‹ Timgad, une cité africaine sous l'empire romainChapitre 20 sur 47 · I. — Porte du nord · texte numérisé non relu

I. — Porte du nord

L’édifi ce se présente sous l’apparence de deux massifs de maçonnerie coupés à hauteur d’homme (fig. $4). Le soubassement seul est intact; des pilastres et des colonnes qui ornaient le corps

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du monument, il ne reste plus que les bases et la partie inférieure. On peut néanmoins dresser le plan de la porte et s’en représenter même les détails, par analogie avec les nombreux arcs connus.

Ce qui caractérise ce plan (fig. $$) c’est la présence, au centre, des deux piles de chambres rectangulaires — elles mesurent 2m,7$ de côté: il y a là une particularité dont on n’a pas signalé encore en Afrique d’autres exemples. Elle ne s’expliquerait guère pour un arc de triomphe, monument essentiellement honorifique et par

Fig. s$. — Porte du Nord (Relevé du service des Monuments historiques).

suite décoratif; pour une porte de ville, il en est tout autrement. On comprend qu’il ait paru nécessaire de fournir un abri, un « corps de garde » à ceux qui étaient chargés de surveiller l’entrée de la cité, soit pour en assurer la sécurité, soit pour y percevoir des taxes plus ou moins voisines de nos octrois. Mais alors il est assez étonnant que la même disposition n’existe pas pour la porte de l’Ouest. Sauf ce détail la porte septentrionale de Timgad rappelle tous les édifices du même genre.

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L’écartement des pieds-droits de l’arc est de 3™, 20; l’édifice mesure i2m,2$ de largeur et $m,3$ de profondeur. Les deux façades étaient ornées chacune de deux pilastres et de deux colonnes engagées d’ordre corinthien (diamètre: om,3o). On a retrouvé quelques-uns des chapiteaux; ils ne sortent pas de la banalité (fig. $6).

Fig. 56 (d’après une photographie de M. Cagnat).

Du côté du Nord, l’arc n’occupe pas toute la largeur de la voie qui y aboutit; celle-ci, qui mesure iQ,2$, débordait de im,$o à droite et à gauche du monument; mais cette disposition n’existe que sur im,$o de longueur; à cet endroit le pavement cesse et l’on a fermé le passage, à une date postérieure, semble-t-il, avec des matériaux empruntés. Les dalles de la route portent en creux la trace des roues qui les ont usées. Dans l’ouverture de l’arc on distingue très nettement sur le sol les trous qu’ont laissés les pivots de la porte; ils sont indiqués sur le plan.

Enfin, dernier détail à signaler; de ce côté, il existait autrefois, en avant de chaque moitié de la façade et appuyée contre elle, un piédestal rectangulaire large de 2m, 1 $ et profond d’autant; l’empreinte en est très nettement indiquée sur le pavé. Il faut en conclure qu’on avait élevé à droite et à gauche de la porte un monument décoratif, probablement une statue : chaque piédestal devait porter une inscription; c’est un fait qu’il importe de retenir.

Quand on regarde l’ordonnancement des deux façades de l’arc on est frappé de la ressemblance qu’il présente avec celui de l’entrée

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principale du forum que nous avons décrite plus haut (p. 18 et fig. 8). Si Ton remarque que ces deux monuments formaient chacun l’extrémité de la grande rue qui conduisait de l’entrée de la ville à la place publique, on se persuadera que cette similitude est voulue et que les deux portes ont été établies à la même date, lors de la fondation et du tracé primitif de Timgad.

C’est ce que semble prouver aussi la présence, au milieu des décombres qui gisaient au pied de l’édifice, de plusieurs fragments qui appartiennent à une grande inscription (l).

En rapprochant les différents morceaux qui en subsistent et en complétant le texte d’après une inscription identique déjà connue (2) — nous en reparlerons plus bas — nous sommes arrivés à la restitution suivante (fig. $7) :

[. Imp(erator)\ Ca[esa]r D[ivi Nerv]ae [f(ilius) Nerva T]ra[j]a[nus A]ug(ustLis) [ Ger]ma[ni]cus pontif(ex) m[ax(imus), trib(unicia po]t(estate) llll, [c\o(n)s(ul) 1 1 1 } p(ater) p(atriae) [col(oniam) Marci]anam Traja[nam Tha\muga[d]i per leg(ionem) III Aug(ustam) fec(it), [L. Munatio] Gal[l]o le[g(ato)] Aug(usti) pro pr(aetore).

(2) Ibid., 17842. Voir plus loin page 143.

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Ce texte date l'érection de cette porte de l'an 100 après J. -C.; au moins à cette époque en conçut-on le plan et en commença-t-on la construction.

Ce qui nous empêche d’affirmer que l’achèvement de la construction soit aussi du règne deTrajan, c’est qu’il a été trouvé dans les déblais, également au pied de l’arc, une autre inscription ou plutôt deux fragments d’une autre inscription dont le troisième n’existe plus. Les lettres ont om, 1 ç de hauteur^);

I A N I PARTH ICI NEPOII DIV1 NERVAE PRO AVG PIO P P IMP II PONTlF MAX TRIB POT XXII COS 1 1 1 1 DESIGN PATRONVS COL DEDICAVIT D D P P

En ajoutant les compléments nécessaires on obtient la lecture suivante :

[împ(eratori) Caes(ari) Divi Hadriani fd(io), divi Tra\jani Parthici nepoti, Divi Nervae pro[nepoîi T. Aelio Hadriano Antonino] Aug(usio) Pio p(atri) p(atriae), imp(eratori) II, pontif(ici) max(imo), trib(unicia) pot(estate) XXII, co(n)s(uli) II II [ L . N ovins Crispions leg(atns) Ang(nsti) pr(o) pr(aetore), co(n)s(ul)\ design(atns), patronns col(oniae) dedicavit. D(ecreto) d(ecnrionnm) p(ecnnia) p(nblica).

Les détails chronologiques contenus dans cette dédicace nous reportent à l’année 149 de notre ère, sous le règne de l’empereur Antonin le Pieux,

Avec les restitutions qu’elle comporte, cette seconde inscription devait être longue à près de 8 mètres — ce qui en reste mesure 4'n,2o ; la pierre était haute environ de im,2o. 11 est donc plus que vraisemblable qu’elle occupait l’attique de la porte et qu’elle en couvrait la plus grande partie. Il faut conclure de là que l’édifice

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ne fut terminé que vers le milieu du IIe siècle ou tout au moins qu’à cette époque on y apporta quelque embellissement.

Quant à la pierre qui porte le nom de Trajan les circonstances de la découverte nous invitent également à la rapporter à la porte septentrionale, d’autant plus, nous le verrons tout à l’heure, que l’arc dit de Trajan portait une inscription semblable. Nous supposons donc qu’elle occupait, elle aussi, l’attique, — elle mesure également im,2o environ en hauteur — mais qu’elle se développait sur la face opposée à celle où l’on grava les noms et titres d’Antonin. En raisonnant par comparaison avec l’arc de Trajan nous pensons qu’elle regardait le Nord, et s’offrait, par conséquent, aux yeux de ceux qui arrivaient à Timgad venant de Cirta ou des villes intermédiaires: c’était bien là la place convenable pour un texte épigraphique qui était, pour ainsi dire, la charte de fondation de la cité.

On remarquera que la longueur totale de la pierre, y compris les formes de queues d’aronde qui terminent l’inscription à droite et à gauche, ne dépasse pas trois mètres. Elle était donc disposée exactement au-dessus de l’ouverture de la porte et ses extrémités étaient à peu près dans le prolongement de la ligne des pieds-droits.

Parmi les débris qui gisaient autour de l’arc on a recueilli deux autres débris épigraphiques dont les lettres ont pareillement om, 1 $ environ de hauteur.

On lit sur l’un :

et sur l’autre :

Ces éléments se retrouvent tous dans la dédicace d’Antonin. Il paraîtrait donc naturel de voir dans cette nouvelle inscription une répétition de ladite dédicace, et de la placer en pendant sur l’attique de l’arc, si celle-ci n’était déjà occupée par l’inscription de Trajan. Mais comme, d’autre part, les deux fragments sont très minimes, et

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que les mots Parthicus et dedicavit peuvent figurer dans toute dédicace faite à un prince de la famille de Trajan, il est difficile de tirer une conclusion, même probable, de documents aussi insignifiants. Rien n’empêche, par exemple, qu’ils aient appartenu à fune des deux bases honorifiques aujourd’hui détruites dont nous avons signalé la présence en avant de la façade septentrionale de la porte du Nord, ou même qu’ils aient été, dans les bas temps, utilisés pour une réparation de la porte.

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