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CHAPITRE II

Les premières œuvres. — Les influences italiennes. — Dürer.

Vers la gloire.

Quelques années se passent. L,e jeune talent de Titien va fermenter dans ce milieu propice. Avec F humilité de ceux qui se sentent vraiment forts, il subit le nouvel apprentissage de T atelier Giovanni. Il n’était pas question, en ces temps héroïques, de cultiver une « personnalité » aux dépens de la vraie science. I/art de la peinture était une tradition corporative, et le maître léguait ses secrets et ses procédés aux élèves ; ceux-ci ne cherchaient pas à s’opposer à leur guide, ou à leurs compagnons, par des contrastes fabriqués indifféremment de tares ou de mérites.

Ee beau métier était alors le reflet d’une époque où l’homme avait la force de se dominer et de créer en se perfectionnant.

Tes premières œuvres de Titien ne seront donc pas « personnelles », sauf une toute première qui semble se dérober aux classifications progressives. C’est le Christ mort, de la Scuola San Rocco h Chose étrange,

i. Je suis tout à fait d’accord avec MM. Crowe et Cavalcasselle et Oscar Fischel pour considérer cette œuvre du peintre comme la première en date de celles qui nous restent.

et particulière à la genèse de bien des génies, les qualités très déterminées qu’on découvre dans cette œuvre de début font prévoir celles qui surgiront dans sa maturité. Ta jeunesse a parfois de ces floraisons intuitives et mystérieuses qui s’épanouissent, dans l’effort candide du néophyte, du tréfond de son âme ; et il faudra l’approche de la vieillesse pour en retrouver, dans la gravité attendrie de l’âge, le parfum lointain. Peint en glacis transparents sur une légère préparation à la détrempe, le Christ Mort de San Rocco se présente, le torse soulevé, coupé par le cadre au-dessous des pectoraux, deux mains croisées découvrant la blessure de son flanc.

Ta lumière baigne sa face douloureuse et découragée dans un effet de clair-obscur inconnu jusqu’alors et qu’on ne retrouvera que plus tard dans l’œuvre d’un Rembrandt. Te mystère du fond s’unissant au cadavre semble un pressentiment des harmonies qu’il réalisera plus tard. 1/ œuvre est cependant timide, avec, dans le torse, des accents un peu secs ; la matière — autant que les dégâts du temps permettent d’en juger — paraît pauvre. Mais par la volonté du modelé, par la gravité du sentiment, il s’en dégage une réelle grandeur.

Ta toile de San Rocco semble un accident isolé au début de la carrière du Titien. Fait-elle partie d’une série disparue ?... Rien de précis ne peut guider les suppositions. Mais dans les œuvres qui suivirent on devine, très nette, l’influence de Giovanni Bellini, de Giorgione et de Palma. C’est Bellini que l’on retrouve dans le tableau du musée d’Anvers (1502-03) qui montre le pape

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