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taient, lorsqu'un groupe de 500 hommes de la Landwehr, se glissant dans la ville, vint réveiller Thumeur guerrière de la jeunesse bourgeoise. Les Suédois, en s'approchant, furent accueillis à coups de mousquets. Ils selancèrent aussitôt sur les remparts, firent sauter la porte principale et entrèrent en furie dans la ville. Les habitants se défendirent avec courage; chassés des rues, ils se retirèrent dans Thôtel de ville, d où ils s'échappèrent isolément, à la faveur de la nuit, et se cachèrent dans leurs maisons, tremblant de crainte d y être assaillis et massacrés. Mais les chefs suédois continrent leurs troupes et les firent bivouaquer sur les places publiques, jusqu'au jour. Alors seulement, le pillage fut organisé. Toutefois on ne l'autorisa qu'aux dépens tles principaux bourgeois, des chanoines et des jésuites, objet de la haine particulière du roi de Suède. Les habitants de Bamberg s'estimèrent fort heureux d'expier à si peu de frais leur manque de foi ; mais ils comprirent le mobile de cette modération, lorsque le jour suivant, le maréchal Horn, les ayant assemblés à l'hôtel de ville, les força de prêter serment à Gustave-Adolphe et de reconnaître ses droits de souveraineté sur eux.
Horn avait l'intention d'attaquer ensuite Forchheim. Mais des pluies abondantes paralysèrent ses projets et il se borna à réprimer autant que possible les incursions de la garnison de cette ville. Pendant qu'il perdait forcément le temps en escarmouches sans portée, Tévèque de Bamberg était accouru à Munich, implorer le secours de l'Electeur. Maximilien qui n'avait pas oublié les injustes accusations dont il avait été l'objet de Ja part des électeurs ecclésiastiques, s'empressa d'envoyer à Tilly l'ordre de s entendre avec le prélat et de lui donner toute l'assistance nécessaire. Le général de la Ligue avait alors accru ses forces jusqu'à 18 à 20,000 hommes en y comprenant 8,000 miliciens Bavarois récemment mobilisés ; son artillerie, renouvelée par les soins de l'Electeur, se montait déjà à 22 pièces de
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ninonsde diil'érenls calibres. C'éUiil plus qu*il n'en l'»Uijit pour lai permetlre de prendre loflensive contre Horn.
Dans les derniers jours de février, il commença à coucentrer ses troupes à Neumarkl; ce mouvement se iit avec une certaine lenteur, à cause de Téparpillement des cantonnements bavarois. Dans Tintervalle, Tilly vint à Amberg, où il eut de longues conférences avec levèque de Bamberg. De retour à son quartier général, il se mit en marche sur Forchheiro, laissant le duc Rodolphe-Maximilien de Saxe Lauenbourg en observation sur le bord du Danube, avec quelques régiments. Le dimanche 7 mai, il entra dans Forchbeim, où le colonel comte Cratz de Scbarfenstein lui amena un petit corps de troupes impériales, encore tout animé d'un récent succès sur des détachements suédois, qu'il avait surpris à Holfeldt. Le 9, Tarmée catholique se dirigea vers Bamberg, et arriva dans l'après-midi à une lieue de cette ville.
Horn se trouvait à Bamberg; Tannonce de l'approche de Tilly ne le surprit que médiocrement. Il assembla ses officiers en conseil de guerre et leur posa la question de savoir s'il fallait défendre la place, malgré le mauvais état de ses fortifications, ou se retirer. Le conseil se divisa. Le plus petit nombre remontra que Bamberg ne présentait pas les conditions d'une défense sérieuse et qu'il serait imprudent d'attendre l'ennemi en si mauvaise position. Mais la majorité, enivrée des succès jusqu'alors non interrompus des armes suédoises , déclara que ce serait une honte ineffaçable de battre en retraite devant un ennemi tant de fois vaincu. Elle rappela que le duc Guillaume de Saxe-Weimar, qui opérait en Thuringe avec 10,000 hommes, avait reçu du roi l'ordre exprès de renforcer le corps de Ilorn, et qu'il ne pouvait manquer d'arriver d'un instant à l'autre, {^'assertion était exacte, le mouvement du Duc plus que facile, mais on avait compte sans son orgueil qui ne put tolérer la pensée de servir sous les ordres d'un
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simple gentilhomme suédois. L'attente fut donc yaine. Mais Horn, qui partageait à cet égard les illusions de la plupart de ses officiers, adopta le parti de rester à Bamberg, et fit réparer à la hâte les fortiOca tiens. Comme le temps pressait, il mit ses gens de pied à Tœuvre, et partagea les tâches entre les divers régiments. Toutes furent terminées le 9, à l'exception de celle confiée au régiment de Solms, corps de formation récente, composé dé recrues peu exercées, non encore disciplinées et plus avides de butin que de travail. Une lacune importante existait donc encore, lorsque Horn fut averti que l'avanl-garde bavaroise défilait par le bois d'Âmerstadt, au midi de Bamberg. Il envoya aussitôt Tordre à ses grand'gardes, de se replier sans combat, à mesure que Uennemi avancerait. Il inspecta les postes, lit mettre toutes les troupes sous les armes, et dépêcha un officier au lieutenant colonel Bulow, commandant le régiment de cavalerie de Baudissin, pour lui ordonner d'aller couvrir lendroit qui restait à fermer et où les soldats de Solms continuaient à travailler. L'aide de camp n'ayant pas rencontré Bulow , dans ses quartiers, donna la commission à un cavalier, qui la transmit à son tour, plus ou moins altérée, au lieutenant colonel. Bulow crut qu'il devait pointer droit à l'ennemi et sortit de la ville au grand trot, en animant ses gens du geste et de la voix. 11 rencontra dans les jardin^ maraîchers du faubourg quelques compagnies de dragons et de croates du régiment de Fugger, et engagea le combat: Sa troupe maltraitée, dès le début, se mit en désordre, et l'arrivée de 300 mous^ quetairesdu régiment de Fahrensbach, amenés à propos par les comtes Cratz et Fahrensbach^ acheva sa défaite. Elle se retira précipitamment par la trouée qu'elle aurait du- couvrir, porta la confusion parmi les travailleurs du régiment de Solms et les entraîna dans sa fuite.
Cralz et Fahrensbach les suivirent de si près qu'ils entrèrent derrière eux dans la ville et s'avancèrent jusqu'à la
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place. C'en était fait des Suédois, si Horn, se mettant à la tête du régiment de Thurn, n'eût, par une charge vigoureuse*, rejeté hors les ponts les assaillants, encore peu nombreux. Il paya si bravement de sa personne, qu'il faillit être pris. Deux Croates le tenaient déjà et s'efforçaient de lentrainer, quand 17 des cavaliers de Thurn accoururent, taèrent l'un des Croates et mirent l'autre en fuite. La nuit étant venue, Horn en profita pour faire embarquer sa grosse artillerie et la plus grande partie de ses bagages sur le Mein. Entre une heure et deux heures, il quitta silencieusement la ville, ne laissant sur les murailles qu'un petit nombre de soldats pour tromper l'ennemi.
Tilly, survenu, sur ces entrefaites, avec des forces considérables, avait fait planter immédiatement deux pièces de canon contre la porte donnant sur le pont. Le ralentissement du feu des Suédois lui donna soupçon de ce qui se passait dans la ville. Quelques soldats déterminés, se chargèrent de vérifîer le fait. Us passèrent sur le pont qui fut trouvé simplement barricadé avec des tonneaux pleins de terre, escaladèrent les remparts et ouvrirent la porte. Tilly pénétra aussitôt dans la place, s'assura de la direction prise par les Suédois et*lança contre eux sa cavalerie. Mais déjà le. gros des troupes de Horn avait franchi le Mein à Ëbtman. Les Bavarois ramassèrent un assez grand nombre de fuyards, et surprirent les bagages du comte de Solms, qui, blessé d'une balle au genou, eut la plus grande peine à s'échapper. La perte de Horn, diversement estimée, paraît n'avoir pas été au-dessous de 700 morts, parmi lesquels figuraient le colonel de Wildenstein et le lieutenant colonel Linbach. Celle des Bavarois fut beaucoup moindre en nombre, mais non moins sensible sous d'autres rapports, car ils eurent à regretter deux excellents officiers, le comte Âlbig de Sulz et le lieutenant colonel du régiment de Fahrensbach, tués dans la première attaque. Ils Grent un butin considérable en pièces d'artillerie de
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tout calibre, munilions, mousquets, armes blanches, salpêtre, soufre, bagages, etc. Toutefois le grand avantage de ce succès fut de briser enfin la réputation d'invincibles, acquise en Allemagne par les Suédois. C'est ainsi ques jugea le roi.
Ce monarque venait de commencer ses opérations par la prise de Kreutznach, et se disposait à envahfr lelectorat de Trêves, lorsqu'il apprit Téchec de Horn, à Bamberg. Il changea aussitôt ses plans, laissa des instructions détaillées au comte Palatin Christian de Birkenfeld et au doc Bernard de Saxe-Weymar, qu'il plaça, à leur grande roortilication,sous la haute direction du chancelier Oxenstiern, et prit, le 18 mars, le chemin de la Franconie. A Aschaffenbourg, il passa, le 16, une grande revue de ses forces, qui s élevaient à 12 régiments d'infanterie et à 6,000 chevaux, avec 24 pièces d'artillerie. Le 19, il se dirigea sur Geldersheim, par Lohr, Werling et Arnstein. Le 22, il fit ù Kitzingen, sa jonction avec Horn.
Après sa défaite , le maréchal Suédois avait rallié ses fuyards^, à Hasfurth, et reformé ses régiments. Poursuivi de près par Tilly, il recula Jusqu'à Schweinfurt. Tilly ne jugea pas à propos de pousser plus loin que Hasfurt ; le manque de vivres dans un pays, « mangez et dépouillez de l'ennemi, » et la nouvelle de la marche du roi de Suède le déterminèrent à revenir sur ses pas. Horn, délivré de cet incommode ennemi, put sortir de Schweinfurt, et amener au roi la plus grande partie de sa division. Bientôt le duc Guillaume de Saxe-Weymar et le maréchal Baner, arrivèrent avec de nouvelles troupes, en sorte que le chiffre total (les forces du roi se trouva porté à 40,000 hommes.
Au bout de quelques jours de repos accordés au soldat, Gustave se remit de nouveau en mouvement. Le 28 mars, son avant-garde, commandée par Horn, entra dans Windsheim, où le gros de l'armée arriva le lendemain. Le 30, le Roi logea à Furth* 1) y reçut les offres de service des
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deux jeunes margraves d'Anspach, et une dépulalion des boorgeois de Nuremberg qui Tinvitail à honorer la ville dunevisile. Gustave accepta Tinvilation. livint, en effet, le lendemain, à Nuremberg, accompagné d*un brillant élatmajor de princes allemands. L'accueil fut magnifique, des discours enthousiasles furent échangés^ et un splendide banquet termina la somptueuse fête donnée par les Nurem bourgeois au monarque Suédois. Le même jour, larmée marchait sur Schabach, et le l®*" avril, le Roi y transporta son quartier-général.
Tilly avait manœuvré de manière à surveiller de près les mouvements du roi de Suède. De Bamberg, il s'était porté à Forcheim, on il trouva un petit corps d'Impériaux, que loi amenait de Bohème, le général Gallas. A mesure que les Suédois avançaient, il se retira successivement sur Erlangen et sur Neumarkt, et enfin sur Ingolstadt, point qu'il croyait être Tobjet des vues du Roi. Sa pénétration se trouva en défaut, car, au lieu de le suivre, Gustave- Adolphe prit la direction de Donauwerth. Tilly eut cependant le temps d'envoyer^ dans cette place, le duc Rodolphe- Maximilien de Saxe-Lauen bourg, avec 8 compagnies d'infanterie, la moitié du régiment de cavalerie de Oonberg, et un détachement de miliciens. Il jeta une forte garnison dans Ingoldstadt, y mit, pour gouverneur, son neveu, le comte Werner de Tilly, et alla prendre position, avec le reste de ses forces, derrière le Lech, près de Rain.
liCSavril, Gustave parut devant l'ancienne cité impériale de Donauwerth, devenue, depuis vingt-cinq ans, simple ville Bavaroise. A ses premières sommations, le duc de Lauenbourg répondit qu'il n'avait, au service du roi, que de la poudre, des balles et la pointe de son épée. Il appuya cette réponse d'une sortie vigoureuse, dans laquelle les dragons de Cronberg se distinguèrent particulièrement. De son côté, Gustave fit donner l'assaut au Schellenberg, position élevée, qui domine la ville, et que les assiégés
avaient fortifiée de quelques ouvrages en terre. L'attaque réussit. Maître de ce poste important, le Roi y fit établir une batterie de 20 canons. Remarquant ensuite que cette artillerie était insuffisante pour battre le pont sur le Danube, il fit dresser une seconde batterie dans l'angle formé par Tembouchure de la Wernitz dans le Danube , et y ajouta des logements pour des mousquetaires. La garoison opposa une vive résistance; ses canons, bien servis, occasionnèrent de grandes pertes aux assiégeants, mais ils De purent lutter longtemps contre le feu supérieur des Suédois. Les sorties que tenta le duc de Lauenbourg furent constamment repoussées. Les murailles, écrasées de boulets, menaçaient ruine, et la bourgeoisie, fort inclinée pour le Roi, en prit occasion de presser tumultueusement le gouvemear de capituler. Celui-ci, déjà ébranlé par le sentiment de sa position critique, allait céder, lorsque, vers le soir, les sentinelles aperçurent, dans la campagne, des cavaliers bavarois, qu'elles signalèrent pour Tavant-garde de l'armée de la Ligue. Cet incident releva le courage du duc, et le porta à prolonger sa défense. Il ne tarda pas à reconnaître son erreur, en voyant la prétendue avant-garde de Tilly disparaître devant quelques escadrons Suédois, qui lui donnèrent la chasse. 11 se décida alors à profiter des ombres de la nuit, pour essayer de s'échapper par le pool du Danube. Malheureusement pour lui, les Suédois se doutaient de son dessein, et avaient pris leurs précautions pour le déjouer. Vers dix heures, les sentinelles Suédoises entendirent, en effet, un bruit sourd de chevaux et de voitures sur le pont ; elles sonnèrent l'alarme, et tout à coup, une pluie de boulets, vomie par des canons soigneusement pointés d'avance, vint porter la confusion et la mort parmi les fuyards. Au même instant, l'infanterie royale se jeta sur les portes de la ville, les brisa à coups de haches, ou au moyen de pétards, et se répandit dans la ville, pillant les maisons, massacrant tout ce qu'elle rencontrait. La
cavalerie arriva à son tour, mais tardivement, et ne put opérer de poursuite fructueuse. Le lendemain, on trouva, tant dans la ville que sur le pont, plus de 500 cadavres Bavarois.
Pendant ce siège qui dura 8 à 10 jours, Horn avait fait des incursions dans tous le pays environnant, qu'il trouva complètement dégarni de troupes. II prit donc sans peine possession d'une quantité de petites villes, ravagea les villages et ramassa une si grande quantité de butin, qu'au témoignage d'auteurs contemporains , les chevaux et les bestiaux, les ustensiles de ménage, la toile, les literies, le cuivre, l'ètain, la vaisselle, se vendaient au plus vil prix.
Le passage du Danube était donc forcé; l'électeur de Bavière n'avait plus d'autre rempart naturel que le Leçh, rivière torrentielle, dont les eaux, gonflées par les fontes de neiges, étaient alors profondes et rapides. Toutes les mesures possibles pour en défendre les abords avaient été prises, tous les ponts rompus jusqu'au delà d'Augsbourg, les places fortes munies de nombreuses garnisons. La ville d'Augsbourg elle-même n'avait pu se soustraire à cette dernière précaution, et Tilly, de connivence avec le Bourgmestre, y avait fait introduire, sans le consentement' des habitants, 12 compagnies d'infanterie et deux de cavalerie. Les bourgeois suspects furent désarmés et soumis à une stricte surveillance, les maisons de campagnes situées hors des postes furent rasées, les arbres abattus, et partout de nouveaux ouvrages de défenses construits ; Tilly vint luimême inspecter les travaux et leur donner une vive impulsion.
Sur ces entrefaites, l'électeur de Bavière avait quitté sa capitale, pour rejoindre son armée, avec tout ce qui lui restait de forces disponibles. Considérables par le nombre, les milices qu'il amenait ne méritaient guère le nom de renforts. Elles étaient composées d'hommes très-jeunes, encore imberbes» sans expérience, neufs aux fatigues de la guerre
i\H Tîuv.
comme au maniment des armes, pleins encore du regret de quitter leurs champs et leurs f:lmiIies^ L'armée ainsi complétée, si tant est que les nouveaux arrives ne fussent pas un obstacle plutôt qu'un complément, posa son camp entre Rain et Thierhaupten, sur la rive droite du Lech. Voici comment un auteur militaire décrit sa position. La rive du côté du Bavarois offrait un bout de terrain assez ferme, qui aboutissait en pente à un marais, où Ion entrait dans la vase jusqu'aux genoux. Au-delà du marais, le terrain s'élevait par degrés jusqu'aux retranchements du camp, lequel était sur la hauteur, hors de portée du canon de la rive gauche , dans l'ordre suivant. A michemin de la colline, dont le pied était garni de qnelqoes bouquets de bois, il y avait un retranchement occupé par deux corps d'infanterie. Plus bas, coulait un petit ruisseau, dont les sinuosités traçaient on demi-cercle vers le Lech. La grosse artillerie était dans cet arc et battait la rive opposée. Six gros bataillons d'infanterie, de mille hommes chacun, étaient disposés en première ligne, pour soutenir l'artillerie. Le reste était échelonné derrière les retranchements , avec beaucoup d'intelligence , et la cavalerie gardait les ailes à l'abri du canon^.
Malgré l'emploi de la ressource désespérée des levées en masse , les forces bavaroises étaient encore inférieures en nombre à celles du roi. Mais leurs dispositions morales inquiétaient Tilly, plus encore que leur insuffisance numérique. Le 9 avril, il expédia à Vienne le colonel François- Guillaume Mohr de Waldl, gentilhomme luxembourgeois, chevalier de Tordre Teutonique, avec mission de rendre compte à l'Empereur de la situation critique des affaires en Bavière et de presser l'envoi de secours par tous les moyens possibles.
« (ie n'c^t pas seulement la Bavière qui est en péril,
• Adlireitter, p. M3. * Franchevi1!e. Tableau militaire, p. 374.
écril-il dans sa lettre de créance qu'il donna à Molir de Waldt, mais le Saint Empire tout entier.Et si on n oppose pas immédiatement aux progrès et aux machinations de l'ennemi une résistance suiïisamment prompte et énergique, de la part de Votre Majesté Impériale et de tous les états catholiques, c'en est fait infailliblement de tous, et nous comme irrémédiablement perdus. Je supplie donc iostamment Votre Majesté Impériale de daigner accueillir avec bienveillance le dit colonel Mohr de Waldt, et d'accorder toute confiance à ses rapports, comme si c'était moi-même, mais surtout d'ébranler et faire marcher, s<ins retard , ni délai désastreux , l'armée que Votre Majesté Impériale vient de mettre sur pied, et en considération de ce qu exigent les urgentes nécessités des circonstances. »
Tout en cherchant de l'aide et un surcroît de ressources au dehors, il ne négligeait rien pour donner aux forces qu'il avait sous la main toute leur valeur, et mettre de son côté le plus de chances possibles de succès. 11 faisait exercer continuellement ses miliciens , se mêlait à eux , les encourageait, surveillait lui-même les travaux de retranchements, trouvait une parole bienveillante pour chaque soldat, stimulait les officiers, prenait le plus grand soin du bien-être matériel et moral de tous , et maintenait avec rigueur la régularité du service des subsistances. Sa cavalerie, constamment en haleine, battait l'estrade jusqu'à Augsbourg, et surveillait avec une extrême vigilance la rive gauche du Lech.
Mais avant de passer à la relation du passage du Lech par les Suédois, il importe de faire remarquer qu'il est peu de faits d'armes, qui aient été plus diversement racontés.
La plupart des historiens ont adopté une version, qui a le mérite d'être très-pittoresque, et de faire briller avec éclat les talents militaires, ainsi que le fertile génie du roi de Suède. Les détails dont ils ornent l'action sont emprun-
tés tantôt à une source, tantôt à une autre et se contredisent parfois . entre eux ; leur imagination supplée à ce qui leur manque pour embellir le récit. A défaut de rapports et de documents officiels, il nous a paru que le plus sur parti était de se rattacher étroitement à celui des écrivains contemporains qui a pu être le mieux à même de connaître la vérité des faits. Sans nous égarer dans une discussion sur le mérite relatif des différents chroniqueurs qu'on s'est habitué à considérer comme des guides à peo près sûrs, dans l'histoire de la guerre de trente ans, nous nous contenterons d'exposer les motifs qui ont entraîné notre choix en faveur de la relation d'Âdlzreitter. Les Annales Boicœ gentis commencées par le jésuite Brunner, continuées par le chancelier du conseil privé Adlzreitter, sont un des monuments les plus solides et les plus estimés de l'histoire d'Allemagne. L'auteur, né en 1596, avait assisté à toutes les péripéties de la grande guerre; sa position le mettait à la source des renseignements, et nul n'a plus le droit d'être écouté, quand il parle d'événements touchant de près à son pays et à son prince. Le récit qu'il fait des derniers moments de Tilly autorise à croire qu'il avait vu et suivi de près tous les incidents qui précédèrent et accompagnèrent la mort de ce grand homme ; les critiques, dont il poursuit les relations généralement reçues, confirment cette opinion, et, si nous nous trompons avec un tel guide, on conviendra du moins, que nous avions le droit de le suivre en pleine confiance.
Nous revenons maintenant à notre récit.
Après la prise de Donauwerth, Gustave-Adolphe avait été vivement sollicité par ses généraux et principalement par Horn, de se jeter sur la Bohème. Mais sa résolution était prise, et il demeura inébranlable. Son adversaire le plus redoutable à ses yeux, était l'Electeur de Bavière, la conquête la plus désirable celle des états de ce prince. U avait d'ailleurs grand intérêt à ne pas laissera Tilly le temps
de doDoer la mii^in aux troupes que Walienstein rassemblait dans les états de rEmpereur. L'occasion d'anéantir la puissance de rElect^ur, d'abattre un ennemi affaibli, mais capable de se relever à tout instant, lui paraissait propice. Il n'eut garde de là manquer et marcha directement vers le dernier obstacle qui le sé|7arât encore de l'armée bavaroise*. Bientôt il se présenta avec tondes ses forces sur la rive gauche du Lech, en face du camp de Tilly.
A l'endroit où les deux armées se trouvaient en présence, le Lech, inclinant à gauche, décrit une courbe à très-court rayon, étroite de la gorge, et forme une véritable presqu'île.
* Les relations, généralement adoptées, décrivent le terrain occupé parles Bavarois, comme fort boisé, contrairement aux assertions formelles d'Àdlzreitter. D'après ces relations, auprès des batteries de gros calibre de Tilly, était un bois qui s'élevait jusqu'au sommet de la colline. On avait éclairci les brous-, saillés de distance en distancé, et coupé beaucoup d'arbres, dont on avait fait des abattis tout autour du camp, sauf à l'arrière. L'infanterie était échelonnée dans le bois et occupait encore quelques bosquets, plus rapprochés de la rive, liorsque les 72 pièces de Gustave-Adolphe commencèrent à tonner, cette infanterie foudroyée par les feux croisés des Suédois, fouettée en tous sens par les éclats de bois que les boulets arrachaient aux arbres et aux abattis, souffrit cruellement. Non- seulement les abords de la rive droite du Lech devinrent inaccessibles, mais, grâce au veut, d'épais tourbillons de fumée chassés, après chaqu(* décharge, du côté des Bavarois,. leur cachèrent les mouvements de Tennemi Gustave en augmenta l'effet, au moyen de paille humide, de bois vert et résineux, qu'il fit allumer et pousser en avant de ses travailleurs , activement occupés à poser des chevalets dans la rivière. Le 15 avril, le pont étant assez avancé pour n'avoir plus qu'à être relié à la rive droite, 300 finlandais, l'élite de leur corps, furent chargés de compléter l'œuvre et de construire à la hâte une tête de pont, sous promesse de recevoir chacun six écus, s'ils faisaient vaillamment leur devoir. Ces hommes, saisissant un moment, où les salves répétées de l'artillerie et le redoublement des nuages de fumée dérobaient le mieux leur passage aux Bavarois, s'élancèrent intrépidement dans Teau , le mousquet d'une main, la pioche en bandoulière, et nnoitié nageant, moitié à gué, atteignirent la rive droite, où ils se mirent aussitôt à l'ouvrage. Leur travail s'achevait, quand une édàircie subite les découvrit. Aussitôt les Bavarois sortent de leur camp et se précipitent sur cette poignée de braves. La résistance acharnée des Finlandais, secondée par le feu écrasant de l'artillerie Suédoise, donna au roi le temps de traverser le pont avec son infanterie, tandis que la cavalerie du duc de Saxe Weiroar franchit la rivière, au moyen d'un gué découvert un peu en aval (?). Les conditions de la lutte s'égalisent et elle s'engage avec fureur. La cavalerie de la Ligue commandée par Aldringen, charge vigoureusement les Suédois, pour les empêcher de se former. Elle est
TILLT. Il . ^5
La rive gauche est beaucoup plus élevée que la rive droite, et par conséquent, au lieu d'en être commandée, la domine^ Le Roi comprit à Tinstant tout le parti qu'il pouvait tirer de ce fortuit accident de terrain. Tandis que ses ingéniears rassemblaient, à Obendorf , tous les matériaux nécessaires pour la construction d'un pont de chevalets, il lit dresser trois batteries de 24 pièces chacune, dont les feux concentriques devaient balayer la rive opposée, et les relia entre elles par des tranchées munies de parapets. Le 13 avril, ces batteries commencèrent à jouer, et le Roi tira lui-même, dit-on, soixante coups de canon. L'artillerie bavaroise, quoique fort inférieure, répondit avec vivacité. La canonnade dura environ deux jours, sans grande perte des deux côtés. Cependant, les Suédois avançaient dans leurs travaux et l'armée bavaroise se disposait à leur livrer un combat décisif, lorsqu'un double malheur vint jeter le découragement dans ses rangs.
Tilly, dont l'infatigable activité était stimulée par la grandeur de l'objet de la lutte, voulait tout voir de ses propres yeux, et bravait sans cesse le terrible feu des
repoussée. Une seconde attaque, conduite par Aldringen, avec un irrésistible élan, est d'abord plus heureuse. Mais dans la mêlée l'intrépide général est renversé par une balle dans le visage. Ses cavaliers se déconcertent. Tilly accourt à leur aideavec ses Wallons, et les soutient avec énergie. Vains efforts. Les Suédois combattent avec non moins de courage et leur nombre grossissant, sans cesse devient de beaucoup supérieur à cdui des Bavarois. Tilly sent avec désespoir la victoire lui échapper; il cherche la mort et se jette partout où le péril est le plus grand. Il voit un de ses régiments ébranlé. Il saisit le drapeau, et enlève à Tattaque ses soldats ranimés par son exemple. Au même instant, ud biscaien lui fracasse la cuisse droite. Il tombe, sa chute jette le trouble et la consternation parmi ses troupes. Elles ne se battent plus que pour sauver leur « vieux père » ; elles Tenlèvent enfin, au prix de sanglants sacrifices, et le ramènent à TElecleur. Maximilien, abattu de chagrin, renonce aussi à vaincre. Il fait sonner la retraite, qui s'exécute en bon ordre, et rentre dans son camp , emportant fièrement ses morts et ses blessés au nombre de 600.
* t( Le U^ch, rivièro d'Allemagne, sort de la forêt de Bregentz en Tyrol, entre en Bavière, et grossit le Danube au-dessous de Bain, après un cours de 250 kilomètres. » (Bouillet.}
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Suédois pour surveiller par lui-même leurs progrès. Maximilien, effrayé de le voir ainsi s*exposer, l'avait supplié, sans succès, de confier ces dangereuses reconnaissances à des officiers de moindre importance. Dans la matinée du
15 avril, Âldringên, froissé au visage par un boulet, fut rapporté au camp, aveugle et sans connaissance. Ce grave accident ne servit pas plus d'obstacle au zèle de Tilly, que les instances de TËlecteur. Il galopait encore une fois le long du Lech, pour se rendre compte des travaux suédois, lorsqu'un biscaïen lui fracassa la cuisse droite un peu au-dessus du genou. Il tomba de cheval, et les gens, de son escorte le rapportèrent évanoui dans sa tente. Le bruit de sa blessure, rapidement propagé parmi les soldats, ébranla profondément leur confiance. Maximilien, navré de douleur, et désolé de se voir privé, dans ce moment suprême, de ses deux meilleurs généraux, conserva cependant une grande fermeté. Ses chances de victoire étaient, certes, singulièrement diminuées ; mais il les croyait encore assez nombreuses pour ne pas abandonner la partie. Les positions qu'il occupait étaient formidables, et lorsque, le
16 avril, le Roi les parcourut, il ne put s'empêcher de s écrier : « Si j'avais été le Bavarois , jamais je n'aurais quitté un poste comme celui-ci et ouvert mes états à mon ennemi. »
L'Electeur pensait de même. Au conseil de guerre qu'il réunit dans l'après-midi du 15, il exposa avec chaleur la nécessité, et, en même temps, la facilité de défendre le passage de la rivière contre les Suédois. Quoique le désavantage du nombre fût de son côté, il fit remarquer que lobstacle devait être sérieux pour le Roi, puisque celui-ci n'avait pas encore, osé aventurer le passage, et pousser Teflort plus loin qu'une stérile canonnav!e. Il termina en exprimant la crainte que sa retraite n'inspirât la présomption àTennemi, et ne devint désastreuse si l'on était poursuivi. De quelques solides fondements que Maximilien
cherchât à étayer son opinion, elle ne rencontra pas d'écho parmi les généraux appelés au conseil. Tons déclarèrent unanimement que la retraite était indispensable, qu*il serait imprudent de courir les risques d'une bataille avec des troupes démoralisées; que repousser le Roi sur un point n'aboutirait qu'à le forcer d'aller chercher un autre [)oint de passage , et à sacrifier du monde inutilement. C'était parler le langage du découragement, et l'Electeur en fat vivement impressionné. Sur ces entrefaites, Tilly, revenu à lui, oublia ses souffrances pour s'occuper de l'importante question agitée dans Je conseil de guerre. II fit venir les chefs de corps, qui ne purent lui cacher qu'il fallait faire peu do fonds sur leurs gens, et il conclut en conséquence à la retraite. Maximilien céda , quoique à regret, à l'opinion de ses généraux. Il donna l'ordre de diriger les bagages surNeubourg, et prit un peu plus tard la route d'Ingolstadt.
Tilly fut transporté dans une litière; sa blessure lui causait de si cruelles douleurs, qu'il éprouva plusieurs faiblesses. A diverses reprises, ses porteurs furent obligés de s'arrêter pour lui donner des soins; car on craignait qu'il ne trépassât dans une de ces syncopes. Pendant la marche, Maximilien l'entretint fréquemment, et le noble mourant, s'oublient lui-même, recueillit ses forces pour donnera son Prince les derniers conseils de son expérience. La retraite s'effectua, d'ailleurs, en très-bon ordre, sans qu'un seul ennemi osât la troubler.
«C'est ici, dit Adlzreitter, le lieu d'admirer la vanité de quelques écrivains qîii, pour exalter Gustave- Adolphe, ont imaginé une défaite de Maximilien, alors qu'il est constant qu'il n'y a pas même eu de combat. Ils ne se sont pas contentés de décrire, ils ont peint, ils ont gravé je ne sais quel engagement de ce jour tandis qu'il est certain que les deux armées, séparées par le Lech, n'en vinrent pas même aux mains. Ils représentent l'armée bavaroise écrasée et en fuite, alors qu'il est avét*é que les Bavarois ne
perd ireol pas trente hommes par le feu des Suédois, et que ces derniers en perdirent au moins autant. Il en est qui font expirer Tilly, pendant la retraite. Ils disent que, pour cacher la construction de leur pont, les Suédois firent de la Tamée en brûlant de la paille huniide et du bois vert, et cachèrent aux Bavarois la vue de leurs travaux. Qu'est-ce donc, sinon vendre de la fumée? Mais cela même eut signalé le but au feu de Tennemi et trahi ce qu on voulait cacher. Ils écrivent que les éclats de bois et les branches d'arbres brisées par les boulets des Suédois, firent beaucoup de mal aux soldats de TËlecteur. Mais à Tendroit où étaient ces derniers, il h y avait que quelques bouquets de broussailles, qui ne furent ni hachées, ni mortelles à personne. Ils ajoutent, enfin, que la cavalerie de Gustave trouva un gué et le passa à la nage; d'abord, elle n'en a pas trouvé, et si elle en avait trouvé un, elle n'aurait pas eu besoin de le passer à la nage. »
Le 18 avril, l'armée bavaroise entra dans Ingolstadt*, morne et silencieuse, ramenant au milieu d'elie son héroïV que cher, auquel le docteur Arnold Ralh se fit un honneur d'ouvrir sa maison. Lés médecins, appelés immédiatement auprès de l'illustre malade , déclarèrent la blessure mortelle. L'os principal de la cuisse était broyé, et l'on tira de la plaie un nombre prodigieux d'esquilles. Chrétien et résigné dans ses indicibles souffrances, le vétéran ne poussa pas un cri, n'articula pas une plainte. Heureux de souffrir comme avait souffert son Rédempteur, ce fort entre les forts, ce simple et humble de cœur n'eut plus d'autre désir que de remplir son devoir jusqu'au bout, et- de se préparer à paraître devant son Dieu.
A peine eut-il pris quelques instants de repos, qu'il recommença à s'occuper de ses fonctions de général, avec une assiduité qui ne se démentit pas jusqu'à son dernier moment. 11 exigea que les chefs de corps et les. généraux ui remissent journellement leurs rapports; il établit ses
secrétaires en permanence dans son appartement, et, l'esprit toujours présent, il distribua, avec sa précision ordinaire, ses ordres et ses instructions. Son grand cœur semblait s'épanouir et se dilater, à mesure que s'affaiblissaient les liens du corps et qu'approchait le moment de l'heureuse délivrance. Sa main, autrefois si ferme, maintenant tremblante de fièvre, n'apposait plus qu'une signature presque indéchiffrable aux pièces qu'il se faisait présenter. Mais la vigueur de ses pensées brillait d'un nouvel éclat, et la douleur, en maîtrisant son corps, ornait d'une imposante et sereine majesté cette ame marquée du sceau des plus éminentes vertus. La défaillance de la nature faisait ressortir, par un contraste saisissant, l'admirable expansion des grandeurs morales du moribond. Déjà la terre se dérobait sous ses pas ; mais la force divine éclatait dans ce serviteur de Jésus-Christ , et son âme , en remontant à sa source sacrée, y puisait une surabondance d'énergie. Après avoir vécu en héros, Tilly allait mourir en saint.
Après Dieu, une pensée unique le préoccupait, le salut de l'empire et de son pays. Frappé de l'insuflisance des ressources de l'Electeur pour résister au victorieux Gustave, il n'hésita pas à adresser une demande de secours à Wallenstein, que l'Empereur venait de replacer à la tète de ses armées, et le 20 avril, il dicta la lettre suivante.
«Votre Grâce Princière aura suffisamment été informée comment le roi de Suède s'est avancé, avec toute son armée, dans les Etats de Son Altesse Electorale de Bavière et en quels dangers se trouvent avec ces provinces, nonseulement les Etats de Sa Majesté Impériale, mais encore le Saint Empire Romain tout entier. Et comme tout le poids de la guerre est tombé sur ces pays-ci, qu'il faut donc chercher sans relâche les moyens de remédier au plus vite à de telles calamités, d'autant que les Etats de Sa Majesté Impériale sont les plus menacés, d'empêcher que l'ennemi se fortifie par ici et nous accable sous ce
poids de la guerre, de le battre, à roccasion , avec laide d'ane bonne assistance, je prie Votre Grâce Princière de vouloir bien consentir à presser jour et nait Tenvoi des secours (qu'il avait précédemment sollicités de TEmpereur) et de nous envoyer sans délai, et au plus tôt le feldzeugmeistre Baron de Gallas (qui était retourné en Bohême), car je ne puis me remuer et le feldzeugmeistre Baron d'Aldringen n'est pas encorev rétabli. Je laisse à la haute sagesse de Votre Grâce Princière de considérer en quelles misères, calamités et ruines les Etats de Sa Majesté Impériale et FËmpire tout entier seraient précipités, si Ton donnait à lennemi le temps de prendre toutes ses dispositions à son aise et de poursuivre ses progrès. Ceci est de la dernière importance, et on ne peut assez dire ce qui en résultera de gloire et de reconnaissance publique pour Votre Grâce Princière , si , grâce à son assistance et à son activité, lennemi est arrêté sans retard, et l'Empire sauvé de la ruine qui le menace. C'est donc avec une pleine confiance que je m'adresse instamment à Votre Grâce Princière, la priant de trouver bon de faire presser avec toute hâte, jour et nuit, le secours sauveur que je lui demande et de m'envoyer en même temps par avance le feldzeugmeistre Gallas. Priant Votre Grâce Princière etc.
i> Datum Ingolstadt, le 20 avril 1632. »
Wallenstein avait reçu de l'Empereur l'ordre d'envoyer en toute hâte des renforts considérables à l'électeur de Bavière. Mais le vindicatif général était fermement résolu à laisser ruiner et humilier le prince à qui il attribuait sa disgrâce précédente, et qu'il considérait comme son mortel ennemi. Fidèle à ses habitudes de dissimulation, loin de trahir ses implacables ressentiments par un refus d'obéissance, il feignit au contraire de se conformer aux ordres impériaux, dépêcha des courriers, et multiplia des démonstrations, dont aucune ne devait avoir de résultat. Un de ces courriers, porteurs de mensongères promesses,
arriva à Ingolstadt , le 20 avril , peu d'instants après le départ de la lettre de Tilly, et remit à Aldringen une dépé^ che du généralissime impérial , annonçant larrivée prochaine de Wallenstein lui-même, avec de nombreuses troupes. La sincérité de Tilly se laissa tromper à celle perfide annonce. Plein de joie et de reconnaissance, il ne voulut pas remettre au lendemain le soin de remercier son ancien rival, et fit partir un second courrier avec une lettre conçue en ces termes :
« Par la lettre écrite par Votre Grâce Princière au feidzeugmeistre Baron d'Àldringen, en date de Znaim, du i6 de ce mois, j'ai appris avec le plus vif plaisir, comme quoi Votre Grâce Princière s'est résolue effectivement, conformément à son admirable zèle bien connu, de venir ici en personne avec le secours demandé. C'est ce que réclame en ce moment la plus extrême nécessité, ainsi que Votre Grâce Princière l'aura vu par la dépèche que je lui ai adressée aujourd'hui, et à laquelle je me réfère pour être plus court, ne doutant pas que Votre Grâce Princière, pour grandir son nom et sa renommée immortelle ne fera tout ce qui est en son pouvoir et ne perdra pas une minute pour hâter sa marche. Je remercie de cœur Votre Grâce Princière de sa glorieuse marque de souvenir à mon égard, et de mon côté j'ai le plus vif désir de lui être agréable. Du reste^ en ce qui concerne les approvisionnements, les mesures seront prises pour que rien ne manque. Priant, el<;.
» Datum Ingolstadt, 20 avril 1632. »
Il est singulièrement remarquable que, dans ces deux lettres, Tilly ne dit pas un seul mot de lui-même. Le soin de la chose publique, le danger de l'Empire l'absorbent ^clusivement, et le moi a cessé d'exister en lui. Rare exemple d'abnégation et de dévouement, dont était seul capable un caractère de cette trempe et de cette foi !
Ce même jour, 20 avril, Wallenstein apprit la blessure
deTiily, qae la correspondance du héros catholique ne lui aurait certainement pas laissé soupçonner. Il expédia aussitôt son chambellan, le colonel Philippe-Frédéric de Breuner, à Ingolstadt, avec une mission verbale de condoléance et d affaires pour le général de la Ligue. Avant que Breuner fût arrivé, Tilly, de plus en plus inquiet de la situation, adressa, le 23 avril, une troisième dépêche à Wallenstein.
» J'ai à infohner de nouveau Votre Grâce Princière de l'urgente nécessité qui nous presse et de la dangereuse situation que nous créent les continuels progrès de l'ennemi. Déjà il s'est emparé d'Âugsbourg, et comme le danger s'augmente tous les jours, qu'il en est au point de ne pouvoir presque plus s'aggraver^ il n'y a pas de doute que l'Empire entier sera complètement ruiné et désolé, si le secours n'arrive pas dans le plus bref délai possible. Je viens donc prier instamment Votre Grâce Princière de se hâter le plus qu'il sera humainement possible et de ne se laisser arrêter par aucune considération.
» Datum Ingolstadt, le 28 avril d632. »
En effet Gustave- Adolphe s'était rendu maître d'Augsbourg, où il fit peser sur les catholiques tout le poids de son intolérance^ La garnison bavaroise avait capitulé. Tilly apprit que les clauses de la capitulation avaient été violées par le vainqueur. 11 fit aussitôt de vives réclamations près du maréchal Horn, et ce fut probablement la dernière dépèche qu'il signa. Sa lettre, prise avec la personne et les papiers de Horn, à la bataille de Nordiingen, . est un témoignage de sa vigilante sollicitude à l'égard du moindre de ses soldats, sentiment qui ne le quitta qu'avec la vie.
(c Votre Seigneurie a sans doute la mémoire encore fraîche de l'accord conclu récemment avec les soldats de moti armée, qui se trouvaient à Augsbourg, et dont un des arti-
* Histoire des évéques d' Augsbourg.
230 TÏI.LY.
clés portait qa'ils sortiraient, selon les usages de la guerre, avec sac et bagages, etc., et sous escorte sûre. Néànmoios, ' le jeune Margrave de Bade Durlach s'est permis, contrairement au dit accord, non-seulement d'enrôler de force les dits soldats^ mais encore d'enlever au major du régiment de fireda ses chevaux de main et d'autres objets, conduite certainement que bien n'approuveront ni Sa Majesté Royale, ni votre Seigneurie, ni personne autre. Je ne doute point que Sa Majesté Royale n'hésitera pas à faire justice de ce fait. Et bien que la soldatesque sortant du dit Âugsbourg ait exécuté ses engagements, un parti impérial a attaqué l'escorte suédoise et l'a emmenée, laquelle je retiendrai jusqu'à ce que justice ait été faite, les chevaux et les objets du major restitués, et les soldats impériaux qu'on a enrôlés de force, remis en liberté, m'offrant, aussitôt l'accomplissement de ces conditions , à relâcher le Rittmeister et ses cavaliers ; et comme ce sont choses d'intérêt pour les deux parties, et que je serais obligé, avec l'aide de Dieu, d'exercer des représailles, j'ai jugé nécessaire de prier votre Seigneurie de prendre toutes les mesures en son pouvoir, pour que ces faits ne se représentent plus. Et je prie, etc.
» Datum Ingolstadt, le 25 avril 1632. )>
Le jour où Tilly dictait ce message, Gustave se présentait devant Ingolstadt et ouvrâfit la tranchée. Sans doute^ le monarque Suédois, enflé de ses succès, comptait enlever la ville et achever l'anéantissement de ses plus redoutables ennemis ; mais le vétéran catholique veillait sur son lit de mort, et son neveu Werner, digne héritier de son intrépide valeur, enflammait, par le plus noble exemple, le courage des soldats. La dernière nuit que Tilly passa sur la terre, deux assauts successifs furent donnés par les Suédois. Durant ces heures d'alarmes, le mourant ne cessa d'encourager les officiers qui se pressaient autour de lui, à faire leur devoir , les envoya jusqu'au dernier sur les remparts , et parut revivre pour aller lui-même au combat. Ses paroles
el ses exhortations, rapportées aux soldats, lesélectrisèrent. Les Suédois furent repoussés avec des pertes énormes, et la victoire eut un retour pour le grand homme qu elle avait si longtemps comblé de ses faveurs.
L'Electeur ne le pouvait aborder qu'en larmes et sortait pénétré d'admiration pour cette mâle et. généreuse vertu. Dans les longs entretiens qu'il eut avec son général mourant, celui-ci insista particulièrement sur la nécessité absolue de s'assurer de Ratisbonne, nœud essentiel de communication entre la Bavière et l'Autriche. «Car, disaitil, la perte de Ratisbonne met la couronne impériale et celle de Votre Altesse Electorale sur le bord de l'abîme. Maitresse d'Ingolstadt et de Ratisbonne, Votre Altesse peut, à un moment donné, récupérer promptement tout ce qu'elle a perdu. » Le jour même de sa mort, s'échappa à plusieurs reprises, de ses lèvres glacées, le mot : « Ratisbonne! Ratisbonne ! )>
Un seul instant, il parut affecté d'un pénible retour sur lui-même. « L'excellent, pieux et vigilant héros, dit Khevenhiller, s'est plaint sur son lit de mort, qu'après la bataille de Leipzick, on lui eût lié les mains, et mis obstacle à ce qu'il attaquât l'ennemi avec les troupes qu'il avait réunies et celles venant d'Italie, parce qu'il avait alors les moyens, la force et l'occasion de prendre, avec l'aide de Dieu, une éclatante revanche. x> Mais ces fugitifs regrets s'effacèrent sans peine, pour ne laisser place qu'aux graves pensées du devoir et de l'éternité. Les yeux fixés sur un crqcifix, qu'il avait fait placer au pied de son lit, il passait en prières ferventes le temps que lui laissaient les devoirs de sa charge et ses conférences avec l'Electeur. Les plus douloureuses opérations ne lui arrachèrent pas un gémissement; sa patience frappait d'étonnement ses chirurgiens', et sa présence d'esprit ne fut pas troublée un moment par ses terribles souffrances. Dès son arrivée à Ingolstadt, il avait fait venir près de lui son confesseur, un jésuite, probable-
232 TFLLY.
ment le P. André BrunnerS et il s'était fortiOé par les secours de la religion. Nourri tous les jours du Pain des Forls, il aimait à épancher dans le sein du ministre de Dieu les sublimes aspirations de sa pieuse et belle ame. Dans lun de ces intimes entretiens, il fit promettre au dévoué religieux de prononcer à ses oreilles, lorsque sonnerait l'heure de la délivrance, ces paroles du Roi-prophète, à l'aide desquelles il avait coutume de ranimer son courage contre les dures épreuves de la vie :
« In te, Domine, speravi, non confundar in œtemum. C'est en vous, Seigneur, que j'ai mis mon espérance; jamais je ne serai confondu. »
Le 30 avril, sa faiblesse augmenta sensiblement, et ceux qui l'entouraient, dans le silence de la douleur et de la vénération, pensèrent qu'il entrait en agonie. Vers six heures du soir, indiquant du geste le crucifix, il fit signe qu'il se préparait à la mort. En cet instant solennel, il fit approcher de son lit son neveu Werner, lui tendit une dernière fois la main, et le bénit. Ses vieux amis, Witzleben et Ruepp, fondant en larmes, tombèrent" à genou.t et lui demandèrent aussi sa bénédiction. Il la leur donna, recommanda à Ruepp ses domestiques, et se remit en prières. Une heure plus tard, son confesseur, qui priait agenouillé près du héros, s'aperçut qu'il tournait les yeux de son côté, avec une certaine expression d'anxiété. Aussitôt le religieux s'écria : In te, Domine, spef^avi, non confundar in œternum, A ces paroles, ïilly parut fortifié et vainqueur de l'ennemi du salut, et son visage s'illumina d'allégresse. Jetant un dernier regard d'amour sur l'image
^ Le P. Brunner ne nomme pas le confesseur doTilly. H l'eût probablement fait, si c'eût été quelque autre que lui-même. En parlant de la manière dont Tilly se préparait à la mort, il dit : ComperUzsima memoro, et plus loin sans nommer le Père qui assistait le héros, il se sert du terme général : Sacerdos Jesuiia. {Annal Bitc., p m, I. xyii, n. xxxvi, c. 265).
da Christ souffrant, il rendit à Dieu son ame bienheureuse*.
Les larmes de ses soldats, l'émouvante douleur de ses officiers, la désolation de Télecteur de Bavière, lui servirent d'oraison funèbre. Pendant trois jours et trois nuits, ses restes mortels furent exposés au milieu d'une chapelle ardente. L'armée entière vint rendre un dernier hommage à son chef vénéré, et la foule qui ne cessa de remplir, silencieuse et fervente, l'étroite enceinte, se partageait, comme reliques, des morceaux de ses vêtements. Pour le reste de l'univers, la mort de cet homme, qui avait rempli le monde du bruit de son nom , passa presque inaperçue. Parmi ceux qu'il avait si longtemps et si glorieusement servis, les uns tenaient leurs regards attachés sur Wallenstein, et épiaient le moment de saluer le retour de cet astre de salut; les autres, préoccupés de leurs propres malheurs, songeaient à se sauver isolément, soit par une humble soumission au roi de Suède, soit par la médiation, chèrement vendue, de la France. L'ingratitude s'étala, sans pudeur, sur son tombeau, et la calomnie n'avait pas même attendu sa mort pour commencer l'œuvre de dénigrement. Exemple mémorable de l'inanité des créances de l'homme sur le cœur de ses semblables !
Pénétré d'une dévotion tendre à la Vierge Immaculée, dont il avait fait peindre Timage sur tous ses drapeaux, il avait toujours désiré reposer à l'ombre protectrice de ses autels. Dans ce but, lors de son dernier pèlerinage à Altenœtting, il s'était choisi un tombeau, près du sanctuaire
* Joannis Âdlzreitler, a TeU'oweis. Arcani Consilii Concellarii, Annalium BMcœ genlis partes lll, qulbus Historia a prima Bojorum origine usque ad a MDCLl, quo MaximiliaDus Elector BavarisB decessit, conlinetur. Accesserc AudresB Brunneri. e Soc. Jes. Annalium Boicorum. a primis iniliis ad annum MCCGXI, partes III. Edilio nova, ad Monachicas accurate récusa, nuvoque indice locupletissimo instrucla; cum praBfatioDe Godefridi Guilielmi l^ibnitii. FraDcofurti ad Maenum, Impensis Jo. Frederici Gledilsch, et fiUi. Anno. M Dec. X. Voir p. m, !. xviî,n. xixvi, c. Î65.
dédié à la Mère de Dieu. Il y avait fondé, en même temps, moyennant 6,000 florins, une prébende, dont le titulaire devait dire trois messes par semaine, à son intention. Ce fut à la même occasion qu'il offrit, à Notre-Dame d'Âltenœtting, un grand crucifix de lapis lazuli, enrichi de diamants, d'un travail extrêmement précieux, et une chaiae magnifique, ornée de brillants de haute valeur, dons de Tinfante Isabelle, et qu'on peut voir encore dans le trésor de cette église. En recevant ce dernier présent, il aurait dit, à ceux qui l'entouraient : cv Dès maintenant, je consacre cette chaine aux délices de mon cœur, à ma Dame et Souveraine. » Ses auditeurs crurent qu'il la destinait à sa nièce, la comtesse Werner de Tilly, qu'il affectionnait particulièrement ; et ils ne reconnurent leur erreur, que lorsqu'ils le virent donner ce gage de sa tendresse, à Notre- Dame d'Altenœtting, avec le crucifix , et 1 ,000 nobles à la rose, monnaie d'or, qu'il avait reçus de la ville de Hambourg^
Son cœur, enfermé dans un vase d'argent, fut porté, immédiatement après son décès, à Âltenœtting. Son corps, embaumé avec soin, fut d'abord déposé dans la crypte de l'église de Sainte-Croix, à Ingolstadt, appartenant aux Jésuites. 11 y resta, jusqu'au 21 octobre 1653, jour de sa translation à Âltenœtting, dans la Chapelle de Tilly. Le cercueil de plomb, dont le couvercle en verre laisse voir les traits du héros catholique, a été ouvert dans les derniers temps^. Le vase d'argent, qui renferme son cœur, porte l'inscription suivante :
Cor illustrissimi et excellentissimi Comitis D. D, Joannis Tillii, cvjus vita, militia, mors^ triumphus, et cor nunc est, ubi thésaurus fuit. Humilis ancillœ humi-litateîH; castus matrem castitatis coluit; miles certamen Dei certavit; fidem servavit; cursum consummavit. Ideo
« AiUzmller, g XXXVII. i Goethals, Généologit de TSôrelMS, p. 446.
repo9itam justitiœ coronam reddidit Tillio Dominus justus judeXy ultime die aprilis anno Christi M. DC. XXXllK
Ferdinand II réclama la glorieuse épée do grand capitaine. Cette épée, placée d'abord au trésor de la Maison impériale, se trouve maintenant au château de Stoizenfels, sar le Rhin*. La famille des barons de Gumppenberg, en Bavière, conserve religieusement, comme une précieuse relique, les vêtements portés par Tilly le jour qu'il reçut sa blessure, et le boulet qui lui fracassa la cuisse'.
En apprenant sa mort, Walienstein manifesta une vive émotion, et ne put s'empêcher de s écrier: « Cet homme n'avait pas son pareil. ».Mais Gustave-Adolphe n'eut pas même ce rapide mouvement de générosité. « Le vieux caporal, » ainsi qu'il affectait d'appeler Tilly, avait blessé sa susceptibilité, en repoussant ses avances avec une froideur hautaine. Après la prise de Munich, le vainqueur de Breitenfeldt, passant, avec son état-major de princes allemands, devant l'église des Jésuites, eut la fantaisie d'y entrer. Il s^avança, la tète découverte, jusqu'au chœur, examinant tout avec attention. Il fut reçu par le Recteur des Jésuites, prévenu en toute hâte. Après plusieurs questions relatives à l'édifice sacré, Gustave-Adolphe entama, en lalin, une discussion sur le rit catholique, et, sautant brusquement à un autre ordre d'idées, il s écria : « Ditesvous des messes pour Tilly? Où croyez-vous qu'il soit maintenant? — Au ciel, j'espère,» répondit le Recteur. Sur quoi le Roi, frappant le sol avec colère, répliqua vivement: « Erai bûrbarui! erat tyrannm! C'était un barbare! c'était un tyran! » Reproche* bien étrange dans cette bouche, mais qui fut le signal du déchaînement de calomnies qui a si longtemps comprimé le cri de la justice.
Deux siècles se sont écoulés, deux siècles de conspira-
< (joethals. p. 444. "^ Meni. * Mena. * Idem.
lion historique organisée par les passions irritées, par l'ignorance la plus opiniâtre, et une voix royale, celle de Louis I®^ de Bavière, roippant en visière. au mensonge classique, avec un courage devenu rare chez les tètes couronnées, a proclamé, à son tour, les droits de la vérité. Lors de l'inauguration de la statue de bronze élevée, par ses soins, à Tilly, en 1844, le descendant de Maximilieo P^ a prononcé ces nobles paroles :
(c Cette statue est une preuve que nous n'oublions pas les services de Tilly. II a été grossièrement calomnié pendant deux cents ans; mais les rayons de la vérité ont fini par dissiper les nuages accumulés par les préjugés, autour de cette grande Hgure. »
Ce premier hommage public n'est pas resté isolé. Louis l®*" a donné place à Jean ï'Serclaes de Tilly , dans sa magnifique création de la Walhalla.
Mais la Bavière a érigé, à Tilly, un monument d'un caractère plus militaire et plus expressif encore. Lorsque le voyageur qui descend le Danube, arrive à Ingolsiadt, il aperçoit, à sa droite, d'imposantes constructions, faites avec ce luxe de soins que recherche l'architecture militaire de notre époque, et qui s'allie parfaitement avec la mâle simplicité des lignes. Au-dessous des créneaux qui les couronnent, est placée cette inscription en lettres colossales : Fort Tilly. Que de nobles et douloureux sentiments n'ont déjà pas réveillés ces deux seuls mots, dans l'ame du catholique, ou de l'Allemand, sincèrement patriote, qui les a lus !
Jacques de Tilly, mort le 11 octobre 1624; avait chargé son frère du partage de ses biens, entre ses enfants. Jean de Tilly opéra ce partage, par acte du 8 mars 1625, date de l'abbaye de Hirscbfeld. Par un second acte, il fit donation authentique, à son neveu, Jean T'Serclaes de Tilly, tils aine du comte Jacques, de la terre et baronie de Marbais, ainsi que des seigneuries de Tilly, Balastre et Monti-
gny, sous condition qae, dans le cas où Jean de Tilly ne laisserait pas d enfants, ces terres passeraient héréditaire* ment à Werner de ïilly, son frère puiné. Un octroi confirmatif de S. M. C. fat obtenu^ à ce sajet, à Bruxelles, lell août 1625.
 la même date, 8 mars 1625, il Ri son testament, dans lequel il disposa de la terre de fireiteneck et des sommes que lui avaient données TEmpereur et la Ligue, en faveur de Werner de Tilly, sous condition de réversion à Jean de Tilly, en cas de décès, sans postérité, du légataire, et à charge éventuelle de legs en faveur des deux filles, non religieuses, du feu comte Jacques de Tilly.
L ainée de ces deux dames, Dorothée, chanoinesse de Maabeuge, « qu'il gratifia d'une somme de vingt-quatre mille florins, monnoye coursable de Brabant, pour lentrelenir tant plus honorablement et pour son advancement à un bon mariage » épousa en 1626, Antoine de Bourgogne, seigneur de Froment.
La seconde, Marguerite, en faveur de laquelle « il retenait de disposer, selon et autant que par ses comportements, elle lui en donnerait subject et occasion, » parait èlre morte dans le célibat.
Le testament précité fut notifié et enregistré à Bruxelles, à la cour féodale de Brabant, le 19 mai 1634, à la requête du comte Werner de Tilly. II n'est fait, dans cette requête^ aucune mention d'un codicille quelconque. Il est généralement admis par les historiens, que Tilly a légué, en mourant, 60,000 thalers aux débris des régiments Wallons, qui l'avaient si héroïquement défendu à Breitenfeld. Le fait est possible, et ce témoignage public a une valeur réelle. Toutefois , le respect dû à la vérité nous oblige à dire que nous n'avons pu trouver aucune base authentique à cette assertion.
Le nom de Tilly est un de ceux que chaque progrès de l'histoire, dans la voie de la vérité, est destiné à faire
TiLLT. n. 16
rayonner d^une lueur d'autant plus large et sereine. Les jugelnents des hommes participent de leur nature : ils sont précipités^ pleins d'erreurs et varient sans cesse. La popularité que donne si légèrement Tavèugle enthousiasme des passions, n'a rien de commun avec le mérite. Les jugements de Dieu seul sont justes et droits, solides et durables. Le temps est son grand justicier : par le temps, il dissipe les vaines renommées de parti ; par le temps, il redresse les iniques arrêts des préjugés humains ; par ie temps, il réforme les téméraires proscriptions de l'ignorance, distribue graduellement les lumières de la vérité, et fait éclater, dès ici-bas, l'invincible force de son indéfectible justice.
In MEMORIA i£T£RNA ERIT JUSTUS, AB AUDITIONS MALA
NON TIMEBIT.