ACTE TROISIÈME
SOLANGE, légèrement narquoise.
C'est un peu son habitude!... Et pourquoi est-elle triste, votre âme ?
JEAN
Parce que je sens qu'ils sont passés, bien passés, les jours heureux où le courant invicible d'une mutuelle sympathie faisait vibrer nos cœurs à l'unisson. Parce que...
SOLANGE
Mais, je vous assure, Jean...
JEAN
Non, Solange... Ne cherchez pas à me donner le change!... Vos yeux sont les plus beaux du monde, mais vous le savez, j'y lis comme en un livre ouvert. Ils sont le reflet de ce qui se passe en vous. (Déclamant avec affectation.) Comme l'onde d'un lac est le
reflet des Cieux. (Changant do ton, très satisfait.) Hé,
mais... c'est un vers !... Vous n'avez pas remarqué?... c'est un vers.
SOLANGB.
Un vers?
JEAN
Oui!... (Képétant.) Comme l'onde d'un lac... C'est un vers... et un bon !
SOLANGB.
Quand on est poète t
JEAN
Oh ! c'est que dans ce sacré fourbi de métier on n'a guère l'occasion de l'être, poète.
SOLANGE
Je le vois I
152 TIRE-AU-FLANC t
JEAN
Ce n'est pas en épluchant des patates ou en cirant des godillots qu'on peut se monter l'imagination I Aussi ce vers, que je viens d'improviser, me cause une véritable joie.
SOLANGE
Et du coup, voilà votre grande tristesse envolée!
JEAN
Oui... c'est-à-dire... Ecoute/, Solange... Soyons sincères... vous ne m'aimez plus I
SOLANGE
Mais si, Jean.
Non, non, vous ne m'aimez plus I... c'est clair, c'est net, c'est évident I II faudrait en avoir une couche comme Turlot ou le caporal Bourrache, pour en douter un seul instant. Eh bien, soit, c'est entendu, vous ne n'aimez plus...
SOLANGE
Vous en prenez votre parti...
JEAN
Oui... non... Mais ce dont je ne prendrais pas mon parti, ce serait que vous épousassiez Daumel.
SOLANGE, gênée.
Mais il n'est pas question !...
JEAN
Si... Si... Il en e.st question... il ne peut pas ne pas en être question!... Eh bien, jurez-moi que vous ne serez jamais sa femme,
SOLANGE
Jean, vraiment, vous êtes absurde 1