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CHAPITRE III

Les offres du pape. — Les détracteurs. — Les trois commandes d’Alphonse d’Este.

Il partit de Pieve — Venise venait d’être inquiétée par une lutte, terminée à son avantage, contre F Allemagne et la France ; la peste l’avait cruellement frappée. De conseil résolut de remercier Dieu de la fin de ces épreuves et demanda à Titien un tableau d’autel destiné à l’Eglise Santo Spirito in Isola. D'artiste se mit à l’œuvre, mais cette grande décoration officielle semble l’avoir pris au dépourvu.

Son cœur imprégné des horizons cadorins penchait ses aspirations vers le paysage et les sujets profanes : un tableau de cette même époque, le Christ et la Madeleine 1, nous le montre absorbé par ses souvenirs. De Christ, dans sa pose théâtrale, n’est pas ici le fils douloureux de Dieu, et les joies de la nature étouffent l’esprit chrétien. Un admirable paysage domine l’œuvre de sa beauté; et, dans la sérénité d’un jour heureux répandant sa lumière sur les campagnes, l’épisode religieux se réduit à une aimable anecdote.

i. National Gallery, Londres.

LA GLOIRE

C’est alors que le cîiant d’amour rapporté du pays remonte à ses lèvres, et Titien nous donne deux chefsd’œuvre : Les trois âges 1 et U amour sacré et l'amour profane.

Ta première de ces toiles évoque, dans la douceur d’un beau soir d’automne, deux jeunes gens rapprochés dans la pose charmante des amoureux candides. Teurs regards échangent les sentiments qui les pénètrent. Ta jeune fille vêtue d’un costume rustique est peinte toute en blondeurs attendries, ses chairs pleines et fermes, ses beaux bras sortent d’une camisole de toile, aux plis amples et souples, d’un blanc précieux, et ses mains enfantines tiennent la flûte du berger nu qui l’enlace. A droite, des enfantelets, des amours naïfs dorment ou se lutinent avec les gestes maladroits des petits d’homme et d’animal ; au fond, devant un bouquet d’arbrisseaux frémissants, un vieillard pense à la mort dans la solitude de ses jours derniers. De l’ensemble monte un parfum pastoral ; c’est au seuil de la maturité un regard retourné vers la jeunesse.

Te peintre a trouvé un métier nouveau, un langage à lui. Des influences multiples du début, il semble ne retenir que les éléments propres à l’enrichir.

Ta nacre des chairs est obtenue par des dessous lumineux, aux demi-teintes bleutées menées lentement dans une pâte émaillée, et l’ambre des épidermes, par des glacis légers venant mourir sur la profondeur des ombres.

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