‹ Timgad, une cité africaine sous l'empire romainChapitre 16 sur 47 · TT · texte numérisé non relu

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Fig. 39. — Forum de Silchester ^d’après l’ Archaeologia , LUI, pl. XL1).

tance — et à cause de cela on l’a regardée comme la curie — s’ouvre sur la basilique, comme ces logettes D, E, F. G, que nous avons

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signalées (p. 22) dans la basilique de Timgad(l). Pas de temple, ainsi qu’on en trouve ailleurs; le portique paraît avoir été entouré de chambres qui font songer bien plus à des boutiques qu’à de grands monuments; les plus élégantes peuvent avoir été des exèdres. Tous ces détails nous éloignent singulièrement du plan adopté à Timgad; mais il faut dire qu’on ignore ce qu’était autrefois Silchester, comment la ville s’est formée et à quelle époque précise remonte la construction de son forum. M. le Professeur Haverfield d’Oxford, dont l’autorité en pareille matière égale la complaisance, a bien voulu nous écrire qu’il serait assez disposé, pour sa part, d’après certains indices, à voir dans cette cité une création d’Agricola (entre 70 et 8$ ap. J.-C.); mais, selon lui, elle n’est peut-être jamais arrivée au rang de municipe, et serait toujours restée une civitas plus celtique que romaine. Il n’est pas étonnant, dans cette hypothèse, que le plan suivi pour la construction du forum, soit plus simple que celui d’une colonie essentiellement romaine comme Timgad et s’écarte des habitudes reçues ailleurs.

Le forum de Lambèse, la voisine de Timgad, le siège de la légion qui l’a bâtie, remonte certainement au milieu du IIe siècle; il a, lui aussi, été dessiné par quelque architecte militaire, puisque ce sont les soldats eux-mêmes qui ont élevé tous les grands édifices de la ville. On s’attendrait donc à y trouver une répétition du forum de Timgad; rien pourtant ne se ressemble moins que ces deux places publiques. 11 faut se hâter d’ajouter que le déblaiement du forum de Lambèse n’est pas achevé, que, par suite, le plan complet n’a pu en être levé(2); et que, de plus, les monuments semblent en avoir considérablement souffert, dès l’antiquité. On reconnaît aisément néanmoins, dans ce qui en reste, des particularités qui lui assurent un

(1) A Kremna, en Pisidie, une basilique occupait aussi en façade tout un côté du forum (Niemann et Petersen, Les villes de la Pamphylie et de la Pisidie (trad. franc.), II, p. 171 et suiv.). Il semble en avoir été de même

à Doclea (Monténégro). Cf. Rev. Arch., 1890 (XV), P. 435-

(2) Il existe dans les Archives du Service des monuments historiques un beau plan de la partie fouillée, exécuté par Duthoit.

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caractère fort original. Un des détails les plus curieux est cette séparation de l’ensemble en deux parties, qui ne semblent pas avoir communique entre elles, ou si l’on veut, cette juxtaposition d’un capitole avec son péri bole entouré de murs, à la place publique, située en contre-bas (l). Il est possible, d’ailleurs, que les deux parties ne datent pas de la même époque, et que l’une ait été ajoutée à l’autre postérieurement. Les conditions toutes spéciales dans lesquelles Lambèse s’est développée et l’intérêt que l’autorité militaire prenait à son agrandissement suffiraient à nous expliquer cette addition.

On pourrait signalerencore d’autres exemples moins intéressants de forums provinciaux. Ceux que nous avons cités suffisent. La diversité de leur tracé, les différences qu’on y remarque dans le groupement des édifices autour de la place centrale ne font point tort à celui de Timgad; bien au contraire, elles mettent mieux en relief ses caractères particuliers, l’unité du plan suivant lequel il a été conçu et la proportion harmonieuse établie entre les différentes parties qui le constituent.

Ainsi que nous l’avons déjà fait observer, le quadrilatère que dessinait le forum était échancré à la partie orientale ; une réserve avait été prélevée sur la partie de la place publique qui longeait le decumanus maximus, affectant la forme d’un carré de 24 mètres de côté. Il était intéressant de savoir pourquoi l’on avait ainsi détaché du forum une portion qui semblait lui revenir de droit et quel pouvait être le monument assez important pour qu’on lui eût attribué cette place honorable. Les fouilles qu’on a exécutées à cet endroit en 1892 ont fourni à ce sujet des renseignements intéressants, mais que l’on voudrait plus instructifs.

(1) Cf. ce qui en a été dit par un anonyme et par l’un de nous (R. Cagnat, Guide à Lam- ( Rec . de Constant ine , XXlll, p. 179 et suiv.), bise, p. 56).

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Le plan de l’édifice qu’on a trouvé et que nous donnons cidessous (fig. 40) est celui d’une maison peu étendue, mais assez élégante. Les murs bâtis en petit appareil sont aujourd’hui dans un très mauvais état de conservation ; il ne reste plus guère que les

Fig. 40. — (D’après les relevés de M. Sarrazin).

montants en pierre de taille qui reliaient de place en place la maçonnerie. Cela est suffisant pour donner une idée générale de l’édifice, mais non pour nous fixer sur les détails. La façade qui s’éten-

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dait en bordure sur le decumanus maximus, était décorée dans toute sa longueur d’un portique, continuation de celui que nous avons déjà signalé sur toute la face septentrionale du forum. Ce portique, interrompu par les latrines, la fontaine décrite à la page 4 du présent ouvrage et la rue latérale, menant aux latrines et à la basilique, — nous la nommerons « Rue des Latrines » — reprenait pendant vingt mètres sa hauteur et sa direction antérieures pour être coupé de nouveau par une petite rue, qui montait au théâtre — nous l’appellerons « Rue de la Basilique ».

La porte d’entrée de la maison donnait accès dans un vestibule A, large de 4 m, $0. Le mur qui regardait l’entrée était probablement percé, non point dans son milieu d’une porte unique, située dans l’axe de la porte de la rue, mais, à droite et à gauche, de deux portes, conduisant vers l’intérieur de la maison; deux autres portes permettaient de pénétrer dans deux pièces latérales B, B ; ces dernières conduisaient soit dans des pièces C, C, qui formaient l’angle de la maison, soit dans la cour centrale D, dans Y atrium.

Celui-ci forme un carré de 10 mètres de côté environ; tout autour régnait un portique de 2 mètres de large, soutenu par dix colonnes, quatre en largeur et trois en profondeur. L'impluvium, accessoire ordinaire des maisons romaines, est remplacé par un espace dallé que limitent de tous les côtés des caisses en pierre de forme assez originale, ainsi qu’on en peut juger par l’image reproduite à la pl. XII. Des fragments trouvés dans les fouilles permettent de supposer que six têtes à deux faces étaient disposées, de place en place, sur la bordure extérieure de ces caisses. Deux d’entre elles représentent des masques tragiques ; une autre est couronnée de pampres et de raisins (fig. 41). Au centre du carré un puits s’ouvrait, profond de 9 mètres, qui est encore en bon état de conservation. Il recueillait autrefois l’eau qui tombait par le compluvium ; l’ouverture, aujourd’hui béante, était jadis dissimulée par quelque vasque ou quelque margelle en marbre, comme on en a tant trouvé à Pompéi.

Quant aux cuves de pierre, il n’y a point à douter qu’elles n’aient

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été destinées à contenir des fleurs et des arbustes. Les auteurs nous apprennent que les anciens Romains avaient la passion des jardinets dans leurs maisons ; et les trouvailles de Pompéi ont confirmé le témoignage des écrivains(l). Nous rappellerons seulement ici, que la maison de Salluste contenait dans le triclinium d’été, une rangée de caisses où l’on n’a pas hésité à reconnaître des jardinières(2). Ailleurs on a retrouvé sous la cendre du Vésuve des parterres encore tracés dont les dessins cherchés rappellent assez bien les courbes bizarres des cuves de la maison de Timgad.

Les caisses à fleurs auraient formé tout autour de la partie centrale de la cour une barrière qui empêchait d’accéder au puits, si l’on n’avait eu soin de laisser un espace vide, en c, entre la deuxième et la troisième colonne du portique méridional. A cet endroit le sol de ce portique était formé par un grand rectangle de mosaïque entouré d’une bordure en torsade ; le cadre enfermait peut-être autrefois un sujet figuré ; mais il n’a pas été conservé. A droite et à gauche, ainsi que sous les trois autres colonnades de Y atrium, le pavement de mosaïque représentait des dessins géométriques où le brun et le jaune dominent.

Sur les côtés oriental et occidental du portique de la maison, s’ouvraient des chambres E qui, surtout à l’est, ont aujourd’hui disparu, ne laissant sur le sol que des traces peu distinctes.

(1) Cf. Becker, Gallus, III, p. 64 et suiv. On trouvera rassemblés dans cette dissertation les textes relatifs aux jardins privés à Rome. On y verra, en particulier, que les pauvres se contentaient, comme nous le faisons encore, de pots de fleurs sur leurs fenêtres. Cf. plus

haut notre figure 27, qui semble bien représenter une jardinière.

(2) Breton, Pompeia, p. 277 ; Overbeck, Pompeji, p. 304 (Restitution).

(3) Overbeck, op. cit., p. 266, fig. 144.

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Le tablinum G est large de 6 mètres et profond de $ mètres. Deux bases, encore en place, montrent que l’entrée en était coupée en deux par deux colonnes, comme, par exemple, dans la maison du Faune à Pompéi. Le sol en était décoré d’une mosaïque à dessins géométriques, avec ornements empruntés au règne végétal, charmante de tonalité.

De chaque côté existent les deux passages ordinaires (fauces) qui mènent au péristyle ; mais, dans cette maison, ils sont sans issue du côté du sud, l’édifice se terminant avec le mur de fond du tablinum, comme dans les maisons romaines les plus simples. Ils conduisent seulement à droite et à gauche à des pièces H (alae), dont l’entrée est divisée en deux par une colonne.

Des fragments d’une frise sculptée représentant des griffons affrontés ont été retirés des décombres.

En somme, cet édifice n’est autre chose qu’une maison d’habitation.

Il serait intéressant d’en connaître la destination? Etait-ce la demeure d’un particulier? Le fait ne paraît pas vraisemblable ; car on n’eût pas pris, pour établir une habitation privée, un carré de terrain qui appartenait en fait au forum et manqué, sans raison sérieuse, aux règles théoriques et pratiques qui présidaient au tracé des forums dans le monde romain. Etait-ce un édifice réservé à quelque usage municipal? On ne voit pas trop pourquoi on lui aurait, en ce cas, donné la forme et la distribution intérieure d’une maison. Il semble bien, à tout considérer, que ce fût un lieu d’habitation, destiné peut-être à quelque autorité.

Entre cette maison et le mur de la basilique existe une sorte de ruelle; on y pénétrait par une porte percée, en face du petit escalier latéral M par où l’on montait au forum ; elle débouchait de l’autre côté dans la Rue de la Basilique, assez large en cet endroit. Elle n'est pas dallée aujourd’hui ; on ne saurait dire si le pavement en a disparu ou si l’état actuel répond à l’état antique.

Fig. 42. — Vue générale du théâtre.

(Photographie de M. Mieusement.

Archives du service des Monuments historiques.)

LE TH ÉAT RE

Du forum nous passons au théâtre (l), du centre des affaires sérieuses et de la vie municipale à l’édifice où l’on venait se récréer. Tous deux étaient voisins. Nul ne songera à s’en étonner: il en était ainsi dans la plupart des villes romaines et le rapprochement en est assez naturel.

(1) Nous avons pu nous servir pour l’é- gnage de celui qui a dirigé les chantiers de tude du théâtre de notes personnelles que fouilles est précieux. Nous tenons à le re-

M. Milvoy nous a communiquées. Le témoi- mercier ici de son obligeance.

LE THÉÂTRE

Pour y pénétrer du forum, on n’a qu’une rue à traverser, celle qui longe la face méridionale de la place — appelons-la, pour abréger: « Rue du Théâtre ». Cette rue, large de huit mètres, à l’endroit où elle fait angle avec la petite rue qui borde le forum à l'ouest nous la nommerons « Rue de la Curie » — se dirige vers l’est en s’élevant par une pente de plus en plus raide : la hauteur audessus du forum en est de om, 67 à l’angle sud-ouest et de 3 m, $4 à l’angle sud-est. Elle longe tout d’abord, adroite, quelques constructions sans importance, des maisons particulières — dans l’une d’elles on voit une vasque de fontaine encore en place — puis, elle arrive au mur qui enclôt la cour du théâtre. A ce moment, elle s’élargit et mesure environ 10 mètres; mais pour se rétrécir bientôt jusqu’à une largeur de 2m, $0 environ. Dans toute cette étendue, elle est bordée actuellement par des massifs en terre-plein, arasés presque au niveau du sol, dont nous avons déjà parlé plus haut (p. 28). M . Ballu a émis l’idée qu’ils formaient le soubassement « de boutiques disposées sur la Rue du Théâtre et alternant avec les logettes qui garnissaient la face méridionale du forum » (l) 2. A l’angle sud-est de la basilique, elle débouchait dans la Rue de la Basilique par où l’on montait à la partie supérieure du théâtre. Toutes ces rues sont encore admirablement conservées ; leur pavé, formé de larges dalles, est presque partout intact, ainsi que les trottoirs qui les bordent.

C’est que le sol antique était à cet endroit profondément enfoui, lorsqu’on a commencé les fouilles. On peut s’en rendre compte, en se reportant à la planche XI I D2); on y verra quel était l’état du terrain en i8$o. Il était encore le même, trente ans plus tard. « Avant les premiers sondages, nous écrit M. Milvoy, il était malaisé de reconnaître sur ce point la présence d’un théâtre : une légère déclivité,

(1) Monuments antiques de l’Algérie , Tébessa, Lambèse, Timgad, p. 32.

(2) Cette planche est la reproduction d’une aquarelle de Delamare que M. Gsell a retrouvée avec plusieurs autres dans un carton de la

Bibliothèque-Musée d’Alger. C’est à lui et à M. Maupas, conservateur de la bibliothèque, que nous devons d’en avoir eu connaissance et de l’avoir pu insérer dans ce travail.

LE THEATRE

immédiatement au-dessous des substructions de l’enceinte supérieure était seule accusée; des trois tronçons de colonne encore debout, sur la cour, on n’apercevait qu’une faible partie. Une épaisse couche de sable, de cendres, de terres impalpables nivelait toutes les cavités. Ce remblai atteignait jusqu’à 7 mètres à l’angle intérieur de l’entrée sud et jusqu’à 3 mètres au-dessus de la balustrade qui entoure l’orchestre. A peu près au centre de la cavea, au-devant des trois gradins de l’orchestre, les générations qui ont campé au milieu de la ville ruinée avaient pratiqué un silo (?). Le dallage de l’orchestre était défoncé en cet endroit; autour de l’orifice du trou on avait établi, grossièrement, et au hasard des matériaux qu’on rencontrait, des sortes de margelles ; on avait utilisé pour cela des fragments d’une grande inscription, et des dalles empruntées au théâtre, les unes posées à plat, les autres de champ. L’entrée nord était barricadée de pierres de taille juxtaposées et superposées. La fouille de la scène a demandé un travail des plus pénibles : les murs, il est vrai, avaient été entièrement démolis et les matériaux de grand appareil enlevés pour la plupart ; mais on avait laissé sur place les fûts de colonnes qui décoraient la scène et quantité de débris : c’était un chaos inexprimable. »

Le théâtre de Timgad est, comme un grand nombre de ceux que nous connaissons, taillé dans une colline : il est inutile d’insister sur les avantages de cette disposition, qui assurait la solidité de l’édifice et diminuait considérablement les frais de la construction. Toute la cavea avait été établie aux dépens du monticule, dont les pentes extrêmes, dans la direction du nord, avaient été nivelées pour établir le forum et les deux rues qui le bordent: decumanus maximus et Rue du Théâtre. Pour la soutenir du côté de cette dernière on avait épaulé la butte naturelle, coupée à pic, par un long et puissant massif de maçonnerie fait de blocage encadré entre des piles et des chaînes de briques triangulaires.

La cavea, comme partout, se compose de plusieurs parties circu-

LE THEATRE

laires concentriques — on les appelait maeniana. La première, dont la conservation, sans être complète, est néanmoins suffisante, comprenait huit rangs de gradins, coupés par cinq escaliers; son diamètre est de 21 mètres à sa partie inférieure et de 30"1, 50 à sa partie supérieure. Chaque gradin est large de om, 60 environ, tandis que les marches des escaliers ne mesurent que om, 30, chaque gradin correspondant à deux marches. Ce maenianum est couronné par un balteus peu élevé, formé de dalles encastrées de champ dans une feuillure de la précinction, dont il reste encore quelques fragments (l).

Le second était formé de douze rangs de gradins de mêmes dimensions que les précédents ; il était également coupé de distance en distance par des escaliers qui alternaient avec ceux du premier maenianum, le pied de chacun d’eux étant, comme d’habitude, établi à égale distance des sommets des escaliers inférieurs. Cette partie est aujourd’hui très dégradée; les sièges n’existent plus; mais on distingue encore par places des traînées circulaires de blocage sur lesquels ils étaient assis (2). Le diamètre de la partie supérieure du maenianum était de q7m, $0. 11 ne reste, pour ainsi dire, pas une pierre de cette partie du théâtre.

Au-dessus s’étendait un troisième maenianum, de cinq ou six rangs de sièges couronné, suivant l’usage, par une colonnade destinée à servir de promenoir ou peut-être à recevoir d’autres gradins : on n’en voit plus que les soubassements en blocage et en briques. Toute cette partie est aujourd’hui extrêmement ruinée et c’est par l’imagination seule et la comparaison avec d’autres théâtres que

(1) Une dalle intacte était encore debout : elle est parfaitement visible sur la planche XV ; un morceau gisait à côté. Il a été rétabli à sa place antique.

(2) M. Milvoy a remarqué que la colline avait été taillée, lors de la construction du théâtre, non pas en glacis, mais en ressauts,

formant gradins, sur lesquels le blocage était établi : ce qui prévenait tout glissement de la construction vers l’orchestre.

(3) On sait que ces gradins situés au haut de la cavea étaient réservés au peuple et aux femmes (Cf. Marquardt, le Culte cbe% les Romains, II, p. 3 1 1 et note 8.)

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l’on peut s’en faire une idée. Il n’en reste guère qu’un gros massif de blocage, du côté du nord (voir la pl. XV) (l).

On y accédait par une entrée spéciale, ménagée au milieu de la courbe, qui est représentée aujourd’hui par un quadrilatère percé de deux ouvertures latérales. On sait que dans certains théâtres, construits au flanc d’une colline, on pénétrait seulement par l’orchestre, tandis que dans la plupart des cas, il y avait au moins deux entrées, une par l’orchestre et une par la colonnade qui couronnait le monument; le théâtre de Timgad était de ceux-ci. La largeur de l’édifice à son point le plus élevé est de 63m,6o. M. Ballu (2) a remarqué qu’elle est un peu supérieure à celle des théâtres de Pompéi (6om.) et d’Herculanum ($$m.), mais inférieure à celles des grands théâtres connus, celui de Marcellus à Rome ( 1 3 1 m.) , d’Aspendos en Asie (9$m.$o), d’Arles (io2m.), d’Orange (io3m.)(V Parmi les théâtres d’Afrique, on en trouve quelques-uns de plus petits comme celui de Chemtou (4$m.)(4), mais beaucoup aussi de plus vastes, Dougga (7$m.)(5)> Philippeville (82m.)(6), Medeina (90™,) (7) il est à peu près de la même taille que celui de Djemila, qui, dans la plus grande largeur, est de Ô2m(8).

L’orchestre, aujourd’hui encore pavé de magnifiques dalles de pierre blanche comme le forum, est séparé de la première précinction

(1) « Auprès de ce bloc, nous écrit M. Milvoy, deux autres gisaient provenant d’effondrements des voûtes; devenus gênants pour les travaux de déblaiement, ils ont dû être attaqués et débités à la mine, tant les mortiers avaient durci. A l’autre extrémité, deux blocs existaient également, dans lesquels dominait la brique en parement. C’étaient des portions de muraille qui surplombaient presque à demi au dessus de l’angle rentrant de la grande entrée sud ; minés, sur un terrain en pente, par les pluies diluviennes qui, en avril 1886, inondèrent complètement nos chantiers du forum et du théâtre, ces blocs s’effondrèrent au fond de la fouille abandonnée ; ils n’of-

raient aucun intérêt ; on les débita pour s’en débarrasser. »

(2) Tébessa, Lambèse, Timgad, p. 35.

(3) De semblables comparaisons ont été faites pour Orange par Caristie, Monuments antiques à Orange, p. 53 et suiv.

(4) Toutain, Le Théâtre romain de Simiitu (Extrait des Mélanges de Rome, XII), p. 7 ; Saladin, Description des Antiquités de la Régence de Tunis, II, p. 45 .

(5) Carton, De Tunis à Dougga, p. 22.

(6) Ballu, loc. cit.

(7) Saladin, op. cit., I, p. 194.

(8) Delamare, Exploration archéol. de l’Algérie, pl. 104.

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par un mur d'appui haut de 1 m, 22 ; celui-ci est formé par la juxtaposition de grandes dalles placées debout et encastrées de champ dans une feuillure du dallage, qui sont retenues de chaque côté à la voisine par des attaches de métal (l). Au milieu est ménagé un espace libre, qui permettait d’accéder dans la première précinction par l’escalier central. Mais des feuillures verticales nettement marquées dans chacune des deux premières dalles à droite et à gauche, indiquent que cette entrée pouvait être fermée par une porte. Deux autres entrées existent encore, aux deux bouts des rangs de gradins, donnant directement dans les'couloirs F et G, par un petit escalier de deux marches. A cet endroit, sur la tranche latérale de chaque dernière pierre de la balustrade, on remarque deux trous de scellement : ce sont peut-être les points d’attache d’une rampe, aujourd’hui disparue.

En avant de la balustrade, trois larges marches garnissent tout le fond de l’orchestre; il n’est pas douteux qu’elles ne fussent réservées aux personnages de marque : officiers de la légion de Lambèse, patrons de la cité, peut-être aussi magistrats locaux. On y disposait des sièges plus confortables que la pierre des gradins, qu’on laissait aux spectateurs du vulgaire. Il en était ainsi à Rome(2) et l’usage s’en était répandu dans les villes de province. Le théâtre de Timgad suffit à le prouver(3).

A l’extrémité de la marche supérieure, du côté du Nord, a été

(1) A Aspendos on a signalé la même particularité (Niemann et Petersen, Les Villes de Pamphylie et de Pisidie, trad. française, I, p. 1 12. Cf. la restauration à la planche XXVII). Mais il ne reste plus actuellement que la trace de la rainure où la balustrade était engagée. Pareille disposition se remarque également à Pompéi dans celui des deux théâtres que l’on désigne communément sous le nom d’Odéon. Une petite partie de ce mur de séparation est encore en place.

(2) Vitruv., De Archit., V, 6. In orchestra

senatorum sunt sedibus loca designata. Dion, LIX, 7, 8. T -j. -S ■XpCTAZQOÙMIX tcÏç jScjAî'jtaTç, [j:rt èitc yup.vwv -.un sxvîowv v.ÆÇurr.x’. ^pwT sv

Té-us ûtcstéOyj. Cf. sur cet usage Marquardt, Le Culte che ^ les Romains (traduction française), II, p. 306 avec les notes.

(3) Est-ce cette partie du théâtre qui est nommée antigradus dans une inscription de Philippeville ? (C. I. L.} VIII, 7994: Lapidibus ejus, c’est-à-dire theatri, per antigrados stratis.')

LE THEATRE

déposée une base de pierre consacrée à Mercure. L’inscription, très bien conservée, semble gravée d’hier. On y lit:

MERCVRIO • A V G S A C R V M

PRO • SALVTe DD 1 N N! SEVERI • ET

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