‹ Timgad, une cité africaine sous l'empire romainChapitre 9 sur 47 · C.. ômlI · texte numérisé non relu

C.. ômlI

Fig. 27.

doive être détaché du reste du mot et expliqué à part comme abréviation ; d’un autre côté il n’y a pas de plante dont le nom se rapproche de cet ensemble de lettres; et, d’ailleurs, la fleur ici représentée est assez nettement tracée pour que nous puissions la reconnaître^. De toute façon, l’intention de celui qui a gravé ce dessin nous échappe entièrement.

Beaucoup plus importante est la figure qui se voit presque au centre de la place (voir le plan reproduit à la planche VI) et dont nous donnons la reproduction d’après les relevés de M. Sarazin (fig. 28)(3). La première idée qui vienne à l’esprit en présence de cet immense

(1) Il est évident que si on corrigeait en N le K qui, bien que très net, est contraire aux habitudes d’orthographe romaine, étant placé devant un T, on arriverait à lire le mot Cantarus (pour Cantharus ). Mais la correction semble bien osée.

(2) M. G. Bonnier, professeur de botanique à la Faculté des Sciences de Paris, a bien voulu nous dire que la plante dessinée sur le pavé de Timgad ressemblait à l’une des deux plantes

suivantes : soit la Smilax mauritanica (famille des asparaginées), soit la Tamus communis (famille des dioscorées). Ce sont deux plantes à tiges flexueuses et à fruits charnus groupés en grappes. L’une et l’autre appartiennent à la flore méditerranéenne.

(3) Les parties pointillées sont celles qui n’existent plus aujourd’hui, les dalles où les lignes étaient gravées ayant disparu.

LE FORUM

triangle, est d’y chercher un cadran solaire — on sait qu’il en existait un sur le forum romain (l) — et c’est en effet le mot qu’ont prononcé à ce propos ceux qui ont déjà écrit sur Timgad (2). Il ne paraît pas cependant qu’il faille s’arrêter à une semblable opinion. Nous avons consulté quelques-uns de ceux qui étaient le mieux placés pour décider la question et leur examen a été absolument négatif.

La direction seule de la figure, dont la partie qui subsiste regarde le nord-est, leur a semblé écarter l’hypothèse d’un cadran solaire; en tout cas, il leur a été impossible de concevoir suivant quel système il aurait été construit. Si le dessin était intact, s’il subsistait aux points d’intersection inférieurs d’autres chiffres que le chiffre VI III, peut-être pourrait-on raisonner avec quelque sûreté; mais, dans l’état actuel des choses, nous avons dû nous résoudre à laisser le problème sans solution.

Enfin il existe, sur le dallage, la trace de bases honorifiques, aujourd’hui disparues. Nous les mentionnerons successivement, en même temps que nous passerons en revue celles qui existent encore.

C’était, on le sait, un usage très commun, dans toutes les villes de l’empire, que celui d’élever des statues sur la place publique aux hommes qui avaient illustré la cité par leur vie ou rendu des services signalés aux habitants. L’exemple venait de haut ; il avait été donné par les empereurs eux-mêmes, qui avaient orné les différentes places de Rome de statues de toutes sortes. Lorsqu’Auguste fit

(i) Boissier, Promenades archéologiques, p. 3 8, (2) Milvoy, Ville romaine de Thamugas, p. 8;

et les textes cités. Moliner-Violle, Tbimgad, p. 35.

LE FORUM

tracer le forum qui porte son nom, il plaça sous les deux portiques les images des grands généraux de la république, en costume de triomphateurs « voulant honorer, nous dit Suétone, presque à l’égal des dieux immortels, la mémoire de ceux qui avaient donné à la puissance romaine, après d’obscurs commencements, un si grand développement ». La série s’ouvrait par les statues d’Énée et de Romulus, pour se terminer par celles de Marins, de Sylla etd’autres encore. Les empereurs suivants continuèrent à peupler le forum d’Auguste (I). C’est ainsi que Trajan y éleva la statue d’A. Cornélius Palma, vainqueur des Arabes1 (2). Mais ce dernier prince fit mieux encore; il créa un nouveau forum où lui et tous ses successeurs réservèrent une place aux personnages illustres de l’époque impériale, hommes de guerre, légistes, littérateurs. On y voyait, à côté de M. Claudius Fronto, le célèbre général de Marc Aurèle(3) et de T. Vitrasius Poîlio, un autre homme de guerre, contemporain de Marc Aurèle et de Commode (4), Nicomachus Flavianus, un des récenseurs antiques du texte de Tite Live(5) et le poète Claudien(6). Un usage, qui flattait singulièrement l’amour-propre national, ne pouvait pas rester limité à la capitale; les villes d’Italie s’empressèrent de suivre la mode et l’on vit s’élever de toutes parts, sur les places publiques, des statues et des bases honorifiques qui n’étaient que la copie des originaux romains. On en a la preuve pour Arretium(7), Lavinium , et Pompéi(9). Bientôt, la province voulut rivaliser avec l’Italie. L’Afrique ne resta point en arrière : on a découvert à Carthage trois inscriptions de piédestaux qui ne laissent pas de doute à ce sujet(l0). Mais par le fait seul qu’elle se répandait dans les contrées les plus reculées, cette coutume devait

(1) Suet., Aug., 31. Cf. Lanciani, Bulletino comunale, 1889, p. 26 et suiv., et Lafaye dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de M. Saglio, v. Elogium.

(3) Ibid., 1377.

(4) Ibid., 1540.

(5) Ibid., 1783.

(6) Ibid., 1710.

(7) Ibid., XI, 1826 et suiv.

(S) Ibid., XIV, 2067, 2068.

(9) Ibid., X, 808 et 809.

(10) C. I. L., VIII, 12535, 12536, 12538; cf. les commentaires de M. Joh. Schmidt.

LE FORUM

nécessairement se transformer quelque peu. Si le souvenir des grands hommes qui avaient fondé la puissance romaine ou illustré l’État était vivace à Rome et dans les villes importantes de l’empire, il n’éveillait pas, au même degré, l’admiration et la reconnaissance des petites cités. Celles-ci voyaient moins loin ; ce qui les touchait surtout, c’était leur histoire propre et leurs intérêts; ce qu’elles admiraient, c’étaient ceux qui leur faisaient honneur ou qui pouvaient les aider de leur influence. Elles réservèrent donc leur forum aux empereurs, aux gouverneurs de la province, aux patrons du municipe ou de la colonie, à ceux des citoyens qui s’étaient illustrés dans les armes ou dans les lettres. On ne peut pas s’en étonner, mais on peut encore moins s’en plaindre ; car c’est, en grande partie, grâce à ces témoignages de reconnaissance locale que nous connaissons aujourd’hui avec tant de détails l’histoire de l’empire romain pendant l’époque impériale (l).

L’Afrique ne fait pas exception à la loi générale. Nous possédons plus d’un texte littéraire ou épigraphique où il est fait mention de statues élevées sur le forum de municipalités africaines, soit à des divinités (2), soit à des particuliers (3). Dans quelques-uns d’entre eux, il est même question de statues équestres^. Ailleurs, nous voyons que le nombre des piédestaux accumulés sous les portiques et sur la place de Cirta était tel que la circulation en était gênée et que l’on fut obligé d’en rectifier l’alignement(5). Toutes les fois que l’on a fouillé les restes des for.um, lorsqu’ils n’avaient pas été pillés par les Byzantins pour construire des forteresses ou des monuments publics, on a retrouvé des bases honorifiques debout à leur place antique. Il suffit de rappeler les découvertes de L. Renier(6) et plus

(1) Cf. Friedlander, Sittengeschichie , III, p. 241 et suiv.

(2) Apul., Florid., III, 16; Tertul., Apolog., 46; C. I. L., VIII, 5299 (Neptune), 1858 (Minerve).

(3) Ibid., 714, 14473, 15205, etc.

(4) Ibid., 8935, 14370, 15205.

(5) Ibid., 7046: « aequa[tisque\ statuis quae it[er totius\fori angust[abant\.

(6) C. I. L., VIII, 2677, 2742r 2749, 2750, 2753, etc.

tard du Service des Monuments historiques(l) à Lambèse, celles de M. Masqueray(2) à Khamissa, celles de MM. Babelon et Reinach à Bou-Ghara(3) et à Zian(4).

A Timgad, le nombre des piédestaux de statues est considérable. Ils sont répartis, soit sous la colonnade, — de ceux-là nous

Fig. 29. — Disposition des bases honorifiques sur le forum.

avons déjà parlé — -, soit sur les côtés de la place intérieure, par groupes ou isolément. Grâce aux inscriptions qu’ils portent, on peut aisément se rendre compte de la nature des statues qu’ils supportaient et, par suite, reconstituer en imagination l’aspect que pré-

(1) Rec. de Constantine, XXIII, p. 363 et (3) Recherches archéologiques en Tunisie,

suiv. p. 43 et suiv.

(2) Ibid., XVIII, p. 634. (4) Ibid., p. 55 et suiv.

LE FORUM

sentait jadis le forum, au moment où la ville était dans toute sa splendeur. Nous énumérerons ici successivement tous ces piédestaux (cf. la fig. 29), en insistant sur les plus intéressants.

Page 1