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AV G ’ ET CASTRQR/M <* L • G E RM E V S S LVA N V S AV G V R N L AT S R • P • OB • HONOREM
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XX\ • MIL • ET • CC • N MERCVRIVM • EX S VA L I B ERALITA TE POSVIT • ET OB DEDICATIONEM LV DOS SCEN ICOS E D I D I T
Mercurio Aag(usto) sacrum; pro salut e d(ominorum) n(ostrorum) Severi et Antonini pii fortissimiq(ue) Aug(ustorum) et Juliae Augustae matri(s) Aug(usti) et castrorum, L. Germeus Silvanus augur, inlatis r(ei) p(ublicae) ob honorem auguratus sestertium XXI mil(ibus) et ducentis numtnis, Mercurium ex sua liberalitate posuit etob dedicationem ludos scaenicos edidit{l\
Cette inscription semblerait prouver que la base était autrefois surmontée d’une image de Mercure; pourtant, le dessus de la pierre ne
(i) C. I. L., VIII, 17837. La pierre a été martelée après la mort de Géta pour faire disparaître toute trace de son nom ; elle portait pri¬
mitivement : PRO SALvTe DDD II NNN SEVERI’ ET Il ANTONINI ET || GETAE CAESARIS || AVGGG, etC.J
et plus loin maTi || avgg.
LE THEATRE
présente aucune marque de scellement ni aucune de ces traces que les pieds des statues laissent toujours sur leurs piédestaux. Il est probable que l’inscription n’avait d’autre but que de rappeler la libéralité de L. Germeus Silvanus et les jeux scéniques qui avaient marqué la dédicace de son Mercure.
La base a été trouvée au niveau du dessus du pulpitnm, tout près du mur qui le séparait de l’orchestre.
On arrivait dans l’orchestre à droite et à gauche par deux grands passages F, G, qui mettaient la partie basse du monument en communication avec l’extérieur. Mais tandis que dans l’un on entrait directement de la rue, il fallait pour pénétrer dans l’autre traverser une partie des dépendances du théâtre. Un coup d’œil jeté sur le plan suffira pour s’en rendre compte. On voit que la scène est entourée d’une grande enceinte fermée de tous côtés par des murs. Le mur CD, adossé à la montagne, à laquelle il sert de soutènement, est bâti en belles briques; on y voit encore, de place en place, des trous carrés où s’engageaient autrefois les échafaudages qui ont servi aux ouvriers lors delà construction ; ils disparaissaient jadis, comme tout le mur, derrière un revêtement de grosses pierres de taille, qui n’existe plus. Le mur BC, au contraire, qui limite du côté de l’ouest une grande cour, K, est fait en très mauvais appareil et présente des traces nombreuses de remaniement. Le mur AB donne sur la Rue du Théâtre; il est percé de plusieurs portes. La première (n° i) mesure actuellement plus de 2m,$o. Les briques qui en constituent la charpente étaient, à l’époque romaine, recouvertes de pierres de taille, aujourd’hui détachées de la maçonnerie. Elle se fermait par une grille. L’entrée n° 2 a 3 mètres de large; on distingue encore les traces de scellement de la porte qui s’y adaptait. A côté de l’entrée n° 2, sur le mur qui la sépare de l’entrée n° 1 , on a encastré une belle plaque de pierre, large de 2m,o8, où se lit une inscription, parfaitement conservée, datée de l’année i$8(l).
LE THEATRE
IOI
I M P E RAT O RE CAESARE DIVI HADRIANI FILIO DÎVI TRAIANI NEPOTE DIVI NERVAE PRONEPO TE T AELIO HADRIANO A N T O N I N O A VG VS T O P I O COS • Ï77Î TRIBVNICIAE POTESTATIS xTF L MATVCCIVS FVSCINVS LEGAT VS AVGVSTI • PR PR CONS VL DESIGNAT VS PATRON VS ■ COL • D ■ D- P • P
Imperatore Caesare, Divi Hadriani filio , Divi Trajaninepote, DiviNervae pronepote, T. Aelio H adriano Antonino Augusto Pio co(n)s(ule) //// tribuniciae potestatis XXI, L. Matuccius Fuscinus, legatus Augusti pr(o)pr(aetore), consul designatus, patronus col(oniae) ; d(ecreto) d(ecurionum) p(ecunia) p(ublica).
Nous en reparlerons plus loin ; il suffira d’avertir ici le lecteur qu’elle a été trouvée, un peu en arrière, devant la porte n° 7, la face tournée vers la terre. Il est donc vraisemblable qu’elle provient de . cette porte.
L’entrée n° 3 est large également de 3 mètres; les gonds sur lesquels tournait la grille de clôture ont laissé sur le dallage des marques très visibles. Même observation pour la porte n° 4, large de 2m,$o. Les portes $ et 6 sont plus petites; elles semblent avoir été postérieurement bouchées avec de petits matériaux.
La porte n° 1 donnait accès, ainsi qu’il a été dit plus haut, à un large couloir qui menait à l’orchestre; par les quatre autres, on pénétrait dans l’enceinte du théâtre; on pouvait de là, soit entrer sur la scène par la porte n° 7, soit monter sur le grand portique P, soit, en faisant un détour par la cour K, passer par la porte 8; si l’on continuait, par la porte 9 on arrivait à la scène, ou, par la porte 10 au couloir F, qui aboutissait sur l’orchestre.
Ces deux couloirs F et G ont leurs analogues dans la plupart des théâtres romains, et tout particulièrement dans ceux de Pompéi(I),
(1) Breton, Pompeia, p. 218; Overbeck, Pompeji (4e édition), p. 157.
LE THÉÂTRE
d’Orange (l) et d’Aspendos (2). L’originalité du théâtre de Timgad est que l’un de ces couloirs (F) ne débouche pas à l’extérieur directement, mais vient buter contre un mur qui le ferme; cela tient à ce que la colline utilisée pour la construction de l’édifice était encore assez étendue au point D; on jugea inutile ou trop dispendieux d’aménager une entrée au théâtre de ce côté, soit par des escaliers descendant de la partie élevée, soit par un long corridor percé à travers l'épaisseur du sol(3).
Les couloirs F et G étaient tous deux voûtés, ainsi que le prouvent les restes d’arc de soutien en pierre de taille et de blocage encore adhérents aux parois latérales. Ils débouchaient dans l’orchestre au niveau de la quatrième rangée de gradins à partir de la balustrade. Toute la partie supérieure était certainement recouverte par les gradins de la cavea qui débordaient de la sorte, à droite et à gauche, jusqu’à l’alignement du proscaeniam — c’est une disposition commune à beaucoup de théâtres romains. Sans doute même il existait, à la partie inférieure de ce segment additionnel, juste audessus de l’endroit où les couloirs aboutissaient dans l’orchestre, deux loges avancées, deux tribunes; on sait que le théâtre d’Orange (4), celui d’Aspendos (5) et ceux de Pompéi (6), offrent des exemples du fait. A Pompéi, dans le grand théâtre, on a même trouvé à cet endroit les débris d’une chaise de luxe(7). Les Romains donnaient à ces « avant-scènes » le nom de tribunalia^\ on a émis l’idée qu’elles étaient, à Pompéi, réservées aux prêtresses.
(1) Caristie, Monuments romains à Orange,
pl. L, LI.
(2) Texier, Description de l’Asie Mineure , III, pl. 232, 232 bis. Niemann et Petersen, op. cit., I, p. 1 10.
(3) Par là aussi l’architecte se conformait à un précepte de Vitruve, qui recommandait de
mettre par tous les moyens possibles les théâ¬
tres à l’abri de la chaleur venant du midi.
(Vitruv., De Ar ch., V, 3 : Etiamque providendum est ne impetus habeat a meridie : sol enim quum
implet ejus rotunditatem, aer conclusus curvatura
neque habens potestatem vagandi, versando confervescit ) .
(4) Cf. Caristie, loc. cit.
(5) Cf. la vue du théâtre donnée par Texier, op. cit., III, pl. 232 bis et par Niemann et Petersen, op. cit., I, pl. XXI et XXVII; cf. p. no.
(6) Overbeck, Pompeji, p. 157, 164, 174.
(7) Breton, Pompeia, p. 219.
(8) Cf. à ce sujet Arnold, Das altrômische Theatergebàude, p. 10.
LE THEATRE
Le fond du couloir F est aujourd’hui ruiné de telle sorte que les restes nous en offrent comme une coupe du théâtre; ils permettent de saisir sur le vif les détails techniques de la construction
(fig- 43)-
Dans tous les théâtres romains, le niveau de l’orchestre est inférieur à celui du plancher de la scène; il en était de même à Tim-
Fig. 45. — Fond du couloir F (d’après une photographie de M. Mieusement).
gad. Le mur du pulpitum (plate-forme où jouaient les acteurs), bâti de briques, a été conservé presque dans son intégrité; il est haut actuellement de om,7$ W. Il se compose d’un mur épais de 1 mètre où sont ménagées des niches alternativement circulaires et rectangulaires de om,6$ de profondeur — celle du centre est circulaire. — Elles étaient jadis recouvertes de placages, dont Duthoit a retrouvé
(1) Vitruve (De Arch.,V , 2) recommande (1 m 48.). On n’était pas allé jusque-là à
de lui donner une hauteur maxima de 5 pieds Timgad.
LE THEATRE
de nombreux fragments (fig. 44) ils mesuraient 7 ou 8 centimètres d’épaisseur - — et décorées d’un petit ordre isolé de colonnettes dont on peut encore reconnaître la position. Le diamètre inférieur de la
Fig. 44. — Mur antérieur du pulpitum (d’après une photographie de M. R. Cagnat).
colonne estdeom,i2^. Le chapiteau qui s’y ajustait a été également retrouvé dans les fouilles; il appartient au genre corinthien et est d’un travail assez médiocre. Le plateau supérieur de l’abaque me-
LE THEATRE
sure om,i^. Cela suppose une colonnette haute de im,2$ environ, y compris le chapiteau et la base. L’entablement qui surmontait cet ordre est assez finement profilé(l).
Aux deux extrémités H, deux enfoncements quadrangulaires étaient occupés par des escaliers qui permettaient de passer directement de l’orchestre sur la scène ou réciproquement. C’est là une particularité qui n’est pas nouvelle dans les théâtres romains; elle est même connue par certains textes d’auteurs. Suétone signale parmi les gens de distinction qui se donnèrent en spectacle à l’époque de César, D. Laberius, chevalier romain; « il joua, nous dit-il, un mime de sa composition; il reçut de César cinq cent mille sesterces et l’anneau d’or ; et, de la scène, il alla, en traversant l’orchestre, s’asseoir sur an des quatorze premiers gradins du théâtre^ ». A Pompéi,les escaliers qui relient l’orchestre à la scène sont parfaitement conservés (3).
En tenant compte de ces particularités et des traces laissées sur le sol par les bases des colonnettes, M. Ballu a pu dresser du mur antérieur du pulpitum le plan restitué que nous donnons au-dessous du plan du théâtre à la pl. XIV. C’est là un résultat d’autant plus intéressant que cette partie des théâtres antiques est généralement fort mal conservée, que la plupart du temps elle a été dépouillée de tous ses ornements et que l’on s’était plus d’une fois demandé, sans succès, comment elle était décorée(4). Il va sans dire que cette ornementation n’était pas la même partout. Deux théâtres africains fouillés récemment l’un et l’autre nous le montrent. A Djemila (l’ancienne Cuicul), le mur du pulpitum est garni de pilastres qui
(r) Une colonnette existe encore en entier avec son entablement : elle a été remise en place.
(2) Suét., Caes., 29. Les quatorze premiers gradins étaient réservés, on le sait, aux chevaliers par la loi Roscia theatralis de 67 av. J.-C. Cf. Marquardt, Le Culte che 3; les Romains, II, p. 3 11.
(3) Cf. le plan du proscaenium dans Overbeck, Pompeji, p. 166.
(4) En avant du pulpitum existent deux regards destinés à recueillir les eaux de pluie qui tombent dans le théâtre ; ils desservent un grand égout qui communique, près de l’entrée nord, avec le collecteur qui suit la Rue du Théâtre.
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flanquent chaque niche (fig. 4$); à Dougga(l), il est bâti en belles pierres de taille, soigneusement polies et rehaussées de moulures; c’est toute la décoration qu’on y remarque.
La partie supérieure du pulpitnm, le proscaenium (R) — ce que nous appelons aujourd’hui la scène — n’existe plus : c’était un plancher de bois qui a dû être détruit, sans doute par le feu, dès l’antiquité; mais il en reste des soubassements (hyposcaenium) très bien conservés : ils se composent de trois rangées de 14 piliers carrés, hauts de om,7$ environ, et distants l’un de l’autre de im,$o.
Fig. 4 j. — Détail du mur antérieur du pulpitum à Djemila.
Une série de poutres de bois reposaient sur ces bases et soutenaient elles-mêmes le plancher. Cet état du proscaenium montre à l’évidence qu’on n’avait pas cru devoir ménager à Timgad de ces dessous savants, comme on en avait imaginé ailleurs, sous l’Empire.
Entre la première rangée de piliers et le mur du pulpitum, la
(1) M. le Dr Carton, qui a déblayé l’édifice, le décrira dans un travail spécial. Les photographies qu’il y joindra donneront la preuve du fait que nous avançons ici. On peut se faire provisoirement une idée du mur du pulpitum en se reportant à une gravure extraite
de Y Illustration (décembre 1893) qu’il a jointe à sa brochure intitulée : Une campagne de fouilles à Dougga, Lille, 1894, in-8° ( Bulletin de la Société de Géographie de Lille , mai-juin 1894).
LE THEATRE
distance est d’environ om,yo; on y distingue sur le sol environ quatorze trous rectangulaires de om,2o de côté à peu près, percés dans des dalles de pierre évidées. Le même fait a été signalé ailleurs, par exemple, dans le grand théâtre de Pompéi(l) : le terre-plein qui soutenait le plancher de la scène y est précédé d’une large fosse au fond de laquelle sont ménagés huit trous. On a émis depuis longtemps l’idée que là s’enfonçaient les poutres qui soutenaient le rideau; au début de la représentation, celui-ci descendait en glissant le long de ces poutres et tombait dans la fosse où il demeurait jusqu’à la fin du spectacle.
Mazois a même proposé à ce sujet(2) un système fort ingénieux. Selon lui, « chacune des ouvertures aménagées dans le sol renfermait un poteau creux qui descendait depuis le niveau du pulpitum jusqu’au fond de la fosse où se dissimulait la toile. Ce poteau creux en renfermait un autre en bois, également creux, et celui-ci en contenait un troisième, qui pouvait même en renfermer un quatrième. Ces supports, enchâssés les uns dans les autres, pouvaient se désemboîter et se lever au moyen de cordages attachés à la base de chacun d’eux, passant sur une poulie à la partie supérieure de chaque étui, se coudant encore sur une poulie de renvoi au bas de l’appareil et allant s’enrouler sur un treuil disposé à l’extrémité de la fosse. Le rideau était attaché par des tringles en fer qui joignaient deux à deux les extrémités supérieures de ces piliers. On sent qu’alors il ne fallait qu’une manœuvre fort simple, soit pour abaisser le rideau et découvrir la scène, soit pour le relever de deux ou trois
fois la longueur d’un des emboîtements . On sait, d’ailleurs, que
les anciens ne recherchaient pas dans leurs dispositions scéniques cette exactitude dont nous sommes si préoccupés. Le bas de la scène était caché ou bien on le supposait caché. Cela revenait au même pour des .esprits dociles à un genre d’illusion qui était toute
(1) Sur ce détail, voir Mazois, Ruines de bàude bei den Griechen und Rôtnern, p. 16.
Poinpéi, IV, p. 64. Cf. Wieseler, Theatet'ge- (2) Op. cit., IV, p. 64.
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conventionnelle. » Overbeck(l) déclare ce système inadmissible : il est plus vraisemblable, dit-il, que le toit de la scène était utilisé pour la suspension du rideau et que ces trous percés dans le sol livraient passage à des cordes qui étaient manœuvrées de dessous à bras d’hommes, lorsqu’il s’agissait de lever ou de baisser la toile. Une constatation faite par M. Milvoy semble donner tort à Overbeck. En fouillant une de ces pierres évidées du théâtre de Timgad, il a retiré de la cavité des débris de bois dont les fibres étaient encore nettement visibles, et un clou de fer assez bien conservé. On ne saurait donc douter que, à Timgad, le rideau n’ait glissé le long de poteaux, selon le système de Mazois ou suivant tout autre qu’on imaginera.
Cette fosse, aménagée en arrière du pulpitum, jouait aussi l’office de nos trappes modernes. Par là surgissaient les personnages et les fantômes qu’on voulait faire apparaître tout à coup sur la scène (2). On doit donc admettre que le plancher de la scène ne s’avançait pas au delà de la première rangée de piliers, et qu’il y avait entre cette rangée et le mur du pulpitum une tranchée béante, large de o'Cyo environ .
Il est arrivé à Timgad ce qui s’est produit presque partout; le mur de la scène (scaena) a entièrement disparu ainsi que ceux des parties accessoires qui constituent chez nous les coulisses (postscaenium). Une levée de terre, TV, haute de im,6o (voir la fig. 46), indique seule aujourd'hui la limite extrême du postscaenium.
Contre celui-ci venait s’appuyer une longue colonnade P, terminée à chaque extrémité par un escalier de huit marches (fig. 46). Elle est formée de colonnes hautes jadis de $m,6o, y compris la base et le chapiteau. Le tout est d’ordre ionique et d’une exécution tout à fait pauvre; il est même possible que cette médiocrité trahisse une répa-
(1) Pompeji, p. 167.
(2) Schol. Bob. in Cic., pro Sestio, 59, 126: Ut Polydori urnbra secundum consuetudinem scaenicorum ah inferiore aulaei parte pro¬
cédât ; Ammian. XXVI, 6, 15: Simulacrum quoddam insigne per aulaeum subito putares... emersum. Cf. Marquardt, Le Culte, II, p. 327, note 2.
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ration du théâtre d’époque postérieure. Vitruve recommande à l’architecte de placer derrière le théâtre des portiques où le peuple surpris par la pluie au milieu des jeux, puisse se mettre à l’abri (l), et il fait remarquer que ce précepte a été appliqué plus d’une fois ; à Rome il cite le théâtre de Pompée, et le plan qu’on en a confirme son assertion (2). On a la preuve qu’il en était ainsi à Ostie(3), à Orange (4) et ailleurs encore. Il n’est guère possible d’attribuer cette destination
Fig. 46. — Fond de la scène (Archives du Service des Monuments historiques).
au portique du théâtre de Timgad. Sesdimensions assez restreintes — il est long de moins de 40 mètres et large de 3 mètres- — en auraient fait un asile bien exigu ; en outre, il est ouvert vers l’ouest qui est le côté le plus exposé à la pluie; enfin, les spectateurs étaient assez
(1) De Archit., V, 9.
(2) Voir dans Guhl et Koner la partie du
plan ancien de Rome où il est représenté
( Leben der Griechen und Rome r, 6e édition, p. 646).
(3) P. André, Mélanges de Rome, 1891, p. 500.
(4) Caristie a restitué un portique adossé au mur de la scène ( Monuments romains à Orange, p. 86 et pl. XLIV; cf. p. 79, fig. 32).
LE THÉÂTRE
voisins du forum pour qu’il leur fût possible d’y chercher un refuge en cas de mauvais temps. Si nous avions conservé quelques restes du postscaeniam, nous comprendrions peut-être que cette colonnade en était une dépendance immédiate, comme la grande cour qui s’étendait entre le théâtre de Pompéi et la « caserne des gladiateurs », à moins qu’il ne faille y voir simplement un passage couvert permettant d’accéder avec un moindre détour à la porte i o et au couloir V.
En avant de ce portique, à un niveau inférieur de 2 mètres en moyenne (I), et sanscommunication avec lui, était unvaste espace ouvert, K, dont nous avons expliqué plus haut Futilité (p. 101). Le public y pouvait, de plus, trouver un lieu de réunion et de promenade avant la représentation, pendant les interruptions du spectacle, et, en général, toutes les fois que les portes qui donnaient sur la Rue du Théâtre étaient ouvertes.
On a retiré des fouilles un grand nombre de fragments d’ornementation appartenant au théâtre et probablement au mur de la scène;
mais le désordre dans lequel ces fragments ont été rencontrés était tel qu’on ne peut rien préciser. 11 faut néanmoins mentionner quelques morceaux plus remarquables que les autres. Nous citerons, en première ligne, trois chapiteaux de colonnes d’ordre corinthien. On les a déposés sur divers points du théâtre, à l’endroit où on les a trouvés. Ils rappellent certains chapiteaux du forum et ne sortent pas de la banalité. Le travail en est cependant assez soigné. Il faut en rapprocher certains morceaux de corniche très finement sculptés. Celui qui est dessiné à la figure 47 est remarquable par les feuillages qui ornent la doucine.
Fig. 47. — (D’après une photographie de M. R. Cagnat.)
(1) Le mur qui soutient le portique et qui est haut de im, 5 6 du côté nord et de 2m, 10 est encore très bien conservé (voir pl. XV) du côté sud.
LE THEATRE
Plus remarquables encore par la recherche du dessin sont des plaques de pierre composées de trois panneaux (fig. 48) : le panneau central contient une rosace inscrite dans deux carrés dont les côtés se coupent de façon à dessiner une étoile; ceux de droite et de gauche, plus étroits, sont occupés chacun par deux ornements en forme de croissant ou de ce bouclier qu’on nommait pelta, juxtaposés, le milieu du panneau étant décoré d’un rectangle, avec un losange à l’intérieur. Ces dessins rappellent beaucoup ceux qui étaient usités dans les mosaïques de pavage, à figures géométriques(l).
C’est dans les déblais de la scène, qu’on a recueilli une statue de
Fig. 48. ■ — (D’après une photographie de M. Alb. Ballu)
dame romaine brisée en quatre morceaux qui se rejoignent : la tète seule a disparu (voir au dos, fig. 49). Elle reproduit un type banal de la sculpture au temps de l’empire, et appartient à cette catégorie de portraits en pied exécutés d’avance, d’après un même patron, dont la figure était ensuite achevée à la ressemblance de la personne dont on voulait représenter l’image(2). A Timgad même on a trouvé, dans le macellum, une statue tout à fait semblable dont nous parlerons
(1) Voir, par exemple, Saladin, Descripdes Antiquités de la Régence de Tunis , I, fig. 16 et fig. 123 .
(2) Cf. Friedlânder, Mœurs romaines sous l’empire (trad. franc., III, p. 291 et suiv.).
LE THÉÂTRE
plus
loin. Celle du théâtre est un peu plus grande que nature. Non
loin de là on a rencontré un fragment du buste supérieur d’une statuette en calcaire de travail grossier (hauteur om,30 environ).
On a aussi retiré des décombres du théâtre une plinthe arrondie par derrière, où se lisent les mots: Genio Pacis (I). Elle supportait sans doute une statue, placée dans une niche circulaire.
La même fouille a amené la découverte d’un certain nombre de fragments portant des inscriptions.
C’est d’abord un soffite décoré d’oves et de perles qui gît à terre au pied du talus de la colonnade; il est bien probable qu’il était employé autrefois dans la décoration du mur de fond de la scène ; on y lit en beaux caractères de om, 1 6 le mot :
CH £ HO NJ
Fig. 49.
M. Dessau a copié sur un bloc identique, qui a été utilisé dans la construction du fort byzantin, les lettres :