‹ Timon d'AthènesChapitre 28 sur 29 · FLAVIUS, TIMON · texte numérisé non relu

FLAVIUS, TIMON

FLAVIUS

Timon a-t-il quitté l'enceinte de ces bois?

Ah! grâce aux Immortels enfin je l'aperçois.

Mais serait-ce une erreur? est-ce bien là mon mallre? Sous ces haillons impurs comment le reconnaître? Il se traîne avec peine autour d'un antre affreux , Creusant le sol aride avec ses doigts terreux, Lui qui naguère encore aux doux sons de la lyre Mêlait ses chants de joie et ses éclats de rire ! Hélas! — Abordons-le. Seigneur, je viens...

TIMON

Va-t'en.

FLAVIUS

Cher maître. —

TIMON

Hors d'ici.

FLAVIUS

Moi qui vous aimai tant.

Hais-moi, tu feras mieux. —

FLAVIUS

Ecoutez-moi de grâce.

TIMON

Arrière !

FLAVIUS

Vous m'aimiez aussi.

timon.

Quelle est ta race !

FLAVIUS

Je suis un homme. —

TIMON

Fuis ! ils me font horreur; Leur nom seul me remplit de trouble et de fureur. Puisque c'est un mortel qui t'a donné naissance, Redoute ma colère et sors de ma présence.

FLAVIUS

Votre honnête intendant..,

TIMON

Honnête ! Halte -1^.

Jamais dans mon séjour le sort ne rassembla Qu'un tas de faux amis, d'avides parasites, Dont ma table attirait les vénales visites, De misérables, qui vivaient à mes dépens .

Puis, pour m'assassiner dressaient des guet-apens, Et de ma bonté même à leur plaire employée, Derrière moi riaient à gorge déployée.

FLAVIUS

Les dieux me sont témoins combien sur vos malheurs Ces yeux flétris par Page ont répandu de pleurs.

TIMON

Quoi ! tu pleures ! Je vois des larmes sur tes joues !

Je ne t'abhorre plus, puisque tu désavoues

La froide cruauté des êtres que j'aimais.

Les pervers! la pitié ne les toucha jamais.

S'ils répandent des pleurs c'est par excès de joie.

Mais que me veux-tu? parle; en ces lieux qui l'envoie?

FLAVIUS

C'est pour vous consoler que je m'y suis rendu.

Tout voire bien n'est pas entièrement perdu.

Vos créanciers en foule assiègent votre porte ; Mais je leur ai soustrait l'or que je vous apporte Dans ce sac. — Regardez, cher maître. — En attendant Souffrez que Flavius reste votre intendant.

TIMON

Dans quel cœur la vertu ne se glissera-t-elle?

J'avais un intendant généreux et fidèle !

Tout fuit; lui seul me reste; et qu'ai je fait, au fond,

Pour qu'il s'attache à moi? Ce trait-là me confond.

A la vertu de l'homme être forcé de croire !

honte ! au genre humain je cède la victoire!

Mon intendant l'emporte ; en vain j'ai combattu ;

Attendri, désarmé, je maudis sa vertu.

Ah ! s'il est bon de cœur et grand de caractère,

On chercherait en vain son pareil sur la terre.

Approche; (à Flavius) laisse-moi l'examiner de près;

Oui, oui, c'est bien un homme, il en a tous les traits. —

Va ! garde ces trésors, je te les abandonne,

Mais fuis loin de mes yeux.

FLAVIUS

Seigneur...

Je te l'ordonne.

FLAVIUS

Ce n'est point l'intérêt qui dicte mes discours ; Seigneur, auprès de vous je veux finir mes jours. Dans ces déserts lointains la main d'un dieu m'amène Pour vous faire oublier l'ingratitude humaine.

Heureux si je pouvais distraire vos ennuis, Et vous rendre content, tranquille.. •

TIMON

Je le suis.

J'ai tout ce qu'il me faut, de l'eau, de Pherbe tendre, Et de plus, au besoin, un arbre pour me pendre ! Va-feu !

FLAVIUS

Que je vous laisse en cette intention !

timon.

Décampe, si tu crains ma malédiction !

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