‹ Timgad, une cité africaine sous l'empire romainChapitre 39 sur 47 · Id. Lettres de om,o · texte numérisé non relu

Id. Lettres de om,o

SALLE DEMI-CIRCULAIRE 30 3

On voit que la matière n’en est pas différente de celle qui a inspiré les graffittes des Thermes du Nord, cités plus haut.

11 faut aussi signaler, au pied de la quatrième colonne, sur le dallage du portique, la présence d’un jeu de marelle gravé dans la pierre.

La destination exacte de l’édifice est inconnue. Point d’inscription qui nous l’apprenne, aucune représentation figurée, aucun détail caractéristique. On ne peut, cependant, s’empêcher de le rapprocher d’un monument situé sur le forum de Pompéi. Celui-ci se compose aussi d’un grand hémicycle formant niche dans le fond ; les deux côtés possèdent pareillement des niches, au nombre de quatre, dont une, plus importante, est constituée par un profond renfoncement. Le pavement est fait de belles dalles de marbre ; au centre de la pièce on a retrouvé les fondements d’un autel. L’ensemble des deux constructions n’est donc pas sans analogie. Mais, chose singulière, on est presque aussi incertain sur la destination de l’édifice de Pompéi que sur celle de la salle de Timgad. On y voyait autrefois une curie, supposition qui a été reconnue inexacte (I). Fiorelli le nomme atrium et suppose qu’il était dédié au culte impérial (2). Aujourd’hui, on lui donne le nom de sanctuaire des Lares de la cité, lararium publicum. Mais il faut avouer que les arguments sur lesquels on s’appuie sont assez fragiles. « Il est évident, dit M. Mau(3), que nous sommes en présence d’un édifice religieux, sinon proprement d’un temple. L’édicule dans l’abside, avec son large piédestal pour plusieurs images relativement petites, présente une analogie frappante avec les chapelles des Lares trouvées dans beaucoup de maisons privées. Les cités, comme les maisons, avaient leurs esprits gardiens. Le culte de ces divinités tutélaires avait été organisé par Auguste qui ordonna que, comme le Génie du maître de la maison était honoré dans la chapelle familiale, de même son Génie reçut des honneurs

(r) Breton, Pompeia, p. 13 1; Overbeck- Mau, Pompeji, p. 128.

(2) Descripone di Pompéi, p. 262.

(3) Mau, Pompéi, its life and art, p. J02.

SALLE DEMI-CIRCULAIRE

en même temps que les Lares des différentes cités... Sans aucun doute nous devons reconnaître dans cet édifice le sanctuaire des Lares de la cité. Sur le piédestal de la chapelle, dans l’abside, s’élevait probablement le Génie d’Auguste, représenté par une statue de l’empereur lui-même, avec sa toge jetée sur sa tète, offrant une libation ; à sa droite et à sa gauche étaient deux Lares... 11 est aussi possible que d’autres dieux aient été associés aux Lares de la cité ; et peut-être dans les deux chapelles latérales y avait-il des images de Gérés et de Vénus Pompeiana. Pour les autres statues qui meublaient les huit niches, il vaut mieux s’abstenir de conjectures. » 11 est bien à craindre que pour Timgad, comme

pour Pompéi, le problème reste sans solution (I). Il est à remarquer, toutefois, que le temple du Génie de la cité semble avoir été situé ailleurs, ainsi qu’il sera montré au chapitre suivant.

(i) M. Petersen, dans une note récente les niches contenaient des statues de dieux ( Jahrlnich des deutsch. arch. Instituts , Arcb. ou d’empereurs divinisés.

A neiger, 1903, p. 27), avance seulement que

Fig. 143. — Entrée du tçmple.

LE TEMPLE DU GÉNIE DE TIMGAD

En face du marché, sur la grande voie qui de Tare dit de T rajan conduit à la porte occidentale de la ville, se trouve un édifice qui s’ouvre sur cette voie(l) par trois perrons. Le mur d’enceinte n’étant pas parallèle au tracé de la rue, les perrons sont quelque peu de biais par rapport au trottoir; de plus, le terrain descendant sensiblement, le nombre des marches ne pouvait être le même pour tous : le premier escalier en compte quatre, le suivant et le troisième en ont six; avec cette différence que les marches du dernier sont plus élevées que celles du second. A côté du premier perron, en bordure de l’édifice, s’élève une grande base qui supportait quelque monument honorifique, aujourd’hui disparu.

En franchissant les perrons, on pénètre, par trois portes, dans

(1) Cf. Gsell, Les Monuments antiques de l’Algérie, I, p. 139 et suiv., pl. XXI.

ob

Plan du Temple.

TEMPLE DU GÉNIE DE TIMGAD

une grande cour; elle affecte la forme d’un quadrilatère très irrégulier; aucun des côtés n’est parallèle à celui qui lui fait face. C’est le péribole d’un temple. Sur trois de ces côtés régnait un portique soutenu par 17 colonnes, dont 6 sur l’élévation principale. Au milieu de la cour et en avant de l’escalier du sanctuaire était disposé l’autel; il n’en reste plus que le soubassement; mais on a retrouvé des morceaux du couronnement ornementé qui le décorait. Au bout de chaque côté du portique, une porte donnait accès dans une chambre accolée aux murs latéraux de la cella. Il faut y voir soit des chapelles secondaires, soit quelque dépendance. On n’y a rien trouvé qui permît de préciser. Elles ne sont pas de la même époque que la partie centrale.

Fig. 1 4 j . — Chapiteau du Temple.

L’escalier du sanctuaire se composait jadis de 16 marches, encadrées par le prolongement du soubassement des murs latéraux de la cella. Celle-ci, précédée de quatre colonnes d’ordre corinthien, mesurait 7 mètres sur8m,$o. L’entre-colonnement du milieu, sensiblement plus large que les autres, avait 2m, 1 5 environ. Les colonnes, cannelées et rudentées, sont un peu inférieures à 6 mètres. L’architrave est très simple et unie avec une seule moulure de couronnement ; le soffite est mouluré. La frise se compose de dés en pierres d’une largeur et d’une épaisseur égale au diamètre supérieur des colonnes et placé au droit de celles-ci ; puis, entre ces dés, de placages en pierre de 20 centimètres d’épaisseur seulement, de façon

TEMPLE DU GÉNIE DE TIMGAD

à réduire autant que possible le poids de l’entablement au-dessus des vides entre les colonnes. Chacun des dés et des placages était décoré de moulures formant encadrement. La corniche était dépourvue d’ornements; nous en possédons tous les éléments, ainsi que les morceaux d’angle du fronton qu’une cimaise de pierre surmontait.

La sculpture des chapiteaux (fig. 144) est intéressante ; l’abaque est orné de canaux et de perles; les rosaces sont toutes differentes.

On a recueilli dans les déblais de la cour un certain nombre d’inscriptions qui ne sont pas sans intérêt pour déterminer l’attribution de ce sanctuaire. Cinq sont gravées sur des dés de dimension à peu près semblable (IL On y lit le nom de Jupiter, celui de J unon, celui de Minerve, celui de Liber Pater et enfin celui de Silvain. Ce dernier autel est brisé à droite, il ne reste plus que 1 (2) :

deq

P ATR IO

Il nous apprend que Silvain était un des dieux protecteurs de Thamugadi. Le culte de cette divinité n’est pas très fréquent en Afrique ; elle paraît avoir été cependant assez en honneur dans la Numidie(3) et particulièrement dans les régions voisines de l’Aurès. On a trouvé des ex-voto à Silvain, à el-Kantara (4) et surtout à Lambèse. Là il y avait, sur le Djebel-Asker, un temple en son honneur, bâti par la légion ; et elle lui avait aussi consacré une des chapelles latérales du sanctuaire d’Esculape (6). On ne saurait s’étonner que Thamugadi, fondé par la légion, ait été placé ou se soit placé sous la tutelle particulière de ce dieu.

C’est également de cet édifice que proviennent deux autres grandes inscriptions, connues depuis longtemps, où se lit le nom de Valerius Florus, gouverneur de Numidie sous Dioclétien et Maxi-

(1) Bull. arch. du Comité, 1898, p. clvii.

(2) Ibid., 1901, p. 312.

(3) C. I. L., VIII, 5933 (Aïn-el-Bey);

63 54 (Rouffak) ; 6963 (Constantine).

(4) Ibid., 2499.

(5) Ibid., 2671.

(6) Ibid., 2672 et suiv.

TEMPLE DU GÉNIE DE TIMGAD

mien(l). L’une est dédiée à Jupiter Optimus Maximus, l’autre au Genius Virtutum Mars Augustus.

Le sanctuaire voisin du marché était donc destiné à honorer plusieurs divinités, parmi lesquelles la triade capitoline et un patron spécial de la cité, Silvain. Cette considération permettrait de supposer qu’il était consacré au culte de ce qu’on pourrait appeler les Lares publics de Timgad.

Une autre inscription, bien que fort mutilée, vient corroborer et préciser cette supposition. Elle est gravée sur un placage de pierre, brisé aujourd’hui en plusieurs morceaux, qui mesurait i mètre de hauteur et qui faisait partie de la frise de l’édifice. Cette hauteur est précisément celle des dés surmontant les colonnes dont il a été question plus haut.

Les lettres, hautes de om,o8$, sont d’une gravure excellente.

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