DIDACTIQUES
par les pins habiles. Il n’est point d’opéràteür qui n’ait ramené, par ce procédé du doigt, un cordon du plexus brachial à la place de l’artère sousclavière, ou déchiré la veine sous-clavière, quand il croyait dénuder l’artère. Il ne faut dénuder, charger et lier un organe qu’après l’avoir vu : le doigt fatigué trompe; l’œil ne trompe pas. Conclusion : éclairez vos plaies dans la profondeur en apprenant à vous servir des écarteurs. Ne dénudez, ne liez qu’après avoir vu. « Regardez, n’y touchez pas », disait malicieusement le professeur Trélat; — « Vingtcoups d’œil pour un coup dedoigt»,répète imperturbablement le professeur Guyon.
Un dernier conseil : il vous arrivera, au cours de la recherche d’un organe, de vous tromper, de vous égarer.... Alors, ne vous troublez pas; surtout ne vous obstinez pas à toujours chercher à l’endroit où l’organe demandé n’est pas ou n’est plus. Enlevez d’abord les écarteurs, sous l’un desquels est peut-être l’organe cherché. Recommencez l’opération; revenez à votreplaie cutanée ; voyez si elle est en bonne place ; reconnaissez ensuite vos différents points de repère; refaites, en le vérifiant ou en le rectifiant, le chemin parcouru, et, cette fois, l’opération sera bonne.
Que si, cette fois encore, l’organe vous échappe, réfléchissez à ses anomalies les plus fréquentes et cherchez-le au point ou il peut etre anormalement.
En résumé, ne considérez point la mise à nu d’un organe comme un tour de force, une sorte d’escamotage, qu’il faut exécuter rapidement, brillamment; dites-vous, au contraire, qu’il s’agit d’une opération chirurgicale, au cours de laquelle, agissant avec prudence et sans faux pas, vous êtes appelé à faire la preuve de vos connaissances anatomiques.
Je veux terminer ce court préambule en disant ; habituez-vous aux explorations sur le corps entier ; — apprenez à reconnaître, sous la peau, les saillies osseuses, les muscles; ne négligez, à l’hôpital, aucune des qccasions qui vous sont offertes de vous habituer à l’exploration et à la reconnaissance, sur le vivant, des organes étudiés dans nos pavillons; faites l’éducation de vos mains; — apprenez à vos pulpes h sentir ; c’est le doigté chirurgical-, plus tard, en clinique, vos diagnostics seront plus faciles et plus sûrs, vos actes opératoires plus rapides et plus efficaces.