CIVITATIS
Sanctum Genium Thamogadensem civis et amator constituit civitatis.
Le nom du donateur n’a jamais été gravé sur cette base.
Sur une des faces opposées à celle qui porte cette mention figure une autre inscription, mais gravée dans l’autre sens, si bien qu’à un certain moment on dut utiliser le piédestal en le disposant à l’envers, le haut en bas, et en tournant du côté du mur pour les
(i) Bull. arch. du Comité, 1893, p. 162, n° 43.
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dissimuler, les lettres qui, auparavant, étaient exposées à la vue. Cette seconde inscription, écrite en lettres onciales, est ainsi conçue:
P. Fl(avins) Pudens Pomponïamis, v(ir j c(larissimus) proco(n)s(ul) Crei(ae) Cyr(enanim), leg(atus) Aug(usti) prov(inciae) Aquaetanicae, praef(ectus) fnun(enti) d(andi) e(x) s(enatus) c(onsulto), cur(ator) Albensiam Fiic(ensium), pr(aetor), trib(wms) pl(ebis), q(uaestor) prov(inciae) Siciliae , patriae suae d(ono) d(edit).
Nous avons exposé ailleurs en détail tout l'intérêt qu'offre ce monument pour l’histoire de l’alphabet latin épigraphique(l). Nous n’y reviendrons pas. Nous avons rappelé aussi quel était le personnage dont les titres figurent ici. On a déjà rencontré son nom à Timgad sur une base du forum, écrite, elle aussi, en lettres onciales(2).
(1) R. Cagnat, Rev. de philologie, 1895, (2) Cf. plus haut, p. 75, fàg. 33.
p. 214 et suiv.
P. Flavius Pudens Pomponianus est un grammairien célèbre, contemporain de l’empereur Sévère-Alexandre ou d’un de ses successeurs immédiats. Ce serait donc dans la première moitié du IIIe siècle qu’il aurait fait don à sa patrie, pour être exposée dans les thermes, d’une statue destinée à surmonter la base hexagonale du frigidarium. L’autre inscription appartient à une époque postérieure. Les lettres paraissent du IVe siècle.
Deux piédestaux ornaient les angles Nord-est et Sud-est de la salle. Celui-ci est de forme carrée ; on y lit(l) :
ForTvnae
saCrvm
Fortunae Aug(ustae) sacrum.
Le premier, au contraire, octogonal, porte(2):
S A C R L • C L A V D I VS • L- F- FAB C L E M E N S OB HONOR H • V I R • P O S V I T • I D
Victoriae Aug(ustae) sacr(um). L. Claudius L.f(ilius) Fabfa tribu ) Clemens ob honor(em) II vir(atus) posuit id(emque) d(e)d(icavit).
(i) Bull. arch. du Comité, 1893, p. 1 6 r .
(2) Ibid., p. 162.
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îl n’est guère possible de dater exactement ces textes ; d’après la forme des lettres ils ne semblent pas antérieurs au IIIe siècle.
Au centre même de la salle, on a découvert un vase de pierre dont l'ornementation, un peu lourde par endroits, mais fine et soignée, est fort curieuse. La surface extérieure en est divisée en
deux parties égales par deux consoles, décorées à chaque extrémité de volutes enveloppant des rosaces. D’un côté (fig. 106), on voit
un sacrifice. A droite et à gauche d’un petit autel, que surmonte une branche feuillue descendant du bord supérieur de la vasque, sont figurées deux victimes : deux boeufs. Le premier est déjà tombé à terre, les jambes de devant repliées, sur le point de mourir. Derrière l’autre se tient le sacrificateur, la masse au poing, prêt à frapper l’animal.
Du côté opposé, près du bœuf couché, un personnage s’avance, vêtu d’une courte tunique serrée à la taille ; un glaive pendu à un
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baudrier, retombe sur sa cuisse gauche : de la main droite il porte un vexillum, de l’autre il soutient une corne d’abondance. On doit y reconnaître le génie auquel le sacrifice est offert, et ce génie a un caractère militaire nettement caractérisé. C’est probablement le Genius exercitus, que bon trouve représenté sur des monnaies impériales avec des attributs analogues (l). Les habitants de Timgad n’oubliaient pas qifils étaient voisins du camp de Lambèse.
Sur la face opposée (fig. 106 bis ) et faisant pendant à l’autel est une large coquille, reposant sur un petit corbeau, dont le centre
Fig. 106 bis.
était décoré d’une figure, aujourd’hui presque entièrement disparue. Il est impossible de reconnaître, aux quelques amorces qui en subsistent, ce qu’elle pouvait être ; on ne voit plus que ta trace d’une jambe. A gauche, en haut relief, est figuré un Hercule ; la tète, les bras et la jambe gauche n’existent plus, mais la peau de lion, nouée sous le cou et retombant derrière le dos, ne peut laisser aucun
(i) Voir par exemple Cohen, Monnaies impériales, V, p- 590/n0 59: GENIVS EXERC-ILLYriciani s-c. Génie debout à gauche auprès d’un autel allumé tenant une enseigne et une corne d’abondance. Cf. ibid., p. 191, n° 60.
Sur l’arc de Bénévent on voit un génie ayant à la main un vexillum surmonté de cinq aigles. Cf. Domaszewski, Die religion des Rom. Heeres, p. 96 et pl. v, fig. 2.
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doute sur l’identification du dieu. A droite, en haut relief aussi, l’artiste avait sculpté un groupe qui, malgré son état de mutilation, est non moins aisément reconnaissable. Un homme complètement nu, les épaules garnies de grandes ailes, est tourné vers une femme également ailée, vêtue jusqu’à la ceinture, le haut du corps étant dénué de toute draperie. Il a déjà passé le bras gauche autour de sa taille pour l’attirer vers lui. Elle, se laisse gagner à l’appel ; sa main droite se pose sur l’épaule de son amant; le bras gauche était tendu en avant : on distingue encore la trace de la main à la hauteur du sternum, sur le corps de l’homme. Près de lui est un tronc d’arbre supportant à son sommet une draperie. En présence de tous ces détails, il est difficile de ne pas reconnaître dans ces deux personnages Éros et Psyché, dont les représentations étaient si fréquentes dans l’art gréco-romain (l). On sait que les diverses répliques de ce sujet offrent entre elles certaines différences : par exemple, la femme est tantôt complètement drapée, tantôt demi-nue, tantôt nue; tantôt les jeunes gens sont juxtaposés, tantôt ils s’enlacent; tantôt tous deux ont des ailes, tantôt celles-ci ne sont attribuées qu’à fun ou à l’autre. Le sculpteur de Timgad a choisi un type qui tient le moven terme : Psyché est demi-nue; les figures ne sont que juxtaposées.
Cette partie ornée de sculptures formait la moitié supérieure du vase ; elle s’engageait par le fond dans une seconde moitié décorée de cannelures rayonnantes reposant sur un socle. L’ensemble est d’un bel effet décoratif.
On a encore trouvé dans le frigidarium deux statues de marbre. La première est celle d’un homme nu, portant sur l’épaule gauche une draperie qui s’enroulait ensuite autour du bras gauche (fig. 107). A ses pieds est un coq appuyé à un tronc d’arbre. Ce morceau se rapproche tout naturellement d’une figure presque identique qui a
(1) Cf. Collignon, Essai sur les monuments Pottier et Reinach, Nécropole de Myriha , I,
relatifs au mythe de Psyché , p. 369 et suiv. ; p. 410 et suiv.
Rôscher, Lexic. der Mythologie, s. v. Eros;
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été découverte à Lambèse(t) et qui est conservée au Musée du praetorium: elle est née, en tout cas, de la même inspiration ou, si Ton veut, du même modèle. On y a reconnu un Mercure; la présence du coq suffit à la caractériser. La statue se rapproche de la grandeur naturelle; sans tête elle mesure i m, y 3 .
L’autre statue (fig. 108) est beaucoup plus petite (om,88) ; elle
Fig. 108.
rappelle également de très près une figure du Musée de Lambèse(2). Elle représente une femme entièrement vêtue de la tunique et de la palier, le bras gauche, qui soutenait un pan du vêtement, est tendu en avant: il présentait sans doute une patère; autour du bras droit, nu à partir du coude, s’enroule un serpent. Les mains et la tète n’èxistent plus. Le type est bien connu; on donnait ce costume et
(1) R. Cagnat, Musée de Lambèse, p. 44 et (2) R. Cagnat, op cit., p. 43 et pl. II.
pl. III.
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ces attributs à la déesse Hygie, fille et compagne d’Esculape(l). Rien de plus naturel que de lui réserver une place d’honneur dans un établissement thermal où l’on venait chercher journellement la force et la santé. Nous savons, d’ailleurs, que l’usage de décorer les bains d’images d’Esculape et d’ Hygie était fort répandu dans le monde romain (2), et tout particulièrement en Afrique. On en a constaté des exemples assez récemment encore à Philippeville (3) et aux environs de Khenchela (4).
Du frigidarium on pénétrait par deux portes de grandeur inégale dans une salle N, large de 2m,88 et longue de 8 mètres. Celle-ci est garnie dans le fond, à droite et à gauche, de deux niches rectangulaires qui mesurent im,$o de largeur. Leur peu de profondeur (om, 3 $) a permis de croire qu’elles servaient jadis d’armoires, et de donner par suite à la pièce le nom d1 elaeothesium . On n’a, d’ailleurs, retrouvé dans les déblais aucun flacon, aucun vase à huile ou à parfum, rien qui confirme cette identification. Mais on a fait remarquer, d’autre part(5), que la salle était à la fois contiguë au tepidarium et au frigidarium, disposition conforme aux préceptes donnés par Vitruve pour l’aménagement de Y elaeothesium .
La porte de communication entre N et J a été murée à une époque postérieure.
Au fond de la chambre et entre les deux niches s’ouvre une baie qui donne accès dans deux autres petites pièces larges de 2m,8o, O et O1, se faisant suite et réunissant par un passage commun les chambres J, K et M. Les murs portent encore la trace d’un revêtement en marbre blanc et rouge.
(1) Saglio, Dict. des Antiquités, s. v. Hygieia; Sal. Reinach, Répert. de la statuaire grecque et romaine, II, p. 298 et suiv.
(2) Luc. Hippias, 5.
(3) Bertrand et Gsell, Musée de Philippeville, p. 41.
(4) IJ . , Mélanges de l’école de Rome, XIII, p.