‹ Tire-au-flanc!; pièce en trois actes [par] André Sylvane & André Mouëzy-EonChapitre 95 sur 104 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

SOLANGE, légèrement narquoise.

C'est un peu son habitude!... Et pourquoi est-elle triste, votre âme ?

JEAN

Parce que je sens qu'ils sont passés, bien passés, les jours heureux où le courant invicible d'une mutuelle sympathie faisait vibrer nos cœurs à l'unisson. Parce que...

SOLANGE

Mais, je vous assure, Jean...

JEAN

Non, Solange... Ne cherchez pas à me donner le change!... Vos yeux sont les plus beaux du monde, mais vous le savez, j'y lis comme en un livre ouvert. Ils sont le reflet de ce qui se passe en vous. (Déclamant avec affectation.) Comme l'onde d'un lac est le

reflet des Cieux. (Changant do ton, très satisfait.) Hé,

mais... c'est un vers !... Vous n'avez pas remarqué?... c'est un vers.

SOLANGB.

Un vers?

JEAN

Oui!... (Képétant.) Comme l'onde d'un lac... C'est un vers... et un bon !

SOLANGB.

Quand on est poète t

JEAN

Oh ! c'est que dans ce sacré fourbi de métier on n'a guère l'occasion de l'être, poète.

SOLANGE

Je le vois I

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JEAN

Ce n'est pas en épluchant des patates ou en cirant des godillots qu'on peut se monter l'imagination I Aussi ce vers, que je viens d'improviser, me cause une véritable joie.

SOLANGE

Et du coup, voilà votre grande tristesse envolée!

JEAN

Oui... c'est-à-dire... Ecoute/, Solange... Soyons sincères... vous ne m'aimez plus I

SOLANGE

Mais si, Jean.

Non, non, vous ne m'aimez plus I... c'est clair, c'est net, c'est évident I II faudrait en avoir une couche comme Turlot ou le caporal Bourrache, pour en douter un seul instant. Eh bien, soit, c'est entendu, vous ne n'aimez plus...

SOLANGE

Vous en prenez votre parti...

JEAN

Oui... non... Mais ce dont je ne prendrais pas mon parti, ce serait que vous épousassiez Daumel.

SOLANGE, gênée.

Mais il n'est pas question !...

JEAN

Si... Si... Il en e.st question... il ne peut pas ne pas en être question!... Eh bien, jurez-moi que vous ne serez jamais sa femme,

SOLANGE

Jean, vraiment, vous êtes absurde 1

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