PORTE DE L’EST
Nous avons fait observer plus haut combien les restes de cette porte ou plutôt, sans doute, de cet arc triomphal étaient confus. A en juger par la nature des ornementations de sa colonne et par les quelques moulures qui sont à fleur du sol, il devait ressembler à l’arc dit de Trajan ou à la porte de l’Ouest; il est impossible de préciser davantage.
Un fragment d’inscription qui émerge du pâté de ruines porte les lettres suivantes :
N E P oti O A N T onino tribuniciae potest AT I S X
pat R • COL • Ded
Ce morceau appartient, suivant toute probabilité, à la pierre de l’attique. On lisait sur le texte dont il faisait partie les noms d’un empereur, qui avait parmi ses surnoms celui d’Antonin : ce ne peut guère être qu’Antonin le Pieux, Marc Aurèle ou Caracalla. Les deux premiers étant cités, l’un sur la porte de l’Ouest et l’autre sur la porte du Nord, on peut croire qu’il était question de l’un des deux sur celle de l’Est.
Fig. 66. — Vue du Capitole avant les fouilles (Archives du Service des Monuments historiques )
LE CAPITOLE
Du decumanus maximus, un peu audessous de l’arc de Trajan, part une grande rue dallée qui se dirige vers le Sud. Cette rue — nous l’appellerons « Rue du Capitole » — longe d’abord le mur oriental d’un édifice terminé en abside dont nous ferons la description au chapitre suivant, puis, après avoir traversé tout un coin de la ville, où ont été déblayées de nombreuses maisons, arrive en montant légèrement à un des plus somptueux édifices de l’ancienne Thamugadi, à celui dont la masse imposante fait, aujourd’hui encore, l’étonnement et l’admiration des visiteurs, malgré l’état de dégradation où il se trouve.
En façade sur la voie s’étend un portique, auquel on accède
PRO MAGN FICENTIA SAECVLI DD NN VALENTINIANI ET VALENTIS SEMPER AVGVSTORVM quat TVOR PORTICVS CAPITOLI SERIAE VETVSTATIS ABSVMPTAS ET VSQVE AD IMA FVNDAMENTA C ollapsas NOVO OPERE PERFECTAS EXORNATASQVE DEDICAVIT PVBLILIVS C A E I O N I V S CAECIN a albi
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par un escalier de quelques marches. A côté de Tescalier se voient trois auges rectangulaires, alimentées jadis par une conduite formée de tubes de poterie reliés les uns aux autres; elles ont à peu près la même dimension que les bassins des deux fontaines du forum (voir plus haut, p. 3), et sont, comme eux, usées sur les bords par le frottement des cruches qui servaient à y puiser. Elles paraissent, d’ailleurs, avoir été disposées à cet endroit à une époque relativement assez récente, lors d’un remaniement de la partie antérieure du portique.
Celui-ci, dont quatre colonnes étaient restées en place depuis l’antiquité, mesure 62 mètres de longueur; on aperçoit très nettement encore le mur qui le terminait du côté du Sud. L’architrave portait autrefois une grande inscription, aujourd’hui assez mutilée : elle a été publiée depuis longtemps (I). La longueur en était de quatre mètres environ et la hauteur de un mètre. Voici comment L. Renier et Wilmanns l’ont copiée :
Pro magnificentia saeculi d(ominonim) n(ostrorum) V alentiniani et V alentis semper Augustonim [c]Liat]tuor porticus Capitoli(i) seri<ave vetustatis absumptas et usqne ad ima fundamenta c[ollapsas], novo opéré perfectas exornatasque dedicavit Publilius Caeionius Caecin[a Albi]nus vir clarissimus , consülaris, curant ib lis Aelio Juliano iteram reipublicae [ curatore ], Fl(avio) A quilino j '(lamine) p(eij-
LE CAPITOLE I ç $
p(etuo), Antonio Petroniano f (lamine) p(er)pietuo), Antonio Januariano /(lamine) p(er)p(etuo) (I).
Cette inscription est intéressante à plus d’un titre. Tout d’abord elle nous prouve qu’à l’époque où régnaient ensemble les deux empereurs Valentinien et Valens (364-367), Timgad fut, comme plusieurs autres villes d’Afrique, l’objet de la sollicitude du gouverneur. Le nom de Publilius Caeionius Caecina Albinus s’est rencontré, en effet, sur un certain nombre de textes épigraphiques, et toujours il y accompagne la mention de quelque construction ou reconstruction. A Khenchela, c’est un bâtiment dont le nom a disparu sur la pierre qui s’élève alors (2) 3; à Philippeville, ce sont des greniers qui sont édifiés « ad securitatem populi romani pariter ac provincialium » (3) ; à Constantine, le même personnage fait disposer une crypte, destinée au culte de Mithra, et l’orne de statues(4) ; à Djemila, il établit un marché aux vêtements (basilica vestiaria)^ ; à Lambèse, il répare peut-être le temple voisin d’Aïn-Drinn (6) ; à Timgad même, d’après un texte nouvellement trouvé, il érige, dans le macellum, une statue à la « Concorde des Augustes » (7). Dans ce dernier texte, figure aussi Aelius Julianus, et il y est appelé curateur de la cité. Comme il était curateur pour la seconde fois lors de la reconstruction des portiques du Capitole, celle-ci se place un an plus tard que l’érection de la statue dans le macellum; elle est donc au plus tôt de 36$. C’est un premier point établi.
En second lieu, l’inscription rapportée plus haut nous apprend que l’édifice à l’entrée duquel elle était gravée était le Capitole de
(1) Willmanns (C. I. L., VIII 2388) remarque que les lettres qui suivent à la ligne 5 et à la ligne 6 ont été martelées imparfaitement; elles appartiennent à une inscription, précédemment gravée sur cette pierre, qui a été effacée pour faire place à celle qui existe aujourd’hui.
(3) Ibid., 7975.
(4) Ibid., 6975.
(5) Ibid., 20156.
(6) Ibid., 2656.
(7) Bull. arch. du Comité, 1894, P- 361, n. 73 : Concordia[e] dd. nn. Valentiniani et Valentis perpetuorum Augg. Publilius Caeionius Caecina Albinus v. c. consularis sexfascalis provinciae Numidiae posuit, curante Aelio Juliano fl(amine) p(erpetuo) curatore r(ei)p(ublicae).
LE CAPITOLE
la ville et que le temple était entouré de quatre portiques. Un tel renseignement est précieux, non point seulement pour la topographie de Timgad, mais pour celle d’un grand nombre de villes africaines à l’époque impériale. C’est un fait sur lequel il convient d’insister avant d’entreprendre la description du Capitole de Thamugadi. Du reste, celle-ci sera d’autant plus claire que le lecteur sera plus familiarisé avec les édifices analogues déjà connus.
Deux auteurs principaux se sont déjà occupés des Capitoles dans l’Empire romain, M. Castan(l) et M. Kuhfeldt(2) 3 ; tous deux ont dressé la liste de tous les temples consacrés à la triade capitoline, qui ont existé à notre connaissance dans les différentes provinces du monde à l’époque impériale, et en particulier dans les provinces africaines (5). Cette liste s’est augmentée encore depuis eux de quelques noms, et on peut aujourd’hui l’établir comme il suit :
Carthage. Le Capitole de Carthage est connu par une inscription malheureusement très mutilée (4), par des passages de saint Cyprien(5) qui nous prouvent qu’on y menait les chrétiens pour abjurer, et par une loi du code Théodosien (6) *, d’où il ressort qu’au début du Ve siècle il servait de trésor public. On n’en a encore retrouvé aucun reste certain. Ceux qui l’ont placé sur la colline de Byrsa ne sont peut-être pas éloignés de la vérité ; mais on ne saurait affirmer non plus qu’ils aient raison.
Henchir-Maatria (Numluli). L’édifice, dont la nature a été révélée par une longue et belle inscription (8), a fait l’objet de recher-
(1) Le Capitole de Vesontio et les Capitoles provinciaux du monde romain, 1869.
(2) De Capitoliis imperii romani, 1883.
(3) Cf. aussi l’article Capiiolium dans le Dictionnaire des Antiquités de M. Saglio et dans le Dixjonario epigrafico de M. de Ruggiero.
(5) Cyprian., De laps (éd. Hartel, p. 242,
1 9) : Nonne quando ad Capitol ium sponte ventum
est... labuit gressus, caligavit aspectus?... U nus
ex bis qui sponte Capitolium negaturus ascendit, postquam Christum negavit, obmutuit. Id.,
Ad. Cornel. fratr., 13 (éd. Hartel, p. 681, 12). Compelluntur adhuc insuper lapsi ut linguis atque ore quo in Capitolio ante deliquerant, sacerdotibus convicium faciant.
(6) Cod. Theod., XI, 1, 34 (a. 429; Ccleri procos.') : « Ouattuor mensium ab edicti publicati die indutiis datis aurum a possessore Capitolio studio spontaneae dévot ionis sancimus inferri. »
(7) Cf. R. Cagnat, Le Capitole et le Temple de Junon Céleste à Carthage (Rev. Arch., 1894, XXIV, p. 188 et suiv.).
(8) Rev. Arch., 1892 (XX), p. 216.
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