‹ Timgad, une cité africaine sous l'empire romainChapitre 29 sur 47 · F EC ER V NT · texte numérisé non relu

F EC ER V NT

L'area macelli est certainement la place du marché dont nous avons déjà plusieurs fois parlé.

Les autres ont été empruntées à différentes constructions, même à des tombeaux; on ne saurait rien en conclure sinon que l’édifice a été l’objet de réparations à une date relativement basse; nous le savions déjà.

Quelle pouvait être la destination de ce monument? L’absence totale de boutiques ne conduit guère à en faire un marché; d’autre part il n’y a point dans l’hémicycle du fond une tribune comme dans les basiliques; et pourtant on ne peut pas s’empêcher, en le regardant, de songer au macellum son voisin, dont la forme générale est la même et à la basilique du forum. Nous ne serions pas étonnés, en effet, qu’il ait tenu des deux édifices: qu’il ait servi de halle à certains jours de foire (I); qu’à d’autres les gens de Timgad ou des

(1) Nous rappellerons que, sur le forum placement de deux autres grandes salles où

de Pompéi, en face le marché dont il sera l’on a vu une halle aux blés et une halle aux

question à la page 213, on a retrouvé l’em- légumes (Édifice XVII du plan d’Overbeck).

LE MARCHÉ

environs y soient venus pour causer affaires, loin de la cohue du marché et des allées et venues des acheteurs. On ne saura jamais exactement sans doute quel nom il convient de lui donner: l’essentiel est de ne pas trop s’éloigner de la vraisemblance. L’appellation d’annexe du macellum, qui sert à le désigner d’habitude, trahit l’embarras où l’on est de l’identifier.

Il convient maintenant, pour rester fidèles à la méthode que nous avons suivie dans les autres chapitres, de rapprocher le macellum de Timgad des monuments analogues que nous connaissons.

Laissant de côté ceux qui ont été découverts dans des villes du monde grec, et dont le plan ne diffère pas sensiblement de ceux que nous allons rappeler^, nous nous attacherons de préférence aux marchés qu’on a signalés dans des villes romaines.

Le premier qu’il convienne de citer est le macellum magnum à Rome. Les restes en ont disparu depuis longtemps pour la plupart; mais à l’aide de représentations figurées, qui nous en ont été conservées, on est arrivé à se rendre compte de sa disposition. Des monnaies de Néron, qui le construisit, nous montrent, en effet, sous la légende MAC- A VG (Macellum Augusti )1 (2) un édifice composé au centre d’un petit monument à coupole et de portiques sur les côtés. Or, il se trouve que le monument à coupole existe encore, transformé en église : il constitue la rotonda de S. Stefano; grâce à un examen attentif les archéologues sont arrivés à distinguer très nettement les parties antiques des parties médiévales ou modernes et par suite à rétablir le plan exact de la rotonde romaine (3). En le plaçant

(1) Marché d’Ephèse (Falkener, Ephesus, p. 106); marché de Pergé (Niemann et Petersen, Les villes de la Pamphylie et de la Pisidie, I, p. 47); marché de Sagalassos ( ibid II, p. 140); marché de Kremna ( ibid .), p. 175), etc.

(2) Cohen, Monnaies impériales, I, p. 288, n. 126-131: « Edifice à double rang de co¬

lonnes sur la hauteur et à coupole ronde; dans l’intérieur, la statue de Neptune?; de

chaque côté, des degrés au nombre de six, un poisson; sur quelques exemplaires on voit au bas deux figures agenouillées. »

(3) Lanciani, Monum. dei Lincei, I, p. 506 et pl. 11, fig. 2; Hülsen, Bullett. delV Istituto arch., 1892, p. 297 et suiv. (c’est une analyse du travail de Lanciani). Voir aussi sur ce macellum : Canina, Indicayione topografica di Roma (éd. 183 1), p. 47.

LE MARCHÉ

au milieu d’une cour entourée de portiques, suffisamment développés, on a pu dresser une restitution probable de l’ensemble; c’est celle qu’on trouve dans certaines cartes de Rome assez récentes(l).

Le marché de Pouzzoles, que l’on a appelé longtemps temple de Sérapis, était, au contraire, suffisamment bien conservé quand on a commencé à l’étudier. De Jorio en a donné en 1820 un plan

Fig. 97. — Marché de Pouzzoles.

(fig. 97) et des dessins très instructifs (2). On y voit que l’édifice se composait d’une cour centrale (A) entourée de portiques. Une entrée principale (E) et quatre entrées latérales (C) permettaient d’y pénétrer. En face la grande porte on voit, dans le mur qui forme le quatrième côté, une pièce en forme d’exèdre avec niche dans le

(1) Notons pourtant que les topographes les plus prudents se contentent d’indiquer la position de S. Stefano ou de l’édifice central du marché. Voir par exemple Kiepert et Hül—

sen, Formae, Urbis Romae antiquae, carte II, Oq.

(2) De Jorio, Ricerche sul lempio di Serapide in Po~puoli, Naples, 1820, in-40.

LE MARCHE

fond (B). Tout autour des portiques existaient des boutiques ouvertes alternativement les unes à l’intérieur, les autres à l’extérieur du monument. On en compte trois de chaque côté de la porte, dix dans les portiques latéraux et deux à droite et à gauche de l’exèdre. Aux extrémités de l’édifice sont deux grandes salles (D), qui ont fort intrigué les archéologues. De Jorio en a dessiné les restes: il

Fig. 98. — Latrines au marché de Pouzzoles (d’après le dessin de De Jorio).

nous les montre (fig. 98) entourées d’un grand banc percé de trous, au pied duquel court une rigole profonde; il croit pouvoir y reconnaître des étuves. L’eau thermale qui abonde dans le voisinage se serait, suivant lui, échappée en vapeur, par les ouvertures ménagées dans les bancs et aurait rempli la pièce. Ce sont encore les ruines de Timgad qui nous donneront la solution de cette difficulté. Il suffit de rapprocher le dessin de De Jorio de celui que nous avons donné

à la page 14 pour voir que les salles D ne sont autre chose que des latrines. D’aucuns l’avaient déjà soupçonné, d’ailleurs ; malgré les protestations indignées de De Jorio(l), il faut bien se rendre à l’évidence.

Au milieu du péristyle existait une construction circulaire formée de seize colonnes corinthiennes; un autel, croit-on, en occu-

Fig. 99. — Marché de Pompéi.

pait la partie centrale. Personne ne doute aujourd’hui que cet édifice ne soit un macellum (2).

Le marché de Pompéi (fig. 99) offre presque exactement les mêmes dispositions : une grande cour entourée de boutiques, celles-ci s’ouvrant les unes sur les rues adjacentes, les autres, en

(1) « Povero tempio di Serapide ridotto antichi! » (De Jorio, op. cit., p. 16.).

.ilia più mal concertata e fetida cloaca degli (2) Beloch, Campanien, p. 135.

LE MARCHE

nombre moindre, sur la cour. Ces dernières, au nombre de onze, contenaient des restes alimentaires de toute sorte (lentilles, figues, prunes, châtaignes) dans des vases de terre, des pâtisseries et du pain, des balances, des pièces de monnaie(l); les murs, qui tenaient lieu de livres aux marchands, étaient couverts de chiffres et de lettres gravées à la pointe sur le revêtement en stuc; les peintures qui décoraient fédifice représentaient des objets de consommation, fruits, poissons, langoustes, oiseaux, champignons, pain<2) 3, autant d’arguments qui ne peuvent laisser aucun doute sur la destination de l’ensemble. Au fond, une grande niche rectangulaire abritait des statues de la famille impériale. La pièce de droite est remarquable par un banc légèrement incliné vers l’intérieur de la chambre, au pied duquel règne un caniveau, avec embranchement sur la rue: les derniers travaux relatifs à Pompéi la considèrent comme une boucherie; il en serait de même de la pièce qui lui fait pendant de l’autre côté de la niche centrale. Au milieu de la cour existe une plate-forme circulaire avec douze piédestaux qui en font le tour. Les uns, comme Nissen, y placent des statues, d’autres des colonnes; nul ne peut arriver à une solution assurée. Retenons seulement que le centre en est occupé par un bassin, où l’on a recueilli, paraît-il, des arêtes de poisson

Un macellum à l’époque romaine se composait donc essentiellement d’une cour à ciel ouvert, d’un atrium, garni la plupart du temps de portiques, où étaient disposées des boutiques, tabernae ami porticibas ubi mercatus ageretur, comme dit une inscription (4). Le milieu de la place était occupé par une construction circulaire entourant une statue ou un bassin. Les boutiques sont plus ou

(1) Mazois, Ruines de Pompéi, III, p. 63.

(2) Mus. Borbon., VI, pl. 38 ; VIII, pl. 57.

(3) Sur ce marché de Pompéi, voir Overbeck, Pompeji, p. 120 et suiv. ; Nissen, Pompejanische Studien, p. 127 et suiv.

(4) C. I. L., V, 3288. On peut se rendre

compte de l’aspect que présentait un édifice de cette sorte, en se reportant à une peinture antique récemment étudiée par M. Hülsen ( Bullett . delP Istituto arch., 1896, p. 213 et suiv. ; cf. pl. IV, V, VI et VII). On y voit la représentation du forum boarium et du forum olitorium.

LE MARCHÉ

moins nombreuses suivant l’importance du trafic; les salles annexes destinées à la satisfaction de la piété ou des commodités du public plus ou moins multipliées, l’édifice plus ou moins décoré, suivant la richesse de la ville, mais les traits caractéristiques sont les mêmes partout: ils font du macellum, si l’on n’en considère que le plan, un compromis entre la maison romaine et le forum.

C’est bien là le caractère du marché de Timgad. Seulement tout y est réduit autant que possible : l’étendue du monument est assez restreinte, les boutiques n’occupent que deux des côtés de Y atrium, le bassin n’est point abrité sous une construction circulaire. C’est que les Sertii n’étaient que des bourgeois d’Afrique ; malgré leur générosité, ils ont dû proportionner les dimensions du macellum à l’étendue relativement modeste de leurs ressources.

Fig. ioo. — Piscine des grands thermes.

LES THERMES DU SUD

Il n’était pas de ville romaine qui n’eùt un ou plusieurs établissements de bains publics, tantôt réservés aux hommes, tantôt aux femmes, tantôt — et c’est le cas le plus ordinaire — communs aux deux, certaines heures distinctes étant assignées à l’un et à l’autre sexe. Ce sont là des faits trop connus pour qu’il soit besoin d’y insister(l). Les établissements de cette sorte ne manquent pas à Timgad

(i) Rappelons seulement qu’un petit bourg, possédait jusqu’à trois bains publics balnea

voisin de la maison de campagne de Pline le nieritoria tria (Plin., Epist., II, 17).

Jeune, près deLaurentum, le viens Augnstanus

plus qu’ailleurs. Il sera question dans ce chapitre de deux d’entre eux seulement, assez voisins l’un de l’autre; ils sont situés dans la partie méridionale de la ville. Nous nous occuperons d’abord du plus important.

1° GRANDS THERMES DU SUD

Si de l’arc dit de Trajan on se dirige vers le forum en suivant le decumanus maximus, on rencontre, ainsi qu'il a été dit plus haut, plusieurs rues perpendiculaires dirigées vers le Nord ou vers le Sud.

Fig. loi . — Fontaine.

La troisième parmi ces dernières, à droite de la voie, par conséquent, mène directement aux grands thermes. Après avoir traversé un espace de 200 mètres environ, exactement 207 mètres, elle aboutit à un carrefour; trois rues s’en détachent: une vers le Capitole à l’Ouest, une autre vers l’Est et la troisième vers le Sud, celle-ci se bifurquant presque aussitôt pour envelopper les thermes par une rue secondaire. Une distance de 100 mètres en chiffres ronds sépare ce carrefour du mur de soutènement du théâtre, comme aussi du péribole qui entoure le Capitole.

La place est ornée d’une fontaine, adossée au mur des thermes et faisant face au Nord-Ouest (fig. 10 1). Le corps en est encore

LES THERMES DU SUD

presque intact ; le bassin a laissé sur le pavement la trace des dalles posées de champ qui en limitaient le tracé. On distingue encore très nettement les décharges par où l’eau s’écoulait dans le sous-sol. Cette fontaine rappelle beaucoup, d’ailleurs, celles que nous avons signalées dans le voisinage du forum. Ici encore, rien n’a été découvert, permettant d’indiquer la nature du sujet figuré, personnage isolé ou groupe qui formait le couronnement de l’édifice.

On a montré plus d’une fois(l) que la disposition intérieure des thermes romains était nécessitée par les opérations successives que comportait un bain normal et complet, ces opérations étant ellesmêmes soumises à des règles dictées par la médecine. La première consistait dans un bain d’air brûlant parce que « cela réchauffe également toutes les parties du corps, liquéfie les matières, efface les inégalités, raréfie la peau et fait évacuer une partie considérable de ce qui était auparavant retenu au-dessous d’elle(2). » On descendait ensuite dans une baignoire d’eau chaude, car, ce second traitement « si le corps est sec au moment de prendre le bain, peut répandre dans les parties solides de l’organisme une humidité favorable (3). » On se plongeait ensuite dans une piscine d’eau froide, ce qui était destiné « à rafraîchir le corps, à resserrer la peau et à affermir les forces (4). » Enfin, on se faisait essuyer la sueur que provoquait le bain froid et enduire d’huile afin « de produire une évacuation générale, sans exposer le baigneur aux accidents amenés par le refroidissement*^. » Il fallait donc que l’établissement contînt une salle froide avec piscines, une salle chaude avec baignoires, une étuve et une pièce réservée aux onctions. Mais comme, pour beaucoup, la transition du bain chaud au bain froid eut été trop brusque, on avait imaginé une pièce intermédiaire, à température modérée, que l’on

(r) Voir en particulier l’excellent article écrit sur ce sujet dans le Dictionnaire des antiquités grecques et 'romaines de M. Saglio s. v. Balneum et Marquardt, Vie privée des Romains, I, p. 328 et suiv.

(2) Galen, Meth., med., X, 10.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

(5) Ibid.

traversait pour ménager le passage d’une extrémité à l’autre et préparer le corps au changement de milieu. C’est là que devaient s’arrêter les gens dont la tête était faible « sans quitter leurs vêtements, jusqu’à ce qu’une légère transpiration s’établit, leur permettant de se soumettre ensuite impunément à une température élevée (l). »

Telles étaient les pièces essentielles qui composaient un bain romain. Chacun sait que l’étuve se nommait laconicum ; la salle des bains chauds, caldarium ; la pièce où étaient aménagées les piscines, frigidarium, et la chambre tiède, tepidarium. Les onctions se donnaient dans Velaeothesiun.

Mais il existait encore quelques pièces, d’ordre secondaire, qui répondaient, elles aussi, à certaines nécessités. Pour permettre aux baigneurs de déposer leurs vêtements il fallait un vestiaire. De là l’endroit qu’on appelait d’un nom grec apodyterium. Bien que la gymnastique ne fût pratiquée chez les Romains que dans les limites où elle était utile à l’hygiène, elle était de mode dans les thermes, plus que partout ailleurs : à l’égal des onctions et des frictions c’était, pour quelques-uns, le complément essentiel de l’hydrothérapie. Aussi réservait-on, à côté des salles de bains, un emplacement spécial pour les exercices du corps. Les Grecs l’appelaient ephebeum, il n’a pas de nom spécial en latin ; il se confond souvent, au reste, dans le monde romain avec d’autres parties de l’édifice, en particulier avec le vestibule. Enfin les bains étant, pour les hommes, une occasion journalière de se rencontrer, de causer, de discuter, d’occuper leurs loisirs, on avait dù y aménager des promenades couvertes ou en plein air, des salons de conversation, des lieux de réunion de toute forme et de toute grandeur.

Ces parties accessoires des thermes étaient, naturellement, plus ou moins importantes, suivant la splendeur et l’étendue de l’édifice. A Rome et dans les grandes villes, elles recevaient un dévelop-

(i) Cels.j De med., I, 4.

LES THERMES DU SUD

pement considérable : les thermes de Caracalla ou de Dioclétien en offrent des exemples remarquables. Dans les cités de second ordre l’étendue en est moindre et l’aménagement plus modeste ; il est des cas même où elles sont totalement absentes et où les bains se réduisent aux quatre pièces essentielles.

Parmi les éléments dont se composent les ruines des thermes qui nous sont parvenus, il en est qu’il n’est pas difficile de reconnaître : telles sont les étuves, les salles chaudes, les salles tièdes : l’aménagement du sous-sol suffit amplement à nous les désigner. Les piscines ne laissent aucun doute sur l’emplacement du frigidarium. Quant aux autres qu’aucune particularité dans la construction ne peut aider à identifier à coup sûr, il faut, si les fouilles n’ont pas révélé de détail déterminant, si l’on n’y a trouvé ni inscription, ni objet caractéristique, se montrer assez réservé dans leur dénomination. A Timgad, comme ailleurs, la distinction de quelques-unes de ces divisions secondaires des bains publics demeure enveloppée de quelque obscurité.

Il nous reste à rappeler, avant de pénétrer dans l’édifice, que les Romains, précisément parce qu’on y passait une bonne partie de la journée, avaient coutume d’apporter le plus grand soin à l’ornementation des thermes. Les murs étaient revêtus de peintures ou de stucs décorés, le sol était recouvert des mosaïques les plus variées ; on y accumulait les statues et les œuvres d’art. L’Afrique, pour nous limiter à cette province, nous en a conservé plus d’un exemple. A Henchir-Fraxine, dans la Tunisie, un riche citoyen, dit une inscription, restaure les thermes et les décore statuis, marmoribus, tabulis pictis, columnis ingressu cellarum, alisque rébus (l). A Te- .boursouk, la municipalité, pour sauver quatre statues de marbre, les transporte at cuit uni et splendorem apodyteri thermarund2\ Ce sont les thermes de Cirta qui ont fourni la mosaïque du triomphe d’Am-

(i) C. I. L., VIII, 828; Bull. arch. du Co- (2) Bull. arch. du Comité 1898 ( Comptes

mité , 1893, p. 209 et 210. rendus des séances, décembre), p. xvi.

LES THERMES DU SUD

phitrite, aujourd’hui conservée au Louvre (I). Ceux de Theveste, reconnus sous le quartier de cavalerie par M. Allotte de la Füye, renfermaient des mosaïques de grand intérêt par les sujets qu’elles représentent, comme par la richesse de l’exécution : elles ont été transportées au Musée de Tébessa(2) *. Dans les bains de Pompeianus, à l’Oued-Athmenia, on a rencontré, avec les restes d’un aménagement somptueux, une suite de pavements en mosaïque qui comptent parmi les monuments figurés les plus importants de l’Afrique romaine^. Ceux des Laberii, à Oudna, ont donné à M. Gaukler de belles mosaïques, des peintures murales et des statues (4). Faut-il rappeler enfin que des fouilles exécutées à diverses époques dans les différents thermes de Cherchel, mais surtout dans ceux de l’Ouest, ont amené la découverte de plaques de marbres précieux, de mosaïques, de débris de stucs, d’œuvres d’art de toute sorte. On y a recueilli plus de cinquante statues, dont quelques-unes offrent, on le sait, le plus grand intérêt (5).

Ces thermes de Cherchel peuvent nous donner une idée exacte de ce qu’était, en général, la décoration des bains dans une ville africaine ; il est évident, d’ailleurs, que le luxe de l’édifice variait suivant son importance et aussi suivant la libéralité de ceux qui le fréquentaient.

Cinq entrées donnaient accès dans les grands thermes de Timgad : deux au Nord et trois au Sud. Celles-ci sont d’importance inégale. La plus occidentale (/?) n’était qu’une porte de service, qui mettait la rue en communication avec une cour (e), ménagée extérieurement autour des pièces principales de l'établissement. C’est également par cette cour que l'étage inférieur recevait quelque peu d’air et de lumière ; quatre des trous pratiqués dans ce but sont marqués au

(1) Ravoisié, Explor. scicntif. de l’Algérie, texte, p. 6 et 7 ; Vars, Cirta, p. 108.

(2) Recueil de la Société archéologique de Cons-

tantine, 1886-1887 (XXIV), p. 202 et suiv.,

p. 234 et suiv.

(3) Ibid., 1878 (XVIII), p. 435 et suiv.

(4) Monuments Piot, III, p. 216 et suiv.

(5) Waille, De Caesareae monumentis , p. 24 et suiv., Gsell, Cherchel-Tipasa, p. 39 et suiv. et p. 39.

LES THERMES DU SUD

plan de la lettre c; des dalles ajourées en occupaient l’orifice. Dans la même cour, on avait eu soin de disposer deux escaliers descendants (d), l’un à l’angle septentrional, l’autre à l’angle méridional. A côté de ce dernier existait une seconde petite porte de service (//). La troisième porte du Sud, au contraire (P”), introduit

Fig. 102. — Escalier de descente.

dans le massif des thermes par un couloir coudé qui conduit à un large vestibule.

Au Nord, les fouilles ont révélé la présence de deux grandes entrées (P, P’), l’une regardant le levant, l’autre le couchant ; cette dernière était munie d’une porte qui a laissé sur le dallage la trace des crapaudines et des verroux. En réalité ces deux entrées n’ouvrent

LES THERMES DU SUD

point précisément l’accès des thermes qu’il serait plus juste de placer en R, mais forment les extrémités d’une galerie, bordée au nord par un édifice demi-circulaire, dépendant assurément de l’ensemble. C’est une cour de 8m,i$ de rayon, entourée d’un portique. Celui-ci était soutenu par huit colonnes dont les piles de fondation existent seules. La galerie constituait un portique rectiligne soutenu par six colonnes. L’un et l’autre offraient un abri, favorable pour la promenade et la causerie, à ceux qui se disposaient à pénétrer dans les bains ou qui en sortaient.

Deux piédestaux, surmontés autrefois de statues, s’élevaient à droite et à gauche de la porte R. Tous deux portent une dédicace à la Concorde du peuple et du conseil des décurions qui est d’un certain intérêt pour l’histoire du monument (l) 2.

CONCO RD I A E<* fs P O P V L D *QV OD SVMTVS<*

Concordiae populi et ordinis, copiisque relevaverint.

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