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PI. XIII

Photo Anderson, Rome.

LA GLOIRE

portrait. Portrait intensément individuel, conception nouvelle que quatre siècles n’ont pu faner et qui fera naître toute une psychologie de la plastique féminine : c’est l’admiration pieuse, presque troublée pour la femme, adorée comme sur un autel : Vénus incarnée dans Bve.

Harmonies de roux, de rouges et de fauves, accompagnant comme des violes de gambe et des hautbois la douce cantilène du corps féminin ! Matière précieuse des chairs dorées sur les draps bleutés ! Que tout cela réjouit la vue !... Et quelle extraordinaire sensation d’air et de lumière ! quelle perspective atmosphérique où chaque objet se tient à sa place et sa consistance, dans le mystère d’une chambre.

Sur le dallage qui fuit, les deux servantes qui choisissent dans un coffre les robes de leur maîtresse sont, dans leur rôle secondaire, une merveille d’exécution.

C’est un langage naturel, sonore, harmonieux, l’effusion d’un grand poète b

Vingt ans auparavant, Titien, sollicitant la place de « sensere » des Entrepôts allemands, s’était engagé, auprès de la Seigneurie, à exécuter une toile de bataille, pour le palais des Doges — que, disait-il, nul n’avait osé traiter. Titien obtint sa place, mais les commandes

1. François délia Rovere mourut la même année, empoisonné dit-on. Son beau-frère Alphonse d’Este était mort un an auparavant. Ainsi Titien perdit deux protecteurs et deux amis.

affluèrent si nombreuses que le temps se passa sans qu’il pût exécuter ce fameux tableau. Fatigué de ses avertissements sans effets, le conseil prit une dure décision, et le peintre fut condamné à restituer les appointements qu’il touchait depuis sa nomination sans avoir rempli les conditions de sa charge. Mais le plus humiliant de cette sanction fut la nomination à sa place de son rival et ennemi Pordenone. Titien sentit que son prestige allait s’effondrer, et, laissant ses travaux en cours, il exécuta en quelques mois l’énorme décoration qu’il avait promise.

T’œuvre a été malheureusement brûlée dans un incendie. Mais grâce à une copie fragmentaire et réduite des Uffizi, et à la gravure de Giulio Fontana, on peut se faire une idée de ce que pouvait avoir de grandiose et de déchaîné ce choc de soldats s’entre-tuant dans une mêlée frénétique. Te réel s’unit à l’épique : de grands corps nus se heurtent aux chevaliers en armure, donnant à la vérité une envergure héroïque.

Te sujet devait, vingt ans auparavant, glorifier une victoire contre le pape, à la bataille de Spoleto. Mais les fluctuations de la politique effacent les dissentiments les plus belliqueux, et la prudente république changea le titre de la victoire. Titien se souvint du combat que son père avait brillamment livré à Pieve contre les troupes de Maximilien ; et c’est cet épisode qui servit de prétexte à sa conception valeureuse.

Dans le défilé montagneux, aux architectures cyclopéennes, sous un ciel de cataclysme, des incendies éten-

LA GLOIRE

dent leurs feux dévastateurs sur les villages ; les deux armées sont en présence, séparées par un pont. Des étendards, des lances, des piques fusèlent le paysage de leurs bois acérés ; et les cavaliers se ruent vers le carnage. Toutes les batailles hurlent à la fois dans cette terrible évocation des haines humaines. Et dans T amoncellement des ors, des aciers, des pourpres et des chairs, les chevaux tranchent de leur pelage blanc sur la somptuosité ensanglantée et horrifiante...

Devant ce chef-d’œuvre, devant cet effort surprenant b le conseil leva sa sentence, et Pordenone venant de mourir — peut-être de rage — la place fut rendue au grand peintre.

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