‹ Tilly;Chapitre 4 sur 43 · A DESSAU · texte numérisé non relu

A DESSAU

Infanterie de la Ligue. Cavalerie. Armée Impériale.

Bade. . . . 4,500 Schoenbourg . . 900 Vieux-Saxe . . 300

\ ^500 Gronenbourg . . 850 Bernslein . . . 400

{."t^O Golloredo . . . 400

Piccolomini . . ioo

Croates . . . 300

4.600 (La Guerre de Trente ans, par le baron du Jarry de la Roche, t. 2, p. 64 .}

La nuit suivante, Mansfeldt emporta d'assaut le fort de Bukow et les ouvrages qui le flanquaient. Au mènoeinstanl, Pappenheim parvenait à isoler complètement les redoutes du Prester, du secours de Magdebourg, du Nargue-Pappenheim, du Nargue-Tilly, au moyen d'une double tranchée de 800 pas de longueur, tracée entre ces ouvrages et le fonde la Douane. Les fossés, desséchés par ce travail, se trouvant vides, ïilly lança quelques compagnies contre le secours de Magdebourg, que défendait un lieutenant avec 24 hommes. Cinq fois les Impériaux furent repoussés avec perte d une centaine de morts. Â la sixième attaque, lofficier Magdebourgeois ayant été renversé par un biscaïen, fut fait prisonnier et ses gens furent massacrés. Tilly, témoin de cette valeureuse défense, se fit amener le lieutenant, le combla déloges, et le renvoya sous une escorte d'honneur, dans la ville, pour s'y faire traiter de ses bléssures^

Les canons du secours de Magdebourg furent aussitôt tournés contre le Nargue-Pappenheim, et, après quelques volées de boulets, le lieutenant-colonel Grossa assaillit la redoute. Elle ne tint guère ce que son nom promettait, et succomba au premier choc. Le Nargue-Tilly, déserté par ses défenseurs, fut immédiatement occupé, et le feu des batteries impériales se concentra sur le Prester*.

Le 10 avril, Pappenheim se disposait à conduire luimèrae le régiment de Savelli à l'assaut de cette dernière redoute, lorsqu'on s'aperçut qu'elle était abandonnée. Restait le fort deKrakau. Battu pendant plusieurs heures par l'arlillerie impériale, il offrit bientôt de larges brèches. Le

* Pour apprécier dignement cette magnanimité exceptionnelle pour Tépoqoe, il suffit de la comparer avec la conduite de Gustave-Adolphe dans des circonstances identiques. Voyez Gfrœrer, p. 887.

-Dans son rapport, sur cette action, à l'électeur de Bavière, Pappenheim remarque que les défenseurs du Nargue-Pappenheim étaient tous possesseurs «le charmes contre les balles, et qu'il fallut les assommer à coups de crosse de mousquet.

11 avril, PappeDheim ordonna l'attaque. La petite garnison se défendit avec vigueur, et les Magdebourgeois, inquiets des dangers que la perte de ce poste pouvait faire courir à leur tête de pont, opérèrent une vive sortie contre les assiégeants. Mais ils furent ramenés en désordre et ne retardèrent pas d'un instant la prise du Krakau.

En 48 heures, les Magdebourgeois avaient perdu tous leurs ouvrages extérieurs, une partie de leur artillerie et 500 hommes» L'ennemi était à leurs portes, et le roi de Suède, sans cesse annoncé, était encore bien loin. Leurs forces se trouvaient singulièrement réduites, elles cousistaient seulement en 300 cavaliers du colonel Ussiar, 1,200 fantassins des régiments Scbneidevind et Longius, 800- du régiment de Falckenberg, sous les ordres du lieutenantcolonel Trost, et 500 soldats de la ville. Ces troupes, mal payées, étaient indignement rançonnées par les bourgeois et manquaient de tout. La division régnait dans la ville, et quelques voix de découragement s'étaient fait entendre. Tilly crut pouvoir espérer qu'une réaction se manifesterait et ferait dominer les conseils de la prudence. Il suspendit, pendant quelques jours, ses attaques, et ce moment de répit fut encore prolongé par le mouvement qu'il fit pour aller porter secours à Francfort. A son retour, il trouva les dispositions des Magdebourgeois persévéramment hostiles, et, fatigué d'attendre, il recommença ses opérations avec énergie.

Rar ses ordres, le duc de Holstein et le colonel \yangler ouvrirent la tranchée contre le fort de la Douane, et furent bientôt en état de dresser deux grandes batteries qui batti-r rent le fort pendant plusieurs jours. Un assaut infructueux coûta aux Impériaux 200 hommes. Une seconde attaque de 800 mousquetaires ne fut pas plus heureuse. Pressé d'atteindre son but, Tilly, sans se relâcher de l'attaque principale, imagina d'en diriger une seconde contre les défenses du Long-Pont, afin de forcer les assiégés à éva-

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cuer le toH de la Douane. Le. 28 avril, Pappenheim aborda nie de Krakaa, dans de mauvais canots, assemblés à la bâte, et l'enleva, sans perdre un seul homme. 11 dirigea ensuite un feu violent d'artillerie contre TËtoilede la Corner Rouge, la piulvérisa et força la garnison de l'abandonner. Tilly y fit passer aussitôt un régiment d'infanterie, qui s'empressa de construire quelques épaulements, pour s'abriter contre le feu de l'ouvrage à couronne de la coupure.

De son côté, le duc de Holàtein avait serré les Magdebourgeois de si près, avec ses tranchées, qu'ils s'étaient vus contraints de se retirer du Nargue-Empereur, et de quelquéls autres points de défense. Les- combattants des deux partis s'étaient rapprochés au point de pouvoir se lancer les grenades à la main. La situation des assiégés devenait critique. Leurs remparts,, incessamment battus par une nombreuse artillerie, étaient minés par la sape. Le moment parut favorable pour un assaut; il fut fixé au 30 avril, mais un orage qui survint inonda les approches des Impériaux et les força à différer leurs projets. Les Magdebourgeois virent, <lans cet incident, un prodige d'heureux présage pour eux, et se vantèrent que la puissance divine fut intervenue pour paralyser les desseins de l'ennemi. Leur joie fut de courte durée. Dans la nuit du 30 avril au 1®' mai, ils s'aperçurent que Tilly prenait des dispositions sérieuses pour attaquer, à là fois^ le fort de la Douane et la Coupure. Faickenberg, inquiet, convoqua, à l'instant, les magistrats de la cité, et leur proposa d'abandonner le fort qu'il déclara impossible à tem'r.; Cet avis rencontra quelqnes contradicteurs qai représentèrent que le fort de la Douane était la clef de l'Elbe et le point conséquemment indispensable à conserver, pour ouvrir Tenlrée de la ville aux Suédois, s'ijs se présentaient. Ces ppposants concluaient, avec rai3on, de l'abandon que l'on renonçait,, à l'espoir d'être délivrés par le roi, et soutenaient que, dans ce cas, le plus. sage était de négocier. L'argument était

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dangereux à force de justesse. Falckenberg évita adroitenoenl de le combattre en face; il se rejeta sur des préccdeuts nombreux, et fit appel aux passions. A sa prière, les prédicants intervinrent, la populace s'agita menaçante et le conseil intimidé adopta silencieusement la proposition de Falckenberg* . Aussitôt, celui-ci envoya Tordre d'évacuer le fort de la Douane et tous les ouvrages accessoires, sauf le Holzmarsch ; il fit aussi détruire le pont de la coupure et une partie du Long-Pont.

La première impression de Tilly, en apercevant les renaparts de la Douane déserts, fut un sentiment de défiance. Ne pouvant s'expliquer un pareil abandon, il soupçonna une ruse, quelque mine et retarda de plusieurs heures la prise de possession du fort. Vers le soir, ayant fait pousser des reconnaissances, il y envoya quelques compagnies qui se hâtèrent d'élever des retranchements du côté de la ville.

Sur la rive gauche de l'Elbe, Mansfeldt n'était pas moins heureux que Pappenheim. Chargé d'attaquer les redoutes qui couvraient le Sudenbourg, il les emporta de haute lutte et menaça le faubourg lui-même. Cette série de succès et surtout la prise du fort de la Douane, jetèrent les bourgeois de Magdebourg dans une extrènœ anxiété. Pleins de foi dans l'inexpugnabilité de leurs murailles, vainqueurs de Wallenstein, ils n'avaient pu croire à un siège sérieux de la part de Tilly et s'effrayaient de voir surgir soudain la terrible réalité. Passant brusquemment d'une folle confiance aux angoisses de la peur, ils s'exagérèrent le danger et les passions haineuses de la jalousie mercantile aidant, ils se firent vandales, et sacrifièrent impitoyablement leurs concitoyens des faubourgs au péril du moment. Le Suden* bourg et le Neustadt comptaient environ 10,000 habitants. Séparés d'intérêt des Magdebourgeois, soumis directement à l'évèque, d'une grande aptitude pour le commerce et

< Otto Gericke. ReUtioa du siège de Magdebourg.

rindaslrie, ces deux faubourgs étaient eu hostilité perma^ Deote avec la viiie et en butte à ranimadversion des Magdebourgeois. Aussi, lorsque après la chute de son système de redoutes, Faickenberg conseilla aux magistrats de détruire les faubourgs, sa proposition rencontra-t-elle peu d'opposition. Le Sudenbourg paraissant plus immédiate^ ment menacé, ce fut par lui qu'on commença l'œuvre de destraction. Dans la soirée du l^** mai, le feu fut mis aux maisons et la sape renversa ce que l'incendie avait épargné. Les malheureux habitants furent parqués dans la ville comme dos troupeaux chassés de la bergerie, et le spectacle de leur désolation, le bruit de leurs gémissements et de leurs sanglots éveillèrent de sombres pressentiments chez ceux des citadins que n'aveuglaient ni la passion ni la présomption. Dès les premières lueurs du jour suivant, Hansfeldt pénétra dans le faubourg dévasté, s'établit sur ses ruines encore fumantes et logea ses travailleurs assez près de la ville pour qu'ils fussent au-dessous du tir des grosses pièces de rempart.

La prise du fort de la Douane coupait toutes les communications de Magdebourg avec le fleuve. Tranquille sur ce point, Tilly résolut de concentrer ses efforts du côté des faubourgs, oii la place avait les défenses les plus faibles. Il sentait la besoin de presser la fortune et de ne pas se laisser attaquer par le roi de Suéde, avant d'être maître de la ville. Une lettre de Gustave que ses coureurs interceptèrent sur ces entrefaites vint donner un nouveau stimulant à son activité. Dans cette lettre, le monarque suédois, après un exorde pompeux sur ses succès, informait les Magdebourgeois que, malgré les fatigues de son armée, il se disposait à marcher immédiatement à leur secours, si, comme il l'espérait, il parvenait à s'entendre avec l'électeur de Brandebourg. 11 les priait donc de tenir encore seule-

■QUoQeretke.

ment trois semaines, prornettant de les délivrer, aussi vrai qu'il était un roi d'honneur. Tiily dont la loyauté ignorait l'art des calcals machiavéliques et des promesses fallacieuses, ajouta pleine foi aux assurances du roi et se crut à la veille d'être attaqué. Il pressa en conséquence ses opérations. Le 2 mai, il donna ordre à Pappenheim de passer l'Elbe avec o régiments et d!enlever à tout prix la Neustadt. Pappenheim obéit sans délai : le même jour, il franchit le fleuve à Schoenbeck sur un popt volant, prit position à Rotensee et porta son quartier-général à Bardeleben. Comme il tardait à attaquer, parce que ses convois et ses munitions étaient en retard, Tilly lui dépêcha un adjudant général chargé de le semoncer sur la nécessité impérieuse de se hâter et de lui communiquer la lettre de Gustave-Adolphe. Par malheur, l'adjudant général tomba dans un parti ennemi qui s'était hasardé hors des murs de la ville et fut fait prisonnier. Les dépêches furent portées à Faickenberg qui, mis ainsi au courant des dispositions des impériaux, réunit à la hâte le conseil, et lui proposa de faire subir au faubourg de la Neustadt, le même sort qu'au Sudenbourg. La consternation régnait parmi les magistrats et se répandait dans la bourgeoisie. La discussion s'égara et devint confuse. Au lieu d'aborder directement la proposition du commandant suédois, plusieurs des membres du conseil émirent l'idée d'invoquer la médiation des électeurs de Saxe et de Brandebourg, de demander un armistice, de s'adresser à l'Empereur, etc. Inquiet de la tournure que prenaient les débats, Faickenberg usa de la lettre du roi de Suède, montra l'arrivée de Gustave comme prochaine et n'épargna rien pour tranquilliser les esprits. Il fut activement secondé par ses prédicants. Ceux-ci, courant dans les églises, y appelèrent le peuple, taxèrent de trahison et d'abominable impiété la seule, pensée d'un acte de soumission envers l'Empereur et réussirent à fanatiser de nouveau la bourgeoisie. Le sort de la Neustadt fut pro-

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noDcé. Âa même inslant, les ineendiaires se répandirent dans le malheureax fauboarg^ mais ils rencontrèrent une vive résistance de la part des habitants, qui, exaspérés de ces mesures sauvages, défendirent leurs foyers avec toute la rage du désespoir. Au milieu du conflit et avant que le feu eut pu faire quelques progrès, Pappenheim pénétra de vive force dans les rues de la Neustadt. Aux abords d'une place, il rencontra des Magdebourgeois, qui se sauvèrent après deux décharges, et s'empara du faubourg sans autre difficulté.

Il est étrange que les calomniateurs de Tilly n'aient pas trouvé un mot de blâme pour les actes de sanguinaire vandalisme de Falckenberg. La destruction du Sudenbourg et de la Neustadt fut conçue et accomplie de sang-froid. Motivée par des raisons de défense qui ont trouvé de nombreux désapprobateurs, elle fut une œuvre de calcul de la part du commandant suédois, de haine de la part des Magdebourgeois. Le calcul s'est trouvé faux, et quant à la haine, elle ne s'est que trop dénoontrée par les efforts postérieurs des Magdebourgeois, lors de la paix de Westphalie, pour empêcher la reconstruction des faubourgs: Certes, la défense a ses nécessités, mais ces nécessités ont leurs- bor nés et le sacrifice poussé au delà devient de la barbarie. C'est à bon droit que le sac d'une ville prise d'assaut inspire l'horreur, et cependant, que de circonstances atténuantes n'est--on pas forcé d'admettre dans les passions déchaînées du soldat surexcité par la poudre et l'ivresse du combat? Rien de semblable ici ; le fer et le feu ne sont que les instruments d'un égoïsme odieux, d'une science implacable mal guidée. Néanmoins, il est de tradition que Falckenberg soit un héros, et Tilly un incendiaire. Ce bouleversement de toutes les règles du bon sens et de l'équité en histoire a son secret dans les passions religieuses et les étroits préjugés des historiens. Pour la plupart, l'héroïsme du premier, le crime du second ont été, ce que fut pour Vertot le siège de

Malte. Il-est temps que la vérité se fasse jour, ii e&l lenips qu'elle rétablisse chaque chose à sa place et chaque homme dans son exacte responsabilité.

Mais revenons au siège de Magdebourg.

A dater du 3 mai, il prit une tournure plus nette et plus régulière. Pappenheim demeura dans la Neustadt, ayant sous sçs ordres les colonels Wangler et Gronsfeld. Vis-à-vis de lui, le comte de Mansfeldt, établi dans le Sudenbourg, eut la mission de diriger les opérations contre le Heideck. Le duc de Holstein fut posté dans la plaine de rOuest, du côté le plus fort de la ville. Son rôle, moins agressif que celui des autres généraux, était tout de surveillance. Sa cavalerie, sillonnant sans cesse la plaine en tous sens, repoussait les sorties et s'appliquait à intercepter toutes les communications de la place au dehors. Piccolomini remplissait les mêmes soins de vigilance du côté de ieau. Tilly s'était réservé la direction générale du siège, et son œil attentif surveillait, d'une manière spéciale^ les abords de l'Elbe et les routes par lesquelles aurait pu s'avancer l'armée Suédoise. De nombreuses réquisitions, exercées sur les campagnes des environs amenèrent, au camp impérial, plusieurs milliers d'ouvriers, qu'on employa à creuser les tranchées d'approches. Bien que l'armée impériale manquât à un point extraordinaire d'ingénieurs, les travaux furent poussés avec vigueur, et bientôt des batteries menaçantes se dressèrent en grand nombre contre la ville.

Tilly crut le moment favorable pour faire une nouvelle tentative auprès des Magdebourgeois. Comme général, il comprenait tous les avantages que pouvait lui procurer la possession d'une ville intacte et pleine de ressources; comme homme, il se sentait animé d'une pitié profonde pour ces innocentes ou faibles victimes d'une aveugle obstination. 11 écrivit, en conséquence, aux magistrals, à l'administrateur et à Falckenberg les lettres suivantes, que nous cite-

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rons textuellement, comme pièces importantes du procès historique, d'où' sortira, aux yeux de tout juge impartial, la pleine et entière justification du général catholique.

Voici la première :

« Vous avez éprouvé plus sensiblement que vous ne l'eussiez voulu, les calamités qui ont été la conséquence de votre injustifiable et obstinée rébellion envers Sa Majesté Impériale, presque tous vos biens sont déjà enlevés, et h Providence divine a permis qu il ne dépendit plus que de nous devons précipiter, vous, vos femmes et vos enfants, dans une ruine complète et sans remède ; comme i^ous ne pouvons nous imaginer que vous soyez assez enfoncés et plongés dans votre endurcissement, pour ne pas désirer de rentrer, avec un vrai repentir, dans votre devoir, et de vous soumettre à la grâce et clémence de Sa Majesté Impériale, nous n'hésitons pas, en raison de Taffection et de l'intérêt que nous vous portons, à vous exhorter surabondamment et même à vous avertir sérieusement de ne pas fermer vous-m^mes la porte de miséricorde qui vous est encore ouverte, de renoncer, sans retard et en réalité, à votre obstination, ou de rentrer dans l'obéissance que, de votre propre aveu, vous devez à l'autorité souveraine, afin de vous rendre digne de sa bienveillance. Nous nous plaisons à espérer que vous pèserez HHirement, en vous-mêmes, les considérations ressortant des circonstances graves et si importantes, dans lesquelles vous vous trouva, et que vous ne vous laisserez pas réduire aux inévitables et infaillibles extrémités, d'où résulteront pour vous, pour vos femmes et vos. enfants, pour vos biens et vos richesses, h mon extrême regret, ruine sans ressource, désolation sans remède.

» Réfléchissez, en outre, que le but de vos prétendus défenseurs ou prolecteurs, n'est pas do favoriser votre bien-être et de chercher votre utilité, mais d'amener votre perte et celle de tout le pays. Nous joignons ici, pour votre

gouverne, copie des lettrés que nous adressons à S. G. P., le Margrave Christian-Guillaume de Brandebourg, et au colonel et chambellan Dietrich de Falckenberg, nous attendons,, par le retour du trompette, porteur des présentes, votre réponse et détermination finale et catégorique. » Donné à Westerhausen, le 4 mai 1681. »

Dans la lettre à l'administrateur, Tilly, après avoir déploré que ses premières démarchées fussent demeurées infructueuses, s'exprimait ainsi :

« .... Et maintenant les choses en sont venues au point que si V. G. P. continue à s'obstiner dans ses desseins pervers, non-seulement elle en sera la première victime, mais elle entraînera, à sa suite, dans l'abîme béant et ouvert visiblement soujs ses yeux, les habitants de Magdebourg avec leurs femmes et leurs enfants, et quantité de pauvres êtres innocents, dont les amès crieront vengeance au ciel. Or donc, afin d'éviter cet horrible malheur, dont la pensée seule nous fait frémir, comme peut bien le penser V. G. P., et que nous voudrions éviter de toutes nos forces, mais dont la lourde responsabilité appartiendra seule à ceux qui auront égaré V. G. P. et la ville de Magdebourg, nous n'avons pu hésiter à renouveler, près de V. G. P., nos sincères et bienveillantes instances. Nous la prions de rentrer en elle-même et de bien réfléchir qu'elle peut encore secouer le joug des factions rebelles, et qu*il est de son devoir de cesser son opposition, de déposer au plus tôt les armes, de dissuader les Magdeboùrgeois de leur obstination, et de se soumettre à l'obéissance de Sa Majesté Impériale. C'est pour V. G. P. le seul moyen de détourner les calamités imminentes, de rentrer en grâce près de l'Empereur, et d'obtenir, pour la ville de Magdebourg, une capitulation honorable, et telle que plus tard elle ne saurait plus l'espérer. V. G. P. et la ville de Magdebourg comprendront d'autant mieux la nécessité de s'accommoder de suite, qu'elles ont pu voir que les étrangers, en qui elles

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ont en taot de conGance et qai les ont condQites<d9ns ce labyrinthe ne sont prodigoes que de vaines promesses, et qu'il n'y a nul secours efficace à attendre désormais d'eux.

y> Donné à Westerhausen, le 4 mai 1651. »

La lettre à Falckenbei^ indiquait les mêmes sentiments, et représentait, avec plus i de force encore, les dangers de Magdebourg et la responsabilité de ses chefs.

« Et attendu, disait Tiily, que loin de nous plaire à l'idée de la ruine de cette cité, nous n'avons rien tant à cœni* que de détourner ces malheurs, au moyen de sa soumission à Sa Majesté Impériale, attendu qu'il ne serait ni juste ni chrétien-, et moins justifiable encore devant le Tout- Paissant, d'exciter les esprits dans un autre sens et de s'entêter dans un aveuglement qui doit nécessairement avoir pour résaltat de précipiter tant d'êtres innocents dans une mer de calamités incalculables, et de mener les soldats du roi à Qoe boucherié'inévitable, nous n'avons pu hésiter de redoubler nos bienveillantes instances auprès de vous, et de vous rappeler les devoirs qui vous incombent envers Sa Majesté Impériale, comme sujet possesseur de fiefs impériaux, afin qu'après mùr examen de ces choses, cessant d'encourager lesdits Magdebourgeois dans leur rébellion, vous les ameniez à un accommodement convenable, et leur évitiez ainsi les malheurs qui frapperaient infailliblement leur obstination, persuadé qu'en telles circonstances. Sa Majesté le roi de Suède n'agirait pas autrement et vous donnerait même des ordres en conséquence. »

En même temps que ces (dépèches étaient remises à leurs différents destinataires, il circulait, dans la ville, des lettres d'un membre du conseil, nommé Ahleman, homme généralement considéré, qui se tenait au camp impérial, dans QD but de conciliation. Ahleman exhortait vivement ses concitoyens à ne pas courir les risques d'une ruine inévitable, et' leur offrait sa médiation, pour obtenir des condition3 avantageuses. Ces conseils trouvèrent d'autant plus

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d'écho qae le parti de la résistance avait perdu beaacoop de sa popularilé. Des rassemblements provoqués, princi* paiement par les brasseurs, se formèrent et devinrent tumultueux. On y résolut de se porter, en masse, à l'hôtel de ville, pour imposer au conseil d'accepter une capitulation. Prévenus à temps par Hans Herckel, apothicaire mal famé, Tun des plus fougueux partisans des Suédois, l'administrateur et Falckenberg mirent tout en œuvre pour conjurer l'orage. On fit comparaître, en public, un certain Cummius, avocat sans cause, qui s'était employé, peu auparavant, à porter un message à Gustave-Adolphe. Cet homme produisit effrontément de fausses lettres du roi, fabriquées, pour les besoins de la cause, dans les bureaux du commandant, lettres dans lesquelles Gustave annonçail sa prochaine arrivée^ Comme preuve à l'appui, on présenta, de nouveau, la dépèche prise sur l'adjudant-général de Tilly. Afin d'éteindre jusqu'aux moindres traces de doute, le magistrat fit préparer, dans plusieurs^ maisons du Marché-Neuf, des appartements pour le roi et sa suite, comme si on l'attendait d'un jour à l'autre. A plusieurs reprises, l'administrateur monta jusqu'aux balustrades de la tour de la cathédrale, sous prétexte de vérifier si l'on n'apercevait pas déjà les Suédois. A ces misérables jongleries, il joignit des moyens, sinon moins grossiers, du moins plus sensibles. 11 flatta les prédicants, les combla de présents, et leur promit force canonicats. Aussi, leur zèle ne

^ Après la destruction de la ville, oe Cummius, dit Gericke, bous dit à moi et à d'autres, que S. M.,, (alors qu'il lui ex[)osait commeot la bourgeoisie s*était toujours flattée de l'espoir d'être délivrée par le roi, et attendait vainement le secours depuis longtemps) répondit: «Nous ne pouvions prévoir que l'administrateur irait si vite en besogne. >;' Cummius avait obtenu du roi la promesse d'une récompense de 200 doublons. Celte somme ne lui ayant pas encore été payée, lorsque les Suédois reprirent Magdebourg, Baner, sur sa demande, l'autorisa à faire vendre, à son profit, le bronte fondu qu'il pourrait trouver dans les décombres de la ville. L'opération fut, parait-il, très-lucrative pour Cummius. Ces sortes de gens, dit encore Otto Gericke, savent toujours se faire payer.

conoQl-il pins de bornes. Dn haut de leurs chaires, ils tonnèrent à Tenvi contre les mauvais patriotes et l'Ântechrist impérial. L'un des plus fanatiques, Gilbert de S^aignart, osa affirmer qu'un ange lui était apparu et lui avait promis la délivrance de la ville.

Le peuple, ébranlé, étourdi par tant de manœuvres, se laissa persuader. La bienveillante longanimité de Tilly ne lui parut plus que le piège vulgaire d'un général employant le mensonge pour éviter un échec certain. La lettre interceptée du roi fut largement exploitée dans ce sens. Afin d'achever la réaction par une diversion habile, et de mettre à profit les nouvelles dispositions de la bourgeoisie, Falckenberg la mêla aux soldats. Dans un conseil de guerre, tenu le soir même du 4 mai, les chefs militaires se partagèrent la défense de la place. Outre la haute direction de l'ensemble, Falckenberg se réserva plus particulièrement le commandement du Heideck et de tous les remparts, jusqu'au Kroekenthor. Le général-major, Cuno de Arabslerrolh, fut chargé de la garde de la partie de la ville située en face de la Neustadt. Le lieutenant-colonel Trost eut la surveillance des ouvrages du Holzmarsch, du Long-Pont et de la porte y attenante. L'administrateur ayant sous ses ordres le lieutenant-colonel Longius, eut pour mission de défendre le côté de la cathédrale et les forts qui regardent le Sudenbourg. La partie baignée par TËlbe, dite rivage des pécheurs, fut confiée à la corporation des pécheurs. Sous le prétexte, assez spécieux, d'ailleurs, que le nombre des soldats était trop petit pour la vaste enceinte à garder, on appela les habitants à leur aide. La bourgeoisie fut divisée en dix-huit quartiers, à chacun desquels fut assigné un poste distinct. Tous veillaient la nuit; la moitié se reposait le jour, à tour de rôle. Les* premiers jour^, tout alla bien. Le 5 mai, entre onze heures et midi, Âmbsterroth fit une sortie avec 40 homm6s, sur la Neustadt, surprit les Impériaux dans leurs tranchées, en tua seize, bouleversa leurs

TILLT It. 5

travaux et ramena deux priâonniers. A son reloar, il apprit de ces derniers, que quelques pas plus loin, il aurait pris Pappenheim, qui s'était réfugié derrière un mur. Mis en goût par ce succès , Àmbsterroth fit une nouvelle sortie par le Kroekenthor, et tua 40 Impériaux ; à son exemple, le lieutenant-colonel Trost attaqua l'ennemi dans le Gross- Marsch, le mit en désordre, et ne se retira que devant un régiment, envoyé en toute hâte par Tilly.

Ces exploits exaltèrent les bourgeois; il ne fut plus question de répondre à Tilly que pour igagner du temps. Le 7 mai, l'administrateur écrivit le premier. Dans sa lettre, il se posait en victime, affirmant qu'il n'avait rien , fait pour déplaire- à l'Empereur, et qu'il s'était borné à se défendre. II ajoutait que, désirant invoquer la médiation des électeurs de Saxe et de Brandebourg, il priait Tilly de lui accorder des passeports pour ses députés auxdits princes, sans autre condition.

Dès le 9, et avant d'avoir reçu aucune nouvelle des magistrats de Magdebourg, Tilly fît remettre à l'administrateur la dépèche suivante :

ce .... Comme le contenu de la lettre de V. 6. P. est fort important et qu'il m'est impossible de répondre si promptemênt aux divers points qu'elle traite, comme aussi la chose est en termes tels qu'il est nécessaire de peser mûrement les moyens sûrs d'amener un accommodement convenable, comme enfin nous avons appris entre autres choses de la ville, qu'elle était d'intention de nous députer un des siens, nous avons pris le parti d'envoyer à ladite ville un trompette sûr, pour assurer formellement les magistrats de nos dispositions toutes bienveillantes et pacifiques» avec.mission d'en donner également l'assurance circonstanciée à V. G. P. »

Le conseil ne pouvait plus rester en retard. Le 10 mai, il envoya enfin sa réponse à Tilly. Après le début ordinaire sur son dévouement à l'Empereur, sur §a parfaite inno-

cence et sar les vexations imméritées» sabies par la ville, bien certainement contre le gré de Sa Majesté Impériale, les magistrats invoquaient également la médiation des électeurs de Saxe et de Brandebourg, et demandaient des passeports pour leurs députés avec un armistice/

Cette dernière prétention était exorbitante, elle cachait ane ruse tellement grossière qu'on a peine à comprendre qa elle ait pu être émise. Tilly ne pouvait s'y laisser tromper. Néanmoins, tel était son désir d'épargner la ville, qu'il ne voulut reculer devant aucune concession pour atteindre à ce but. Le i2 mai, il envoyâmes passeports demandés, avec deux lettres, l'une pour les magistrats, l'autre pour l'administrateur.

La première était conçue en ces termes :

«.... Comme nous n'avons pas de plus grand désir, ainsi que le témoignent suffisamment nos lettres précédentes, que de vous voir rentrer dans l'obéissance due à Sa Majesté Impériale, notre auguste souverain, et que nous ne doutons pas que ee sentiment sera partagé par leurs Altesses électorales, que même elles vous y exhorteront de tout leur pouvoir, nous avons accueilli avec empressement votre demande, et nous vous envoyons, à celte fin, les passeports en question. Mais, considérant que ladite députation exigera beaucoup de temps et que les choses sont déjà en termes de ne souffrir aucun délai, nous craignons que ce moyen ne réussisse trop tard, et nous croyons que vous feriez beaucoup mieux de prendre vous-même une résolution définitive. Toutefois, nous laissons à vos réflexions de juger ce qui vous sera le plus avantageux, en considérant que votre bien-être et votre existence sont en péril. Entre-temps, vous ne pourrez imputer qu'à vousmême et à nul autre, les calamités qui pourront résulter (ie vos retards, et dont le danger est de la plus évidente imminence.

» Donné à Westerhausen, le 12 mai 1631. »

jP. S. « Afin de garantir d'aatant plas la sécurité de vos députés dans leur voyage, nous vous offrons de les faire escorter par un trompette, partout où ils voudront se rendre, vous priant de nous prévenir du jour du départ de vos députés et du lieu où nos trompettes devront se trouver. »

La missive, adressée à l'administrateur, n'était guère que la répétition de la précédente. Elle se termine jp^r ces paroles remarquables : « De notre côté, nous attestons Dieu et notre conscience de chrétien, que la responsabilité des suites déplorables qui peuvent résulter de ces retards ne peut être imputée qu'à leurs auteurs. »

Ces avertissements d'une éloquence rendue si émouvante par les progrès du siège, demeurèrent infructueux. Les Magdebourgeois ne prirent même pas la peine de donner quelque apparence sérieuse à leurs demandes de médiation. Les dernières communications restèrent deux jours sans réponse, et le 14 mai seulement, ils firent savoir à Tilly que leurs députés étaient provisoirement nommés. Ils insistèrent, en même temps, pour obtenir un armistice de quatre jours. C'était demander, en d'autres termes, la levée du siège. Cette ridicule exigence, que pouvait dicter seul, dans les circonstances où ils se trouvaient, le plus obscur aveuglement, fut carrément repousséc. Malgré tant d'épreuves, la patience de ïilly n'était pas épuisée. Cette médiation qui, pour les Magdebourgeois, était purement un moyen de traîner les choses en longueur et de donner au roi de Suède, qui les sacrifiait froidement à ses calculs, le temps d'arriver à leur secours, cette médiation, Tilly l'avait invoquée et poursuivie sérieusement. Dès le 10 mai, il avait adressé une lettre des plus pressantes, dans ce sens, à l'électeur de Saxe; le 15, il fit la même démarche auprès de l'Electeur de Brandebourg. La lettre, à ce prince, mérite d'être citée, tant à cause de l'ardeur qu'il y montre de sauver Magdebourg, qu'à cause de la clarté prophétique

e( de la profondeur de ses appréciations sur les choses de son temps.

Après avoir déploré les foules de guerre dont le pays est affligé par suite de la résistance de Magdebourg, il rappelle les sincères exhortations qu'il a adressées, à plusieurs reprises et malheureusement sans succès, aux habitants de la ville, et supplie l'électeur de les déterminer à accepter une capitulation honorable.

a Cet état de choses, poursuit-il, est gros de conséquences incalculables qui peuvent être désastreuses pour les pays de Votre Altesse Electorale, voisins de Magdebourg, ainsi que pour d'autres membres et sujets obéissants de l'Empire. Votre Altesse peut d'ailleurs juger dans sa sagesse le fond qu'il y a à faire sur les potentats étrangers, car texpérience et les exemples de tons les jours montrent suffisamment que leur but unique est leur intérêt privé et fe soin de leur propre puissance^ de conserver sans vergogne tout ce qu'ils pourront prendre et s'approprier^ jusqu'à ce que enfin chefs et sujets achèvent de secouer le joug du devoir et démembrent V Empire. Nous n'avons donc pu nous empêcher, plein d'humble confiance dans la sagesse de Votre Altesse Electorale, de venir la supplier de nouveau de prendre ceci à cœur et de nous prêter son concours pour engager lesdits Magdebourgeois à rentrer dans l'obéissance due à Sa Majesté Impériale et à prévenir ainsi les calamités qui sont à leurs portes, car si Magdebourg nest pas réduite à l'obéissance, si s'obstinant dans sa rébellion, elle attire dans ce pays des auxiliaires étrangers, nul doute qu'à cet exemple d'autres nations ne pénètrent dans l'Empire et selon le cours ordinaire des choses, se SQccédant mutuellemebt, ne jettent le pays dans la plus extrême confusion.

» Donné à Westerhausen, le 18 mai 1631. »

Ces démarches ne pouvaient avoir aucun succès. Les événements marchèrent, d'ailleurs, plus vite que les dépêches.

66 TILLT.

En effet, les négociations n'arrêtaient, en aocane façon, les progrès du siège. Les nouvelles de l'approche de Gustave-Adolphe inquiétaient Tilly. Des coureurs suédois s'étaient montrés près de Zerbst, et déjà, en général prévoyant, Tilly avait pris ses mesures, pour le cas où il aurait été obligé de battre en retraite, ou de livrer bataille au roi. Dans cett« prévision, il avait envoyé, aux garnisons de quelques villes, et au corps d'armée placé à Dessau, l'ordre de le rallier en toute hâte. Mais tout en prenant ces précautions, il faisait presser ses travaux avec uneardeur fébrile. Tandis qu'une batterie de S pièces de canons foudroyait les ouvrages de la coupure du Holzmapch, Pappenheim et Mansfeldt rivalisaient d'activité pour pousser leurs tranchées. Le premier, favorisé par les habitations demeurées presque intactes de la Neustadt, sillonna le faubourg de ses tranchées, et s'aidant des caves, des souterrains et du moindre morceau de murailles, poussa: ses travaux jusque ' dans les fossés de la ville. Le 10 mai, il érigea sa première batterie, et canonna la demi-lune qui défend le rivage des pécheurs. Les boulets démolirent parapets et meurtrières, mais le feu de la ville, concentré sur cette batterie, la réduisit pendant quelque temps au silence. Le lendemain, la batterie était déjà remontée, et quelques jours plus tard, 4 autres batteries de 16 gros canons joignaient leur feu au sien. Il creusa des galeries, fit jouer la mine, et parvint, à force d'efforts habilement dirigés, à porter ses approches au pied des remparts. D'une part, il enferma toute la face de la fausse braie du fort Neuf entre ses tranchées, pénétra dans les fossés, fit détacher les palissades, de manière à ce qu'elles pussent être arrachées sans efforts au besoin, et fit apporter des milliers d'échelles pour l'assaut. Du côté de l'Elbe, les attérissements du fleuve avaient tellement rempli les fossés de la demi-lune placée devant la porte haute qu'on pouvait facilement les traverser h pied et parvenir, même en suivant le haut du rivage, jusqu'à la

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demi-liiDe. Lorsque les murailles de revêtement de cet ouvrage eurent été suffisamment battues, Pappenheim fit construire une levée de hauteur égale à celle de la Fausse braie, et se fraya ainsi, autour de la demi-lune, un chemin, jusqu'au rivage des pécheurs.

Enfin, à la corne du Kroekenthor, la contrescarpe fut percée par deux galeries, qui permirent aux impériaux de s'avancer jusqu'au pied de Tenceinte.

Afin de protéger ses travailleurs, Pappenheim fit creuser, en avant des tranchées,- quelques trous dans lesquels il logea ses meilleurs tireurs. Cette ingénieuse disposition eut tout le succès désiré. Les assiégés, né pouvant plus montrer la tète hors du parapet sans être criblés de bàlle&, se trouvèrent fort incommodés dans leurs moyens de défense, et leurs sorties signalées à temps par les. hardis tirailleurs, furent dès lors constamment déjouées.

De son côté, le comte de Mansfeldt, bien moins favorisé qae Pappenheim par les circonstances locales, dressa 2 batteries de gros calibre contre le mur d'enceinte attenant au Sudenbourg et autant contre le Heideck. Ne pouvant parvenir à ébranler les murs de ce dernier fort, malgré l'adresse de ses artilleurs, il poussa ses tranchées jusqu'au fossé, perça une galerie, à travers la contrescarpe, et, après avoir essayé vainement de battre en ruines les fondements du fort, il reporta son artillerie sur un autre point, et consolida sa galerie, pour s'assurer, en cas d'assaut, un passage couvert vers le pied du rempart.

Le 17 mai, les travaux des assiégants se trouvant fort avancés et toutes leurs batteries dressées, la canonnade devint générale sur toute la ligne. Une pluie de boulets s'abattit sur la ville, portant en tous sens le ravage et la mort. Les Magdebourgeois répondirent vaillamment de toutes leurs pièces, habitants et soldats entretinrent to]ut le jour un feu nourri de mousqueterie contre les travailleurs de l'ennemi. Dans l'ardeur de la lutte, ils chargèrent

68 TILLT.

leurs mousqaets de tout ce qui se trouva sous leur main. Comme le bruit courait parmi eux que les impériaux étaient invulnérables par suite de certains charmes, ils se servirent de balles ramées; or, l'emploi de ce projectile passait alors, soit par suite des propriétés magiques qu'on lui attribuait, soit à cause des affreuses blessures qu'il fait, pour être contraire aux lois d'une guerre loyale. L'irritation des impériaux s'accrut encore d'une autre circonstance. Du haut de leurs murailles, les Magdebourgeoûs les insultaient avec mépris, les accablaient d'injures et vomissaient les plus horribles imprécations contre la très-sainte Vierge, Mère de Dieu. Ces invectives et surtout les blasphènoes frappaient les catholiques plus douloureusement encore que les balles de l'ennemi. L'exaspération la plus grande régnait parmi eux et préparait dans leur ame la plus sanglante explosion. En attendant que sonnât l'heure de la vengeance espérée, ils se battaient en silence et poussaient leurs t travaux avec toute ardeur. La nuit, loin de mettre un terme à l'intensité de la lutte, sembla exciter encore les impériaux. Deux batteries de mortiers établies, l'une à la Neustadt, l'autre aux Sudenbourg, furent démasquées et les bombes se croisèrent dans les airs. Des incendies éclatèrent en différentes parties de la ville, mais ils furent comprimés aussitôt, grâce aux sages précautions de Falckenberg. Partout les secours étaient préparés, les toits couverts de fumiers, les matières combustibles roisesà l'abri, et les 300 projectiles creux, lancés par Tilly, n'occasionnèrent que d'insignifiants dégâts.

Le 18 et toute la matinée du 19, le feu des impériaux se maintint avec la même violence. Le 18, la tour de la haute porte, ébranlée par les boulets, s'écroula, mais au lieu de remplir le fossé de ses décombres, comme l'avait espéré Pappenheim, elle se renversa de coté sur le rempart et loin de diminuer l'obstacle, l'augmenta.

Tilly avait espéré que l'énergie de ses attaques ébranle-

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rait enfin l'obstination des assiégés. 11 s'était tenu toute la journée du 17 à la Neostadt, dans l'espoir de voir apparaître quelque messager de soumission. Averti de tout ce qui se passait dans la ville par des bourgeois mécontents, il savait que les esprits y étaient divisés et irrités. Le système d'affecter toujours le même quartier aux mêmes défenseurs rendait la tache des uns aussi fatigante et périlleuse que celle des autres était facile et sûre. De là, des plaintes jalouses et d'amères récriminations. En outre, tandis que le pauvre payait de sa personne; le riche se faisait remplacer par ses domestiques et se tenait paresseusement près de son foyer. Autre sujet de réclamations violentes et de haines sourdes. La plupart de ceux qui se rendaient à leur poste, y faisaient d'ailleurs fort peu de service. Ils remplissaient les cantines et se livraient à toutes sortes de plaintes contre les exigences intolérables du conseil, de l'administrateur et de Faickenberg qui, après leur avoir promis que la défense de Magdebourg ne leur coûterait ni peine ni argent, vidaient le trésor public et les contraignaient à remplir l'oiSce de soldats.

Cette attitude molle et pleine de mauvais vouloir, inspirée par l'égoîsme le plus mesquin, se doublait des calculs d'intérêt les plus insensés. La garnison devint pour la bourgeoisie un véritable objet de spéculation. Nul ne voulait contribuer soit à la payer, soit à la nourrir, soit même à la loger. On lui vendait des vivres au poids de lor, et encore ne lui fournissait-on, la plupart du temps, que des provisions avariées et falsifiées. 11 y eut des soldats qui moururent littéralement de faim, tandis que la bourgeoisie vivait dans l'abondance. D'autres périrent empoisonnés par la bière de munition , que leur vendaient les brasseurs de la ville; d'autres encore, poussés par le besoin, désertèrent. On en vit mendier un morceau de pain dans les rues. Tout le temps du siège, la cavalerie fut obligée de bivouaquer à la belle étoile, sur la place publique. Elle offrit de corn*

battre à pied aax postes les plus périlleux, pourvu que la bourgeoisie consentit à lui donrier les vivres et l'abri. Cette offre fut repoussée, et plutôt que de fournir gratuitement quoi que ce fût à ces braves gens, qui tous les jours exposaient leur vie pour eux, les habitants de Magdebourg cachaient, dans leur^ caves, tout ce qu'ils possédaient de subsistances et de fourrages.

Ce qui maintenait encore leur résolution et leur répugnance à capituler, c'était l'intime persuasion ou ils étaient de leur délivrance imminente par Gustave-Adolphe. Pour entretenir cette illusion, son seul moyen d'influence sur eux, Falckenberg passait les nuits à fabriquer de fausses lettres du roi, dont il faisait ensuite répandre les copies dans la ville : l'administrateur multipliait ses ascensions à la tour de la cathédrale et les prédicants redoublaient de violence et de mensonges dans leurs chaires.

L'attente de Tilly fut donc vaine, mais ses espérances se réveillèrent le lendemain 18. Le feu de l'artillerie magdebourgeoise, jusque là bien nourri, s'affaiblit par degrés et finit par s'éteindre complètement. Tilly dépécha aussitôt à la ville un parlementaire chargé des sommations les plus énergiques pour le conseil l'administrateur de Falckenberg.

« Bien que nous soyons tout disposé, écrivit-il à la ville, à vous envoyer de nouveau les passeports que vous avez demandés pour les personnes par vous désignées, considérant cependant que les choses avec la ville sont venues en telles extrémités, qu'elles ne peuvent souffrir le moindre retard sans grand péril, ainsi que vous pouvez l'apprécier vous-mêmes, nous pensons que la légation en question arriverait trop tard et n'aboutirait à rien. Il ne vous reste évidemment, toute autre préoccupation à part, que de prendre une prompte résolution ; c'est à quoi nous venons surabondamment vous exhorter par un surcroit de bienveillance, vous invitant à prendre en sérieuse considération les inévitables et terribles dangers que courent votre vie.

votre personne et vos biens, et à vous soumettre en conséquence, sans retard, à lobéissance due à TEmpereur, votre auguste souverain, unique moyen de vous sauver et d obtenir une capitulation que désormais vous ne pouvez plus espérer.

» Que si cette démarche bienveillante et sincère est suivie d'effet, vous aurez agi pour votre meilleur intérêt ; sinon, nous nous en lavons les mains, nous serons justifié devant Dieu et devant les hommes, et assuré, dans notre conscience, que la responsabilité de votre malheur n'appartiendra qu'à vous et à ceux qui vous entretiennent dans votre obstination, et que vous avez seuls à en supporter le poids devant le Tout-Puissant et devant la postérité équitable. \

)> Donné à Westerhausen, le 18 mai 1631. »

Les lettres adressées à l'administrateur et à Falckenberg n'étaient pas moins pressantes. Tilly les appuya de ses canons. Le 19, à midi, son parlementaire n'étant pas revenu, il commença à désespérer du résultat de ses démarches. Son anxiété était extrême. L'électeur de Bavière lui écrivait tous les jours qu'il fallait prendre la ville à tout prix. D'autre part, des nouvelles inquiétantes du roi de Suède ne cessaient de lui parvenir. 11 redoutait autant la réussite que l'insuccès de l'assaut, et ne l'envisageait que comme une extrémité qu'il importait d'éviter ou de reculer autant que possible. Le succès, c'était dans les dispositions de ses troupes et dans les mœurs militaires de l'époque, la ruine de Magdebourg; l'échec, c'était l'humiliation de Tautorité impériale, le déchaînement de toutes les passions prêtes à se révolter contre le pouvoir suprême, mais jusqu'ici contenues par la crainte. Dans l'après-midi, il donna l'ordre de suspendre le feu, voulant montrer par là aux Magdebourgeois qu'il interprétait le silence de leur artillerie comme un prélude de capitulation. Mansfeldt profita de ce répit pour faire enlever quelques-unes de ses pièces proba-

blement détériorées ou destinées à être' mises en batteries sur d'autres points. Cette circonstance fut mise habilement à profit par Falckenberg et les prédicants, pour faire croire à la bourgeoisie que les impériaux se disposaient à lever le siège. Vers le soir, Tilly convoqua le3 généraux de son armée en conseil de guerre, pour délibérer sur la question de savoir si Ton donnerait oui ou non Tassant. La discussion fut assez longue. Nulle part, il n y avait encore de brèche praticable, et les conditions de l'escalade étaient peu favorables. Tilly penchait pour la négative, mais Tardent Pappenheim plaida TaiSrmative avec tant d'éloquence et d'entraînement, qu'il rallia à ses vues la majorité de ses collègues. On décida que Tassant aurait lieu et serait donné à la fois sur tous les points d'attaque, afin de diviser les forces de l'ennemi. On arrêta, pour mot d'ordre: «Jésus, Maria, » pour signe de ralliement, une écharpe blanche au bras, et pour signal de l'attaque, six coups de canon d'une batterie déterminée. Ces décisions prises, les généraux se rendirent à leurs postes respectifs pour prendre les dispositions nécessaires et se préparer à la scène suprême, où allait s'accomplir la ruine de Magdebourg.

Pendant toute la nuit, une agitation extrême régna dans les quartiers impériaux et fit retentir ses rumeurs jusque dans la ville. Les transports d'armes, de munitions, d'échelles et de tous les engins meurtriers d'assaut se croisaient en tous sens. Les ambulances se préparaient, les travailleurs agrandissaient les galeries, les soldats que le service laissait libres s'assemblaient, échangeant les imprécations de leur haine contre les Magdebourgeois, insulteurs de la Vierge, traîtres aux lois de la guerre, et leurs espérances dans le pillage d'une ville où, disait -on, se trouvaient assez de trésors pour acheter trois royaumes. A la Neustadt, où commandait Pappenheim, l'activité était plus grande que partout ailleurs. L'aurore du 20 mai trouva les troupes rangées dans les places d'armes, impatientes du signal. Des

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régiments de dragoos et de cuirassiers avaient sollicité de combattre à pied, pour avoir l'honneur de prendre part à Tassant. Des vivandières, courant de rang en rang, distribuaient des canettes pleines d'excellent vin du Rhin, largesse de Tilly à ses soldats. De courtes, mais énergiques harangués des chefs de corps, achèvent d'enflammer les coarages.

Cependant l'heure se passe et le canon demeure muet. Vers les 6 heures une ordonnance vient convoquer les généraux à un nouveau conseil de guerre. Tilly, en proie aux plus vives perplexités, avait passé la nuit en prières, sauf une heure consacrée au sommeil. A la pointe du jour, il entendit selon son habitude deux messes successives ; son ame agitée par raille sentiments divers, effrayée de sa lourde responsabilité, cherchait aide et secours auprès de Dieu. Au moment solennel, il hésitait encore, et mû d'un vague espoir de voir revenir son parlementaire avec une réponse à sa guise, il cherchait, sans peut-être s'en rendre bien compte^ à gagner du temps. Au milieu des fluctualions contradictoires de son esprit, il avait laissé écouler l'heure convenue. Maintenant, il lui semblait que l'instant favorable était passé et que l'entreprise était devenue téméraire. Lorsque ses officiers furent réunis autour de lui, il leur exposa ses doutes, el longtemps on discuta sans se mettre d'accord. A la fin, un capitaine italien qui se trouvait là, rappela que récemment Maestricht avait été ainsi surpris par une attaque exr plein jour, parce que les défenseurs, fatigués de leur veille, s'étaient endormis sur les remparts. Cette citation pleine d'à-propos eut complet succès. Le conseil vota unanimement pour l'assaut et Tilly en donna enfin l'ordre formel.

Pendant ce temps-là, que se passait-il dans la ville? Grande avait été la consternation du conseil lorsque le 18 mai, les magistrats préposés aux magasins militaires t'avaient informé que la poudre et les mèches allaient

manqaer. Avis en fut donné à Falckenberg, qui affecta une vive surprise, et donna aussitôt Tordre de suspendre le feu de l'artillerie, afin de réserver le peu qui restait de munitions pour le cas d un assaut. Un relevé exact des matières en magasin ayant démontré qu'il existait encore de grandes provisions de soufre et de salpêtre, on mit en réquisition tous les moulins à la main et jusqu'aux mortiers d'apothicaire, pour fabriquer de la poudre. Il semble étrange qu'un officier aussi distingué et aussi prévoyant en toutes choses que Falckenberg ait ignoré létat de ses poudrières et négligé celte branche si essentielle du service, au point de n'être informé qu'au dernier moment et par voie indirecte de la menaçante lacune qui s'ouvrait dans ses moyens de défense. Mais l'énigme n'est qu'apparente, et la surprise témoignée par le gouverneur suédois n'était que fictive.

Sa mission à Magdebourg était d empêcher, à tout prix, que la ville ne tombât au pouvoir de l'ennemi. Les mêmes raisons qui faisaient tant désirer à Tilly la possession de la forteresse intacte, agissaient en sens inverse sur lui. II. était parfaitement admis dans les principes militaires de l'époque de détruire les places importantes qu'on ne pouvait défendre et qu'on ne voulait pas, à cause de leur importance, laisser à l'ennemi. Le dur soldat, qui n'avait pas hésité un instant à sacrifier aux besoins de la défense deux populeux et riches faubourgs, ne pouvait reculer devant d'autres moyens non moins horribles et désespérés, de prolonger la lutte et d'arracher à l'ennemi triomphant tout le fruit de sa victoire. Esclave de sa consigne, résolu à toutes les extrémités, dédaigneux de la mort, méprisant les bourgeois, dont l'avarice et l'inertie lui suscitaient mille obstacles, et qu'il ne cessait de tromper, insensible à tout autre chose qu'au soin d'atteindre à son but, il n'avait en lui, ni autour de lui rien qui put arrêter un moment sa ferme volonté d'y arriver. Capitaine de navire, il eût été

homme à se faire sauter plutôt que de se rendre; commandant de forteresse, il ne balança pas à s'ensevelir sous les raines de Magdebourg, plutôt que de livrer à un ennemi abhorré une place dont Timportance et les. richesses pouvaient peser d'un grand poids dans les destinées de la gaerre. Trop habile et expérimenté pour ne pas prévoir l'imminente victoire de Tilly, il ne voulut du moins lui laisser qu'un monceau de décombres. Secondé par un petit nombre de fanatiques, il fit creuser secrètement, sur différents points de la ville, dans la direction des principales portes, des mines qui, reliées entre elles par des traînées de poudre, devaient faire explosion en même temps. Dans la rue, dite Breite Strasse, des fougasses furent ainsi pratiquées sous chaque deuxième ou troisième maison. Des débris de cercles goudronnés, qui furent retrouvés après le siège, prouvent que des mesures avaient été prises pour aider à l'incendie. Quelques initiés se chargèrent de l'exéculion* .

Sur ces entrefaites, le parlementaire impérial ayant présenté ses lettres aux chefs de la ville, le conseil convoqua les 18 quartiers pour le 19, dans les .demeures de leurs capitaines, afin de délibérer sur la réponse à faire aux sommations de Tilly. Le conseil, en agissant ainsi, espérait s'éclairer des sentiments réels de la bourgeoisie et se décharger aussi de la terrible responsabilité qui pesait sur lui. Mais il arrive trop souvent que les assemblées populaires, se laissant dominer par un petit nombre d'influences hautaines, ne révèlent pas le sentiment intime qui est au cœur de tous- et qu'opprime soit la crainte, soit je ne sais quelle fausse honte, soit l'esprit de parti. C'est ce qui

f Après la prise de la vUle, on découvrit plusieurs de ces mioesqui n'avaient pas éclaté. Une, entre aulrt^s, sous le grand marché, contenait cinq quintaux de poudre. Hoffman, p. -159. Wessenberg, Teulscher-Florua, Bustum Virginis Magdeburgi», p. 46. Ausfuhrl. Bericht, p. 44. Adgreitter, p. 230 Rapport de Tilly. Pappenheim, Ruepp, etc. Bensen^ 473.,

advint, en effet, dans cette circonstance. Un véritable terrorisme régnait à Magdeboarg ; quiconque osait parler de capitulation était à Tinslant signalé comme traître et apostat du haut des chaires et signalé à la vindicte pubh'que. Deux jours auparavant, les prédicants, Gilbert de Spaignart à leur tête, s'étaient présentés en corps devant le conseil,, pour protester contre toute idée de lâche reddition. Leurs déclamations redoublaient de violence à mesure que grandissait le danger. Maltreâ de l'autorité, par l'appui que leur donnaient Falckenberg et l'administrateur, soutenus par la populace qui n'avait, comme eux, rien à perdre et qu'ils fanatisaient, ils intimidaient les hésitants, flagellaient les mous, portaient aux nues les énergamènes, et se rendaient redoutables à tous par la violence de leur langage et les excès de leurs furibondes apostrophes.

Dominés par la crainte, les quartiers osèrent à peine se prononcer. La majorité n'eut pas le courage de donner son avis et s'en référa complètement au conseil. Quelquesuns, en petit nombre, votèrent pour la capitulation. Le reste la repoussa énergiquement. Il y eut même un quartier qui, suspectant la sincérité de son capitaine, envoya une députation spéciale au conseil pour lui signifier son opposition à toute négociation contre Tilly.

Le conseil se réunit, à son tour, dans l'après-midi du 19. Peu de membres se trouvèrent présents, tant il est vrai que le courage d'émettre franchement son opinion en public est plus rare que la bravoure militaire des batailles. Otto de Guéricke, directeur des travaux, de la ville, exposa que les palissades des fossés au Fort-Neuf, à la Neustadt avaient été arrachées, que partant les défenseurs de la fausse braie pouvaient être surpris à chaque instant, et qu'il importait de prendre une décision avant qu'il ne fut trop tard. Le docteur Jean Denckhardt, syndic de la ville, prenant ensuite la parole, fit remarquer qu'en présence de cette déclaration et vu le manque de poudre et

rimpossibilitc évidente de prolonger la résistance, il serait insensé d'exposer la vie et les biens de tant de milliers d'hommes et conclut pour la capitulation.

Les conseillers présents, ébranlés par ces déclarations, décidèrent d'ouvrir les négociations avec Tilly et chargèrent Otto de Géricke de communiquer à Falckenberg cette résolution appuyée des motifs qui Pavaient dictée.

Falckenberg était occupé à diriger deux sorties contre Tennemi, lorsqu'il fut abordé par Géricke. En apprenant les avantages conquis par les Impériaux du côté de la Neostadt, il donna l'ordre de faire, pendant la nuit, une troisième sortie, sur le point où ceux-ci étaient le plus avancés, et manda au bourgn^estre de ne faire aucune démarche près de Tilly sans l'avoir consulté, et de convoquer le conseil pour le lendemain matin à quatre heures, poar examiner les divers points de la capitulation à demander.

Incurie, mauvais vouloir ou trahison, la sortie ostensiblement commandée par Falckenbergn'eut pas lieu. Aucune instruction particulière ne fut envoyée aux troupes de service, les corps de garde demeurèrent dépourvus de mèches, de haches-d'armes et de piques. La cavalerie seule eut ordre de se tenir sur le Marché-Neuf, prête à monter à cheval, unique indice qu'on craignit encore une attaque.

La nuit fut sombre et froide. Elle parut longue aux défenseurs de Magdebourg. Soldats et bourgeois, répandus sur le rempart, prêtaient l'oreille aux mille rumeurs que le vent leur apportait des quartiers Impériaux, et s'efforçaient de percer, du regard, le mystère des ténèbres. Ils se communiquaient, à voix basse, leurs impressions, et oubliaient de jeter à l'ennemi leurs imprécations ordinaires. Partout sur ces murailles, naguère si bruyantes, régnait le silence de l'anxiété, interrompu seulement par le cri monotone des sentinelles.

TILLT. Il 6

Cependant, à mesure que les heures s'écoulaient, le bruit semblait diminuer dans les tranchées des assiégeants. Au cliquetis des armes, au sourd roulement des canons, au' piétinement des chevaux avait succédé un calme de plus en plus complet. Lorsque les premières clartés du jour vinrent chasser la nuit et que l'œil des sentinelles, se promenant dans la plaine, n'y aperçut qu'une fallacieuse absence de mouvement, l'idée d'une attaque s'effaça de l'esprit des Magdebourgeois. Falckenberg lui-même semble s'y laisser tromper. Lorsque l'horloge de la cathédrale sonne ciiiq heures, il donne l'ordre de relever les postes, comme à l'ordinaire, se fait amener son cheval et galope vers l'hôtel de ville. A son exemple; ceux dés officiers que ne retiennent pas les strictes exigences du service regagnent la Tille, les bourgeois se débandent ôt se dispersent, soit pour aller dormir, soit pour se rendre, dans les églises, entendre le prêche du matin, soit pour chercher des nouvelles à l'hôtel de ville. A peine reste-l-il, sur les remparts, 600 hommes, soldats et citadinis, qui, fatigues de leur veille anxieuse, se laissent, pour la plupart, aller au sommeil, et s'endorment sans défiance. •

Sur ces entrefaites, au coup de quatre heures, le conseil renforcé des capitaines de quartiers, était entré en séance, dans la salle ordinaire de ses délibérations, à l'hôtel de ville. Dans une salle voisine se réunirent Falckenberg, Stallman et trois conseillers de l'administrateur. Le choix des députés à envoyer à Tilly occupa d'abord les magistrats et donna lieu à de longues disctissions. A la fin, on se mit d'accord. Le bourgmestre en charge, Kuhlewein, le syndic Denckardt, le conseiller Coirrad Gerhold et Otto de Géricke, furent chargés d'aller dresser le projet de capitulation avec le concours de Falckenberg. Le temps pressait, et l'heure matinale, proposée par Falckenberg lui-même pour la réunion, semblait indiquer qu'il était des premiers à comprendre l'urgence d'une prompte déci-

sioD. Ce était pourtant qu'une ruse de plus de l'inflexible commandant. Peu lui importait le sort des milliers de créatures, dont il tenait la fortune et la vie entre les mains, pourvu qu'il parvint à ses fins secrètes. Lorsque les délégués du conseil eurent été admis près de lui, il prit la parole, mais au lieu d'aborder directement l'objet de la conférence, il se perdit en longues digressions sur les promesses solennelles du roi de Suède, sur la prochaine délivrance de la ville, et remarquant, sans doute, quelque impatience chez ses auditeurs, il s'écria, avec véhémence, que le danger n'était pas aussi grand que certaines pei^onnes voulaient bien le dire, et que d'ailleurs, dans les circonstances présentes, alors que à chaque minute, à chaque seconde, on devait s'attendre à voir paraître le libérateur royal, le gain d'une seule heure ne se pourrait payer avec des tonnes d'or. II avait, en effet, parlé, plus d'une heure sur ce ton, et il continuait encore quand le secrétaire de la ville vint le prévenir, de la part du conseil, que les veilleurs de la cathédrale et de la .tour Saint-Jacques avaient donné avis que les Impériaux se montraient en force dans les faubourgs. Au mènie instant, entra un bourgeois qui accourait, tout effaré, des remparts, pour annoncer qu'on avait vu de grosses troupes de cavalerie se masser dans la campagne, derrière les ondulations de terrain. Le devoir de Falckenberg était incontestablement de courir immédiatement aux remparts, de vérifier les faits et d'organiser la défense. Il n'en fit' rien, écouta, impassible, les rapports des survenants et y répondit, en s'écriant : «Je voudrais pour beaucoup, que les Impériaux s'aventurassent à donner l'assaut, je les recevrais de manière à les en faire cruellement repentir. ».

Inaction et bravade étrange, si l'on considère que Falckenberg n'avait pris aucune précaution contre une attaque évenluellc, qu'il ne pouvait ignorer l'inexécution de Tordre Je sortie, donné par lui, la veille, et par conséquent, Tim-

minent péril auquel étaient- exposés les défenseurs des ouvrages de la Neustadt, que loin de renforcer les postes, il en avait fait relever une partie, qu'il avait négligé de les faire pourvoir de mèches et d'armes blanches, en un mot que, de son su et connu, tout était à l'abandon sur les remparts. Falckenberg, dans sa pensée intime, faisait-il donc allusion aux mines destructives, creusées par ses agents secrets? Le doute ne peut être permis, car cette inertie, dans un chef aussi actif, cette fanfaronnade dans la bouche d'un homme aussi brave ne se peuvent expliquer autrement.

11 n'avait cependant pas achevé ce propos si cruellement mystérieux, que les veilleurs de la tour Saint-Jean sonnent les cloches à toutes volées. Au dehors éclate un violent tumulte. Le cri de : Voilà les Impériaux ! retentit de toutes parts. Otto de Géricke se précipite hors de la salle, court jusque dans la rue des pécheurs, y rencontre des Croates, occupés à piller, et revient, hors d'haleine, raconter ce qu'il a vu. Derrière lui, arrivent les pages de Falckenberg, avec la nouvelle que les troupes de Pappenheim ont surpris le Fort-Neuf et pénètrent déjà dans la ville. Falckenberg, parvenu enfin à son but, retrouve soudainement toute son activité. 11 saute à cheval et s'éloigne au galop, vers le Holzmarsch, pour y chercher le régiment de ïrost. Les prédicants et la pltipart des magistrats s'enfuient éperdus. Quelques-uns, non moins effrayés, se raccrochent encore à une lueur d'espoir, ils vont au Marché-Neuf et de là dépèchent coup sur coup, à Pappenheim, des tambours en parlementaires dont aucun ne revint.

En effet, vers sept heures et demie, Pappenhein n'entendant pas le signal, n'avait pu contenir plus longtemps son impétuosité. Poussant le cri de ralliement : Jésus, Maria! il se précipite dans les fossés du Fort-Neuf, à la tète de ses colonnes d'assaut. Les palissades, déracinées d'avance et maintenues seulement pour la forme, sont arrachées, les échelles se dressent sur tous les points à la fois. La fausse

braie esl escaladée. Quinze soldats s'y trouvent, mais ils n'ont pas d'armées et s'enfuient sur le rempart supérieur. Les Impériaux les suivent, et, le premier, Pappenheim plante, de ses propres mains, l'étendard Impérial sur les parapets. Dans un second corps-de-garde, une troupe de Magdebourgeois écoutent les fanatiques déclamations d'un prédîcant. Surpris, ils sont massacrés en partie, le reste se sauve par la poterne dite le Stuckthor, qui conduit dans la rue des Vernisseurs. Les Impériaux y pénètrent avec eux et s'avancent jusqu'à l'église Saint- Jacques, où ils cherchent à s'établir. Au même instant, les Croates poussent leurs chevaux dans les basses eaux de l'Elbe, remontent le long de la rive, jusqu'à la porte des pêcheurs qu*ils trouvent ouverte. Quelques compagnies d'infanterie les suivent par la levée érigée par Pappenîieim, autour de la demilune, et tous ensemble se jettent sur le quartier sans défense qu'ils s'empressent de piller.

Près de là, les colonels Wangleret Gronsfeld attaquent la Porte-Haute. Ils trouvent les sentinelles endormies, les égorgent, garnissent les remparts de leurs troupes, et débouchent, à leur tour, dans la ville. Mais la résistance commence à s'organiser. Le drapeau blanc, signal d'alarme, hissé à toutes les tours des églises et les sons pressés du tocsin, appellent, de toutes parts, le peuple aux armes. Les bourgeois sortent en foule dans Jes rues et courent à l'ennemi. Les uns l'attaquent de front, les autres, se logeant dans les maisons, le fusillent sans danger, à bout portant. Sur ces entrefaites, Falckenberg arrive avec 400 hommes du régiment de Trost, se jette sur les Impériaux, et, dans le premier choc de son élan, les culbute dans les fossés de la place.

Furieux de ce premier échec qui lui coûte une centaine d'hommes, Pappenheim s'obstine avec plus d'ardeur à son entreprise. Il s'élance vers le régiment de Savelli et lui ordonne de monter le premier à l'assaut. Il est huit heures.

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les six coups de candn du signal convena tondent, etfattaqué, jusqu'ici isolée, devient générale. Pappenheim n*a plus devant lui des remparts déserts et des sentinelles endormies; les parapets sont garnis de soldats qui vomissent la mort sur tous les points. Mais le danger ne fait que stimuler le bouillant courage des Impériaux ; à Tordre donné, ils appuient leurs échelles contre les murs et montent en foule, au milieu d'une grêle de balles ; les premiers sont renversés, d'autres leur succèdent; et bientôt les murs fourmillent de brassards blancs. Les assiégés reculent sous l'effort de cette avalanche d'assaillants. Après une demiheure d'un combat acharné , Pappenheim a reconquis ses premiers avantages. Informé que Gronsfeld et Wangler sont arrêtés pat la mousqueterie meurtrière partie des maisons accolées contre la* Porte-Haute, il donne l'ordre de mettre le feu aux deux ou trois premières; l'ordre est exécuté. Chassés de leur poste par l'incendie^ les Màgdebourgeois se replient avec quelque confusion. Faickenberg accourt à leur aide, et déjà croit tenir une seconde fois la victoire, lorsqu'une balle le renverse mortellement blessé. Les soldats le portèrent mourant dans une maison voisine, qui devint, plus tard, la proie des flammes. Le lieutenantcolonelTrost, qui le rempistce, succombe à son tour; le colonel Usslar, qui veut charger avec la réserve de cavalerie, est culbuté, et ses soldats ralliés au Marché-Neuf refusent de fournir une nouvelle charge. Les progrès des Im|>ériaux ne sont pas moindres, dans la rue des Yeroisseurs. L'absence de direction dans la défense les favorise. Les bourgeois, sans officiers, sans ordres, s'enfuient ou cherchent à gagner quelque point de ralliement. Les Impériaux ne voyant plus d'ennemis devant eux, cèdent à l'appât du pillage, se débandent et se (dispersent dans les

1 Gel incendie ne dévora que les deax on trois maisons attenantes à la Porte* Haute, il s'était éteint fautjs d*aliment, quand éclata, dans une direction opposée, le vaste embrasement qui détruisit Magdebourg.

maisons. Un officier de mérite, le capilaine Schmidl, saisit ce moment avec une rare présence d esprit. Suivi d'une poignée d'hommes dévoués, il tombe sur les gens de Pappenheim, en fait un affreux carnage, les pousse en désordre devant lui, comme un troupeau, lés chasse des portes et les ramène jusqu'à leurs échelles.

Pour la seconde fois, Pappenheim voit, avec désespoir, la victofresur le point de lui échapper. Il est neuf heures, ta chaleur est déjà grande, ses soldats sont épuisés, ruisselants de sueur, presque découragés. Trois fois, il a envoyé demander du secours à Tilly, ce secours n'arrive pas, et l'impatient capitaine se déchaîne contre la jalousie imaginaire qui veut le sacrifier. 11 ignore que. f armée impériale tout entière est engagée, que Mansfeldt et le duc de Holstein luttent avec la pius vaillante énergie contre la plus héroïque défense; que Piccolomini, maître des retranchements du Holzmarsch, est invinciblement arrêté !pàr la rupture du Long-Pont.

Sur tous les points, le combat est dans sa plus grande ardeur. A l'appel de Pappenheim, Tilly s'est transporté lui-même à la Neusiadt; il trouve son infatigable lieutenant occupé à faire sauter les murs de revêtement des fossés éi à faire creuser, à coups de haches et de pioches, dans les talus du rempart, de larges degrés, par où 4 escadrons de cuirassiers et 1 escadron de Croates hissent leurs chevaux. Cette cavalerie se met en bataille sur les remparts et pénètre, musique en tète, au bruit des timbales et des trompettes, dans la rue des Vernisseurs. Elle est appuyée par quelques compagnies d'infanterie qui la suivent, à courte distance. Le capitaine Schmidt vient d'être renversé par une balle; sa troupe décontenancée ne se bat plus qu'avec mollesse. Les chaînes de la rue ne sont plus tendues, et la masse imposante des cuirassiers s'avance, écrasant toute résistance sur son passage.

Sur un point voisin de la muraille d'enceinte, l'œil vigi

lanl de Tilly a aperça une poterne non gardée. li y Fait attacher nn pétard, la porte cède, et par l'ouverture, un détachement d'Impériaux amène, vers les rues aboutissant à la Porte-Haute, des canons arrachés au rempart, et balaie, à coups de mitraille, tout le rayon dominé par leur feu.

Une salve générale des Impériaux annonce que leur triomphe est complet dans cette partie de la ville et marque l'heure de la chute de Magdebourg. Les Magdebourgeois éperdus se sauvent dans toutes les directions, les uns vont se cacher dans leurs caves ou dans les églises, les autres cherchent un refuge derrière les murs des cimetières, afin d'y mourir en combattant. La majeure partie, troupe confuse, que l'idée du danger égare, se précipite du côté de la porte du pont et l'ouvre dans l'espoir de trouver un abri dans le Holzmarsch. Mais ces malheureux se heurtent contre les Croates qui sont parvenus à réparer, tant bien que mal, le Long-Pônt; la porte, ouverte si imprudemment, ne peut plus être refermée. La force d'impulsion de la foule vient se briser contre le poitrail des chevaux des Croates ; une scène de meurtre et d'indescriptible confusion a lieu sur l'étroit espace qu'offrent les abords du Long-Pont. Les premiers des fuyards s'abattent souâ le sabre de l'ennemi ou vont se précipiter dans le fleuve; les derniers tournent tète et courent en divers sens, poursuivis par les Croates. Le corps entier de Piccolomini entre dans la ville.

Cependant la lutte continue sanglante au Kroekenthor et au bastion du Heideck. Le duc de Holstein n'a pu encore avancer d'un pas, et Mansfeldt n'a obtenu de légers avantages qu'au prix de sanglants sacrifices. L'acharnement est tel parmi les combattants, le fracas des détonations si étourdissant, qu'aucun des partis ne s'aperçoit de ce qui se passe dans le reste de la ville. C'est dans le feu le plus ardent du combat que les défenseurs du Kroekenthor sont

surpris et massacrés par un détachement dimpériaux, qui a tourné les remparts. La porte est brisée à Tintérieur et livre passage aux troupes exaspérées du duc de Holstein.

Au bastion du Heideck, 300 soldats se battent avec un courage désespéré contre ces flots toujours grossissant des gens de Mansfeldt. Tout à coup, ils voient apparaître et venir à eux, le long des remparts, une troupe dimpériaux agitant des drapeaux conquis. Se voyant perdus sans ressource, ils s'avancent au-devant de ces nouveaux assaillants et demandent quartier. On leur répond par des cris de mort ; les trois quarts sont égorgés, quelques-uns se sauvent pour aller périr plus loin. Le corps de Mansfeldt envahit dès lors, sans obstacles, les remparts, et se précipite comme un torrent dans la ville.

Magdebourg est pris! et cependant la lutte nest pas terminée. Le désespoir anime les Magdebourgeois et centuple leurs forces. Soldats et habitants, postés dans les maisons, sur les tours, derrière les murs des cimetières, accueillent, par un feu meurtrier, les Impériaux vainqueurs. Les femmes font pleuvoir sur eux les meubles, le plomb fondu, l'huile bouillante. Dans la plupart des rues, les chaînes sont tendues et arrêtent les assaillants, exposés à tous les projectiles qu'invente la fureur, poussée à son suprême degré. Plus de 700 Impériaux succombent ainsi dans ces luttes isolées que favorise le peu de largeur des rues. Cette résistance meurtrière et inutile achève de les mettre hors d'eux-mêmes, et alors commence le plus épouvantable drame.

Les Impériaux furieux, altérés de vengeance, se répandent dans les maisons, égorgent tout ce qu'ils rencontrent, ils n'écoutent ni cri de quartier, ni supplications. Ivres de chaleur, de poudre et de rage, ils brisent, pillent, massacrent et violent. La vieillesse n'est pas plus à l'abri de leur soif de meurtre que l'enfance de leurs hideuses ardeurs.

Aux premiers arrivés viennent sans cesse se joindre de

nouvelles bandes de forcenés. La cavalerie Inipérîale, massée devant la porle Saint-UIrîoh, se la fait ouvrira l'inlérièur, et roule, comme une vague furieuse, daus la malheureuse ville, où elle achève de porter le viol et la mort. Les Croates se distinguent par leur insatiable cruauté : pendant le siège, les Magdebourgeois ne leur ont fait aucun quartier ; à leur tour, ils sont sans pitié pour les vaincus, victimes de l'inflexible loi du talion. Les anciens régiments de Wallensteiri, qui comptent un grand nombre de protestants, se signalent, comme d'habitude, par des débontements de férocité et de brutalité. Rien n'est sacré pour eux, pas même la mort, qu'ils profanent par d'infâmes excès. Ils inventent des tortures de sauvages pour arracher, aux habitants, le secret de leurs cachettes, et se ruent dans des voluptés sans nom. Le sang coule dans les rues et y forme des ruisseaux ; les cadavres s'amoncellent, on les jette par les fenêtres, et, près des mères égorgées et souillées, gémisr sent de pauvres enfants épargnés par hasard.

Devant ce spectacle d'horreur, les vétérans de Tilly frémissent et s'indignent. Leur cœur s'émeut, et tout irrités qu'ils sont contre les insulteurs de leur foi, ils épargnent et protègent leur vie. Tilly lui-même parcourt, avec son état-major, les rues de la ville, pour arrêter le carnage. Mais en vain interpose-t-il son autorité. 11 n'y a plus, pour cette soldatesque effrénée, ni chefs, ni autorité. Elle répond par des menaces, et Tilly est impuissant même à l'empêcher de se déchirer entre elle pour le partage du butina

Comme il passe sur la place dite l'Alte-Ring, il aperçoit, reconnaissable à son costume blanc,, le père Sylvius, prieur des Prémontrés, qu'entoure une foule de malheureux, implorant sa protection. Il va à lui, accompagné de Pappen-

I Est-il nécessaire de faire remarquer que le mol dramatique, attribué par Schiller à Tilly : « Revenez dans une heure, etc., » est dénué de toute espèce de fondement? Nous croyons. que ce serait faire injure au lecteur que d'insister sur qe point.

heim, lui donûe la main, le félicite de sa préservation et Ini dit en français : « Mon père, sauvez-en tout ce que vous pourrez. » Puis, avisant un enfant accroché au sein de sa mère mourante, il descend de cheval, et, élevant la pauvre créature dans ses bras, s'écrie, les larmes aux yeux : «Voici ma part de butin ! » La lutte est finie, le sac a commencé. Au sourd grondement du canon, aux bruyantes détonations de la mousqueterie, ont succédé les clameurs, les gémissements, les hurlements de douleiir; les cris de vengeance et le râle des mourants. Tout à coup le feu éclate sur cinquante ou soixante points différents, dans tous les quartiers de la ville, même dans ceux ou n'ont pas pénétré les Impériaux. Une brise soudaine, avant-coureur du plus violent ouragan, en favorise les progrès. Les fanatiques, dressés par Falckenberg, ne se sont que trop bien acquittés de leur charge. Les mines sautent, ouvrant de larges cratères en flammes où s'engloutissent des maisons entières. L'incendie se propage avec rapidité : là où il semble se ralentir, la main des incendiaires le ravive avec de la résine. De noirs tourbillons de fumée viennent frapper les Impériaux au visage, pénètrent dans les maisons, envahis-' sent les caves, asphyxient ceux qui s'y trouvent, chassent tout devant eux. De longs jets de flamme se lancent comme des dards de feu contre les plus obstinés, les enveloppent et les dévorent.

Tilly s'arrête effrayé devant l'inexplicable embrasement. Ses funestes pressentiments se trouvaient accomplis. Il voyait avec une désolation sans égale l'irréparable ruine de cette grande et belle cité dont il avait espéré faire son inexpugnable, place d'armes contre Gustave-Adolphe et le pivot de ses futurs triomphes; le cœur lui saignait à l'aspect de ce saccagement impie et parricide dont d'iniques récits devaient lui faire porter la responsabilité. Pour trophées de ses victoires, il n'allait recueillir que du sang et des cendres, pour lauriers, que des calomnies !

Sa grande aine consternée (levant l'immensité du mîilheur de Magdebourg s'abimait dans ses pensées, mais un moment lui suffit pour reprendre toute sa vigueur.

II fait appel à ses vieux soldats» leur signale ce nouvel et terrible ennemi, leur ordonne de le combattre, lis obéissent; mais rincendie se multiplie tout autour deux, les presse sans relâche, éclate à droite, éclate à gauche, coupe leur retraite, s'élance d'une rue à lauire, avec la rapidité de la foudre. Des habitants, les uns sont trop effarés pour donner même des indications utiles, les autres applaudissent à la catastrophe. Tilly, qui se montre partout où apparaît le danger, ne cède le terrain que pas à pas et ramène sans cesse ses hommes rebutés par l'étouffante chaleur de cette ardente fournaise. On vient lui annoncer que la cathédrale, où des milliers de familles entières se sont enfermées, est menacée par les flammes. Il rallie aussitôt 500 hommes, court avec eux à la cathédrale et y reste jusqu'à ce que le péril ait disparu.

Mais à peine a-t-il accompli sa noble tâche, qu'il apprend que le couvent des Prémontrés, asile de plus de 600 habitants, commence à brûler. H y mène ses braves soldats, éteint jusqu'à sept fois l'incendie naissant et ne s'éloigne qu'après avoir promis la liberté à tous ceux qui concourraient à sauver le couvent. Le couvent fut enfin sauvé. Ses portes ouvertes offrirent un refuge à quantité de malheureux fuyards et le lendemain, il était si plein qu'on ne savait où mettre le pied.

Vers raidi, le vent prit une violence toujours croissante; l'embrasement devint général et la chaleur si intense que Tilly donna l'ordre de ramener toutes les troupes sur les remparts, il ne laissa que des détachements pour la surveillance de la cathédrale et des édifices encore intacts et vint se poster à la porte du Sudenbourg pour assister au défilé de son armée. Dans cette circonstance, il signala encore son humanité généreuse. Voyant des femmes de bourgeois

emmenées prisonnières par la troupe» il les délivra el les fit enfermer clans des maisons attenantes à la porte, pour les mettre à Tabri de tout mauvais traitement ; sa sollicitude setendit jusqu'aux hommes dont il assura la liberté, moyennant une modique rançon.

A ce moment, la ville entière brûlait. Spectacle effroyable, capable d'arracher des larmes aux plus indifférents, et qui navrait le cœur de Tilly, de ce vieux soldat bronzé par tant de batailles, habitué depuis si longtemps aux scènes hideuses qu'offre la guerre. Sur une étendue immense, des langues de flammes s'élançaient dans les airs, léchaient jusqu'aux toits des plus hautes tours, entremélaieut leurs pointes. A ce sifflement particulier, qui fait frémir quiconque l'a entendu une fois, se joignaient les craquements des toitures renversées dans les brasiers, le fracas des murs écroulés, des mines éclatant avec d'épais nuages de fumée. De temps à autre, du sein des hautes cheminées s'élevaient comme des fusées volantes, qui faisaient explosion dans l'air, avec accompagnement d'étincelles brillantes. C'étaient (les bandes de lard que les habitants avaient amassées en quantité considérable dans leurs cheminées, provisions d'avarice qu'ils avaient refusé de partager avec leurs défenseurs, et que le feu dévorait. Les cendres et les brandons enflammés poussés par l'ouragan, volèrent jusqu'à Wanzleben, Egeln et plus loin encore.

L'incendie dura toute l'après-midi, et ne commença à perdre de sa violence que vers dix heures du soir. A onze heures, le reflet des brasiers ardents sur le ciel était encore si puissant, qu'au camp de Farmersleben on pouvait lire une lettre aussi facilement qu'en plein jour. Peu à peu, dans la nuit, les flammes s'éteignirent, la fumée monta seule vers le ciel, comme pour y porter le dernier soupir de Magdebourg.

Leâl mai, au matin, les troupes eurent, conformément aux usages de la guerre, h permission d'aller explorer les

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ruines de Magdebourg. Officiers et soldats, également âpres à la curée, s'y rendirent en foule, les uns pour y chercher du butin, les autres pour se faire délivrer les rançons de leurs prisonniers. Tous les quartiers de la ville n'étaient pas accessibles, car. le feu couvait encore. Des caves s'étaient écroulées ensevelissant le secret de leurs trésors; ailleurs, l'action du feu avait été si violente que les pièces d'argent s'étaient fondues. Néanmoins,. les impériaux trouvèrent encore d'immenses richesses et de prodigieux approvisionnements de vivres, de vins, et de bière. S'installant dans les caves, au milieu des cadavres, dont ils se servaient en guise de bancs, ils se livrèrent à tons les débordements de leurs brutales passions.

Lors de la prise d'un ouvrage extérieur, on avait trouvé une bannière portant cette inscription ironique contre Tilly:

La Baacée est jeune, Le fiancé est vieux :

Il voudrait l'épouser.

Mais il est impuissant.

Les soldats qui avaient ressenti vivement l'injure faite à leur vieux général, tournèrent le sarcarme contre les Magdebourgeois, et, célébrant la victoire au milieu de l'orgie, l'appelèrent : les noces de Magdebourg.

La journée entière se passa ainsi en festins et en débauches, au milieu des chants de joie et de triomphe, interrompus par les gémissements des blessés et les cris des enfants errants de tout côté. Elle eut ses victimes ; beaucoup d'imprudents, poussés par l'avidité, se hasardèrent trop loin dans les caves et furent étouffés ; d'autres, tombés ivres à terre, furent noyés dans le vin et la bière, coulant des tonneaux percés par eux. 11 y en eut qui s'entretnèrent, à la suite de querelles, nées du partage du butin. Mais la plupart revinrent au camp surchargés de prises de toute espèce, riches pour quelques jours, et le cœur disposé à la générosité, car, non contents d^ relâcher leurs prisonniers,

beaucoup d*eotre eux, principalemeot les gens de la Ligue, leur donnèrent de l'argent et des moyens de transport.

Malgré le gaspillage effroyable commis par les pillards, les magasins de larmée regorgèrent des subsistances si étrangement épargnées pour elle par les Magdebourgeois. Tilly, qui savait ce que les défenseurs soldés de la ville avaient eu à souffrir de la faim, ne put s'étonner assez de rinconcevable avarice des bourgeois. Outre les vivres, il fit recueillir tout ce quon put trouver de cloches, de bassins de brasserie et d'objets en cuivre, par le grand mailre de larlillerie, Schœnbourg, et prit parmi les nombreux canons qui peuplaient les remparts, 75 pièces de bronze^.

Le 2S, de grand matin, Tilly fit son entrée solennelle dans la ville, entouré de ses officiers. Il se dirigea tout d'abord vers la cathédrale où, depuis le 20 mai, plusieurs milliers de personnes, la plupart femmes et enfants, étaient enfermés. Il leur fit annoncer quartier, et les engagea à abandonner toute crainte. Aussitôt la porte s ouvrit et livra passage a une longue procession de visages baves et désolés, conduits lentement par Richard Bake, ministre de la cathédrale. Bake s'avança jusqu'auprès du généralissime, et, tombant à genoux, lui adressa ces vers si tristement appropriés à la circonstance :

Veoit summa dies et ineluclabile fatum Magdeburgo. Fuimuâ Troes, fuit llium et ingens gloria Parlhenopes.

Tilly, ému jusqu'aux larmes, le fit relever et s'efforça de le rassurer ainsi que ses compagnons. Puis, avisant au plus pressé, il distribua aux femmes et aux enfants des panier? de vivres, dont il s'était fait suivre. Les hommes furent conduits, de leur côté, dans les bâtiments de l'évèché, où ils trouvèrent amplement à se refaire. Non contents de ces

* On voit encore à Cologne, dans Téglise des Jésuites, des candélabres et une grille faite avec le bronze de quelques pièces de canon, prises à Magdebourg, et que Tilly donna h ses premiers instituteurs.

mesures d'humanité, qu'il voulut surveiller lui-même, Tilly commanda de ramasser quantité d'enfants qui erraient en pleurant dans les rues, et de les mener au camp où l'on en prit le plus grand soin. Ces devoirs de chrétien remplis, il retourna avec Pappenheim à la cathédrale, faire l'inspection des soldats, el s'assurer s'il n'y avait pas de déserteurs. Il offrit aux simples soldats liberté sans rançon, s'ils voulaient prendre du service dans son armée, et adressa de vifs reproches aux officiers pour avoir défendu avec tant de mollesse et d'incurie une si noble ville. Puis il les fit tous conduire au camp impérial, et ordonna de nettoyer la cathédrale pour qu'on pût y célébrer, au plus tôt, une messe d'action de grâces.

Le même jour, Tilly organisa une commission d'enquête, chargée de rechercher quels étaient les instigateurs de la rébellion de Magdebourg, el principalement de l'alliance avec le foi de Suède. Presque tous les prisonniers comparurent comme témoins. Leurs dépositions unanimes désignèrent Henri Poepping comme lame des événemenis dont l'issue avait été si funeste à Magdebourg. Poepping fit des aveux sans réserve el implora l'indulgence de Tilly. Après lui, les plus compromis furent le prédicant Gilbert de Spaignart, Hermann Cummius et Hans Herckel. La commission les déclara coupables. Ils auraient difficilement échappé à la mort, si la clémence de Ferdinand II ne s'était étendue sur eux. Poepping mourut en prison, plein de repentir, les autres terminèrent leur vie dans l'obscurité.

Le 23 mai, Tilly revint à Magdebourg, où ses officiers lui offrirent, dans la cathédrale, 40 drapeaux pris sur l'ennemi. Il parcourut les ruines de la ville et rentra au camp, profondément affecté de ce qu'il avait vu.

Deux jours avant, Magdebourg comptait i ,500 maisons, 6 églises paroissiales, dont l'une, celle de Sainl-Jean, était couverte en cuivre, un nombre prodigieux de collégiales, de couvents avec leurs chapelles, d'édifices publics admirés

de rAllemagne, de tours et de bâtiments. De tout cela, il De restait que la cathédrale» le couvent de Notre-Dame, celui des Ursulines, une partie du couvent des Âugustins, quelques maisons de chanoines, au Marché-Neuf, et quelques habitations de vicaires au Truilmoenchen, le syndicat de la cathédrale et la Mullenvogtei , plus une centaine de cabanes de pécheurs, qui s'étaient trouvées probablement en dehors de la direction du vent.

Le nombre des victimes de l'assaut et de l'incendie est difficile à évaluer. Les historiens varient considérablement entre eux. Un contemporain dit que les troupes du comte de Mansfeldt, qui furent chargées du soin d'enterrer les morts, passèrent quinze jours à cette besogne, y employèrent 4 chariots à la fois, et comptèrent 24,000 cadavres, dont la plupart furent jetés à l'Elbe. Une autre relation fait remarquer que dans ce nombre sont compris les impériaux, tués dans les rues ou dans l'incendie. Le nombre de ces derniers doit avoir été assez considérable, car outre ceux qui périrent dans la lutte, il y en eut beaucoup qui se laissèrent enfermer dans le cercle de l'incendie, en s'obstinant au pillage. Géricke parle de 20,000 morts en tout; c'est le chiffre le plus vraisemblable; en tout cas, il ne peut qu'être approximatif, car il est impossible de s'être rendu compte du nombre de ceux qui, enfermés dans les caves, dans les maisons, dans les éghses, furent écrasés par les mines ou dévorés par le feu.

Parmi les prisonniers de distinction, se trouvèrent l'administrateur de Magdebourg, l'agent Stalmann, le général Âmbsterroth, les colonels Usslar et Boy, les bourgmestres Georges Schmidt, Georges Kuhlewein, Jean Westphal, l'ingénieur Othon de Géricke.

L'administrateur, blessé dans la matinée, au bastion du Heideck, était allé se faire panser chez lui. Comme il retournait à son poste, il entendit le cri de : « Voilà Tenneini, B courut sur le point d'où partait l'alarme, et tomba au

TlUt. II. 7

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milieu (]e8 Impéria\ix. Au moment d'être massacré, il aperçut radjudanUgénéral de Tilly, naguère son prisonnier, et lui tendit son épée. L officier lui promit quartier, mais il eut beau crier : Tilly ! Tilly ! les soldats furieux qui avaient reconnu le- prince, s'acharnèrenl contre lui. L'un lui déchargea un pistolet dans la cuisse, l'autre lui asséna un coup de perluisane. Christian-Guillaume, renversé de cheval, fut accablé de coups de crosse de mousquet, accompagnés de mille invectives. On lui prit son chapeau, son épée, son hausse-col, tous ses habits, et il eût probablement fini par être égorgé, si un lieutenant impérial ne s'était interposé en sa faveur. On le porta sur deux piques dans la tente de Pappenheim, où le soir, le duc de Holstein vint lui adresser les plus durs reproches. Presque tous les officiers-généraux vinrent le visiter; Tilly, seul, refusa de le voir. Pappenheim ne put s'empêcher de lui représenter la folie de sa conduite, principalement en ce qu'il s'était fié à ces bourgeois de Magdebourg, qui le vendaient à beaux deniers, et informaient chaque jour les Impériaux de oe qui se passait dans la ville. Le lendemain, malgré son triste état, on le fit transporter à Wolmirstedt, pour le soustraire a la vue des soldats qui étaient particulièrement irrités contre lui et menaçaient de le tuer. Plus tard, il. fut détenu à Ingolstadt, où il se fit catholique.

Âmbsterroth mourut de ses blessures, peu de jours après la prise de Magdebourg.

Stalmann fut assez maltraité par les Impériaux. Mais, le 24 mai, un violent incendie ayant éclaté dans le camp de Farmersl.eben, il en profita pour s'échapper. Lorsqu'on annonça sa fuite au comte de Mansfeldt : laissons, dit le comte, laissons-le à la justice de Dieu, et cette parole fut une prophétie. Stalmann retomba, en effet, dans ses intrigues politiques et fut pendu, en 1635, à Magdebourg, par ordre du maréchal Banner.

Bien que les.prédicants fussent un objet de haine spé-

ciale pour les soldats, presque tous échappèrent, sinon aux mauvais traitements, du moins à la mort. Après quelques semaines d'emprisonnement, ils furent remis en liberté, grâce à la clémence de ce même Tilly qu'ils setaient efforcés de peindre comme un monstre de fanatisme et de cruauté. Après avoir poussé les Magdebourgeois dans l'abime, les plus ardents s'étaient cachés dans les caves, au moment du combat; c'est là que Gilbert de Spaignart fut découvert aux Impériaux par ses propres paroissiens. Témoins des ruines causées par leur aveugle^ et fanatique orgueil, ils ne songèrent plus tard qu'à en chaîner l'homme auquel ils devaient la vie, étouffant ainsi le remords sous le poids de l'ingratitude et de la calomnie.

Le 24 mai, dès l'aube du jour, le roulement des tambours par toute la ville annonça que le temps du pillage exigé par les mœurs du. temps, après les prises d'assaut, était écoulé, et défense fut faite, sous peine de mort, aux soldats, de toucher, à quoi que ce fût, de ce qui restait de biens aux habitants. Les ruines de la ville furent complètement évacuées, et alors on vit sortir de dessous les décombres, du fond des caves et même du milieu des cadavres, one quantité de malheureux affamés et criant miséricorde. Tilly, qui, pour assurer l'exécution de ses ordres, s'était rendu à Magdebourg, leur fit donner des vivres, et leur assura toute liberté de s'établir oiî bon leur semblerait. Nombre d'habitants accoururent du voisinage pour remuer les ruines de leurs maisons, rechercher, qui les restes des leurs parents, qui les débris de leur fortune. Des détachements de soldats furent commandés pour les aider, et surtout pour dégager tous les cadavres d'homâoes et d'animaux, dont les émanations commençaient h corrompre l'air.

Le 25 maf, la cathédrale suffisamment nettoyée, fut consacrée de nouveau au culte catholique, au grand scandale des Magdebourgeois, dont le fanatisme survivait à leur misère. Un Te Deum solennel y fut chanté, en pré-

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sence des officiers de tous les corps de l'armée, au brait du canon des remparts. Dans Taprès-midi, un funeste événement arriva au camp impérial de Farmersleben. Un violent incendie, allumé par des prisonniers Magdebourgeois, ravagea ce camp, et détruisit une grande partie des approvisionnements, déjà tirés de Magdebourg. Plusieurs soldais y perdirent la vie, tous leur butin, et une foule de captifs profitèrent de la confusion pour s'échapper.

Tel fut le siège de Magdebourg. On comprend que nous nous y arrêtions longuement. Il est pour ainsi dire le point capital de la vie de Tilly, puisque c'est à son occasion que l'esprit de parti s'est plu à accumuler la montagne de calomnies, qui a si longtemps obscurci la gloire du grand capitaine. Déjà, la vérité a commencé à se faire jour. Des écrivains distingués, étudiant l'histoire dans ses sources, et les faits dans toutes leurs circonstances, ont rendu, sans acception de parti, à Tilly la justice qui lui était due. A leur tour, ils ont accumulé les preuves ; nous n'avons fait que suivre leurs traces, sans autre travail que de vérifier l'exactitude et le fondement de leurs assertions. Depuis quelques années, en effet, une réaction sensible se fait remarquer dans les appréciations historiques sur Tilly. Menzel et Gfroerer, sans se prononcer sur le véritable auteur de la destruction de Magdebourg, en justifient du moins Tilly. Depuis lors Heising (Magdeburg nicht durch Tilly zestoert)^ et après lui, Bensen [Dos verhoengniss Magdeburg's) ont, par leurs savantes publications, jeté une si vive lumière sur la question, qu'il n'appartient plus qu'à la plus ignare passion de parti d'accuser Tilly. Les dissertations de ces auteurs, d'ailleurs parfaitement concluantes, et appuyées sur des monceaux de preuves, sont trop longues pour que nous les reproduisions. Nous nous contenterons d'insérer ici les différents rapports envoyés à l'Empereur, à l'électeur de Bavière et à l'infante Isabelle, par Tilly et ses généraux. Nous appelons toute l'attention du

lecteur sur la lettre de Tilly à Tlnfante. ('ctle pièce importante, jusqu'alors inédile, est plus explicite que toutes celles connues jusqu'à ce jour, sur les causes de l'iiiceudie.

Si, après avoir lu ces relations, on reporte sa pensée sur ces différentes scènes du même genre, si fréquentes, dans cette longue et cruelle guerre, si l'on parcourt, entre autres, la relation du sac de Francfort sur l'Oder, et du massacre de ses habitants inoffensifs par les Suédois, fait qui précéda de peu la prise de Magdebourg, si on jette un eoopd'œil sur les épouvantables cruautés, pilleries et rapines, commises en Allemagne, principalement dans les évéchés du Mein et du Rhin, par les soldats de Gustave- Adolphe, on pourra plus difficilement que jamais s'expliquer l'acharnement calomnieux déployé contre Tilly, par des écrivains qui pardonnent tout à Gustave- Adolphe, même la ruine de l'unité et de la puissance de l'Allemagne. Le mot de l'énigme est que Tilly était catholique.

LETTRE DU COMTE DE TILLY A l'iNFANTE.

Madame,

Comme je ne doubte que votre Altesse Sérénîssime attendra avec désir les' nouvelles du succès qu'aurons eu devant celte ville de Magdenbourg, je n'ai voulu manquer de l'en advertir incontinent, et de dire à icelle, qu'estant noslre soldatesque venue avec ses approches jusques dans le fossé, et ayant advis que le roy de Suéde cstoit ja arrivé à 12 lieues d'ici avecq 11 régiments d'infanterie et 12 de cavalerie, pour donner le secours, j'ay, le 20 du courant, fait tenter la place par ung assault général, lequel Dieu, par sa sainte grâce, a secondé, en sorte que la ville a esté emportée de force nonobstant une contestation, et résistance fort opiniâtre de ceux de dedans, parmy laquelle,

et la furie de la soldatesque, le feu ayant été mis en. aucunes maisons par les bourgeois mesmes il a causé un tel embrasement que hormis le Domb, et quelque peu de maisons, tout est allé en cendres, et a esté un spectacle autant pitoyable, qu'exemplaire de veoir une si belle et renomée cité, réduite, en peu d'heures, à une extrême désolation. 11 y a eu un grand nombre de tués, entre lesquels est le maréchal de camp M. Falckenberg, qui commandait, dans la ville, de la part du roi de Suède, mais otï tient bien encore plus grand le nombre de ceux qui sont esté accablez par le feu et estoufFez dans les caves et voûtes. L'administrateur est blessé et prisonnier avecq encore aucuns aultres officiers ; de drappeaux on en at eu quelque 40, cornettes 5, et 70 pièces de bronze. De uostre costé, la faction ne s'est ainsi passé sans quelque perte de gens, entre lesquels est un lieutenant coronel et deux capitaines.

Je me conjouis très-humblement aveçq vostre Altesse 3érénissime de ceste victoire, laquelle ne peut espérer que tourner à l'avantage de nos affaires, apportera du changement en celles de Tennemy, et donnera à penser a aulcuns, qui s'estoient imprimez toute autre chose que ce succès, et je demeure etc.*

Du camp, devant Magdenbourg, 22 mai i631.

.RAPPORT DE TILLY A l'ÉLECTEUR DE BAVIÈRE, £M DATE

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