‹ Timgad, une cité africaine sous l'empire romainChapitre 18 sur 47 · EC V · texte numérisé non relu

EC V

qui appartenaient au mot p]ecu[nia^2\ Si le rapprochement de ces deux morceaux est légitime, il faut en conclure que le théâtre a été

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pillé dès l’antiquité et que les morceaux en ont été employés dans de nouvelles constructions. M. Milvoy avait remarqué, de son côté, que le monument avait été détruit par la main des hommes. « Les démolisseurs, dit-il, enlevaient toutes les pierres équarries, abandonnant les colonnes, chapiteaux, statues; plusieurs pierres sont encore à demi soulevées de leur lit de pose ; une cale les maintient en bascule; on procédait alors avec précipitation (I). » Toutes ces observations se confirment l’une l’autre. C’est dans les murs de la forteresse byzantine qu’il faut vraisemblablement chercher tous les gradins du théâtre aujourd’hui disparus. Si les soldats de Solomon ont épargné les rangées inférieures, c’est sans doute qu’elles étaient, lors de leur venue, ensevelies sous les ruines des murs de la scène et des parties hautes de l’édifice précédemment saccagées par les Maures (2).

Tandis que ce fragment d’inscription nous indique la date de la destruction du théâtre, d’autres nous révèlent l’époque où il fut construit. Ils appartiennent à une épaisse plaquede pierre, aujourd’hui réduite en petits morceaux, qui mesurait om,yo de hauteur(3). Le soin avec lequel on les a recueillis permet de reconstituer le texte, non seulement dans son ensemble mais presque dans tous ses détails. Nous le donnons à la page suivante (fig. $o), tel que nous avons essayé de le restituer, en distinguant par des grisés différents les parties dont la place est certaine et celles auxquelles on ne peut assigner une place que par conjecture — celles-ci sont indiquées par des hachures.

On lira: [Imperajtore [Caes(are) M Au]rel[io Antonino ] [Augu]sto \pon]tifice tnaximo \trib(uniciae)\ potes[tati]s [ XXI (XXII, ou XXIII) imp(eratore) IV fou V), co(n)s(ule) III, p(atre) p(atriae)] e[t Imp(eratore) Caes(are) L.Aur]eli[o] V[er]o (4) pontif[ice max(imo) t]ri[b(uniciae) potes-

(1) Ville romaine de Thamugas, p. io.

(2) Voir ce que nous avons dit de la destruction de Timgad dans Y Introduction.

(3) C. I. L., VIII, 17867 : les fragments y

sont transcrits sans essai de restitution.

(4) Il n’y a pas la place de restituer ici le mot Aug(usto), qui paraît bien avoir été écrit après les noms de Marc Aurèle. C’est une anomalie qui est sans importance.

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tatis VII (VIII ou IX), imp(eratore) //// fou V), co(n)s(ule) III, p(atre) p(atriae) piis A]ug[ustis Af\me(n)iac\is Medic]is P\arthï]c[is] max[imis Divi ] Ant[onini] Pii fili(i)s, [ Divi Hadr]ian[i] nepotib[us, Divi ] Traj[ani\ Part[hi]c[i pronepo]t[ibus, Divi Nerva]e a[dn]ep[otibus].

La date de cette inscription doit être cherchée dans les années 167, 168, 169, — nous avons admis conjecturalement dans la restitution l’année 167. C’est la période du règne simultané de Marc Aurèle et de L. Verus où ils portaient tous deux les titres de Medicus et de Parthicus Maximus dont la présence sur cette pierre est nécessitée par l’espace dont on dispose avant la filiation des deux empereurs.

Cette reconstitution permet de déterminer quelle devait être la longueur totale de l’inscription. En prenant pour base de calcul la longueur des deux ou trois fragments les moins mutilés, on voit que chaque ligne se composait environ de iço lettres; le texte complet devait occuper à peu près 2$ mètres. Il ne pouvait donc se développer que sur un même plan de grande étendue, sur le mur de la scène ou sur celui du postscaenium, extérieurement. Il nous paraît probable qu’il surmontait la colonnade du portique faisant face à la cour.

Rapprochée de l’inscription de l’an i$8 que nous avons signalée plus haut, comme ayant appartenu à une des portes de l’édifice, cette dédicace nous permet d’avancer que le théâtre fut bâti, ou du moins achevé sous Antonin le Pieux et sous Marc-Aurèle(l), un demi-siècle après l’époque où la colonie était fondée; il serait donc un peu postérieur aux monuments du forum.

Il est intéressant, pour terminer cette description, de montrer

(1) On notera que le théâtre d’Aspendos, mann et Petersen, Les Villes de Pamphylie et

qui offre avec celui de Timgad de nombreuses de Pisidie, I, p. 9 6; Annali, 1852, p. 164;

ressemblances dans l’ensemble, date précisé- C. I. L., XIV, 3030, et III, 231. ment du règne d’ Antonin le Pieux. Cf. Nie-

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que le plan général de l’édifice n’a pas été établi conformément aux règles mathématiques que Vitruve a tracées.

Nous rappellerons en deux mots que la théorie de Vitruve, dans ses lignes essentielles, est la suivante (l). Le centre du théâtre étant en A (fig. i),on décrit un cercle sur le diamètre BCqui représente le devant

du pulpitum; la demi-circonférence BDC limite l’orchestre; on inscrit alors dans le cercle un triangle équilatéral ayant son sommet en D ; la corde FG indique l’emplacement du mur de la scène ; en partageant la demi-circonférence BDC en six parties égales, on obtient les cinq points d’où doivent partir les cinq escaliers qui diviseront le premier maenianum^.

Or, si l’on cherche le centre de la circonférence qui a servi à tracer l’orchestre, au théâtre de Timgad, on s’aperçoit qu’il tombe à plus de im,$o en avant de la ligne du pulpitum et que le mur de la scène est fort en arrière de l’endroit où il devrait être établi, si l’on avait suivi la méthode énoncée ci-dessus ; par contre le pied des escaliers aboutissant au podium est plus rapproché du sommet du triangle équilatéral que ne le veut Vitruve (fig. $2, ci-contre). Ce sont là des particularités qu’on a signalées ailleurs (3). Le recul du pulpitum

(1) De Arch., V, 6 : « Uti quant magna futura est perimetros imi, centro medio collocato circumagatur linea rotundationis ; in eaque quatuor scribantur trigona paribus lateribus et intervallis quae extremam lineam circinationis tangant.. . Ex Iris trigonis cujus latusfuerit proximum scaenae ea regione quae praecidit curvaturam circinationis, ibi finiatur scaenae frons ; et ab eo loco per centrum parallelos linea ducatur, quae disjungat proscenii pulpitum et orchestrae regionem, cunei spectaculorum in theatro ita dividantur , ut anguli trigonum qui currunt circum curvaturam circinationis dirigant ascensus scalasque inter cu-

neos ad primant praecinctionem... Hi autem anguli qui s tint in imo et dirigunt scalaria erunt numéro septem.

(2) Vitruve parle de sept escaliers parce qu’il en suppose un à chaque extrémité du maenianum inférieur contre le mur qui prolonge le pulpitum.

(3) Caristie a remarqué aussi qu’à Orange le centre de la circonférence de l’orchestre tombe en avant de la ligne du pulpitum, et que le fond de la scène est plus éloigné de celui de l’orchestre que ne le veut Vitruve (Monuments romains à Orange, p. 46).

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