et ceux du comte de Tilly sont des vétérans. I|s s'accommoderaient mal ensem-

* Du Jarry de la Roche» t. U» p. 88.

ble, et ils De sauraient conséquemment pas tenir garnison aux mêmes endroits. Si Ion commet deis hostilités contre moi, je me défendrai de mon mieux. Quant à la demande d'entretien et de contributions que m adresse le comte de Tilly, je ne puis lui répendre que par un bon conseil, celui de marcher sur Munich ; il y trouvera des magasins considérables, remplis de longue main. »

Le landgrave appuya cette réponse de mesures énergiques. Il retira ises troupes derrière la Werra, en massa la plus grande partie autour de Cassel et de Ziegenhain, et força les paysans d'abandonner tous les villages de la frontière, à six milles à la ronde , en emportant toutes les subsistances.

Malgré le refus d'obéissance et les dispositions hostiles du landgrave, Tilly se borna à lancer quelques partis sur le territoire Hessois. On s'est perdu en conjectures sur les motifs de sa longue inaction. La plus plausible est qu'il espérait recevoir, à tout moment, l'autorisation d'agir contre la Saxe. Il regardait I9 soumission de la Hesse comme une conséquence forcée du désarmement de la Saxej et les yeux toujours fixés sur le point principal, il ne voulait pas courir le risque d'engager ses forces dans une entreprise secondaire, afin de les tenir sous sa main, prêtes à frapper, sans retard, le coup décisif. Le 26 juin, il écrivit à l'Empereur :

« L'Electeur (de Saxe) continue ses armements ; il faut absolument que nous on finissions. De deux choses l'une, il faut céder tout à fait, ou il faut attaquer la Saxe, sans perdre un instant, disperser et désarmer les nouvelles levées. Nous étoufferons ainsi le mal dans son germe, et les autres états seront réduits par l'épouvante. Je suis convaincu qu'on n'obtiendra rien de la Saxe par la voie amiable. En tout cas, il faut se décider promptement, car chaque jour de délai apporte un obstacle de-plus*. »

* Du Jarry, t. Il, p. 88.

154 TILLT.

Tilly libre, combien autre eût été l'issue de la lutte. L'histoire est pleine de ces si à l'aide desquels Dieu se plait à confondre les calculs humains. Nous en retrouverons encore beaucoup sur notre route, tous s'accumulent pour grandir le piédestal du héros catholique, et rendent témoignage à la profonde sagesse de ses conceptions, à la prophétique sagacité de son esprit.^

Après de longs jours d'infructueuse attente, Tilly se mit en devoir de presser ses opérations contre la Hesse, et il se disposait à attaquer Cassel, lorsque des courriers, dépêchés en toute hâte par Pappenheim, lui apportèrent de graves nouvelles du roi de Suède.

La chute de Magdebourg avait mis Gustave-Adolphe dans une position diifîcile. Il s'était engagé à rendre la forteresse de Spandau à l'électeur de Brandebourg, aussitôt après la délivrance de Magdebourg. Cette ville prise, il fallait donc rendre Spandau. Or, Spandau était indispensable au Roi pour ses opérations ultérieures, et il résolut de la conserver à tout prix. 11 eut d'abord recours à la

* Lebzelter, agent de l'électeur de Saxe, à Prague, rapporte en ces ternies, Topinion de Wallenstein sur la situation (Helbig, Gustave-Adolphe, p. 53).

« Je voudrais bien survivre à la fin de celte guerre, et j'ai grand'peur, qu'avec la manière de procéder du cabinet impérial., elle 'ne finisse mal. Mon avis a toujours été que, puisque cette guerre avait commencé avec désordre, il fallait la continuer de même, si Sa Majesté Impériale voulait sérieusement arriver à son but, qui est d'affermir son autorité, de relever sa réputation déchue et de contraindre les Etats de l'Empire à rentrer dans Tobéissance. Car, à quoi sert-il de taire tant d'assemblées, de lever des contributions d'après les registres matricules de TEmpire et d'observer d'autres règles surannées, lorsque tout est en dissolution et qu'il n'est plus possible de rien obtenir en aucun lieu, de bonne grâce? 11 fallait donc persévérer dans l'irrégularité primi> tive, imposer de force des contributions, et [tar là épuiser complètement les Etats, ce qui aurait facilité d'autant plus leur réduction à l'obéissance. Le roi de Suède est un si puissant ennemi, comme Sa Majesté Impériale n'en a pas encore eu, il faut lui opposer de grandes forces, l'écraser, ou conclure avec lui une paix durable, sinon il donnera fort à faire à Sa Majesté Impériale. »

Wallenstein était logique avec lui même, car on sait comment il appliquait ses maximes. Il paraît seulement étrange qu'il ait reconnu, si tard, le péril de la guerre avec le roi de Suède et la force réelle de ce monarque.

TIILY. 1S5

ruse. Il feignît de vouloir retirer ses troupes, afin de fermer la bouche aux malveillants, qui osaient soutenir qu'en se faisant céder Spandau, il avait vu une autre chose que la (( sûreté de sa personne et le bien de la cause protestante. » L'électeur craignait que cette brusque retraite ne le livrât sans défense aux vengeances des Impériaux ; il fit prier le Roi d'attendre quelque temps. Gustave n'y consentit que soQS la condition, que l'électeur contracterait envers lui des engagements formels, et exigea une réponse prompte et Dette.

' Ainsi mis en demeure, l'électeur qui craignait avant tout de se prononcer, tergiversa. Des négociations, où la bonne foi était absente des deux côtés, se nouèrent, jusqu'à ce qu'enfin Georges Guillaume se décida à réclamer du Roi l'exécution pure et simple de ses premières promesses. Gustave n'hésita plus à jeter le masque, et à demander à la force ce que l'astuce n'avait pu lui donner. Il quitta ^andau, mena son armée droit sur Berlin , et ftienaça de mettre la ville à feu et à sang, si l'électeur ne se courbait sous ses fourches caudines.

La résistance était impossible. L'électeur, contraint d'accepter la loi de cet étrange allié, signa, le 21 juin, un traité, par lequel il cédait au roi les forteresses de Spandauet de Custrin, lui livrait la petite armée Brandebourgeoise, et s'engageait à payer 30,000 rixdalers par mois, pour l'entretien des troupes royales.

Gustave devenu, par ce traité léonin , le véritable maître du Brandebourg, en fît prendre possession des forteresses parses généraux et partit, de sa personne, pour Stettin, dans l'intention' d'aller presser le siège de Greifswald. En route, il apprit que cette importante place, dernier refuge des Impériaux en Poméranie, avait succombé. Ce succès rendait disponibles toutes les forces suédoises employées en Poméranie. Gustave en détacha une partie, pour une expédition dans le Mecklembourg, sous les ordres du général

ToU) el ramena le reste à Brandebourg, où était le gros de son armée.

Maître de la rive droite de l'Elbe, jusqu'à Magdebourg, il songea à prendre pied sur la rive gauche. Laissant une partie de son armée à Brandebourgs avec ordre d'y achever les ouvrages de défense commencés^ il remonta, le 28 juin, le cours de l'Elbe, avec 2,000 mousquetaires d'élite et presque toute sa cavalerie. Dans la soirée du 29, il atteignit la petite ville de Jerichow. Afin de tromper l'ennemi sur le véritable point de son passage, il fit faire de fausses démonstrations par sa cavalerie, dans la direction de Magdebourg. Pappenheim donna dans le piège et couvrit Magdebourg. Pendant ce temps-là le roi faisait rassembler en toute hâte tous les bateaux du voisinage, à Jerichow. Dans la nuit du 11 au 12 juillet, quelques compagnies d'infanterie surprirent, à la faveur des ténèbres, la faible garnison de Tangermuude, sur la rive gauche de l'Elbe, la taillèrent en pièces, et s'emparèrent de la place. Un pont de bateaux fut immédiatement construit, et, dès le 13 juillet, Gustave put franchir le fleuve avec toute sa cavalerie et son artillerie. Il établit son quartier-général à Tangermùnde, fit des courses dans tout le pays environnant, et força les garnisons impériales de se retirer sur Magdebourg. Le 19 juillet, Banner attaqua Havelberg et s'en empara de vive force*.

* Voici le rapport de Pappenheim à l'électeur de Bavière, daté de Wolmirs. tadt, le 9 juillet 1631.

«Votre Altesse Electorale a pu voir, par mes dernières lettres, comment j'ai été envoyé dans ces contrées, "avec 40 compagnies de cavalerie et 4 régiments d'infanterie, pour observer les mouvements du roi de Suéde et l'empêcher de jeter un pont sur l'Elbe. Je suis. Dieu merci, arrivé à temps : car le colonel Baudissin avait déjà passé l'Elbe à Werben, qu'il a surpris par suite de l'inexcusable incurie du lieutenant-colonel du régiment de Lichtènsteio, nommé Schulter , lequel est demeuré prisonnier. De là, il est tombé sur Seehausen , où il a trouvé le major du régiment de Beninghausen et toute ha compagnie de cavalerie à table et les a emmenés prisonniers de l'autre côté de TElbe. 11 a été ensuite sommer Havelberg, et la garnison allait lâchement capituler, lorsque mon avant-garde, commandée par Erwitle, est tombée sur un

On s'atlendait à ce que le roi marcha t droit à Magdebburg, et c est dans celte prévision que Pappenheim réclama ia prompte assistance de Tilly. Mais Gustave prit un parti plus prudent. La nécessité de laisser de nombreuses garnisons derrière lui, BVdiii aflaibli ses forces; des renforts lui étaient annoncés, mais il fallait leur donner le temps d'arriver. De plus, de tous les princes protestants qui applaudissaient à ses succès, le landgrave de Hesse-Cassel elle duc de Saxe-Weimar s'étaient encore seuls prononcés ouvertement pour lui. L'électeur de Saxe, toujours vacillant, et jaloux de prendre lui-même la direction d'un tiers-parti, continuait à esquiver, par des échappatoires, les pressantes instances du Roi. Gustave était trop habile pour être la dupe de tergiversations dont il pénétrait, sans peine, le mobile. 11 connaissait le déplorable état de l'Empire, les tristes conditions dans lesquelles se trouvait Tar-

de leurs quarliers, près de Havelberg, a tué dans les 40 Suédois, pris 42 et enlevé beaucoup de chevaux et deux petits canons. Là-dessus, l'ennemi s'est rstiréet m'a laissé le temps de garnir ledit Havelberg d'hommes et de munitions en quantité suffisante. Mais il n'est plus possible, dans ce pays, de tenir eocore un passage comme tel, car les cours d'eau et les marais sont tellement desséchés qu'on peut passer l'Elbe presque partout à cheval, ce qui n'était pas arrivé de mémoire d'homme. Comme j'ai remarqué que l'ennemi concentre ses troupes vers Brandelxjurg etiZerbst, et que je ne fais aucun doute qu'il n'ait traité avec les princes protestants et qu'il n'ait le projet de se joindre à l'électeur de Saxe, pour tomber à l'improvisle sur son Excellence, mon intention est de me retirer sur Magdebourg et d'aviser à me maintenir jusqu'à re que j'aie approfondi les desseins du roi ou reçu d'autres ordres de son Excellence. J'ai beaucoup de peine à vivre ici, car j'ai trop ou trop peu de troupes. Trop peu pour faire face à l'ennemi, trop pour les entretenir. Car les seigneurs de ce pays veulent jouir pleinement des bénéfices nouvellement gagnés; cela ne peut être, tant que nous sommes ici, et je me trouve entre deux difficultés, ne pouvant donner raison à l'un sans irriter l'autre. Ceci a spécialement rapport aux gouverneurs et administrateurs qui, malgré qu'ils voient clairement que dès que nous aurons quitté le pays, l'ennemi y entrera, ne nous fournissent pas les subsi.slances nécessaires, pour nous permettre de vivre en bon ordre et de ménager d'autant plus le pays.

Nous sommes étounés, par ici, que l'armée de Silésie ne fasse rien et laisse faire l'enoemi. Elle pouvait cependant bien facilement agir, car l'ennemi est loin d'elle, et il n'est pas d'endroit d'où on puisse l'incommoder et le gêner davantage.

TILLT. II. ' i\

raée de Tilly, et plutôt qae de risquer sa fortune dans le son d'une bataille, au proiit d'alliés honteux, il se résolut à attendre, l'œil au guet, l'arme au. bras, que le temps et l'occasion lui ouvrissent' une trouée jusqu'au cœur de l'Empire. Au moment où on croyait le Voir paraître devant les murs de Magciebourg, il établit un camp retranché à Werben .

Voici la description. qu'un auteur militaire donne de ce camp célèbre dans les fastes de la guerre de trente ans :

Werben est à un quart de mille, tout au plus, de l'Ëlbe, à la pointe d'un triangle formé par le fleuve et la Havel. Entre le fleuve et la ville, se trouvaient des prairies, où l'on avait élevé de fortes digues pour arrêter le débordement des eaux. Gustave, arrivant dans une saison où les prairies étaient à sec, prit son camp derrière ces digues, qu'ail transforma en véritable rempart, muni dç meurtrières, et percé d'ouvertures pour faciliter les sorties. A quelque distance en avant, le Roi profita d'une saignée qui lui tint lieu de fossé sec, et qu'il fit garnir de mousqueterie. Ce fossé avait son aile droite alignée à Werben, dont les fortifications, soigneusement réparées, lui servaient de bastion, et sa gauche appuyée à l'Elbe, ayant devant elle un petit bois, appelé le Thiergarten , qui s'étendait jusqu'à l'Elbe. Dans cette disposition, Gustave avait le dos et les deux flancs appuyés à l'Elbe, et son front couvert par les digues et la ville. Le camp servait de tête de pont à celui que Gustave avait fait jeter suï* l'Elbe, et qui était également bien défendu, à l'autre bout. Car les Suédois profitèrent habilement de l'angle que fait la Havel, en se jetant dans l'Elbe, et construisirent sur le terrain de la Priegnitz, un fort qui rasait les deu;c eaux. Enfin, pour plus de sûreté, Havelberg, sur la Havel, de l'autre côté de TËIbe, à l'est, était gardé par une nombreuse garnison.'

* Francheville. Bemanluet militaires, p. 350.

Ajoutons qae les vivres arrivaient en abondance au camp, tant par TEIbe que par la Havel et ses affluents, et que l'espace con[)pris entre les retranchements était assez vaste pour permettre à l'arn^ée suédoise de manœuvrer à Taise.

Aux premiers avis de Pappenheim, Tilly avait dépêché vers lui le major général comte Cratz avec quelques milliers d*hommes. Trois jours après, il leva lui-même son camp et reprit la roule de Magdebourg par Mansfeldt et Aschersleben.. Il supposait le comte de Furstenberg, qui s'avançait à grands pas, assez fort pour, achever Tceuvre de réduction de la Hesse et espérait forcer le roi à accepter la bataille. Il entra à Magdebourg le 25 juillet, et dès le 27 s'avança jusqu'à VVolmirstadt. 11 fit camper son infanterie autour de la ville, mais la difficulté de se procurer des fourrages le força de cantonner sa cavalerie jusque dans des villages éloignés.

A l'approche de Tilly, Gustave Adolphe s'était hâté de rassembler toutes ses forces dans le camp de Werben ; mais il observait son ennemi avec une vigilance inquiète, cherchant à faire quelque heureux coup de main, capable de le démoraliser. Ses coureurs lui apprirent Téparpillement de la cavalerie de Tilly. Il résolut d'en profiter: Le 26 juillet, il quitta son camp avec 3,000 chevanx et quelques centaines de mousquetaires et se rendit à Arnebourg ; vers 9 heures du soir il se remit en marche et passant au dessous de Tangermunde poussa jusqu'au village de Beldingen, deux lieues au delà de cette dernière ville. Dans la matinée, des gens du pays lui annoncèrent que l'avant-garde de Tilly n'était qu'à quatre milles de là. Aussitôt, il envoya en reconnaissance le major du régiment d'Or!ebbourg avec deux escadrons. Le soir, le major revint avec cinq prisonniers et des renseignements positifs.

A Burgstall, village situé à deux lie'ues seulement de Beldingen se trouvaient les régiments de Pappenheim et de Montecuculli.

Tout près de là, à Reindorf, était cantonné le régiment de Bernstein .

Enfin à une lieue derrière Burgstall, mais plus du cùlé de TElbe, logeaient les Régiments de Hoick et de Coronini.

Les rapports s'accordaient à représenter ses troupes comme très-fatiguées et se reposant en toute sécurité.

Le roi prit ses dispositions en conséquence de ces renseignements. 11 envoya Tordre à ses généraux de faire avancer 6,000 hommes en toute hâte jusqu a Beldingen, afin d'assurer sa retraite en cas d'échec, et partagea les troupes qu'il avilit sous la main en trois détachements. 11 se mit à là léte du plus faible et donna le commandement des deux autres au Rhingrave Otto Louis et au général Baudissin. Celui-( i ayant l'aile droite devait attaquer Burgstall; le Rhingrave, à l'aile gauche, Ângern, et le roi, prenant le milieu, Reindorf.

Baudissin , qui avait le moins de chemin à faire, surprit complètement les régiments de Pappenheim et de Montecuculli. Les impériaux n'eurent pas même le temps de monter à cheval pour s'enfuir. La plupart furent tués ou faits prisonniers. Tous leurs chevaux et leurs bagages tombèrent entre les mains des Suédois.

Si prompte qu'eut été cette attaque, elle n'avait pu être silencieuse. Le bruit de la mousqueterie donna l'éveil au régiment de Bernstein. Le colonel fit donner le boute-celle et il venait de ranger ses cavaliers à l'entrée du village, lorsque Gustave parut. Le roi n'avait que400 hommes avec lui, néanmoins il n'hésita pas à charger. Les impériaux le laissèrent approcher à portée de pistolet, puis le premier rang le saluant d'une décharge, se mit à galoper obliquement à droite et à gauche, selon la manœuvre ordin«iire du temps, pour laisser tirer le second rang. Mais cette caracole (sic) mal exécutée au milieu de la nuit, leur fut funeste. Gustave tomba sur eux comme la foudre au moment où ils se reformaient, et la mort de Bernstein, qui fut tué dès |e

TILLT. 161

début de l'action, acheva de les mettre en désordre. Ils s'enfuirent à toute bride et s'échappèrent à la faveur de la nuit.

Le Rhingrave n'eut pas moins de succès. Arrivé près d'Angern, il envoya quelques dragons reconnaître la localité, et apprit que Holck, sans doute prévenu, avait formé ses deux régiments en bataille derrière le village. Il les attaqua hardiment, et après une lutte acharnée, les culbuta. Mais sa victoire coûta la vie au jeune comte Palatin de Lauterek , qui servait comme volontaire, sous ses ordres.

Satisfait de cet exploit, qui coûtait mille hommes environ aux impériaux, et lui avait donné un butin immense, Gustave se retira lentement sur son camp.

Il y trouva la nouvelle de l'arrivée de la reine à Wolgast avec 8,000 hommes. Il en fit diriger la moitié sur le Mecklembourg et rappela le reste à Werben, ainsi que le corps de 9,000 hommes que commandait le maréchal Horn sur les frontières de la Silésie. Rassuré par ces renforts, il attendit l'attaque probable de Tilly.

Le lieutenant-général de l'Empereur avait été fort sensible à l'échec de sa cavalerie, mais il espérait une revanche éclatante. Le 30 juillet, il passa une grande revue de son armée, et s'avança en bon ordre de bataille sur Werben, afin d'éviter toute nouvelle surprise. Après six jours d'une marche fatigante , constamment harcelée par la cavalerie légère des Suédois, il arriva en vue du camp. Pendant quarante-huit heures, il essaya vainement d'attirer le roi hors de ses retranchements. Enfin, s'étant ménagé des intelligences dans la ville de Werben, il résolut d'y donner l'assaut. Dans la soirée du 7 août, à un signal donné de la ville, les impériaux, pleins de confiance, s'avancèrent en silence vers les remparts de Werben. Mais ils avaient été eux-mêmes trahis. Au moment où leurs masses profondes s'approchaient des fossés, un feu écrasant les accueillit, et mit le désordre dans leurs rangs. Au même instant, la cavalerie suédoise les chargea et ils

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eussent été taillés en pièces^ si TiUy n'eût par précaution disposé un corps de régerve, qui vint couvrir la retraite et arrêter la cavalerie royale.

Le lendemain le général fiaudissin sortit du camp avec quelques milliers de chevaux, attaqua les Croates, les sabra, et les poursuivit jusque sous le canon de Tilly. Cette imprudence lui coûta cher : chargé à soii tour par les cuirassiers impériaux, il fut rejeté sur le camp avec perte de plusieurs centaines d'hommes et eut à subir les plus vifs reproches de la part du roi.

Tilly avait à lutter contre des ennemis plus terribles encore que les Suédois. La disette sévissait dans son armée. Les partis suédois, favorisés par les basses eaux, franchissaient le fleuve sur tous les poinls, se motitraient jusque sur les derrières des impériaux, enlevaient les convois venant de Magdebourg et d'Halberstadt, pillaient. le pays et brûlaient ce qu'ils ne pouvaient pas emporter. Les communications de Tangermunde à J'armée impériale deviorent si peu sûres, qu'un jour les préposés aux vivres laissèrent gâter 20,000 pains de munitions, parce qu'ils n'osèrent les faire transporter à temps. Les fourrages étaient introuvables,, les cavaliers impériaux devaient courir jusqu'à seize heues de distance pour chercher la nourriture de leurs chevaux é[Aiisés. La chaleur brûlait l'herbe sur pied. L'eau elle-même nianquàit et se vendait dans le camp de Tilly, parce qu'on devait aller la puiser dans l'Elbe à travers mille périls*.

Vaincu par les privations, Tilly.se retira le 9 août sur Tangermunde. II y fit jeter un pont sur l'Elbe, sans doute dans l'intention de franchir le fleuve, et d'attaquer les Suédois sur la rive droite. Mais il renonça bientôt à ce projet. Il eût rencontré sur la rive droite un pays plus dévasté encore, et couru le risque d'être coupé de ses communica-

* Gfœrer. Gustave-Adolphe, p. 717.

lions avec Magd^bpurg. Ses forces étaient in^iuffisantes pour tenir les deux rives à la fois et cerner complètement le camp suédois. 11 resta ainsi dans l'indécision jusqu'au 21 août. La disette l'avait suivi à Tangermund^e, et enlevait chaque jour quantité d'hommes et de chevaux. La désertion se mit parmi ses troupes, des bandes entières passèrent aux Suédois, et des symptômes menaçants de mutineriase manifestèrent. Le 21 août, après avoir rappelé les garnisons de quelques petites villes de la vieille Marche, il quitta pour toujours celle province, où pendant six ans il avait . agi en maître, et arriva le 22 au soir à Wolmirstadt. . Sur ces entrefaites le landgrave de Hesse Casael était arrivé ad camp de Werben, où se trouvait déjà le duc Bernard de- Saxe-Weimar. Un traité fut conclu dans lequel le landgrave accepta du roi de Suède une vassalité mille fois plus humiliante que celle qui le rattachait à l'Empereur. Mais en revanche, il obtint l'assurance de conserver pour lui-même toutes les conquêtes qu'il pouvait faire sur les princes ecclésiastiques, livrant ainsi le véritable secret de son .amour de la liberté allemande. Le duc Bernard de Saxe-Weimar se fit promettre de son côté les évéchés de Bamberg et de Wurzbourg, sous le titre de. duché de Franconie, et reçut l'argent nécessaire pour l'équipement de trois régiments, qu'il se hâta d'aller lever a Weimar. Son empressement, stimulé par les cupides appétits que le roi avait su éveiller en lui, fut très-utile au landgrave. En apprenant le voyage cl les actes du prince Hessois, Tilly avait adressé une proclamation fulminante aux Etats de la Hesse et donné l'ordre au comte Fugger, commandant un corps de 40,000 hommes récemment levés par la Ligue, (l'attaquer sans ménagement les domaines du landgrave. Fugger obéit ; mais le duc Bernard accourut en Hesse avec ses recrues, les réunit à l'armée Hessoise et repoussa toutes les attaques des impériaux. Puis il s'empara de Fritzlar, ville appartenant à l'électeur de Mayence, qu'il traita avec

la dernière cruauté, mit à rançon les abbayes de Hirschfeld et de'Fulda et après avoir ravagé impitoyablement les possessions des princes ecclésiastiques, il alla camper près de Rotenbourg, où il attendit les suites de la jonction des armées saxonne et suédoise.

Tilly se trouvait à Wolmirstadt dansuneposition des plus crkiques. Le roi lui coupait toute communication avec le Mecklembourg et le Bas-Elbe. A sa droite, vers l'Est, était la marche de Brandebourg, pays complètement ruiné, dont toutes les places fortes étaient aux mains des Suédois. A gauche, la Hesse soulevée menaçait de le couper de la Franconie et de la Westphalie. En arrière , la Saxe électorale, s'appuyant sur sa neutralité, refusait de lui donner la moindre assistance en vivres. Pour lui, ce n était plus de vaincre qu'il s'agissait, mais de vivre, et pour vivre, îl n'avait à choisir qu'entre deux ressources, se jeter sur la Saxe ou battre en retraite sur la Franconie, en abandon- . nant au roi de Suède le reste de l'Allemagne. A la vérité, il avait enfin obtenu de l'Empereur l'autorisation d'agir contre l'électeur de Saxe, mais les ordres les plus formels en sens contraire lui arrivaient coup sur coup de Munich et de Mayence* . Jusqu'au 31 août, l'armée saxonne demeura campée auprès de Leipzick et rien n'eût été plus facile pour Tilly que de la disperser, avant qu'elle pût être secourue par les Suédois. C'était l'avis de Pappenheim, et certes Tilly comprenait mieux que personne la nécessité d'une prompte décision et surtout d'une prompte action. Malheureusement les instructions positives de l'électeur de Bavière ne le laissaient pas libre ; esclave de ses devoirs, il se crut obligé de pousser l'obéissance jusqu'au bout. Le 21 août, il dépêcha à Mersebourg le chanoine Jean Reinardt de Metlernich, administrateur de l'archevêché de Halberstadt pour l'archiduc Léopold, et le général del'ar-

* Mailalh, t. 3, p. 957. Archives du Royaume. Sécretairerio d*Etat allemande. Gorresp. de l'Electeur du Royaume.

tillerie, baron de Schœnbourg, avec ordre de sommer TEIecleur de joindre son armée à celle de TEmpereur et de fournir des vivres à celle-ci sous peine d être traité en ennemi.

Jean Georges fit le meilleur accueil aux envoyés de Tilly el les invita à sa table. Au dessert, il leur dit en riant : « Je vois bien qu'on songe enfin à goûter de ces bonnes confitures saxonnes, si longtemps ménagées. Mais prenez garde, messieurs, de vous casser les dents, car il y a dans ces confilures des noyaux qui pourraient bien être durs à mordre. » Le lendemain, il congédia les sieurs de Schœnbourg el de Metternich avec une réponse écrite portant Tassurance de sa fidélité, la justification de la confédération de Leipzick et la prière de n être pas traité en ennemi, mais en prince fidèle et affectionné à TEmpereur.

Tout en continuant ainsi ses protestations de dévouement au chef de l'Empire, TEIecteur se liait de plus en plus avec le roi de Suède, el ramenait ses troupes à Torgau, mouvement à bon droit suspect et qui dut renouveler cruellement les regrets de Tilly de n'avoir pas été libre d'agir à temps.

Tilly chassé de Wolmirstadt, comme de Tangermunde, par la faim, marcha le 28 août sur Eisleben où le comte Egon de Furstenberg l'attendait depuis quelques jours avec son corps d'armée, fort d'environ 20,000 hommes. Cette jonction portait les forces de Tilly à environ 40,000 hommes. Sous peu de jours, il devait être rejoint par Aldringen, avec 7,000 hommes, et il avait à sa portée les 10,000 soldats du comte Fugger. Le 4 septembre, après avoir reçu la réponse de l'électeur de Saxe, il se dirigea vers Halle. La disette ne permettait plus la longanimité, et il ne pouvait plus persistera obéir à Maximilien, qu'en laissant son armée se fondre sous ses yeux. Il dépécha au comte de Tiefenbach, qui commandait en Silésie, un corps de 11,000 hommes, l'ordre d'opérer contre la Saxe par la

Lasace el t)uvrit lui-mèode les hostilités eo faisant sommer Mersebourg de lui livrer des vivres. Le magistrat ayant refusé, Pappenheim fut détaché contre la place avec 6,000 hommes et 8 pièces d'artillerie.

L'incendie des faubourgs suffit pour déterminer le commandant à capituler. Naumbourg, Weissenfels, Jena.Pegau et quantité de localités de la Saxe électorale furent mises à rançon, ou pillées par Pappenheim. Le 8 septembre, Tiliy fit sommer aussi Leipzick de lui fournir des vivres et menaça en cas d'hésitation de venir en personne. Le magistrat répondit qu'il ne pouvait rien faire sans en avoir référé à l'Electeur. Tilly insista et réclama de plus Icntrée de troupes impériales dans ia ville. Sur de nouveaux refus, il partit de Halle le 12 septembre, avec toute son armée et parut le 13, de bonne heure, devant Leipzick. Les Magistrats accoururent au devant de lui pour implorer sa clémence. Il les reçut avec bienveillance et leur accorda quelque temps de répit, tout en ordonnant les préparatifs nécessaires pour l'assaut. Les bourgeois effrayés auraient voulu capituler, mais le commandaot saxon s'y opposa. II ouvrit un feu violent d'artillerie, et ses boulets renversèrent un officier impérial auprès de Tilly. Le 14, il mit le feu aux faubourgs; Tilly essaya de faire éteindre l'incendie, mais sans pouvoir y réussir, à cause du vent et des volées de mitraille de l'ennemi. Il lit dresser aussitôt des batteries et pendant la nuit du 14 au 15 septembre lança quelques bombes dans la ville. Le souvenir du sort de Magdebourg épouvanta les habitants de Leipzick, et le 15, sur leurs instances, le commandant saxon capitula. Tilly traita la ville avec la plus grande douceur, et se contenta d'y faire entrer 1 ,000 hommes sous le colonel Wangler.

La nouvelle des hostilités commises par Tilly contre la Saxe, mécontenta profondément l'électeur Maxitnilien. (( J'aurais désiré vivement, lui avait-il écrit le 20 août, que yoxj^s eussiez reçu plutôt l'avis de l'électeur de Mayence.

TiwY. 167

Hais puisque cela n'a pas eu lieu, vous auriez dû cépencTant comprendre, d'après rues instructious antérieures, quels graves molifs vous défendaient d'agir contre Télecleur de Saxe, tant qu'il ne coinmençaït pas lui-mén)e la rupture ou ne se joignait pas aux Suédois. Car ainsi que vous l'a mandé l'électeur de Mayence, c'est affaire de telle* imporlauce que s'il en résulte une guerre déclarée, nous n'aurons pas seulennent à dos un ennenii, mais tous ceux des protestants qui jusqu'ici s'étaient tenus tranquilles. Vous m'eussiez fait plaisir de ne pas rompre les négociations avec Félecteur Jean Georges et d'employer des moyens conciliants pour le ramener. »

Le 13 septembre, il manifesta dvec encore plus d'éaergie à Tilly son déplaisir de la rupture avec l'Electeur de Saxe et lui ordonna de rétablir à tout prix les bonnes relations avec ce prince. L'Electeur, de Mayence Anselme Casimir fit exprimer les mêmes sentiments. M^is, il était trop tard. Dès le 14 septembre, Jean-Geôrges avait traité avec le roi de Suède.

Après le départ des sieurs de Metternichi et de Schœnboarg, Ârnim lui avait fait remarquer le danger de la position de l'armée saxonne à Leipzick , et le l®*" septembre il fit déloger ses troupes et les envoya occuper un camp retranché à Torgau. Déterminé à se jeter dans les bras des Suédois, il envoya Ârnim* au roi, avec ordre de réclamer son appui, quelles qu'eu pussent être les conditions. Gustave était à Ait-Brandebourg, depuis dix jours ; prévoyant les événements, il avait quitté son camp de Werben avec une partie de son armée, pour se rapprocher de la Saxe. Sur désormais de sa proie, il affecta de la froMeur, énonça d'abord les prétentions les plus dures, puis au bout de quelques jours, il parut se radoucir et enfin conclut avec TElecteur un traité dont les principales bases portaient :

l^Que les deux armées se réuniraient et combattraient ensemble, coionoe u» seul h^ipoie, les enaemis du roi e(c|§

TEIecleur. Que l'armée Saxonne serait placée sous les ordres du roi et ne se séparerait sous aucun prétexte, des Suédois, sans leur consentement.

2® Que l'Electeur ne conclurait aucun traité de paix sans l'assentiment du roi.

3° Que toutes les places fortes de la Saxe sur l'Elbe seraient ouvertes au roi.

¥ Que l'Electeur pourvoirait à lentrelien des deux armées lant qu'elles seraient sur le territoire saxon.

Aucun auteur ne parle d'articles secrets. Mais les pn'xTdents du roi vis-à-vis du landgrave de Hesse-Cassel et du duc de Saxe Weimar, sa conduite postérieure et enfin celle stipulation dans le traité avec le landgrave, relative aux conquêtes à faire et à garder, qui n'admettait au même bénéfice que les princes qui s'allieraient au roi avant trois mois, autorisent à croire que l'Electeur reçut aussi de brillantes promesses. Peut-être, dit Gfrœrer, le roi lui fit-il entrevoir la couronne de Bohême.

Sur ces entrefaites , Gustave s'était avancé jusqu'à Coswig'; le 43 septembre, il franchit l'Elbe à Wittenberg, et le 15 effectua à Duben sa jonction avec l'armée saxonne. /

On a reproché à Tilly de n'avoir pas empêché cette jonction en se jetant entre les deux armées. Ce reproche qui a été formulé par un écrivain militaire moderne, et qui ne se retrouve pas chez les auteurs antérieurs , nous parait peu fondé en présence du plan primitif adopté par Tilly, plan que les hommes de l'art se sont accordés à approuver et dont il ne se départit que malgré lui et par la faute de Pappenheim. On ne doit pas oublier non plus que, d'après les ordres qu'il avait envoyés à ïiefenbach, il devait supposer que ce général occuperait au moins une partie des forces de l'Electeur ou du roi. Malheureusement, Tiefenbach, qui haïssait Tilly et qui avait des ordres secrets de l'Empereur, refusa d'obéir sous prétexte d'insuHisance de

forces et se borna à faire quelques incursions peu importaotes dans la Lusace.

Deux jours après le traité avec la Suède, Jean-Georges, qui u avait cesse de correspondre avec Tilly, eut Tinqualiflable hypocrisie de lui écrire une lettre remplie de protestations de sa fidélité envers l'Empereur, fidélité, disait-il, non de paroles menteuses, mais de faits clairs et patents. J'en avais attendu, continuait-il, d'autres remerciments que ceux que j'ai reçus. U ne me reste qu'à offrir à Dieu les injustices dont je suis victime... Mes efforts ont toujours tendu à remplir ponctuellement mes devoirs envers le chef de l'Empire, et je conserve encore lespoir que mon hien-aimé Empereur n'exigera pas de moi plus que je ne loi dois, etc. »

Jean-Georges avait-il la simplicité de croire qu'il tromperait le vétéran catholique, ou se préparait-il une excuse pour le cas d'une défaite? La question est peu importante^ mais le fait prouve une grande duplicité chez l'Electeur. Tandis que ce prince s'épuisait en fausses démonstrations vis-à-vis de Tilly, il témoignait à Gustave la plus grande ardeur de combattre. L'engagement qu'il avait pris d'entretenir les deux armées lui paraissait bien lourd, il sentait que cette obligation serait d'autant plus ruineuse pour ses états que la temporisation serait plus longue et que quinze jours de pareil entretien épuiseraient toutes ses ressources.

Dans un grand conseil de guerre, auquel assistait l'électeur de Brandebourg, les avis furent partagés. D'après Chemnitz, le roi aurait voulu éviter une bataille, faire un mouvement sur la droite, prendre Halle, attaquer Mersebourg, et resserrer de plus en plus l'ennemi dans un cercle (le fer, jusqu'à ce que, pressé par la disette, il quittât son inexpugnable position de Leipzick et vint s'offrir lui-même aux coups de ses adversaires, si mieux il n'aimait opérer une retraite qu'on pouvait rendre désastreuse, a H ne faut

pas oublier, dit Gustave, que lenjeu de la bataille est uiie couronne et deux chapeaux d'Electeur. Les vicissitudes de la fortune sont communes dans la vie humaine, mais principalement dans la guerre, et dans les grandes batailles. Nous pouvons être vaincus. Certes mon royaume souffrirait de ma défaite ; mais enfin, U est éloigné, il a la mer pour rempart, une flotte considérable pour défense, et une armée toute prête à remplacer celle que je perdrais. Pour vous, au contraire, vous avez lennemi sur le dos, et si nous perdions la b'ataille, vos bonnets d'Electeur pourraient bien osciller sur vos tètes ou même tomber tout à fait par terre.» Ces sages raisonnements ne firent aucune impression sur I électeur de Saxe, que préoccupait avant tout la perspective de sa ruide totale, pour peu que le séjour de tant d'armées sur son territoire se prolongeât, et il déclara que si le roi ne voulait pas livrer bataille, il marcherait seul contre Tilly.

Gustave céda, le conseil se sépara, et Télecteur de Brandebourg qui , dit Gfrœrer, n'aimait probablement pas la poudre, retourna à Berlin.

L'aspect des armées saxonne et suédoise offrait un contraste frappant. Les Saxons étaient bien nourris, forts, parfaitement équipés; leurs officiers, magnifiquement vêtus et armés, portaient des chapeaux couverts de plumes. A côté d'eu?^, les Suédois au front bronzé, aux tratits fatigués, aux habits déchirés ou pleins de la poussière des bivouacs, ne brillaient que par leurs allures martiales. Le 16 septembre, les armées réunies traversèrent Duben et s'avancèrejil vers les plaines de Leipzick, en ordre de bataille, les Saxons à gauche, les Suédois à droite. Le soir, elles s'établirent à Klein-Wolcka, à trois lieues de Leipzick. Chcmnitz rapporte que Gustave convoqua ses officiers autour de lui, et après leur avoir donné les instructions les plus détailh'*es pour la journée du lendemain, s'entretint longuement avec eux. « Je ne veux pas, disait-il entre autres choses, rabais-

TltLY. 171

ser DOS ennemis, ni vous faire les choses plus faciles qu'ek les ne sont'; ce serait vous faire tort, car je vous crois incapables- de vous laisser effrayer par les dangers. Je vous connais et je vous ai vus assez à-Tœuvre, pour savoir qu'il n'y a pas de lutte si critique, de péril si grand, que vous ne puissiez en sortir à votre honneur, sous mes ordres. Muis, disons-le franchement, nous avons devant nous un ennemi fort et puissant, plein d'expérience, qui n'a jamais éQ, durant sa longue carrière militaire, que des triomphes. Mais, plus cet ennemi est glorieux, plus grande sera notre gloire de le vaincre. Tout l'honneur, la réputation, la gloire qu'il s'est acquis, après tant d'années, peuvent, avec laide de Dieu, devenir nôtres en vingtnquatre heures. Nous sommes certainement égaux en nombre à nos adversaires, si pas supérieurs, et je ne fais pas le plus petit doute, que tous, du premier au dernier, vous ne remplirez votre devoir de bons soldats : j'espère aussi que les Saxons, malgré leur inexpérience, feront ce qu'ils pourront dans cette occasion, d'où dépend le salut de leur patrie... Vous et vos soldats, vous avez souvent dit en plaisantant, que vous pourriez bierr gagner le ciel, sous ma conduite, mais rien des richesses delà terre. J'avoue que jusqu'à présent vous avez pu avoir raison. Nous ne pouvions guère songer à nous enrichir dans des pays dévastés et déserts, et d'ailleurs amis, que nous avons traversés, jusqu'à présent. Mais à l'avenir, si vous savez vous battre comme à l'ordinaire, vous gagnerez, nonseulement les richesses éternelles, mais encore celles du temps, car outre quedevantnous,eStun camp plein des plus précieux trésors, vous pouvez, d'un seul coup heureux, vous ouvrir « la roule des prêtres, » dans laquelle vous trouverez d'abondantes compensations à vos travaux, à vos peines, à vos misères. »

Gustave entendait à merveille l'art de stimuler les ^ouragesi en surexcitant lés concupiscences. Lorsqu'il vit ses oITiciers suffisamment encouragés, il sortit et parcourut ses ^

472 TItLY.

bivouacs, en causant ramilièrement avec les soldats. Il s'arrêta particulièrement dans les quartiers de cavalerie» et considérant les chevaux petits el faibles de ses dragons, il leur donna cette instruction : « Les cavaliers Intpériaux sont généralement montés sur de forts étalons, lorsque vous aurez à faire à eux, et que vous ne pourrez, à cause de la cuirasse, piquer dans les côtes de Thomme, visez aux chevaux, enfoncez-leur voire épée tout droit, élargissez la blessure, par un mouvement du poignet, et vous aurez bientôt culbuté homme et bète ensemble. »

Gustave passa le reste de la nuit dans sa voiture, ave;; les généraux Horn, Banner et Teufel, et pendant un moment d'assoupissement, il rêva qu'il luttait contre Tilly, et que, Tayant enfin jeté à terre, il en avait été cruellement mordu au sein gauche.*

1 Rhevenhuller qui ne laisse passer aucun présage inaperçu, raconte le fait suivant :

Vers ce temps, des ecclésiastiques de Hildesheiin organisèrent une comédie, dans laquelle le roi de Suède et le comte de Tilly paraissaient en scène, à cheval, se livrant un combat singulier. Naturellement, Tilly devait éire vainqueur. Mais il arriva qu'au moment où Tilly, après avoir harangué, en vers terribles, le roi débarquant sur le sol allemand, mettait Pépée à la main, celui-ci, dans un mouvement précipité, lui lâcha un coup de pistolet dans la ûgure et le renversa grièvement blessé. Là-dessus s'éleva un grand tumulte, et la comédie se trouva changée en tragédie. Nombre de gens, ajoute Khevenbuller, ont tenu ceci pour un omen remarquable des futurs insuccès du comte de Tilly contre le roi de Suède.

L'auteur du Theatrum europœum, qui copie l'anecdote, y ajoute celle-ci :

« Le ^0 juin, dans la nuit se manifesta un étrange omen à Willenberg, présageant les futurs malheurs du comie de Tilly. Dans ladite nuit éclata un fof t orage, pendant lequel, entre onze heures et minuit, les sentinelles du rempart virent venir à elles, un cavalier, suivi d'un chien noir et de deux siihiats, mèches allumées. Au qui- vive du factionnaire, fut répondu : Ronde. Sur quoi le soldat reprit : avancez à l'ordre. Le cavalier se mit a rire. Bientôt après, il reparut sur le rempart, et les sentinelles s'aperçurent que c'était un spectre : et la garde étant accourue, quelques soldats qui avaient servi sous le comte de Tilly, dirent que ce spectre avait la figure dudit comte. Le spectre se montra encore une fois, mais sans tète, puis tout rentra dans le silence.

Le lendemain, l'aventure du rempart sétant ébruitée, les hommes île ganli* furent mandés à l'hôtel -de- ville avec leur capitaine et soumis à un interrogatoire. Ceux qui avaient servi sous le comte de Tiily alfirm renl, par serment, que ce devait être lui ou le diable en personne.

La légeiide, qui ne pouvait manquer dç rattacher mille détails extraordinaires à cette bataille célèbre^ laquelle décida du sort de TAIlemagne, veut que Tilly ait passé la nuit du 16 au 17 septembre; dans la maison du fossoyeur, à l'entrée du cimetière de Leipzict. C'est là, dit-on, que tenant aussi un conseil de guerre, il se laissa entraîner, . malgré lui, à courir les chances d'une bataille.

Le premier projet de Tilly avait été d'attendre lennemi dans sa forte position, jusqu'à ce que fut arrivé le corps du général Aldringen que Ton savait approcher. Appuyé sur la ville de Leipzick, ses ailes, assurées par la Pleisse et la Parde, il pouvait braver, avec avantage, tous les efforts du Roi. Dans cette intention, il fit commencer les retranchements du camp, et élever de nombreuses batteries. Les travaux furent poussés avec une telle activité, que lé 17, dans la matinée, ils étaient presque terminés. Mais ce parti de prudence irritait lé comte de. Pappenheim qui, jaloux de son chef et espérant le voir remplacer par Wallenstein, ne cessait, depuis longtemps, de le décrier à Vienne et à Manich, le traitant de vieillard affaijbli par l'âge, épuisé, et désormais incapable- de quoi que ce fût de vigoureux. A son exemple, les anciens généraux de Wallenstein, qui regrettaient les prodigalités de Te^t-généralisisime, et qui supportaient,. avec impatience, le joug de la sévère discipline de Tilly, s'emportaient jusqu'à traiter la circonspection du vétéran de lâcheté, sa temporisation, de trahison. Ces sentiments sefi^rent jour dans le conseil de guerre. La séance fut orageuse. Pappenheim se livra à toute sa fougue, et dans sa présomption, s'écria: « que Tannée impériale, bien aguerrie, fraîche et accoutumée à vaincre, n'avait pas besoin de renfort pour battre les nouvelles milices de Saxe, et les Suédois fatigués de longues guerres. » Ces paroles furent chaleureusement applaudies. Tilly résista cependant à l'entraînement général et aux accusalions à peine voilées qu'articulèrent contre lui les impa-

TILLT. 11. 4%

m TILLY.

tients de combattre. Insensible à tout autre mobile qui celui de son devoir, ii était encore résolu, le matin du 17 septembre, à éviter la bataille et à attendre Aldringen.

Vers 9 heures, le bruit s'étant répandu que lennemi approchait, le comte de Pappenheim vint demander à Tilly Taulorisalion de prendre 2,000 chevaux, afin de pousser une reconnaissance et de tâcher d enlever quelques prisonniers. Tilly hésita d'abord, mais, sur les instances du feld-maréchal, il consentit enfin à le laisser partir, sous la recomman lation expresse de ne pas s'engager trop avant avec lennemi. Pappenheim promit tout ce qu'on voulut, mais il ne fin! pas sa parole. En eflet, ayant rencontré quelques couretirs Saxons, il leur donna la chasse, et envoya courrior sur courrier à Tilly, pour lui dire :« Que l'armée Saxonne arrivait seule, et qu'il se hatàt de s'avancer afin de l'écraser. » Pour toute réponse, le lieutenantgénéral réitéra à Pappenheim l'ordre de rallier le camp. Au lieu d obéir, Pappenheim fit dire de nouveau à Tilly : «Que les Saxons étaient seuls, et que lui, Tilly, aurait à répondre devant Dieu, l'Empereur et l'électeur de Bavière, d'avoir négligé une si magnifique occasion. » Cette étrange mise en demeure de la part d'un subalterne n'ébranla point encore Tilly. Mais ce que n'avaient pu obtenir ni les menaces, ni les paroles insultantes, l'impulsion du dévouement et de l'abnégation le lui arracha. Trompé par ses faux renseignements, Pappenheim s'avança trop et se trouva aux prises avec toute l'armée des alliés. 11 fit demander à Tilly un secours de 2,000 chevaux pour le dégager. L'occasion de la vengeance était d'autant plus séduisante, qu'elle pouvait se déguiser sous le voile de rinlérét de l'armée entière. Mais Tilly était inaccessible à de semblables tentations. Cependant, il soupçonna sans doute et non sans raison, que la désobéissance du maréchal n'avait d'autre cause que le désir de le forcer à une bataille, car, levant, dit-on, les bras au ciel, il s'écria : «Ce malhou-

reux nie perdra d'honneur et de réputation ; il causera la ruine de TEmpereur. » Il n'en expédia pas moins 2,000 cuirassiers, avec Tinjonction expresse à Pappenheim de battre en retraite, sous peine de mort. Ce secours ne suffît pas. Alors, le désespoir dans le cœur, mais mu par le désir de sauver un homme, dans lequel il admirait de grandes (jualilés militaires, et avec cet homme, l'élite de la cavalerie, il quitta ses retranchements, et s'avança dans la plaine en ordre de balailie. Son armée s'étendait sur une seule ligne, de Breilenfeld à Seehausen, sur une plaine unie, nouvellement labourée, et où se montraient à peine quelques ondulations de terrain. Le comte de Furslenberg comnf>andait l'aile droite, ayant sous ses ordres six régiments de cavalerie de 500 Croates; Pappenheim se trouvait à l'aile gauche avec 7 régiments de cavalerie. L'infanterie entière, divisée en 13 carrés, formait le centre, sous les ordres directs de Tilly, assisté des généraux de Schaumbourg et Officutz. Quelques régiments de cavalerie couvraient ses flancs, il avait derrière lui un petit bois, et sur son front, 20 pièces d'artillerie, 6 autres pièces étaient àlaile droite.

Ses forces se montaient à 21 ,000 hommes d'infanterie et 14 ,000 chevaux^

De son côté, le roi de Suède fit sonner le départ, dès l'aube du^7, et comme il n'avait devant lui que de gran-^ des plaines sans bois, il fit marcher son armée, sur deux grandes colonnes.

Le roi comptait avec lui 13,000 hommes d'infanterie et 8,850 chevaux. L'Electeur de Saxe 11,000 hommes de

} Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'ordre de bataille des Impériaux. Le système ordinaire de Tilly était de former deux lignes et une réserve. Gualdo PriurAtoa donnC> le plan de bataille de Breitenfeld dans ce sens. Mais il ré:»ulle (les rcrhiTches iailt^s par los écrivains militaires racHiernes, qu'à Breitenfeld, Tilly ne forma réellement qu'une seule ligne. L'annotateur militaire de Guahio attribue même, en partie, la défaîte de Tiily à l'absence de réserve.

pied el 4,000 cavaliers. L'arliilerie se composait d'environ 60 pièces de loiU calibre.

Au bout d'une heure Favant-garde suédoise aperçut la cavalerie de Pappenheim. Un combat assez vif sengagea sur les bords du Lober, ruisseau que les alliés devaient nécessairement traverser. Pappenheim, accablé par des forces supérieures, fut culbuté avec perle, en se reliraol il mit le feu au village de Podeiwitz, qui se trouvait sur la route dos Suédois, pour qu'ils n'en tirassent pas avantage. Bien que le passage du ruisseau fût devenu libre, les difficultés du terrain arrêtèrent quelque temps les alliés. bientôt cependant l'obstacle fut franchi et les alliés se formèrent en bataille entre les villages de Podeiwitz el de Gœpscheiwitz.

Cet ordre de bataille se composait de deux lignes el d'une réserve.

L'aile droite de la première ligne s'appuyait au village de Podeiwitz. Elle se composait de cinq régiments de cavalerie suédois, disposés deux en avant fît un en arrière, sans cependant faire deux divisions séparées. Dans les intervalles des pelotons étaient rangés, des détachements de 180 mousquetaires. Cette disposition ingénieuse et toute nouvelle avait été imaginée par Gustave pour reprendre ses avantages contre la grosse cavalerie de ïilly, el elle contribua pour beaucoup au gain de la journée. Sur la cavalerie s'appuyait l'infanterie suédoise divisée en quatre brigades, et soutenue parle régiment de la garde à cheval du roi. Venaient ensuite deux régiments de cavalerie, en cinq pelotons , disposés et mêlés de mousquetaires, comme ceux de droite.

Le roi commandait en personne l'aile droite ce celte première ligne; le général Teufel, le centre; le maréchal Horn, la gauche.

La droite de la seconde ligne aux ordres de Baner se composait de deux régiments de cavalerie en sept pelotons.

doDl quatre au premier rang el trois au second. Trois brigades d'infanterie sous le général Hepburn formaient le centre, et avaient pour appui les régiments de cavalerie du colonel Coochtitzki et Schafiman. L'aile gauche consistait en deux régiments de cavalerie, soutenus de deux compagnies de dragons. Elle était commandée par le générai Hall.

Les Saxons étaient rangés à gauche des Suédois et séparés d'eux par un certain intervalle. Ils ne formaient qu'une ligne. Près des Suédois éUiit massée la cavalerie , sous les ordres d'Ârnim , en. trois divisions sur dix rangs ; puis se présentaient six régiments d'infanterie en six carrés sur 104 hommes de profondeur. Cette infanterie était commandée par le duc de Saxe Altenbourg. L'Electeur se trouvait à l'extrême gauche -avec 24 escadrons de cavalerie et son régiment des gardes du corps. Toute la grosse artillerie fut établie en batterie devant le front de l'armée. En outre, chaque brigade d'infanterie suédoise avait cinq pièces volantes. Le mot d'ordre des Suédois fut : Dieu avec nous; celui des Impériaux : Jésus! Maria f

Le roi portait un collet de buffle, un chapeau gris orné d'une plume verte, et montait un cheval blanc. La chaleur était extrême , car Tété de 1631 fut remarquable sous ce rapport; la poussière fine , soulevée par les pas de tant d'hommes et de chevaux, et chassée par un vent du Sud- Ouest, formait à certains . moments de véritables nuages. Tilly, en général habile, avait pris l'avantage du vent et s'était posté de manière à ne pas en être incommodé. Vers raidi, avant que le roi eût complété son ordre de batinlle, Tilly ouvrit le feu de sn grosse artillerie. Elle ne fit qu'un effet médiocre , lés Suédois répondirent bientôt el un de leurs premiers boulets vint frapper mortellement le colonel Baumgarten , ce qui impressionna son régiment, comme d'un mauvais présage.

A deux heures environ , le roi voyant ses soldats

gênés par la poussière, ordonna un nnouvemenl de l'aile droite pour éviter Tinconvénient. Pappenheira crut Tinstant favorable, obliqua à gauche, dans le but de déborder les Suédois, et lança sur eux sa cavalerie sans avoir la patience d'attendre qu'il fut soutenu par l'infanterie. S'il eût réussi à faire brèche, et la furie de son attaque lui en donnait les plus grandes chances, l'ordre de bataille des Suédois était renversé et leur défaite certaine. Mais Baner se hâta d'amener quelques régiments de la seconde ligne, avec du canon, au secours de l'aile droite, et les plaça à angle droit avec celle-ci. C'est alors que l'artillerie volante et la disposition des mousquetaires dans les rangs de la cavalerie royale fîrent merveille. Les cuirassiers impériaux, accueillis à bout portant par un feu aussi violent qu'inattendu, se mirent en désordre. Hommes et chevaux, étourdis de ce nouveau mode de combat, se rejetèrent vivement en arrière, poursuivis et sabrés par la cavalerie suédoise. Sept fois, Pappenheim ramena ses cuirassiers à l'assaut des colonnes ennemies, sept fois, ses hommes de fer reculèrent devant la barrière de feu, qui se formait devant eux. Dans l'ardeur de l'action, il appuyait insensiblement de plus en plus sur la gauche, sans s'apercevoir qu'il s'éloignait de ses points d'appui. De son côté, Baner, appelant de nouvelles troupes, étendait sa ligne pour achever de couper Pappenheim du reste de l'armée Impériale. Au bout de deux heures de lutte héroïque, le feldmaréchal blessé fut entraîné défînitivement dans la fuite de ses gens découragés. Il parvint à les rallier au delà de Breitenfeld, mais il ne put obtenir d'eux aujLre chose que d'assister de loin au reste de la bataille et de battre en retraite, avec un certain ordre.

Le régiment d'infanterie de Holstoin, cédant à un excès d'ardeur, s'était imprudemment détaché du gros de l'armée pour suivre les cuirassiers de Pappenheim. II se trouva tout à coup isolé et enveloppé par les suédois. Se

formaat aussitôt en carré, il repoussa avec une admirable énergie toutes les attaques d'un ennemi dix fois supérieur en nombre. Il fallut amener de Tartillerie contre lui. Mais les sanglantes trouée faites par les boulets suédois se remplissaient aussitôt. Pas un soldat n'abandonna son poste. Quand le canon eut enlin réduit cette intrépide phalange à une poignée d'hommes, la plupart blessés, les cavaliers iinlandais purent achever l'œuvre de destruction. Sous un monceau de cadavres , ils trouvèrent respirant encore, mais criblé de blessures mortelles le vaillant colonel de ce glorieux régiment, le duc Adolphe dellolstein.

Pendant que ceci se passait à sa gauche, Tilly de.scendant des légères hauteurs sur lesquelles il s'était posté, chargea vigoureusement le centre des Suédois. Mais dans ce mouvement, il masqua sa propre artillerie qui fut réduite à l'impuissance. Exposé par contre au feu des Suédois, il éprouva des perles sensibles et regagna ses premières positions, après uq court engagement. Sur sa droite, les Croates , soutenus par les cuirassiers de Furstenberg, avaient attaqué les Saxons. Ceux-ci , après s'être d'abord courageusement défendus , commençaient à plier, lorsque Tilly, tournant ses forces sur ce point, vint achever leur défaite. Les Saxons furent mis en déroqte complète. L'Electeur lui-même se sauva à toute bride, suivi d'Arnim et de ses gardes du corps; il ne s'arrêta qu'à Eultenbourg. Quatre régiments maintinrent seuls l'honneur du nom Saxon, et, abandonnés de leurs généraux, vinrent se ranger sous les ordres du maréchal Horn.

Le centre des Suédois, découvert, se trouvait fortement compromis, et le moment était critique pour eux. Malheureusement, Tilly n'en put profiter. Ses soldats trop ardents à la poursuite des Saxons s'étaient laissés cntrainer au loin, et une partie d'entre eux rencontrant les bagages des alliés, se livrait au pillage. Horn eut donc le temps de prendre ses mesures. Imitant la manœuvre qui avait si bien réussi à

Baner, il porta rapidement sa seconde ligne en avant, et la rangea en potence devant les troupes victorieuses de Tilly. Par une coïncidence heureuse pour lui, Baner, qui venait de culbuter définitivement la cavalerie de Pappenheim, ptit détacher quelques régiments au secours du centre.

Gomme si le ciel se fut déclaré subitement en faveur des Suédois, le vent, qui jusque là leur avait été contraire, changea brusquement, et aveugla les Impériaux de fumée et dépoussière. Néanmoins, ceux-ci marchèrent bravement au comlbat. Mais là aussi, la tactique de Gustave produisit des effets foudroyants. On raconte que , pour la première fois, les Ecossais au service du roi tirèrent en feu de peloton, et que les Impériaux furent tellement stupéfaits de cette, nouveauté, qu'ils en perdirent contenance. Ce fut bien pis encore, lor3qu'à trente pas, Tinfanterie suédoise, ouvrant ses rangs, démasqua ses pièces de régiment et cribla de mitraille les masses profondes des Impériaux. Les soldats de Tilly furent ébranlés; les officiers firent des prodiges de valeur pour les enlever et quantité d'entre eux furent tués en donnant à leurs gens l'exemple de l'audace. La lutte devint acharnée, et malgré la supériorité que donnait aux Suédois leur artillerie volante, la victoire balançait encore, lorsque la cavalerie .de Furstenbcrg, rebutée par le feu des mousquetaires royaux, tourna bride et prit honteusement la fuite.

L'aile gauche de l'armée impériale n'existait plus. Le mouvement obliqué à droite de Tilly, combiné avec le mouvement en sens inverse de Pappenheim, avait mis entre eux une trop grande distance, pour que celui-ci put ramènera son chef les débrjs de ses cuirassiers. La lacune avait d'ailleurs été habilement remplie par Baner , dont toute l'attention s était portée à couper à Pappenheim la retraite sur le gros des Impériaux. La fuite de la cavalerie de Furstenberg avait achevé de dégarnir entièrement l'infanterie de Tilly. L'artillerie, qui, au début de la journée

était placée au centre, étant demeurée immobile, pendant que Tilly portait ses forces sur la droite, se trouvait , en ce moment, à Textrème gauche de la ligne impériale, et dangereosement isolée.

Le roi saisit d'un coup d'œil les avantages que lui offrait cette fâcheuse situation des Impériaux. Maitre de disposer de toutes ses forces, il fit faire à son aile droite et à son corps de bataille une manœuvre semblable à un quart de conversion à gauche. Après avoir ainsi formé une ligne droite, débordant les Impériaux sur les deux extrémités, il ordonna une attaque générale, la cavalerie des deux ailes en avant. Les troupes qui gardaient les batteries de Tilly furent culbutées, et les pièces tournées immédiatement sur les Impériaux , qui eurent à la fois à soutenir le feu des Suédois en front et en flanc, le choc des colonnes en tète, et les charges de la cavalerie en flanc et en queue.

Accablés de tous côtés, enveloppés sur tous les points, labourés en tous sens par une pluie croisée de projectiles, les carrés impériaux cèdent enfin la victoire. Les régiments mutilés se débandent successivement et se dispersent dans la campagne.

Il était déjà tard. La nuit approchait. Du milieu des Suédois vainqueurs se dégagent , comme une tour mouvante et hérissée dé piques, cinq régiments wallons^ dont le nom mérite de passer à la postérité. Ce sont les régiments Balderon, Blanckaert, Gœtz, Dietrichslein et Chiesa, la fleur des vétérans de la Ligue, les héros des glorieuses expéditions de ïilly, les compagnons de ses misères et de ses triomphes. Ils enserrent au milieu d'eux leur général, blessé au bras, mais frémissant de douleur et impatient de mourir. Là sont Furstenberg , Cronenberg, le duc Rodolphe de Saxe Lauenbourg et toute une phalange de vaillants officiers, prêts à faire à leur chef vénéré un rempart de leurs corps. Tous les efforts de l'ennemi n'ont pu les entamer. Us gagnent, en combattant, la bordure d'un bois, s'y

arrêtent, et tournent tète, car ils veulent mourir en soldais pour sauver Thonneur de leurs drapeaux. La cavalerie suédoise les charge avec fureur, Tinfanterie les aborde de ses masses puissantes, Tartillerie les couvre de feu « et fait voler en Tair bras etjambes« » Ils résistent, blessés tombent à genoux, se battent encore et se font tuer sur place. Tilly a son cheval éventré sous lui par un boulet; il s'en fait donner un autre, et veut se jeter, tète baissée, dans les rangs suédois. Un capitaine du régiment royal, Rhingrave, nommé le long Fritz, à cause de sa taille colossale, l'aperçoit, se fait jour jusqu'à lui, le frappe à coups redoublés de la crosse de son pistolet, en lui criant de se rendre. Il va périr, car ses bras mutilés ne peuvent manier une arme, lorsque le duc Rodolphe de Saxe Lauenbourg s'élance sur le Suédois et lui brûle la cervelle.

La nuit seule mit fin au combat. Des cinq régiments wallons, il ne restait que 600 hommes, debout encore derrière les cadavres de leurs héroïques camarades. Ils passèrent la nuit non loin du champ de bataille , respectés des Suédois qui, admirant leur valeur, renoncèrent à les poursuivre. Le lendemain matin, ils entraient tristes et silencieux sous les portes de Hallë, ramenant sur une civière formée de piques « leur vieux père » épuisé de sang et hors de connaissance. 9,000 morts couvraient la plaine de Breitenfeld. La plupart appartenaient à Tarmée impériale, car la perte des Suédois se montait seulement à 700 hommes et celle des Saxons à 2,000. Parmi eux étaient, outre le duc Adolphe de Holstein , qui mourut dans la nuit, à Eulenbourg, le baron de Schoenbourg, général de rarlillerie impériale, le major-général Erwille, les colonels Baumgarten, Blanckaert, Grotta, 10 lieutenants-colonels et 12 capitaines, les colonels suédois ïeufel, Callenbach et Hal. Un quatrième officier supérieur, le colonel Courville, tomba blessé, dés le commencement de la bataille, aux mains des Impériaux. Les Saxons eurent à

regretter le général major Bindthauf, le colonel Lœser, deux frères Starchoedel, etc.

Les trophées de la journée furent immenses. En dehors da prodigieux butin fait par les odiciers et les soldats, le roi recueillit toute rarlillerie de Tdly et plus dç cent drapeaux ou étendards. Presque tous les prisonniers, au nombre de plusieurs milliers, consentirent à se laisser fondre dans les régiments suédois, ce qui implique qu'ils avaient Au se battre, avec une médiocre énergie, pour TEmpereur.

Jamais, dit un auteur militaire^ général vaincu n'a été pins amèrement et plus inconsidérément critiqué que Tilly. Le premier reproche qu'on lui adresse est d'avoir accepté la bataille. Le simple récit des faits démontre à l'évidence que ce reproche est sans fondement. En second lieu, on l'a blâmé de n'avoir pas attaqué les Suédois au passage du Lober. Mais en admettant que malgré le peu de mobilité de ses masses épaisses, Tilly se fiit porté sur le Lober, tout ce qui pouvait arriver, c'est que le roi aurait fait un détour d'un demi mille sur la gauche, pour ne pas exposerses troupes dans ce passage. Et alors, Tilly était obligé d'abandonner le poste près de Podeiwitz pour se replier sor Seehausen et Breitenfeld. 11 pouvait même craindre que les Saxons qui n'étaient pas loin de là ne profitassent de ce moment pour tomber sur son flanc droit*.

En rapprochant les diverses circonstances, on voit aisément celles qui décidèrent du gain de la bataille. D*abord, l'ordonnance des Suédois était fort supérieure à celle des ImpôriauK. Les diflférenles espèces de troupes y étaient placées de manière à ce qu'elles se défendaient mutuellement. Ce qui est inattendu, est ordinairement ce qui réassit le mieux en guerre, et rien ne fait tant de mal à la cavalerie qu'un feu masqué. Ainsi, la première manœuvre

* Franchi ville. 414. Discours sur la bataille de Breitenfeld, par un oflicitT prussien. * Ibid. p. 430 et suit. Tableau militaire 295.

que doit faire un général de cavalerie qui a une ardllerio à cheval à sa disposition, c'est de la faire avancer et de la masquer jusqu'à portée du feu à mitraille. Sa cavalerie sait qu elle doit s'ouvrir, et la décharge faite, celle cavalerie entrera le sabre à la main dans les vides causés par le feu. Cette manœuvre que Gustave exécuta avec ses canons de cuir et les mousquetaires placés derrière la cavalerie, réussit parfaitement. Les gros bataillons de Tilly et ses masses de cuirassiers avaient perdu toute leur supériorité contre l'ingénieuse ordonnance de Gustave, dont toutes les parlirs s'entr'aidaient avec facilité. Si cette ordonnance des briga* des n'avait pas été d'un si grand avantage pour les Suédois, jamais leur aile gauche dégarnie par la retraite précipitée des Saxons, n'aurait pu résister à Tilly*.

Enfin on critique vivement Tordre de bataille de Tilly. Cela peut être une erreur venant de ce que la plupart des plans que nous avons, ont été faits par des Suédois qui ne furent pas à portée de juger de la position des Impériaux pendant l'action : l'habitude de Tilly était de Former deux lignes, en laissant de granes intervalles entre les bataillons de la première, qui étaient soutenus par ceux de la seconde en forme d'échiquier. H est à croire que Tilly voulant tourner les Saxons, fit avancer sa seconde ligne dans les intervalles de la première, et que les Suédois qui virent l'armée impériale dans cette position, crurent que Tilly n'avait formé qu'une seule ligne.

Mais même en ce moment, on remarque que Tilly reste un peu en arrière avec le centre, formant alors comme une seconde ligne, et qu'il laisse le combat s'engager aux deux ailes, ménageant ses forces en attendant le moment de se jeter du côté où la victoire était en balance : il obligeait,, par un coup de force, l'ennemi déjà ébranlé à prendre la fuite. Or, voyant que le succès était incertain du côté de

* Francheville. Tableaa militaire, p. 295 et suiv.

PappeDheim, et qae les, Saxons à Taile gauche, attaqués par Furstenberg , commençaieDt à perdre du terrain, il suivit son pian, en cherchant à poursuivre ses avantages : mais en quoi il fit mal, c'est qu'il porta toutes ses forces contre Jes Saxons. Quatre brigades d'infanterie suffisaient pour achever ce que Furstenberg avait si bien commencé. Au lieu qu'en s'éloignant du champ de bataille avec le gros de son armée, il cédait du terrain, sans savoir si Pappenheim était assez fort pour tenir le roi eu échec.

On a prétendu que la cavalerie légère qui s'était jetée sur le bagage des Saxons, fut'en partie, cause de la perte de la bataille, lin conséquence, on en rejette la faute sur Tilly, qui, dit-on, n'aurait pas du lâcher la bride à ces pillards. Mais on peut répondre à cela que cette faute, si c'en est une, est ordinaire partout avec ces sortes de gens trouvant à piller, et qu'elle ne décide de rien. En tout cas, ce fut un obstacle pour Tilly,' mais ne provenant pas de son fait.

Pappenhcim commit la double faute d'attaquer l'aile gauche des Suédois sans soutien d'infanterie et de s'écarter trop du gros de l'armée. Il est sûr que le demi-quart de conversion que le Roi fit faire à son aile droite décida de la victoire. Le mouvement dérobé à Tilly rendit les Suédois maitres du poste de- l'artillerie impériale et les porta dans le flanc des Impériaux, mais ce mouvement décisif ne se serait pas fait, si Tilly n'y avait donné lieu en se portant trop sur sa droite et en poursuivant trop vivement ses avantages sur les Saxons, seule faute qu'on puisse lui reprocher avec raison.

Tout en reconnaissant les avantages que donnait à Gustave son ordonnance, on ne voit pas que l'ordre profond et massif des Impériaux leur ait fait obstacle. Les épafs carrés d'infanterie et les gros escadrons répondaient aux vues du générale

^ Remarques sur la bataille de Breitenfeld par un officier prussien, 422 et suiy.

lëb TILLY.

Evidemment, le fait saillant dans tout le cours de la bataille, du coté des Impériaux, est le défaut d'uni!é. ^ Pappenheim attaque sans ordre et ne se préoccupe que de sa propre lutte, comme s*il était seul à se battre; le régiment de Holstein se jette au fort du combat, sans s'inquuv ter de savoir s'il sera soutenu; la cavalerie de Furslenberg semble croire sa tâche finie après la fuite des Saxons ; elle perd un temps précieux à les poursuivre et lâche pied devant les Suédois. Ce sont là des efforts isolés qui manquent d'ensemble et pèchent ainsi par la base. Le lendemain de la bataille, des milliers d'Impériaux se rangent sous les bannières suédoises avec une facilité qui démontre qu'ils ont dû déployer fort peu d'ardeur la veille à les combattre. Tout concourait donc à rendre à Tillv la victoire impossible, la défaite infaillible. Il sut, du reste, supporter cette tardive et d'autant plus douloureuse intidélité de la fortune avec la mâle et modeste dignité du chrétien. Il n'accuse personne, n'a que des éloges pour Ppppenheim, il ne cherche ni fausses excuses ni circonstances atténuantes, iï ne dit pas un mot de ses blessures, il accepte franchement le revers dans sa plénitude, comme une épreuve de la miséricorde divine. Son ame généreuse s'incline, sans murmure comme sans respect humain, sous la main du Dieu qui le frappe.

On connaît son rapport à l'Empereur*. Voici celui qu'il adressa à l'Infante.

<i LE COMTE DE TiLLY A l'InFANTE.

» Sachant Votre Alteze Sérénissîme intéressée en nos disgrâces aussi bien qu'en nos prospéritez, je n'ay deu manquer de l'adverlir, que le 17 de ce mois, coinnic jV

* Annexe, n» 183.

m'eslois impatroné de la ville et château de Leipsich pour conforme Tordre que j en avois, constraindre lelecleur de Saxe à obéir au mandat de Sa Majesté Impériale, et à renoncer et casser le traiclé du dicl Leipsich, le roi de Suède, accreu tant des forces du dict électeur de Saxe, que de celuy de Brandebourg, nous esi venu sur les bras, et nous at obligé à une bataille, en laquelle, après un long et bien furieux combat, le malheur a voulu que nos Irouppes qui esloyenl beaucoup moindres en nombre et fort incommodées tant de la poussière que du canon que lennemy avoit en très grande quantité, sont cniin allées en désordre, et ont quitté la campagne. Je suis bien marry, qu'à la suite (le tant de bonnes nouvelles que j'ay cy devant mandé à Vostre Altéze Serenissime, il faut que maintenant je Timportune de la mauvaise de cet accident, qui est autant au desavantage de nos affaires comme il m'est sensible. Vray est que la perte n'a aussy esté petite du côsté de lennemy , mais telle qu'il n'a sceu sitost nous poursuivre, qu'une bonne partie des troupes est sauvée que je vay ralliant le mieux que m'est' possible. Je supplie Votre Altéze Serenissime de concourir par son assistance au danger des présentes occurrences, et de vouloir donner incontinent ordre que les deux régiments de Sa Majesté Impériale qui sont encore là-bas, marchent en toulc diligence en deçà et vers le pays de Hessen, où je pense m'aller joindre aux Irouppes que le baron d'Aldringen cl le comte Fugger y ont assemblées pour empescher autant que faire se pourra, les progrès des ennemis, espérant que Dieu qui nous a voulu visiter par ce contraire succès, n'abandonnera la juste cause de Sa Majesté Impériale à laquelle j'ay voué ma vie et ce qui me reste de sang de celte dernière occasion, et je

demeure 5 jamais,

» Madame,

» V*''®, etc.

» Jean, comte Tserclaes de Tillv.

» Ue HalbersUtt, le 24 septembre 4634 . »

La réponse de l'Infante^ qui respire d'ailleurs les plus admirables sentiments de piété, ne contient pas un mol per sonnel à Tilly. Cette absence complète de témoignages de sympathies a lieu de surprendre et s'explique difficilement. L'insistance mise plus tard par l'Infante à lier les maios à Tilly et à lui défendre de risquer une seconde bataille, porte cependant à croire que les anciens ressentiments des généraux espagnols contre le général de la Ligue, réveillés par cette occasion de se satisfaire, étaient parvenus à ébranler la confiance de la princesse dans les talents, dans la fortune du vétéran belge. Les accusateurs ne manquent jamais au malheur, et il se trouve peu déjugés qui n'aient besoin d'un effort pour l'acquitter.

Dans ce petit nombre néanmoins se trouva l'électeur de Bavière. Il parut moins sensible au coup qui le frappait personnellement qu'à ce qui touchait Thomme, dont il avait reçu tant de signalés services. Il s'empressa de lui écrire, dès le 29 septembre, de la manière la plus affectueuse et prit à tâche de lui prodiguer les plus délicates consolations.

« J'ai été informé de la malheureuse rencontre qui a eu lieu entre vous et l'ennemi, et j'ai été tout particulièrement heureux d'apprendre, que, malgré que vous vous soyez si fort exposé, vous vous trouvez pour notre personne en bonne disposition : par contre, j'ai vu avec peine que vous avez été blessé au bras gauche. 11 est donc juste de remercier Dieu Tout-Puissant d'avoir daigné vous protéger et vous sauver, et je fais des vœux pour que vous soyez bientôt en bonne santé et en mesure de prendre votre revanche. La guerre comporte nécessairement des accidents tels que ceux que vous avez éprouvés ; et les mêmes sont arrivés à de grands potentats, à de vaillants généraux que Dieu a ensuite gratidésde brillantes victoires et de triomphes définitifs. Nous devons donc tous les deux mettre en lui notre

^ ADoeze, DO 485.

pleine et entière confiance, qu'il n'abandonnera pas sa sainte Eglise, mais qu'il dirigera et disposera toutes choses pour le mieux. »

Une pareille lettre honore autant le prince qui la dicte que le général qui a su mériter de semblables égards.

L'Empereur qui. avait appris la fatale nouvelle avec la fermeté d'une ame sincèrement chrétienne , ne parut ému que du chagrin dont il supposait naturellement Tilly affligé. Il chargea AIdringen de « réconforter en son nom le vieux général et de lui exprimer toute sa cordiale et douloureuse sympathie. »

Mais si tels étaient les nobles sentiments qui prédominaient chez les deux princes les plus directement frappés dans leurs intérêts par la défaite de Breitenfeld, des dispositions d'une tout autre nature régnaient dans les rangs inférieurs, et paralysaient d'avance les revanches éventuelles.

L'humiliation de Tilly , loin d'être un objet de remords pour ceux qui par leur jalousie et leur insubordination y avaient tant contribué, était une occasion, saisie avec empressement, de se débarrasser d'un chef dont la sévéril^ militaire et l'austère désintéressement leur étaient odieux. Tous, l'accablant sous le poids de leur dénigrement, réclamaient avec impatience la réintégration de Wallenstein, l'homme aux faciles et, magnifiques libéralités.

A la tète de ces ambitieuï mécontents, se trouvait naturellement le comte de Pappenheim. L'intraitable orgueil de l'intrépide maréchal , en lui dissimulant ses fautes, ne lui laissait voir que celles de son supérieur , et il se complaisait dans une naïve admiration de lui-même. L'histoire aurait droit d'être sévère à son égard, si sa mort glorieuse sur le champ de bataille de Lutzen ne la forçait de l'absoudre. Peu de jours après la sanglante rencontre de Breitenfeld, il écrivait à Wallenstein.

T1LLT. II. 43

f< Voire Grâce Princière aura appris par ma dernière lettre la malheureuse bataille , et réellement depuis le départ de Votre Grâce Princière, nous n'avons guères pu parler de succès. Plaise à Dieu de le changer! La Providence- m'a miraculeusement protégé dans cette occasion; car je suis resté sur le champ de bataille le dernier des soldats et officiers; la même nuit j'ai rallié un bon nombre de cavalerie et d'infanterie, et bien que je n'aie pu les déterminer à se battre , les cavaliers surtout, j'ai opéré ma retraite avec eux en plein soleil, à la face de l'ennemi et je les ramenés sains et saufs, grâce à Dieu, au général.

» En ce qui me concerne, je pense avoir fait, pendant comme après la bataille, ce qui convient à un brave soldat, et je le ferai encore, s'il plait à Dieu, pour mon Empereur, tant qu'une goutte de sang coulera dans mes veines. Il m'est dur de porter seul tout le poids de cette confusion, car Son Excellence est très-malade, Schœnbourg et Erwitte sont perdus et je n-ai d'autre aide que Furstenberg.

» Mais pour rétablir les choses, je ne vois d'autre moyen, sinon que Votre Grâce Princière se dévouant à Dieu, à la religion, à TEmpereur et à la patrie, consente à s'occuper de cette guerre et reprenne l'œuvre avec vigueur. Je le répète, il n^y a pas d'autre remède, et nul autre n'a comme Votre Grâce Princière la force et la puissance de le faire. Dieu en récompensera Votre Grâce Princière, et le monde entier le glorifiera. »

Et dans une autre lettre : « Plût à Dieu que Votre Grâce Princière voulut se charger de nos affaires compe auparavant. Fama et opinio changeront l'état des choses, et il y aurait assez de moyens de ramener bientôt tout, avec l'aide de Dieu, xians l'heureuse position où Votre Grâce Princière Ta laissé; mais personne n'est capable d'user de ces moyens , bien qu'ils soient à la main. Car il faut pour cela des conditions d'autorité^ et dé crédit, de

dispositions et d'intentions, de capacité et d'énergie, telles qae Votre Grâce Princière seule les remplit. »

A l'exemple de Pappenheim, Tiefenbach^ Piccolomini; Questenberg et bien d'autres exprimaient sans détour leurs ressentiments contre Tilly et se plaisaient à lui opposer j comme contraste écrasant , la figure presque divinisée du duc de Friedlandt.

L'histoire du lion vaincu et blesse est vieille comme le monde, elle se répèlera tant que le monde existerai. Il n'en faut' pas accuser exclusivement les misères morales de l'homme ; la courtesse de sa vue y est pour une bonne part. De tout temps, le succès a été , pour le vulgaire, la pierre de touche du génie. Il le couronne, mais en même temps, il sème autour de lui la redoutable ivraie de l'envie, qui mûrissant dans l'ombre, surgit luxuriante, au moment du revers, et cache die ses épis pressés, à l'œil de la foule, les lauriers désormais flétris du passé. Soixante ans de victoires n'otit pu peser autant pour Tilly, dans la balance de ses contemporains, que la seule défaite de Breitenfeld. C'est par cette brèche à sa gloire, que les ennemis de l'Eglise, frappant dans le guerrier le catholique abhorré , ont fait pénétrer, les . calomnies dont ils ont chargé sa mémoire. Mais c'est aussi à cette dure épreuve des vicissitudes humaines que la postérité reconnaîtra l'indélébile caractère du véritable héros chrétien.

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