‹ TitienChapitre 21 sur 96 · Florence : Uffizi · texte numérisé non relu

Florence : Uffizi

qui ordonne et qui fonce. Eoin des combats, l’homme est un dilettante voluptueux.il a vécu au service de François Ier. Il garde à la cour de France un souvenir fidèle, et, pour le monarque courageux et libertin, une sympathie que ses engagements auprès de Charles-Quint n’ont pas effacée.

Il commande à Titien un portrait de François Ier et l’enverra à son ro3ml ami en hommage.

1/ œuvre est au Eouvre. Elle fut exécutée, dit-on, d’après une médaille, mais plus probablement d’après un plat d’émail limousin. Quoique peinte loin du modèle, elle rayonne de majesté. Re Roi galant se profile ici tel que l’histoire nous le fait vivre, spirituel et brutal, sceptique et superstitieux, aventureux et téméraire ; son long nez dit la finesse, sa bouche forte, la paillardise. C’est un vrai portrait de palais, large, aisé, brillant, fait pour ressortir sur les lampas et les dorures.

Ee duc d’Urbin fit exécuter bien d’autres travaux au peintre. Et d’abord le portrait de sa femme, Eléonore Gonzague, qui fait pendant au sien h Ea délicatesse de sa race s’inscrit dans ses traits menus : tranquille, passive, dissimulée, elle porte avec douceur la résignation de la femme chrétienne qui vieillit. Evocation mélancolique, précise et pure, comme un Clouet qui deviendrait lyrique.

C’est vers la même époque, et non dix ans plus tôt, que François délia Rovere commanda à Titien un portrait

i. Florence : Uffizi.

LA GLOIRE

connu sous le nom de la Bella , et qui passa longtemps pour Limage d’Eléonore jeune. Ee doute n’est plus permis quand on considère que les deux femmes portent un costume de mode semblable. D’autre part trois œuvres de la même période se rattachent à la Bella par leur ressemblance indiscutable, et laisseraient penser que, tout comme Alphonse d’Este, le duc d’Urbin demanda à Titien de reproduire les traits d’une personne secrètement aimée. Deux de ces portraits sont peu vêtus, un troisième ne l’est pas du tout. Or la noble dame Gonzague ne nous semble pas disposée, à cette époque, à offrir sans quelque scrupule, aux regards d’un peintre, sa beauté dépouillée d’artifice.

La Bella1, parée de lourdes soies brochées, se produit dans l’éclat de sa beauté fine. Très femme — avec dans les yeux un mélange d’enfantillage et de perspicacité — le visage aux lignes arrondies, aux plans dissimulés sous une placidité de poupée précieuse, mais une bouche mobile, rusée, spirituelle, close en une très légère moue dominatrice, tel est le portrait d’apparat que Titien nous laisse de la mystérieuse inconnue.

Ea voici deux fois représentée en négligé galant ; drapée d’abord dans un manteau de fourrure, puis dans un manteau de velours. Déshabillés émouvants, qui fixaient peut-être pour le guerrier les douceurs fugitives de sa vie privée. Dans le premier on la devine nue sous la loutre, qui laisse voir une épaule, un bras admirable,

Page 1