‹ TitienChapitre 12 sur 17 · ALLÉGORIE DE D A V A L 0 S · texte numérisé non relu

ALLÉGORIE DE D A V A L 0 S

(Musée du Louvre.)

le souverain, le politique et le guerrier. Ce que Titien ajoutait à la conscience exacte et timide des peintres du Nord, c'était la liberté superbe de la manière, la noblesse du sentiment, en un mot le grand goût italien qui transfigure tout ce qu'il touche. Cette fois Charles- Quint se vit représenté tel qu'il se croyait et tel qu'il voulait être. Il ne fut pas ingrat pour le peintre. A peine débarqué à Barcelone, par un rescrit impérial, il nommait Titien chevalier d'Empire, comte de Latran, et sans parler des sommes considérables qu'il lui allouait, attribuait à l'artiste et à ses descendants d'importants privilèges. Rappelant les rapports d'Alexandre et d'Apelle, il semble bien qu'il entendait lui conférer le privilège exclusif de faire son portrait. Pendant ce second séjour à Bologne, d'autres que l'Empereur posèrent certainement devant Titien. Sa prestesse à saisir la tournure particulière d'un être et l'accent d'une physionomie était incroyable. Il prenait de ses modèles une esquisse rapide et saisissante de ressemblance, qu'il gardait pour lui, la reportait sur la toile et composait à loisir des œuvres de vérité et de beauté. Dans cet art du portrait, Titien égale les plus grands maîtres de toutes les écoles : Holbein et Vélasquez, Vinci, Rembrandt, Van Dyck. Il a plus de charme qu'Holbein avec autant d'exactitude; moins primesautier peut-être que le grand Espagnol, il pénètre plus avant dans les caractères. Rubens et Van Dyck, qui l'ont imité tous deux, ont moins de nerf ou de naturel. Seul Vinci l'a peut-être dépassé dans l'expression de la vie secrète,

Rembrandt par le sentiment pathétique. Titien eut sous les yeux d'admirables modèles; une humanité d'esprit et de mœurs aflinés, entière dans ses instincts et violente dans ses passions ; de ces personnalités fortes et fines, il a donné des définitions magnifiques de certitude et qui réalisent une sorte d'absolu. Avec une merveilleuse souplesse, il a parcouru toute la gamme des caractères, aussi parfait interprète de l'éternel féminin que des virilités les plus rudes. Il a joint l'analyse pénétrante à la sobre synthèse. Que l'on passe en revue ces effigies superbes d'énergie ramassée, de puissante concision, où la vie semble apparaître toute dans l'éclair d'un instant ; il est rare que la vérité particulière n'y prenne une valeur typique. Quelle image de la jeunesse ardente et rêveuse que Y Homme au gant du Louvre, si nonchalant et si passionné dans son attitude détendue ! Ne résumet— il pas bien ce moment où la grâce parfaite des manières n'a rien atténué des énergies naturelles ? Groupez autour de cette œuvre si gracieuse et si forte, deux autres portraits du Louvre; cet homme maigre au long visage blême, au nez coupant, aux regards clignotants, aux lèvres minces, qui semble brûlé par quelque ardeur secrète, passion du jeu ou des femmes; et cet autre, inquiétante et tragique figure de condottiere, aux tempes rentrées, aux yeux voilés, maigre face encadrée et comme resserrée par le fer à cheval de la barbe ; rappelez-vous au Musée de Munich, cet élégant, que l'on a pris à tort pour l'Arétin, ce personnage fin et fat,

Cliché Neurdein.

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