ET ORDINIS
& C O P I I S Q V E<* üRELEVAVEtf R 1 N T
piod suint us rei p(ublicae) manibus
M. Mommsen, dans le court commentaire qui accompagne le texte au Corpus en a indiqué le sens exact. A une certaine date, qu’il est difficile de préciser, vers la fin du 11e ou au début du IIIe siècle, si l’on en juge par l’apparence des lettres, le Conseil
(2) 1. Piédestal de gauche pour celui qui franchissait l’entrée — 2. Piédestal de droite.
LES THERMES DU SUD 22Ç
des décurions crut utile ou de construire les thermes ou de les réparer ou d’en aménager une partie - — ceci nous ne pouvons le décider d’une façon absolue au vu de ces deux pierres et sans autre renseignement. Pour cet ouvrage les décurions ne votèrent pas de crédit et n’eurent pas recours à un entrepreneur; ils firent appel aux habitants eux-mêmes, qui prêtèrent leur concours sous forme de prestation. De la sorte « par la concorde du peuple et du conseil municipal » le travail fut mené à bonne fin ; et c’est pour garder la mémoire de cette union féconde qu’on éleva, à l’entrée de l’édifice, les piédestaux qu’on y a retrouvés.
La première installation des thermes remonte assurément à l’époque des Antonins, car une autre inscription découverte au cours des fouilles, mais non point en place malheureusement, nous apprend qu’à la fin du 11e siècle on fit des réparations et on apporta des embellissements à l’édifice (l). On y lit sur une pierre brisée en trois morceaux :
ImP CAES • D1VI ■ M • ANTONINI • PI ■ I • GERMANICI • SARM • FlLIO • DIVI • COMMODI • Fl
di vi Traiani parThici • abnep-divi • nervae ■ adnepoTi par ïi ico maximo PonTifici-maximo-Tribvnic-PoTes IiMP • CAES • L • SEpTlMI SEVERI • PerTiNACIS • A VG ARAB ICI ADIABE SARMATICI • NePûTI DIVI AN ÎON INI • P I ■ I • PRONEPoTl • DI VI I M • AVRELIO • AnToNINO • A V G ’ PRINCIPI • IVVENTVTIS’ F O R f
AMPLIATAS • DECRETo • DECVRIONVM • P E C V N I A • PvBLICA • L
IATRI • DIVI ANTONINI - PI ■ I - NEPOT
L • Septimio • Severo’ Pio PerTi TaTis - vi • Imperi -xi-cos-ii pat (sic) n i c i ParThici maximi Fil dm
e p o T i -DIVI
F A V S T O • AVGG’
(i) Bull. arch. du Comité, 1893, p. 160, n° 39.
LES THERMES DU SUD
I • D r V I • H A D R 1 A N I • P R O N E P ’ 'J A C I • A V G ’ A R ABIC - A D I A B ÿ
i Pat riae • Proconsvli e T
« I Pli GERMANI l AI A NI • ParT ■ ET • DIVI NÎRV • AD N T I S S I M O Q. ’ Tl E R M A S
ro PraeTore • Patr • COLON
Imp(eratori) Caes(ari) Divi M . Antonini Pii Germanici Sarm(atici) filio, Divi Commodi fratri, Divi Antonini Pii nepoti, Divi Pladriani pronep(oti), Divi Trajani Parthici abnep(oti) Divi Nervae adnepoti, L. Septimio Severo Pio Pertinaci Aug(usto) Arabic(o) Adiab(enico), Parthico Maximo, pontifici maximo, tribunic(iae) potestatis VI, imper(atori) XI, co(n)s(uli) II, pat[r]i pat riae, proconsuli et Imp(eratori) Caes(ari) L. Septimi(i) Severi Pertinaçis Aug(nsti) Arabici, Adiabenici, Parthici maximi fïl(io), Div[i M. Antonin]i Pii German[ici\ Sarmatici nepoti, Divi Antonini Pii pronepoti , Divi H[adriani abn\epoti, Divi \T]rajani Part(hici) et Divi Nerv(ae) ad(nepoti), M. Aurelio Antonino Aug(usto) principi juventutis forti[ssimo, felicis]simo indnlgentissimoq(ue), thermos ampliatas decreto decuriomim pecunia publica, l[eg(ato) Q. Anicio ] Fausto Aug(iistorum diiorum) pro praetore, patr(ono) colon(iae).
La sixième puissance tribunice de l’empereur Septime-Sévère, accompagnée de sa onzième salutation impériale et de son second consulat, date l’inscription de l’année 198 de notre ère.
Au commencement du 111e siècle, les thermes avaient donc reçu le développement que les fouilles nous ont fait connaître: les modifications qu’ils subirent dans la suite ne portèrent que sur des détails.
Après avoir franchi la porte R on se trouve dans un couloir large de 4m,$o : c’est celui que nous avons déjà signalé plus haut et dont
LES THERMES DU SUD
l’autre extrémité débouche à la porte P”. On y rencontre d’abord à gauche une chambre D, mesurant 4™, 2$ sur 1 m,9 y ; il est naturel d’y voir la chambre du préposé au bain, ce que nous appelons aujourd’hui le bureau.
Vient ensuite une salle G terminée en hémicycle. On y accédait par trois entre-colonnements. La largeur de la salle est de 1 y mètres ; l’hémicycle a un rayon de f mètres. Elle était pavée de grandes mosaïques à dessins géométriques; le blanc, le rouge et le noir y dominent. Les seuils qui occupent les entre-colonnements, sur le couloir, sont rehaussés de mosaïques à figures d’animaux.
On n’a trouvé, lors des fouilles, aucun indice qui permette d’assigner une destination spéciale à cette partie de l’édifice. Il suffit, cependant, de jeter les yeux sur le plan de certains thermes de Rome, par exemple ceux de Trajan, de Caracalla ou de Dioclétien pour y reconnaître une de ces salles de réunion, de lecture, de conversation, qui « pour n’être pas, au dire de Lucien (l), rigoureusement indispensables à un bain, sont néanmoins nécessaires à un lieu qui doit recevoir les heureux du jour. »
Vis-à-vis s’étend une vaste salle de 24 mètres sur 9, dans laquelle on accède par trois grandes portes, larges de 2m,9G Le sol en est pavé de mosaïques à ornements assez bien conservés. Elle est divisée en trois travées : on voit encore les pilastres qui supportaient les poutres maîtresses où venaient reposer les solives. En avant de chacun d’eux s’élevait un piédestal supportant une statue avec une inscription honorifique.
Les deux bases qui font face à la porte d’entrée portent une dédicace à Valérien et à Cornelia Salonina, femme de Gallien. La première, celle de droite, est ainsi conçue (2) :
(r) Hipp., 5.
LES THERMES DU SUD
i m p . C A E s. p . I i ci nio v aleri A N 0 invi CTO P 10 FE LICI A VG PONTIF-MAX-GER MAX- TRI B- POT I III - COS- III- P- P PROCOS <*
RES P- COL- Tl A M V G • DEVOTA N V M I N I -MA I ES TAT I Qj E O R V M
[Imp(eratori)] Cae[s(ari) P. Licinio Valerï)ano [ Invi]cto Pio Felici. Aug(usto) pontif(ici) max(imo) Ger(manico) max(imo) trib(unicia) pot(estate) II II, co(n)s(uli) III ; (patri) p(atriae), proco(n)s(uli), resp(ublica) col(oniae) Thamug(adensis) devota fiumini majestatiq(ue) eorum.
La seconde, celle de gauche, porte (I) :
CORNE L i A E SALON INAE A V G • C 0 N I V GI- DN P- LION I G A L, L I E N I A V G • M A T R i P • C 0 R N E L I LiCiNi • V A L E Ri A N i N O B I LiSSIMI CaES A V G • ET-CAS T R 0 R » M SE N A T V WÆWÆm
(i) Bull, arch., du Comité, 1894, p. 362.
LES THERMES DU SUD
Corneliae Saloninae Aug(ustae) conjugi d(omini) n(ostri) P. Licini(i) Galïieni, matri P. Corneli(i) Licini(i) Valeriani nobilissimi Caes(aris) Aug(usti) et castror(u)m senatu[s et patriae col(onia) Tham(ugadensis) devota.
Les autres bases trouvées en place de chaque côté de la porte de la salle contiennent chacune une dédicace aux deux fils de Gallien. Celle qui fait pendant au piédestal où est inscrit le nom de l’impératrice est dédiée au César Licinius Cornélius Valerianus, connu sous le nom de Salonin(l).
P LICINIO COR N E L I O Valeri ANO NOB1L1S SIMO CAESARI A V G RESPVB C O L O N I A E THAMVGAD N V M 1 N I M A 1 E S T A TIQJE E I V S D E V O T A
P. Licinio Cornelio V\aleri]ano nobilissimo Caesari Aug(usto) respub(lica) coloniae T hamugad(ensis) numini majestatique ejus devota.
Sur le piédestal qui correspond à l’inscription de Valérien on lit les noms du César Cornélius Valérien mort en 2^9 (2).
LES THERMES DU SUD
P CO RN E L I 0 L I C I N I O VA L E R I A N O N O B I L I S S I MO CAES A V G R E S P COL THAÏ VG N V M I N I MA I ESTA T I Q V E E I V S DEVOTA
P. Comelio Licinio Valeriano nobilissimo Caes(ari) Aug(usto) resp(ublica) col(oniae) Thanuig(adensis) numini maj estât iq ue ej us devota.
L’existence de ces quatre bases de statues dans la même salle des bains de Timgad et leur rédaction peut donner lieu à des observations assez piquantes (l).
On notera qu’au bas de l’inscription dédiée à Valérien se trouve la formule devota numini maj est ati que EORVM , tandis que les autres portent devota numini majestatiqne EIVS. Il y a là une anomalie assez singulière.
D’autre part, on a recueilli, en place, dans une autre partie des bains, une dédicace à Gallien, identique à la dédicace à Valérien et datée de la même année 2 ou 2$6(2). Enfin les deux bases consacrées aux fils de Gallien n’ont pas pu être élevées à la même date. Le second, en effet, Salonin n’a été nommé César qu'à la mort de son frère aîné, en 2^9. Avant cet événement l’un était César, l’autre
(1) Voir plus bas page 246.
(2) L’une porte l’indication de l’an 255 et l’autre de 256; il y a certainement erreur, ainsi qu’il a été noté au Corpus : « Bases hasce omnes ad Valeriani et Gallieni domum spec-
tantes eodern tempore positas esse consentaneurn est. » Wilmanns propose de changer IIII en III dans l’une ou III en IIII dans l’autre ; mais la lecture est certaine : nous l’avons vérifiée une fois de plus.
LES THERMES DU SUD
n’avait aucun titre ; après, celui-ci était devenu César à son tour mais celui-là avait reçu le titre de Divus, qu’il ne porte pas ici. Il en résulte que la statue du jeune Valérien ainsi que celles des autres membres de sa famille, père, mère et aïeul ont été placées dans la grande salle des thermes avant l’année 2^9. Du fait que les inscriptions de l’empereur Valérien et de Gallien sont rédigées de même, les autres se terminant par une formule différente on peut même conclure que ces dernières sont un peu postérieures. Quand le jeune Valérien eut remplacé son frère comme César, on voulut également lui élever une statue ; mais de la sorte on se trouvait en présence de cinq piédestaux, ce qui rompait l’harmonie de la décoration. Il est probable qu’on transporta alors la statue de Gallien avec sa base dans une autre pièce de l’établissement, sans songer que le EORVM de l’inscription de Valérien allait perdre par là son pendant.
Ces inscriptions nous apprennent donc la date où cette grande salle a été décorée de statues ; mais elles ne nous renseignent en aucune façon sur sa destination. Il faut procéder par raisonnement. La disposition du plan montre qu’elle conduisait aux parties essentielles et propres des bains : elle était en communication, à une extrémité avec la salle F, qui, nous le verrons, était sans doute Yapodyterium, à l’autre avec la salle H où il est impossible de ne pas reconnaître le frigidarium. On pourrait donc lui donner, faute de mieux, le nom de vestibule, ou de salle des pas-perdus. Mais on sait, d’autre part, nous l’avons déjà rappelé, que dans les grands bains romains il' y avait, par un dernier reste des habitudes grecques, un emplacement réservé aux exercices corporels, gymnastique, jeux de paume, jeux de boule ou autres. C’est un élément que nous retrouvons dans tous les bains d’une certaine importance, par exemple aux thermes de Caracalla et de Dioclétien, à Rome, ou aux grands thermes de Pompéi, soit sous forme de cour entourée de portiques, soit sous forme de salle couverte. Particularité digne de remarque, dans cette pièce se trouvait, d’habitude, une piscine d’eau froide à l’usage de ceux qui ne voulaient point user des immersions dans
LES THERMES DU SUD
l’air brûlant ou dans l’eau chaude (I). Or la salle B est précisément en voisinage immédiat avec la piscine 1 où les baigneurs pouvaient se laisser glisser, même sans passer par le frigidarium. 11 semble donc tout à fait légitime d’admettre que cette belle salle était la salle des exercices.
Delà salle B on pénétrait par deux portes encadrées de colonnes, soit dans la chambre H, soit dans la chambre F. Celle-ci semble bien être l’ apodyterium, qu’il est difficile de placer ailleurs. Elle mesure 7m,90 sur 9'\8o ; le sol en était pavé d’une mosaïque, malheureusement en partie détruite aujourd’hui.
C’est là qu’a été découverte l’inscription contemporaine de Septime Sévère, que nous avons reproduite plus haut. A une époque postérieure à la construction, on ouvrit dans cette salle une porte de communication avec la piscine I ; — le mur porte encore des traces d’arrachements dans la brique qui ne laissent point de doute à cet égard. On installa alors un escalier qui permettait de descendre dans le bain d’eau froide. Cet escalier lui-même paraît avoir été réparé à une date assez récente ; car la dernière marche est encore couverte d’une plaque de marbre blanc cannelé, empruntée à quelque pilastre ruiné. L 'apodyterium est devenu alors une sorte d’annexe du tepidarium.
Il est difficile d’admettre, en effet, que la pièce G ait jamais pu suffire, comme vestiaire, aux besoins d’un public quelque peu nombreux ; elle ne mesure guère que quatre mètres dans les deux sens. Une chambre de cette taille ne saurait être comptée parmi les parties constitutives d’un bain. Sans doute on en a fait une antichambre réservée aux esclaves, gardiens des vêtements(2) ; mais on pourrait y voir aussi un elaeothesium ; en fait c’est une de ces pièces secondaires auxquelles il est aisé de trouver un nom si l’on veut se contenter de possibilités, mais qu’il faut renoncer à identifier scientifiquement, en l’absence de tout indice.
(i) Galen, Meth. med., X, io. A Pompéi une piscine (Overbeck-Mau, p. 217). le côté occidental de la palestre est occupé par (2) Ballu, Les ruines de Timgad, p. 180.
LES THERMES DU SUD
Pour la pièce H, il n’y a aucun doute possible. On doit y reconnaître le frigidarium, avec ses deux grands bassins d’eau froide
I et r.
Nous avons déjà fait plusieurs fois allusion au bassin I (fig. ioo).
II mesure 6m, i $ de large sur 6m,o$ de long: il se compose d’une cuve, revêtue extérieurement d’une mosaïque dans le fond et d’un enduit de ciment le long des parois verticales. Nous avons montré comment on pouvait y accéder par des gradins du gymnase et du
Fig. 103. — Piscine et tepidarium.
vestiaire. A l’Ouest, il était réuni à la pièce J par une baie coupée de deux colonnes, disposition symétrique à celle qui existe vers l’Est, avec cette différence, cependant, que de ce côté la paroi est dénuée de marches (fig. 103).
Au Sud, au contraire, il est garni d’un escalier de trois marches qui occupent toute la largeur de la baie.
Le bassin I’ lui fait pendant; il est de même largeur que le précédent mais -plus profond. On y descend pareillement par un escalier de trois marches. Le sol en est formé aussi d’une mosaïque grossière; les trous de décharges sont parfaitement visibles encore.
LES THERMES DU SUD
Les murs Est et Ouest étaient percés de deux niches dont le revêtement a conservé des traces de peinture imitant les tons du marbre; l’ocre domine dans le bas, le vert au-dessus. Ces niches étaient jadis décorées de statues dont l’une a été retrouvée dans les déblais de la piscine; elle mesure i 111 , 6 8 ; elle représente une de ces nymphes à la coquille dont le type est bien connu et dont plus d’un musée possède des répliques (l) 2.
Mais l’exemplaire de Timgad offre une particularité digne d’être notée. Dans le type original d’où il dérive, la Nymphe soutient une
véritable vasque, placée dans une position horizontale et percée d’un trou dans le fond, pour le passage de l’eau, ainsi qu’il convient à une figure appelée à jouer un rôle effectif dans l’aménagement d’une fontaine: tel est le groupe des nymphes auxquelles Visconti donnait le nom d 'Appiades^ ou la statue que Clarac reproduit sous le n° i8}7(3). Ici, au contraire (fi g. 104), la coquille n’est pas percée d’un trou et, de plus, elle est représentée, appliquée contre le ventre de la déesse, dans une position presque horizontale : ce changement se comprend parfaitement, le sujet étant destiné à être disposé dans une niche peu profonde et au-dessus d’un bassin qu’il ne contribuait point à alimenter. Une nymphe est, d ailleurs, aussi bien à sa place à côté d’une piscine qu’au sommet d une fontaine.
(1) Reinach, Rép. de la statuaire grecque et romaine, I, p. 438; II, p. 405.
(2) Clarac, Musée de sculpture, texte, IX, p.
(3) Ibid., p. 324. Reinach, op. cit., I, p.
LES THERMES DU SUD
Cette statue présente encore, chose remarquable, des traces de peinture verte et rouge ; c’est un exemple de plus de polychromie sur marbre à l’époque romaine.
Le frigidarium H, autrefois surmonté d’une voûte d’arête, donne lieu à quelques remarques intéressantes.
La mosaïque de pavement est aux deux tiers intacte ; en face de la porte, est aménagée une niche circulaire qui a gardé quelques restes de son enduit. On y a trouvé en place une base hexagonale portant deux inscriptions (1). La première donne le nom de la divinité dont la statue reposait sur le piédestal.
SANCTVM G E N I V M THAMOGA D E N S E M CIVIS ET