ÉDIFICE AVEC SALLE DEMI-CIRCULAIRE
Sur le bord du cardo Nord, à une cinquantaine de mètres avant le point où il rencontre le decumanus maximus, s’élève un édifice remarquable par la forme demi-circulaire de sa salle principale (l) (fig. 1 4 1 ). La façade est précédée d’un triple portique formant les trois côtés d’un rectangle et encadrant une cour qui s’ouvre sur la voie. On pénétrait de l’extérieur dans chacun des deux portiques latéraux par des entrées devant lesquelles se trouvaient des marches; la pente de la rue est telle qu’il ne pouvait pas y en avoir le même nombre aux deux entrées; au Sud deux marches suffisaient; au Nord il en fallait davantage; elles ont disparu aujourd’hui. L’éléva-
(r) Cf. sur cet édifice une note de M. Gsell dans le Bull. arch. du Comité, 1902, p. 309
et suiv. et une autre de M. Vars dans le Rec. de Constantine, 1901 (XXXV), p. 225 et suiv.
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tion sur le car do se terminait à droite et à gauche par un mur plein décoré de deux colonnes détachées, correspondant à autant de pilastres. Mur et colonnes n’existent aujourd’hui que du côté du Sud (fig. 140).
Fig. 1 4 1 . — Plan de la salle demi-circulaire.
Les portiques latéraux donnaient accès chacun à deux chambres largement ouvertes, disposées en bordure sur les voies secondaires, qui isolaient le monument des maisons voisines; il existait même dans une de ces voies une petite porte pour pénétrer dans l’édifice.
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Deux autres grandes chambres, de même profondeur que la salle centrale, l’encadraient, l’une à droite, l’autre à gauche. Elles étaient décorées dans le fond d’une niche rectangulaire — c’est, du moins, ce qui se remarque dans la seule de ces deux pièces qui subsiste encore, puisque toute la partie septentrionale de la construction est actuellement à peu près détruite. On y pénétrait par une porte aménagée à l’angle des portiques latéraux dans le mur de façade du monument.
Devant cette façade régnait le troisième portique, plus long que les autres; il ne semble pas qu’on ait pu, du moins à une certaine époque, y accéder librement de la cour ; car dans chacune des travées formées par les colonnes qui le soutenaient on avait disposé des balustrades dont on voit sur le sol les traces de scellement; il n’y avait de passage libre que par une grille mobile, disposée entre les deux colonnes du milieu.
La salle centrale s’ouvrait par une large baie de 3m,8o, décorée autrefois de colonnes engagées, disposées dans l’épaisseur du mur ; le sol est pavé de belles dalles de calcaire bleu. Elle affecte la forme d’un demi-cercle dont le diamètre mesure iom,97. La courbe se prolonge à droite et à gauche par deux murs droits qui, se décrochant de l’hémicycle, sur une longueur de om,^, s’alignent parallèlement à l’axe longitudinal de l’édifice, pour rejoindre le mur antérieur de la salle.
L’ordonnance de celle-ci se compose de 12 colonnes, reposant sur des dés élevés de calcaire blanc et rougeâtre, dans la hauteur desquels sont disposées trois marches qui garnissent tout le tour de la pièce.
Ces colonnes, détachées, correspondent à des pilastres en briques, jadis revêtus de marbre blanc. Entre ces pilastres, des niches profondes de om,$o étaient ménagées; on en compte six dans la partie semi-circulaire et deux dans les murs droits latéraux, en tout huit, quatre de chaque côté. Naturellement, elles étaient jadis occupées par des statues.
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Au milieu et faisant face à la porte d’entrée, une niche plus large et plus profonde que les autres était encadrée de deux pilastres saillants (fig. 142), précédés de deux belles colonnes détachées de marbre blanc à cannelures torses ; elle abritait aussi une statue, la plus importante évidemment de celles qui décoraient l’édifice.
Les murs du monument, construit, d’ailleurs, avec soin, sont
Fig. 142. — Niche centrale de la salle.
faits de briques et de moellons ; les parties ornementales seules, marches, colonnes, entablements, sont en pierre de taille. De plus le plan, s’il s’aligne sur le trottoir du cardo par devant, empiète sensiblement par derrière sur la rue qui longe la grande salle. Tout cela indique qu'il n’appartient pas à l’époque primitive de la ville. Il est probable qu’il est d’une date sensiblement postérieure. C’est ce que vient confirmer aussi un autre détail : sous le pavement du portique qui précède l’entrée de la salle demi-circulaire,, les touilles
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ont révélé l’existence à une cinquantaine de centimètres de profondeur d’une mosaïque ornementale. Il y avait donc eu, lors de l’établissement de cette salle, un exhaussement sensible du terrain primitif. A quel moment de l’existence de Timgad faut-il placer sa construction ? c’est ce qu’il n’est point aisé de définir. M. Gsell, faisant état des chapiteaux trouvés dans les fouilles et qui sont, dit-il, « d’une facture sèche et maigre qui indique le Bas-Empire », se prononce pour le IVe siècle (l) ; il est permis de trouver cette date bien tardive. L’épigraphie ne parait pas confirmer cette conclusion ; malheureusement, là encore, on ne saurait être très affirmatif ; le seul renseignement que nous possédions est un petit fragment de l’inscription gravée sur la frise de l’entablement qui régnait au-dessus des niches. On ne lit qu’un seul mot: FELICITER. Les lettres, hautes de om, i 7$ , sont trapues et empâtées, comme celles qui étaient d’usage dans la seconde moitié du 111e siècle et en particulier à l’époque de Dioclétien (PI. XXXVII, fig. 6). C’est aussi un peu le caractère des lettres d’une autre inscription découverte dans les décombres des chambres du Nord-Est et qui appartient peut-être aussi à cet édifice(2).
QVINTIANI FL AVI RO testaUENTO SVO REIPVBLICAE coloniae thamug ade NSIVM PATRIAE SVAE LE gaverai I EX Ls CCCC MIL • NVM •
A PERFECTVM EST &
Si le texte fait allusion à cette construction, il nous apprend qu’elle avait coûté la somme considérable de quatre cent mille sesterces. L’abondance des placages de marbre blanc ou vert recueillis dans les fouilles ne contredit pas cette assertion.
(1) Bull. arch. du Comité, loc. cit. M. Gsell avait surtout en vue, semble-t-il, un chapiteau de marbre blanc recueilli dans la salle centrale et qui, en effet, est d’une facture caractéristique. Mais, après vérification, nous avons reconnu
qu’il ne s’adapte à aucune colonne. Il appartient à un autre édifice.
(2) Gsell, loc. cit., p. 3 11 ; Vars, Rec. de Constantine, loc. cit., p. 225.
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Certains d’entre eux offrent même des motifs gravés, un vase à deux anses accosté de deux cornes d’abondance, des arabesques, etc.
Détail curieux. Les colonnes qui entourent la cour portent gravées à la pointe des inscriptions cursives dont voici les principales :
: DiCSTTL
aPEDVAL EFU VPRÛC
3 PE/tfo* nçy-nj
5 PO(.Y(K0tf 1$ VfTA
6 FEIicii
s PÈLMCOfV
9 WnAlQVI l'j (
1. Portique du fond. 2e colonne à partir de la droite. Lettres de o'n,oq$ ; Dicite?
2. Sur l’autre côté de la colonne. Même grandeur de lettres : Pedico V aleriu(\ m ) proc(i ïiratorem ) .