‹ Timon d'AthènesChapitre 26 sur 29 · TIMON, TROIS VOLEURS · texte numérisé non relu

TIMON, TROIS VOLEURS

LE PREMIER VOLEUR

Regarde, le voilà.

LE SECOND VOLEUR

Où donc a-t-il trouvé tout l'or qu'on dit qu'il a? Ses parents, ses amis, ses valets, ses maîtresses N'auraient- ils qu'à demi dévoré ses richesses?

LE TROISIÈME VOLEUR

Je gage qu'il nous va livrer son coffrefort.

LE SECOND VOLEUR

S'il le cède il est sauf.

LE PREMIER VOLEUR

Et s'il résiste?

LE SECOND VOLEUR

Mort.

LE TROISIÈME VOLEUR

Qu'en ferait-il? il vit d'herbes*

LE PREMIER VOLEUR

Quelle infamie !

LE TROISIÈME VOLEUR

Je crois qu'il s'est fait ours par pure économie.

LE SECOND, à Timon.

Que les dieux de ta route écartent les douleurs, Timon !

Des voleurs !

LE SECOND VOLEUR

Soldats et non voleurs.

TIMON

Tous les deux à la fois.

LE PREMIER VOLEUR

Pardon, seigneur, nous sommes De irès-lionnêles gens. —

TIMON

Et vous êtes des hommes !

LE SECOND VOLEUR

Hélas, oui ! monseigneur.

timon.

Quel vent vous pousse ici ?

LE PREMIER VOLEUR

Notre misère, hélas !

TIMON

Votre avarice aussi.

LE SECOND VOLEUR

Depuis deux jours nos corps manquent de nourriture.

TIMON

Eh bien ! autour de nous la main de la nature

Vous tend de chaque branche un fruit délicieux; Voyez quelle abondance elle élale à vos yeux ! Voyez dans ces vallons, voyez sur ses collines, Le sol partout couvert d'herbes et de racines ! Ici c'est un arbuste où pend un fruit vermeil ; Là c'est un courant d'eau qui scintille au soleil; Chaque buisson vous offre une pitance exquise ; Partout dans ces forêts on trouve table mise. Et vous osez parler de besoin ! Quel besoin?

LE SECOND VOLEUR

Sommes-nous des chevaux pour nous bourrer de foin?

TIMON

Il faut que sous vos dénis votre pâture saigne, Et que l'odeur du meurtre à voire table règne.

LE PREMIER VOLEUR

Les herbes et les fruits sont bons pour les oiseaux.

LE SECOND VOLEUR

Nous aimons mieux croquer de la chair et des os.

TIMON

Très-bien ! vous mangez l'homme, et je vous en rends

grâce.

Courage, mes amis, exterminez sa race !

Vous êtes francs du moins. Vous m'avez dit d'abord : a Nous sommes des brigands! » Brigauds, voici de l'or. Rassasiez-vous bien du doux jus de la grappe ; Mais ne vous fiez point aux suppôts d'Esculape ; Ils dérobent la vie et la bourse à la fois.

Je vous ai tout donné. Parlez, quittez ces bois.

Athènes vous attend. Sapez ses murs infâmes; Saccagez ses palais et livrez-les aux flammes ; Pillez ses habitants, n'écoutez pas leurs pleurs ; Dépouillez sans pitié ce peuple de voleurs; Pour quelques drachmes d'or bouleversez le monde; El que le ciel enfin vous-mêmes vous confonde !

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