‹ Timgad, une cité africaine sous l'empire romainChapitre 25 sur 47 · X . B RT GER · texte numérisé non relu

X . B RT GER

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eT ivliae

Marti Aug(usto) conservatori dominorum n(ostrorum) Imp(eratorum) L. Septimii Severi et M . Aurelii Antonini Pii F el(icis) Aug(usti) Part(hici) Max(imi), Brit(annici) , Ger(manici) Max(imi) Aug(ustorum) et Juliae, .

La fin de l’inscription était semblable à celle de la précédente, puisque dans celle-ci, rédigée et gravée d’une façon toute pareille, il est question des deux statues que L. Licinius Optatianus avait

(1) Les noms et les titres de Géta ont été martelés aux lignes 2, 4 et 8-9 ; dans ces dernières ils ont été remplacés par des épithètes honorifiques en l’honneur de Caracalla.

(2) Ibid., 17835. L’observation faite dans la note précédente s’applique aussi à cette inscription.

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élevées pour la somme de 35,000 sesterces à la suite de rhonneur qu’on lui avait fait en le nommant flamine perpétuel.

Des deux textes il résulte qu’au temps de Septime Sévère et de ses fils, on plaça en avant des deux pieds droits de l’ouverture centrale de l’arc de triomphe deux images, l’une de la Concorde et l’autre de Mars, et que chacune d’elles revint, avec les piédestaux

Fig. 61. (D’après une photographie de M. Cagnat).

à la somme de 17,500 sesterces, environ 4,500 francs de notre monnaie.

Mais il est curieux de remarquer que ces supports hexagonaux en remplacèrent sans doute d’autres qui existaient avant eux ; il suffit pour s’en convaincre de regarder avec attention le pavé sur lequel ils reposent (fig. 61). On y lit très distinctement la trace de deux grandes bases tout à fait analogues à celles que nous avons

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déjà signalées à la porte du Nord. Les dalles, placées de champ, qui en constituaient la face, avaient la largeur des piédestaux sur lesquels reposaient les colonnes, si bien que ceux-ci s’y encastraient exactement : elles mesuraient im,30 de profondeur sur 2 mètres environ de largeur. Il est donc probable qu’on fit, pour l’arc dit de Trajan, ce qu'on fit aussi pour la porte du Nord : afin d’en augmenter l’effet décoratif, on l’orna de bonne heure de deux grands socles surmontés de statues, qu’on disposa à terre, de chaque côté de la baie centrale. Au début du 111e siècle, on transporta ces socles ailleurs, si on ne les fit pas disparaître, et on les remplaça par les piédestaux hexagonaux que l’on y voit encore aujourd’hui.

Nous n’avons point parlé encore des inscriptions qui surmontaient l’édifice et s’étalaient sur l’attique. Ni Bruce, ni L. Renier ne les ont vues ; car ce qui en reste était enterré assez profondément. C’est en 1853 seulement qu’un officier, M. Becker, à la suite de sondages habiles, découvrit quelques fragments de l’inscription gravée jadis sur la face occidentale — et non sur celle qui regarde le forum, comme Renier le dit à tort. « Vous connaissez, je n’en doute pas », écrivait cet officier à L. Renier (I), « notre excursion à Thamugas et vous savez, par conséquent, que nous avons trouvé l’une des deux inscriptions de l’arc de triomphe. Ce résultat de faire connaître au monde savant à qui a été dédié ce monument, nous a déjà récompensé amplement d’un travail pénible accompli

dans des conditions peu favorables . Vous trouverez ci-inclus une

copie similaire des fragments de l’inscription de l’arc de triomphe avec les dimensions qu’elle devait avoir quand elle était complète. Par ce moyen, il ne vous sera pas impossible de la restituer entièrement. » Plus tard, Masqueray revit tous ces fragments, et ne

(1) Papiers Renier (Manuscrit déposé à la bibliothèque de l’Université sous le n° 23830, dossier XLVII, liasse 1). La lettre est datée du 18 septembre 1853. Le dessin auquel il est fait allusion dans cette lettre ne s’est pas retrouvé dans le dossier. — L. Renier a inséré

ce texte dans son Recueil des inscriptions d’Algérie, n° 1479 d’après la copie de M. Becker, et aussi d’après des copies de M. le général Creully et de M. le capitaine Toussaint. Il l’attribuait à la face orientale de l’arc.

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crut pas inutile de les republier(l). Wilmanns les chercha sans les trouver(2). Depuis les fouilles qui ont dégagé les abords de l’arc, ils ont été mis de nouveau à jour et portés sur le talus qui est à gauche de la voie, en attendant leur transfert au Musée. Voici quels sont les fragments qui existent encore aujourd’hui (fig. 62) :

Imp(erator) [Caesar] Divi Nervae [f(ilius) Nerva ] Trajanu[s Aug(ustus) Ge\rm[anic]us pontif(ex) [max(imus), trï\b(unicia) po[t(estate)] //[//, co(n)]s(ul) III , p(ater) p(atriae) [col(oniam) Marcijanam [ Tra j]anam \Thamuga\di per \le]g(ionem) III A[ug(ustam) fec(it), L. M]unat[io Ga]llo leg(ato) [Aug(usti)] pr[o pr(aetore)].

On voit que le texte de l’inscription est identique à celui qui a été retrouvé au pied de l’arc du Nord; les lignes sont un peu autrement disposées : telle est la seule et très minime différence. Les dimensions de ces différents morceaux permettent de calculer celles de la pierre, alors qu’elle était intacte. Nous voyons par là que la distance entre les moulures extrêmes qui limitaient le cadre est de 1 m, 1 o dans le sens de la hauteur, de 2 mètres dans le sens de la largeur. La plaque où ces lettres étaient gravées trouvant exac-

(1) Rev. Afric. (XX), p. 354.

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tement sa place entre la corniche qui formait le couronnement de Panique et le haut de la corniche de l’entablement(l), au-dessus de la baie du milieu, il n’y a pas lieu de douter qu’elle ait appartenu à l’arc de triomphe; d’ailleurs la teinte dorée dont elle est revêtue, qui est absolument celle de Parc tout entier, le prouverait à défaut d’autres arguments (2).

L’inscription qui ornait l’autre façade, celle qui est tournée vers le forum, n’a pas été retrouvée, soit qu’elle ait été emportée, une fois tombée à terre, dès l’antiquité, soit qu’elle n’ait jamais existé et que l’attique ait été simplement occupé par une dalle unie.

De tout cela il résulte que la dénomination d’arc de Trajan n’est qu’à moitié exacte, ou, tout au moins, qu’on ne peut pas affirmer qu’elle le soit entièrement. Les constatations faites à la porte du Nord doivent trouver ici aussi leur application. L’inscription citée plus haut nous indique que Parc de triomphe fut conçu et son exécution décidée au moment de la fondation de la ville, lors de l’établissement du plan primitif, mais rien ne prouve que la construction ait été exécutée sans retard. Peut-être s’est-il passé ce qui s’était produit pour la porte septentrionale, et la dédicace de l’édifice appartient-elle à l’époque d’un des successeurs de Trajan. Nous ne pouvons rien affirmer à ce sujet.

Il n’est donc pas beaucoup plus juste de donner le nom de Trajan à cet arc, que de l’appliquer à la porte du Nord ; mais c’est une façon assez commode de parler et l’on peut, pour cette raison, en conserver l’habitude.

L’étude de ce monument et du plan suivant lequel il a été établi n’est point seulement intéressante pour la ville de Timgad ou pour l’art romain en Afrique ; il n’est pas sans importance non plus

(1) Le cadre ne pouvait guère être plus large, l’extrémité des deux frontons latéraux empiétant un peu sur la partie centrale de l’attique.

(2) Les doutes émis par M. Grâf dans le

Baumeister, Dcnhnàlcr des Klassischen Altertums, III, p. 1890, note 1, ne sont pas fondés Il n’était pas au courant des détails de la découverte.

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pour l’histoire de l’architecture romaine, ou plutôt des portes triomphales romaines.

Au cours de l’article très intéressant que M. Grâf a consacré aux arcs de triomphe dans le dictionnaire de M. Baumeister, il remarque que durant le premier siècle de l’empire, le type auquel l’arc de Timgad se rapporte n’était usité ni à Rome ni dans les provinces. A la fin de la république et au début de notre ère, on bâtissait surtout des portes triomphales à une seule baie, les coins de la construction étant consolidés par des piliers ou des colonnes engagées, et l’archivolte reposant sur des pilastres. Tels sont les arcs de Spolète, le plus ancien de tous, de Garpentras, de Saint-Chamas, de Martorell, de Philippes, de Suse (fig. 63), de Trieste, de Rimini;

Fig. 63. — Arc de Suse. Fig. 64. — Arc de Titus.

on en bâtit de pareils jusqu’au milieu du Ier siècle. A la même époque, mais plus rarement, on employait encore une autre disposition : l’ouverture de la porte y est accostée de deux colonnes engagées, les quatre coins étant décorés, eux aussi, de colonnes engagées. On en a des exemples à Rome (arc de Titus) (fig. 64), en Italie (Ancône, Aoste, Benevent, Vérone), en Gaule (arc de Saint-Rémy). Ce dernier arc est, on le sait, et M. Grâf l’a reconnu lui-même, peut-être contemporain de César, celui d’Aoste est de l’âge d’Auguste. Les autres appartiennent au Ier siècle. Développé, ce type a produit sous Tibère l’arc .à trois portes d’Orange. Ce qui caractérise tous ces édifices, c’est la présence de colonnes aux quatre coins et l’absence de colonnes dégagées.

Il n’en est pas de même des arcs de Septime Sévère et de

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Constantin à Rome, qui marquent un degré de perfectionnement très notable. Leur plan est exactement celui de l’arc de Timgad : trois portes, une plus large au centre ; entre chaque porte et de chaque côté des piliers latéraux, mais non à l’angle de l’édifice, une colonne dégagée reposant sur un fort piédestal et reliée à un pilastre de même hauteur, qui supporte une architrave saillante perpendiculaire au plan de l’arc. On trouve ce type répandu dans tout le monde romain au IIe et au IIIe siècle ; mais le plus ancien exemple connu est précisément celui que fournit l’arc de Trajan de Thamugadi. Comme on rencontre vers la même époque ce système de colonnes dégagées employé à Rome, pour la première fois, par Apollodore de Damas dans la décoration du forum de Trajan (I), ainsi que le prouvent des monnaies de l’époque (2), M. Graf en a conclu, avec raison semble-t-il, qu’on saisit là l’indice d'une habitude architecturale naissante, bien appropriée à la richesse des monuments que l’on se mit à construire dans tout le monde romain. L’architecte qui dressa le plan de Timgad était au courant des usages et des goûts du jour ; il voulut le montrer en employant dans le dessin de l’arc les méthodes les plus nouvelles. Il ne se doutait pas que toutes les constructions analogues contemporaines étaient destinées à périr, tandis que son œuvre demeurerait, seul témoignage d’un revirement de la mode au début du IIe siècle de notre ère.

Il nous reste, pour achever la description de l’arc dit de Trajan, à appeler l’attention sur des bases de bornes milliaires qui ont été trouvées au pied, disposées de chaque côté de la voie, presque sous l’arcade centrale. Elles se composent de blocs rectangulaires percés à leur partie supérieure d’une ou plusieurs cavités circulaires: celles-ci étaient destinées à recevoir l’extrémité inférieure de colonnes.

(1) S’il est vrai, comme on l’avance (Middleton, Ancient Rom., II, p. 306), que l’arc de Constantin ne soit que la copie d’un arc de Trajan, on aurait là aujourd’hui le spécimen le plus ancien à Rome d’une porte

triomphale bâtie sur ce plan.

(2) Cohen , Monnaies impériales, II, p. 35, nos 167-269; Baumeister, loc. cit., p. 1873, hg. 1979.

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L’une de ces colonnes a été redressée à la place antique ; nous avons rétabli les autres à la fig. 6$ pour donner au lecteur une idée

Fig. 65. — D’après une photographie de M. Cagnat.

de l’aspect qu’offrait autrefois la base qui les portait. On lit sur le milliaire le mieux conservé :

D D N N N N I N V I C T I S S I MORVM PRIN CIPVM VALENTI NIANI THEODO SI ET ARCADI SEM PER A V G G G

D(ominorum) n(ostrorum trium) invictissimorum principum Valentiniani, Theodosi(i) et Arcadi(i) semper Aug(ustonim).

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L’inscription, qui date de 388-392 ap. J.-C., est complète en haut comme en bas, quoiqu’en ait dit M. Schmidt dans Y Ephemeris

epigraphica (l).

A côté, deux autres bornes moins intactes (2), sans pourtant que l’inscription en ait souffert, portent:

I M p c A E S M AV R E L I O CLAVDIO IN VICTO PIO FE L I C I A V G PONT MAX TRI B POT P P COS PROCOS R E S P Col T H A M V G

Imp(eratori) Caes(ari) M. Aurelio Claudio Invicto P 10 Felici Aug(usto) pont(ifici) max(imo), trib(unicia) pot(estate), p(atri) p(atriae), co(n)s(uli), proco(n)s(uli) resp(iiblica) c[oloniae)\ Thamug(adensis) (an. 268-270).

D D D N N N I N V I C T I S S I MORVM P R I N C i p u M VA L E N T I N I A N I V A L E N TIS ET GRATI ANI SEMPER AV GG

D(ominonim) u(ostrorum trium) invictissimomm princ[ipu]m Valeutiniani et Gratiani semper Aug(astonim) (an. 467-3 75).

(1) Eph. tpigr., V, 1 1 3 1 .

(2) Ibid., 1129 et 1130.

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Tout auprès une quatrième colonne brisée en haut a été trouvée dans les fouilles; on l’a laissée à l’endroit où on l’a rencontrée ; on la distingue très nettement sur notre figure 6$. — Le texte en est inédit.

M. Ballu y a lu à notre intention:

PONT MAX'tr POT V CON S VL I II paTri PATR PROCONS V LI RESP COLON IAE T H A M V G v

... pont(ifici) max(imo), \tr(ibunicia)\ pot(estate) V , consuli II, patri patr(iae), proconsuli resp(nblica) coloniae Thamug(adensis).

La mention d’une cinquième puissance tribunice, jointe à un deuxième consulat, nous reporte au règne de Sévère Alexandre ou de Gordien III.

Un détail caractérise ces milliaires, c’est l’absence de tout chiffre, à la fin de l’inscription, pour indiquer le nombre des milles. Il faut admettre qu’ils marquaient le point de départ de la route et que les distances entre Timgad et Lambèse — nous connaissons un certain nombre des milliaires de la voie(l) qui unissait ces deux villes — étaient supputées à partir de l’arc de Trajan.

On a trouvé aussi des milliaires dans le voisinage de la porte du Nord. Celui-ci est inédit.

I N Si D N FL I V L C R I S P I N O N O B C A E S RESP Tï A M V G

In[v](icto) d(omino) n(ostro) Fl(avio) Jul(io) Crispino (corriger en

(i) C. I. L., VIII, p. 883 et 884.

lS°

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Crispo)(l) nob(ilissimo) Caes(ari) resp(ublica) Thamug(adensium) (an. 5 « 7-;26)-

L’autre a été déjà publié par M. Poulie (2).

I M P C A E S M ANTONIO G O R D I A N O I N V I C T O PIO FELICE AV G PONT MAX T R I B POTEST II COS PROCOS

Imp(eratori) Caes(ari) M. Antonio Gordiano Invicto Pio F elic[i ] Aug(usto) pont(ifici) max(imo), trib(unicia) potest(ate) II, co(n)s(uli), proco(n)s(uli).

L’inscription remonte à l'année 239.

On peut faire au sujet de ces milliaires la même réflexion que pour ceux qui ont été découverts près de l’arc de Trajan; on n’y lit pas à la fin un chiffre indicateur de milles. C’est que cette porte était le point duquel on comptait les milles dans la direction de Cirta, sur l’étendue du territoire de la cité. Il est vraisemblable qu’il en était de même pour une des deux portes de l’Est et pour celle du Sud ; les fouilles postérieures nous l’apprendront peut-être. En tout cas nous pouvons avancer dès maintenant qu’il n’y avait pas à Timgad, sur le forum ou dans le voisinage, quelque chose comme le « milliaire d’or » de Rome, et que dans tous les sens les distances étaient supputées à partir d’une des portes de la ville.

(Eph. epigr., V, 1140 et 1142).

(2) Rec. de Constantine, XXV, p. 408.

(1) La même erreur, assez étrange, se retrouve sur deux autres milliaires d’Afrique

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